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Lafaye, ouvrage cité, p

100 MELANGES DHISTOIRE RELIGIEUSE.

formule osirienne. Il se peut aussi que telle représentation d'Isis allaitant Horus ait été prise pour une Madone, et que la piété envers la très sainte Mère de Dieu ait employé des termes qui avaient étéadressésàlareine égyptienne du ciel. Rien de tout cela ne porte atteinte à la divine originalité du christianisme. On nous dit que la religion d'Isis en est une ébauche. Séduisante par l'étrangeté de son pays d'origine, par les grâces assez suspectes de son personnel féminin, un peu floue et pâle, cette ébauche ne faisait guère prévoir le chef-d'œuvre de la religion de Jésus.

Encore une antithèse, quand du culte d'Isis nous passons aux mystères de Mithra. Tout y est ferme ; c'est une religion de soldats, â tout le moins une religion virile, puisque, normalement, les femmes en étaient exclues.

Nous entrons ici spécialement dans le domaine de M, Cumont. C'est à lui qu'on doit le répertoire des textes, des inscriptions et des monuments relatifs à Mithra. Il ne les a pas seulement catalogués, il les a expliqués et en a tiré le tableau le plus animé de sa religion '. Il y a sans doute quelque impertinence et beaucoup d'ingratitude â s'appuyer sur cet admirable travail

1. Textes et monuments figurés relatifs aux mystères de Mithra, publiés avec une inlrodiiclion critique; voir aussi l'arlicle Mithra, par le même, ilan-^ le Dictionnaire des antiquités de Daremberg et Saglio, el Dieterich, Eine Mithrasliturgie.

pour chercher chicane à Fauteur sur quelques points. Mais nos observations ne porteront guère que sur les rapprochements entre le niithriacisme et la religion chrétienne, où nous voudrions plus de précision... scolastique. Un examen rigoureux de ce point est d'autant plus nécessaire que des savants non spécialistes semblent avoir tablé sur les études de M. Cumont pour proposer des conclusions contre lesquelles il serait sans doute le premier à protester.

Voici par exemple ce qu'on lit dans VOrpheus de M. Salomon Reinach (p. 102) : « Les analogies avec le christianisme peuvent se résumer ainsi : Miihra est le médiateur entre Dieu et l'homme ; il assure le salut des hommes par un sacrifice; son culte comporte le baptême, la communion, des jeûnes; ses fidèles s'appellent frères; dans le clergé mithriaque, il y a des hommes et des femmes voués au célibat; sa morale est impérative et identique à celle du christianisme. »

M. Reinach conclut que le christianisme et le mithriacisme ont une source commune. On conviendra que nous avons le devoir de vérifier si les prémisses ne sont pas équivoques, et si les mêmes mots ne doivent pas être entendus dans des sens différents.

En attendant le moment de cette discussion délicate, nous pouvons prendre M. Cumont pour guide dans ces obscures origines.

Ce fut un trait de lumière inattendu, que la

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découverte, à Boghaz-Keui, du nom de Mithra saî" une tabl'ette cunéiforme^. Ainsi, Mitlira était déjà connu comme dieu en Asie 3Iineure, au quinzième siècle avant Jésus-Christ. Lorsque YAvesta ne ie no-mme que comme un génie, c'est qu'il a perdu, dans ce système, la place qu'il occupait encore au temps des Achéménides, et qu'il gardera daus le monde romain. VAvesla — quoi qu'on pense de son antiquité — est donc une caution fort suspecte quand il s'agit du culte àe Mithra ; nous tenons à le noter dès maintenant.

Cependant, Mithra est un dieu perse. D'après M. A. Meillet, son nom signifie « le contrat » ; il est le contrat personnifié, « la puissance immanente du contrat-dieu, omniscient, surveillant tout, ayant pour œil le soleil... Ce n'est pas un phénomène naturel, c'est un phénomène social divinisé ~ ». J'éprouve, pour ma part, quelque répugnance à attribuer à des peuples primitifs de semblables abstractions. Mais il ne faut jurer de Tien. Les Romains, précisément parce qu'ils n'étaient pas spéculatifs, avaient donné à leurs concepts des contours très concrets, et ils les adoraient.

On serait cependant plus porté à voir dans iMithra un dieu de la lumière, investi, comme le

1. Winckler, Mitteilungen der Deutschen Orient-Geselischaft, déc. 1907, p. 51.

2. Le dieu indo-iranien Mitra [Journal asiatique, 1907, p. Ii3-159).

Soleil babylonien, du contrôle sur les actes des hommes. Celui qui voit tout a des chances d'être un bon juge. De toute façon, Mithra est presque le Soleil, le plus souvent il est devenu le Soleil.

