‹ Mélanges d'histoire religieuseChapitre 31 sur 109 · Julien l'Apostat, Pioclus · texte numérisé non relu

Julien l'Apostat, Pioclus

D'après la religion de Mithra, les àraes des fidèles s'élevaient après leur mort à travers les sept zones planétaires pour rejoindre le dieu suprême. Mais cette idée vient-elle des Sémites? Ce que nous savons très bien, c'est que les anciens Sémites confinaient indistinctement toutes les âmes sous la terre. Il faudrait prouver qu'un changement radical s'est produit dans leurs idées, et ce ne serait pas sans une influence étrangère. Cette influence est à chercher chez les Perses, dont le dieu suprême, et presque le seul dieu, Ahuramazdà, était un dieu céleste. La profession de foi d'Antiochus de Commagène est formelle dans ce sens. Il espère qu'après sa mort son âme immortelle montera au ciel d'Oromasdos.

A défaut d'une religion, les philosophes ont pu émettre cette pensée. L'âme, principe éthéré de vie, remontait naturellement vers l'élher. Les Babyloniens ne figurent vraisemblablement dans tout cela que pour leurs zones planétaires. Une fois admis que l'âme monte, des esprits préoccupés d'astrologie ont dû lui tracer son chemin. Et de fait, tout le système n'est attesté que des mystères de Mithra par Celse. Que les Sémites se soient préoccupés, eux aussi, dusortdes âmes, qu'ils l'aient remis entre les mains de leurs dieux, bien des indices le prouvent. Mais n'estil pas remarquable qu'ils sont toujours en langue grecque ou latine, et que les inscriptions sémitiques soient demeurées si obstinément

muettes sur l'au-delà? De toute évideuce, ce n'est point de ces religions qu'est parti le mouvement qui a entraîné les âmes à placer leurs espérances dans le ciel.

Passer des religions sémitiques à celles de l'Egypte ^ c'est presque céder à l'attrait de Tantitlièse. L'Égyptien, d'un naturel plus doux que son voisin de Syrie, craint moins ses dieux : il les aime peut-être davantage ; il a beaucoup réfléchi sur la nature divine, et a pris le parti de la mettre partout. Le pays, d'abord divisé en nomes indépendants, était cependant destiné à l'unité, mais à une unité dont le centre se transportait d'un point à un autre ; les divinités ont subi le contre-coup de ces révolutions intérieures. Puis l'Egypte s'est ouverte aux influences étrangères. De tout cela résulte un chaos que les égyptologues n'ont pu encore débrouiller tout à fait, même quand il ne s'agit, comme c'est notre cas, que d'un seul co'uple, Isis et Osiris, les seules divinités égyptiennes qui soient devenues vraiment populaires dans le monde romain.

Osiris est d'abord le personnage le plus important des deux, on pourrait dire le seul, dans le silence des anciens textes sur Isis. Était-il le

1. I.afaye, Histoire du culte des divinités d'Alexandrie, Sérapis, Isis, Ilarpocrate et Anubis hors de VKcjypte, depuis les origines Jus(/i('à la naissance de l'école néo -platonicienne, Paris, 1884: article Isis, par Drexler, dans le Lerikoti de Roscber.

dien-erain, déposé dans la terre pour niiourir et pour revivre au printemps, ou plutôt le Nil qui s'épuise pendant l'hiver pour croître et déborder à l'été, ou le soleil qui meurt chaque soir pour recommencer sa course cliaque matin 1^ Je ne saurais le dire pour ma part, inclinant cependant à voir en lui un dieu-grain. C'est peutêtre dans le cours des temps qu'il a été assimilé au Nil, puis au soleil?

