Textes, i, p
Je ne doute nullement du banquet mitriaqiie, mais je doute beaucoup du festin de Mithra luimême. En pareil cas, les spécialistes des religions nhcsitent pas à dire que le rite est la source du mythe. Le banquet en commun a été pratiqué dans presque toutes les sectes ; les mithriaques ont conclu, de leur usage, que Mithra lui-même avait célébré un festin. On ne peut pourtant pas comparer ces faits à l'institution très historique de la dernière Cène, dont l'Eucharistie est très certainement la commémoraison. Ce qui fait la confusion ici, c'est « la mission terrestre ». Ne dirait-on pas Mithra envoyé par son Père, et s'incarnant pour vivre avec les hommes? Or, le compagnon de la cène de Mithra, c'est le Soleil, ce qui nous transporte dans une existence plus mythique que terrestre. Quant au vin qu'on aurait mêlé à l'eau, il n'y a d'autre raison de l'y mettre que l'usage chrétien I Que l'on complète le mithriacisme d'autres traits de cette façon, et la' ressemblance sera encore plus saisissante ! Et ces formules sacrées prononcées sur le pain et l'eau nous font penser aussitôt, sans qu'on nous avertisse, à la consécration de l'Eucharistie. Mais les paroles qu'on prononçait alors ne sont sûrement que l'explication du symbole, et voilà encore une ressemblance de moins i.
1. Justin (.IpoL, I, 66), auquel nous devons ce renseignement, dit que le pain et la coupe deau étaient placés y.tx' in06yu>y Tivwv, qu'il faut prendre dans le sens d'Aristote {Rfict., II, XXI, 6).
La vraie ressemblance entre les deux Gènes est surtout plastique. J'avoue qu'en comparant certaines peintures des catacombes et certains reliefs mithriaques. on a l'impression d'assister à la même cérémonie. Mais on sait combien l'art est impuissant à rendre le sens intime et surtout théologique des choses. Et. s'il y a dépendance artistique, il faudrait se demander quels ont été les imitateurs. Les scènes des catacombes ne sont-elles pas antérieures? Ce serait déjà un argument en faveur de leur originalité.
M Cumont lui-même semble reconnaître la dépendance des artistes mithriaques. C'est à propos de l'ascension de Mithra : «■ Nous remarquons une fois de plus, dans cette conclusion de la légende sacrée, une analogie remarquable et certainement voulue avec les récits de l'Ancien et du Nouveau Testament.
'( Après avoir accompli sa mission ici-bas, après une dernière Cène célébrée avec ses compagnons, Mithra était remonté au ciel, et son ascension avait été accompagnée de prodiges au moins aussi remarquables que celle du Sauveur des chrétiens. ^Vinsi le voulait la rivalité des deux religions • . »
L'Ancien Testament figure ici à cause du récit de l'enlèvement d'Élie. La pensée de M. Cumont n'est évidemment pas que ce récit ait été inspiré