Déjà nous venons de trouver le dieu perse eu contact avec le Chamach ou Soleil desChaldéens. Ce ne fut pas le seul cas. Même vaincue par Cyrus, Babylone n'avait pas perdu son ascendant religieux et surtout astrologique. Les Mages et les Chaldéens étaient à peu près synonymes dans l'antiquité, signe certain que la corporation sacerdotale de l'Iran se mit à l'école des Ciialdéems pour pénétrer les secrets des astres. La religion de Mithra, chez les Romains, est comme enveloppée de spéculations astrologiques qui n'ont pu altérer son fond piiinitif as.sez rudimentaire.

Il ne semble pas que les Grecs se soient mêlés de débrouiller cette confusion. Les princes du Pont, de la Commagène, de l'Arménie, delaCappaxloce. se targuaient de descendre de Darius; ils n'étaient pas moins fiers de s'être frottés à la culture hellénique. Antiochus II de Commagène assimila Mithra à Hélios et à Apollon. On ne pouvait empêcher les stoiïciemsde raisonner sur ©ette religion et de lui appliquer leur panacée^. Mais,

1. Tertullien, Àdv. Marc, i. 13 : Aridee et ard^nlis naluree sacramenta leones Mithrx philosophantur. Je coiitiiuie à croire, avec M. Cuinont, iircmière manière, contre sa rétractation, que la conflagration finale a été empnintcc par les mage> aux stoïciens. Je ne puis concevoir le livre d riystaspe, cité par saint Justin, autrement que comme un apo&i7i>lie nourri de plii-

en somme, l'hellénisme battit froid au dieu perse. Les grands centres de la civilisation grecque lui demeurèrent fermés; il dut franchir d'un bond l'espace qui séparait l'Iran, ou du moins l'Anatolie orientale, du monde occidental devenu latin.

Ses progrès y furent rapides. Il apparaît sous Pompée, mais il ne prend son essor qu'à l'époque des Flaviens, et déj^ il est au troisième siècle le culte le plus actif du paganisme.

Phénomène étrange et vraiment déconcertant I Le dieu perse s'est présenté sans masque aux adorations d'un empire rival, et il est devenu le favori des empereurs. En .307, Dioclétien va jusqu'à reconnaître en Mithra le protecteur de l'empire reconstitué.

C'est cependant exagérer beaucoup que de prétendre que le mithriacisme balança le succès du christianisme. Il était fermé aux femmes, qui avaient, il est vrai, la ressource du culte apparenté de la grande déesse. Ne faisant aucune avance aux sentiments de douceur et de compassion, il ne satisfaisait pas non plus l'intelligence. L'élite des penseurs du temps s'attaqua aussi, et même plus vivement, au christianisme, mais le christianisme olfrait un aliment à la pensée, et les apologistes menèrent avec succès le combat au nom de la raison elle-même ; le culte de Mithra n'eut pour défenseurs que des philosophes éclectiques, comme Porphyre et Julien, qui n'en

losophie populaire. Dans le texte de Dion, le mythe est bien l>ersan, mais les explications sont stoïciennes.

surent rien tirer. Ce seul fait nous permet déjà de juger sa doctrine.

De l'aveu de M. Gumont, elle fut médiocre'. On plaçait au sommet de la hiérarchie une abstraction, Zervan Akaréné, le Temps personnifié, ce qui permettait aux fortes têtes de la secte de raisonner sur Tètre. Mais le dieu qu'on adorait était le seul iVlithra, qui n'avait pas de compagne, et qui, pratiquemeut, était le Soleil. L'adoration du Soleil laissait les sectateurs de Mithra libres de s'entendre avec les Sémites. On a dit à quel point le Soleil était devenu dans le monde romain le centre du culte.

A défaut d'un dogme précis, les mithriaques tenaietit beaucoup à leur mythe. Mithra était né d'un rocher. En compagnie du Soleil, il avait capturé le taureau primordial ; et, sur l'ordre de son compagnon, il l'avait mis à mort. La mort du taureau avait donné naissance au monde, dont Mithra était donc le créateur. Il était le dieu de la Vérité, — les Perses abhorraient le mensonge, — et aussi de la Justice, propice à ses fidèles pendant cette vie et après leur mort. La résurrection, d'après Tertullien, faisait partie du système. Certaines combinaisons de textes ont permis de penser qu'à la fin du monde le taureau serait immolé de nouveau pour ouvrir

1. « Mais les doctrines du mithriacisme ne sont pas celles de Zoroaslre. Ce qu'il icçuL de l'Iran ce sont surtout ses mythes et ses files; sa Ihéologie, toute pénétrée d'érudition clialdéenne, ne devait pas ditTércr sensiblement de celle des prèlres syriens » [Les Religions orientales, p. 182).

