L'Isis romaine, parE. Guitnet
90 MÉLANGES DHISTOIKE RELIGIEUSE.
vieux Romains. De 58 avant .l.-G. à 19 après notre ère, Rome essaya plusieurs fois d'entraver les progrès de ce culte, qui parut voiler des mœurs moins qu'austères ^ Peut-être aussi es- ■ tima-t-on la renaissance des cultes romains, inaugurée par Auguste, menacée par la religion du pays de Cléopàtre. Mais la faveur impériale lui revint dès Caligula et lui fut définitivement acquise. Le deuxième siècle après Jésus-Christ semble avoir marqué son apogée. Lorsque le christianisme l'eut refoulée, elle se perpétua encore et s'éteignit dans la eharmante lie de Philae, qui emportera bientôt sous les eaux du .Vil son dernier souvenir.
Isis avait une religion et des mystères. La simple religion exigeait déjà de ses dévots une assiduité absorbante. Chaque jour les prêtres éveillaient la déesse pour l'office du matin, « les matines », et ils célébraient encore un offi:ce du soir, « les vêpres » isiaques.
Les fêtes étaient célébrées avec pompe, surtout celle du printemps, qui ouvrait la navigation au début de mars, et celle de l'automne, qu'on a affecté de nommer la passion et la résurrection d'Osiris. Ces termes ne sont pas tout à fait exacts. Le vrai nom de cette prétendue fête de Pâque est l'Invention, heurêsis. Les cérémonies du deuil duraient quatre jours. Entre autres rites lugubres, on montrait un
1. C'est le motif donné par Josèphe (Ant., XVIII, m, 5 de la persécution de Tibère, la seule qui atteignit les personnes.
bœuf doré enveloppé de lin noir. Plutarque, qui nous a conservé ces détails ^, n'a pas tort d'y voir le symbole de la décroissance du Nil. Après beaucoup de lamentations et do cris, les prêtres portaient à la mer la sainte caisse : on en sortait une petite boîte qu'on remplissait d'eau. Aussitôt on s'écriait : « Osiris est trouvé » ; on gâchait un peu d'eau et de terre, on en faisait un croissant qu'on habillait. Une joie folle éclatait alors. Plutarque a l'air de voir dans ce mélange une sorte d'union d'Isis et d'Osiris représentant la terre et l'eau. C'est donc que, dans cette fête, la tragédie du meurtre d'Osiris était ramenée et réduite à un sens symbolique plus ou moins profond, mais certainement naturaliste. Il n'y a pas là de passion, mais une disparition, c'est le mot propre, et un recouvrement. Et à supposer que la destinée d'Osiris soit le type de celle du fidèle, la " passion » du dieu ne sert de rien au croyant.
Le clergé, si fortement organisé, si assidu à lexercice des rites, si soucieux des purifications de règle, avait-il une théologie, enseignait-il du moins un dogme ? Il serait difficile de l'affirmer. Nous avons la bonne fortune de posséder un traité de Plutarque sur Isis et Orisis. Le philosophe de Chéronée, très attaclié anx cultes héréditaires des Hellènes, n'a pas dissimulé son