Si l'interprétation du mythe diffère, le mythe ne change pas. Osiris ressemble à l'homme. Il a eu une destinée humaine : roi juste et bon, promoteur de la piété. Assassiné traîtreusement par Typhon, son cadavre a été mis en pièces. Sa femme, la fidèle Isis, l'a cherché dans la douleur. Elle a été assez heureuse pour recueillir les fragments de son corps, sauf un seul, qui était précisément l'emblème de sa résurrection future. Elle a élevé son fils Horus pour la veng"eance, et Horus a triomphé de Typhon. Il allait sans dire qu'Osiris ressuscité habitait un séjour heureux. Le suprême désir de tout Égyptien était de rejoindre Osiris, ou plutôt de devenir lui-même un Osiris.

Comment la déesse passa-t-elle au premier rang- dans l'adoration des fidèles? Peut-être le mythe lui-même l'explique-t-il assez. Osiris est absolument passif. C'est Isis qui le cherche, qui le retrouve, sauve la précieuse caisse qui contenait le cadavre, et, lorsque ce cadavre a été dépecé par Typhon, c'est elle qui «n rassemble

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les morceaux épars ; elle est la mère et la nourrice d'Horus, le véritable dieu-vainqueur. C'est donc à elle que le fidèle était tenté de confier sa vie. Aussi est-ce Isis qui pénètre au Pirée avant la conquête de l'Egypte par les Grecs (333 av. J.-C).

Si Alexandre n'a pas eu le projet hardi que lui prête Plutarque d'unir l'Europe à l'Asie par un fusionnement des races, des coutumes, de l'esprit, Ptolémce Soter, le premier des Lagides, a certainement conçu et réalisé, dans une certaine mesure, ce plan génial. Il a choisi dans le panthéon de l'Egypte, un couple qui put convenir aux Grecs ; Osiris est devenu Sérapis, et sa statue, chef-d'œuvre de Bryaxis, a montré sur le même front la majesté de Zeus et la mélancolie d'un dieu des enfers. Isis a conservé son nom, déjà populaire; mais l'art grec ne pouvait se contenter de sa robe collante. On la drapa dans un manteau retenu sur le devant par un nœud symbolique. Au lieu de lui placer sur la tête son nom hiéroglyphique, ou des cornes de vache entourant le globe solaire, on laissa les cheveux, séparés en deux bandeaux ondulés, tomber en boucles gracieuses.

Est-ce alors qu'Isis devint déesse des mers? Il est certain que les anciens Égyptiens n'avaient que faire de ce vocable; mais comme on ne peut méconnaître les attaches d'Isis avec Byblos, peut-être était-elle déjà la déesse des navigateurs avant Alexandre, non qu'on l'iden-

tifiât avec la mer, mais parce qu'elle protégeait les marins et soufflait les vents favorables.

L'art grec avait donné à la déesse des formes élégantes; les Romains tenaient plus à ce que nous nommons « les couleurs locales ». Sous l'empire, la même réaction se produisit qui avait rendu les dieux syriens à leur brutalité native. Puisqu'on était isiaque, on voulait une Isis authentique, « bien égyptienne », et peu à peu les monuments se rapprochèrent du type ancien; le disque et les cornes reparurent sur la tête de la déesse'. On ne renonça pas pour cela à l'identifier à bon nombre de déesses grecques. Outre les symboles propres à son culte, le sistre, le petit seau pour l'eau du Nil, l'œnochoé à longbec, on lui associa la fleur de lotus ou l'épervier, en gage de résurrection et d'immortalité, le blé et les pavots empruntés à Déméter, le ciste et les serpents d'Eleusis, la corne d'abondance, le gouvernail et la rame de la Fortune-Tyché. Elle devint Isis-Panthée, la déesse qui est tout et absorba même Osiris.

Ainsi, en dépit de son vernis hellénistique, la religion d'Isis eut toujours l'attrait de l'exotisme. Les peintures d'Herculanum mettent en scènes des prêtres égyptiens vêtus de lin et la tête rasée, des ibis, des palmiers, un Éthiopien, coifi'é de roseaux, exécutant une danse de son pays. Ces allures étrangères choquaient les

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