Vère du salât. On s'expliquerait mieux ainsi l'importance suprême de la scène du meurtre du taureau. Elle occupait le fond de tous les sanctuaires mithriaques.

Ces sanctuaires étaient des cavernes, naturelles ou creusées, ou bâties en sous-sol. Elles ne pouvaient contenir qu'une centaine de personnes. Les fidèles étaient donc peu nombreux dans chaque -communauté, et tous initiés, répartis en sept classes, dont les trois premières étaient exclues des mystères proprement dits. On était Corbeau, Occulie, Soldat, Lion, Perse, Courrier du Soleil et Père. Les mystes revêtaient des déguisements appropriés à leur titre, et chacun jouait son rùle consciencieusement^, y compris les cris d'anima'ux. I>e sévères épreuves étaient réservées aux postulants. M. Cumont a toute raison d'affirmer qu'on n'allait pas jusqu'à pratiquer l'homicide, mais on exigeait un simulacre. Commode, nous dit-on, prit les choses plus au sérieux et tua son homme '.

il faut le dire, ce mystère était un attrait puissant. J»es mithriaques faisaient partie d'une société secrète 'OÙ l'on n'était pas admis sans avoir fait ses preuves de courage. Dans ces petites com'munautés, on était étroitement lié. Les initiés se nommaipait frères. L'affranchi y cou-

1. « Alii sicut aves alas perculiunt vocem coracis imitantes, alii teomiTO inoie freinuut. » {Ps. Aug. du iv» s.).

■>. 1' Sacra milliiiaca hoiniddio vero poUuit cum illic aliquid ad speciern timoris vel dici ivel ligi soleat » (Lampride).

doyait le clarissime. Rien ne prouve que cette fraternité s'étendit à tous les hommes, comme dans le christianisme ; le titre n'e-n était que plus recherché. Et si l'on tient aux eomparaisons, la franc-maçonnerie ne vient-elle pas à la pensée plus justement que la société chrétienne? Hàtons-nous d'ajouter, pour ne pas tomber dans le défaut que nous reprochons à d'autres, que les francs-maçons n'ont guère de commun avec les mithriaques que des épreuves plus ou moins sérieuses et un accoutrement plus ou moins extraordinaire.

Nous ne sommes pas dispensé, pour cela, d'aborder les points où l'on prétend que la religion de Mithra et celle de Jésus trahissent un^ origine commune. La discussion en est assez délicate; l'importance du sujet nous fera pardonner d'entrer dans quelques détails.

Mithra est créateur. Mais dans quel sens? Il a procuré la création des êtres animés en tuant le taureau ; cela ne ressemble guère à la création par le Verbe.

On ajoute qu'il est rédempteur. C'est un nouvel abus des termes. Tout au plus pourxait-on dire qu'il est sauveur, se montrant,, comme tous les dieux, propice à ses fidèles.

Il est médiateur, et l'on cite lemot grec ?m}sitès, médiateur entre le Dieu suprême et l'humanité. Cela se répète avec un accord parfait, comme si les faits étaient assurés. Mais je ne trouve le mot que dans Plutarque, et avec un sens tout

différent. Mithra y est médiateur, parce qu'il tient le milieu entre le dieu du bien et le dieu du malM Aucune des nombreuses inscriptions en l'honneur de Mithra ne le nomme médiateur; il était, pour ses dévots, le dieu suprême, car le Temps personnifié n'était qu'une abstraction. Nulle part on ne voit Mithra réconcilier le monde avec Dieu, moins encore par l'offrande de son sang.

Mais il y a « la communion » , terme technique, s'il en fut, pour désigner la participation des chrétiens à l'Eucharistie. 11 est vrai qu'on dit si souvent aujourd'hui « communier avec la. nature » ! C'est, je pense, un peu de cette sorte qu'on communiait avec Mithra. Cependant, M. Cumont nous dit très précisément : « Mithra, à la fin de sa mission terrestre, célébrait un festin, qui était commémoré par le banquet sacré des mystes, de même que, chez les chrétiens, la dernière Cène, l'était par la communion-. « Et encore : « On plaçait devant le myste un pain et une coupe remplie d'eau, sur laquelle le prêtre prononçait des formules sacrées. Cette oblation du pain et de l'eau, à laquelle on mêlait sans doute ensuite du vin, est comparée par les apologistes à la communion chrétienne ^. »

1. Il l'aut citer {De Is., 46) : ixectov 5' àpLiotv tôv MtÔprjv elvai- 8i6 xai Mt6pr,v Ile'pcjat tov (AE(7:Tr,v ôvsjj.i'o'jaiv. Il n'y a aucune raison d'isoler l'explication de Plular((ue de son renseionemenl. M£(T'.Tr,(r peut signifier intermédiaire aussi bien que médiateur.

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