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le papier des pauvres; on écrivait sur un tesson pour demander du feu ou du sel à sa voisine. En attendant que ces ostraca aient été publiés, complément intéressant de la vie domestique, on doit s'en tenir aux papyrus.
Dans cette esquisse très sommaire, je ferai surtout état de la magistrale publication de M. Edouard Sachau, qui a paru en septembre dernier *.
Les Juifs en Egypte, c'est presque le début de l'histoire sainte. Abraham est descendu en Egypte, et Joseph, devenu ministre du Pharaon, y a fait venir son père Jacob, y a installé ses frères. On venait volontiers alors de Syrie en Egypte, et cela continue. L'Egypte est riche, l'Égyptien est doux, presque mou; la Syrie, surtout la Palestine, est pauvre, le Syrien est adroit, industrieux, énergique. La seule supériorité de l'Egypte, c'est qu'elle peut se concentrer entre les mains d'un homme, tandis que la Syrie, étrangement déchirée par la nature, n'a jamais trouvé son centre. On a donc vu dans l'histoire les maîtres de l'Egypte conduire leurs bataillons compacts et disciplinés à la conquête des pays syriens. La Syrie cède alors. iMais le Syrien reprend ses avantages en détail. Conquis et devenu sujet, il pénètre plus à son aise dans les grasses plaines inondées par le Nil. Et l'Egyptien pacifique, heureux de vivre tranquille
1. Arnmalsrlte Papyrus und Ostraka, Leipzig, liiniichs, prix : 90 marks.
à l'ombre de ses palmiers, s'en remettra même à ces étrangers batailleurs du soin de défendre ses frontières. Le Bédouin accourt, et l'Israélite encore plus volontiers, car il a toujours conservé le goût des marmites de viande et des chaînes d'oignons, selon la formule savoureuse et familière qui nous amuse depuis l'enfance.
J'insiste sur les circonstances générales, pour retarder un aveu : nous ne savons rien des faits parliculiers qui ont amené à Éléphantine une colonie d'Israélites venus du royaume de Juda. Mais nous savons que c'était une colonie militaire; et il est dès lors évident que les Égyptiens les avaient placés là pour monter la garde à l'entrée de l'Egypte du côté du sud. Il était difficile, en venant du midi, de s'emparer de File que les anciens Égyptiens nommaient Jéb. Elle est défendue par les fameuses cataractes du Nil. D'autre part, maîtres de l'île d'Éléphantine et de la ville de Syène située sur la rive droite du fleuve, les Éthiopiens ne rencontraient plus d'obstacles. Le Nil était une voie de pénétration incomparable qui les portait jusqu'à Memphis. Quand l'Ethiopie débordait sur lÉgypte, elle allait aussi loin que son fleuve. C'était à la première cataracte qu'il fallait lui barrer le chemin.
Pourquoi des Juifs sont-ils venus s'installer si loin de leur pays? Ce ne fut sans doute pas par goût. Les Égyptiens avaient conservé le souvenir, sinon de Moïse et de son peuple, du moins
r.A COLONIE JUIVE DE LILE D ÉLÉPIIANTIINE. 7
des Hycsos. qui les avaient envahis à l'orient. Us ne consentirent pas à ce que des Juifs restassent trop près de leur pays d'origine, disposés à se renforcer, dissimulant une occupation sous le masque d'une pénétration pacifique ; si le mot n'existait pas, on pouvait craindre la chose. Quand cela se passa-t-il? Il faut encore confesser notre ignorance. La conquête de Jérusalem par Nabuchodonosor poussa beaucoup de Juifs en Egypte ; on le sait par le prophète Jérémie. D'autres n'auront pas attendu les horreurs du siège. Une tradition ^ qu'on avait négligée atteste que le roi Psammétique (594 à 589 av. J.-C.) avait des Juifs dans son armée pour combattre l'Ethiopie. Tout porte à croire qu'ils ont été emmenés en Egypte par Néchao. Ce prince, le dernier des grands Pharaons, eut l'audace de disputer l'empire du monde à Nabuchodonosor et alla le provoquer sur l'Euphrate. Contraint de rentrer en Egypte, il entraîna avec lui le roi de Juda, Joachaz ; ne pouvant laisser derrière lui les Juifs hostiles, il dut en razzier un nombre considérable. Transportés au point le plus méridional de l'Egypte, ils avaient intérêt à défendre un sol où ils habitaient comme de véritables colons. En effet, selon la coutume du temps, le Pharaon avait poussé devant lui toute une tribu : hommes, femmes et enfants. Il exigeait des hommes le
1. Le pseudo Aristée. dans son récit sur la traduction des Septante.
service militaire ; il essayait aussi de les intéresser à leur nouvelle patrie en leur cédant des terres. C'étaient moins des soldats que des miliciens cultivateurs. Entre deux guerres, on cultivait les céréales, on arrosait les champs de concombres, en faisant monter Feau du Nil avec ces roues à pots qui ont frappé Strabon et Jomard; on cueillait les dattes, on commerçait avec la ville de Syène, située en face de Tile, et avec les pêcheurs qui affrontaient les cataractes ou se laissaient aller jusqu'à Thèbes au fil de Teau. Les Juifs ne se mariaient guère qu'entre eux. Assis aux bords du Nil, ils se redisaient sans doute les merveilles du temps de Moïse : pourtant rien n'indique qu'ils aient eu hâte de sortir d'un pays si hospitalier.
Un grand événement historique améliora encore leur situation. L'Egypte, plus d'une fois envahie par les Assyriens, avait toujours su reconquérir sa liberté. Elle était trop épuisée pour résister aux Perses, et il fut donné à ces derniers de fonder en Orient le premier grand empire qui sut garantir par une administration cohérente les bénéfices de la conquête. Ce n'était pas encore la centralisation perfectionnée d'un Dioclétien; les satrapes, maîtres d'immenses provinces, nous semblent des vice-rois presque indépendants. Mais ils étaient de race perse. Par un respect traditionnel des races royales, les anciens conquérants ne demandaient aux vaincus que l'hommage. Les Perses remplacèrent les