Cicéron. l'ro Lig
4. Wendland, Iwxr/p dans la Revue allemande pour le Nouveau Testament, 1904, p. 335 et s.
vrai, ce fait nouveau que la religion est devenue à la fois individuelle et universelle. Il n'y a plus, comme dira saint Paul, ni Grec, ni Barbare ; il n'y a plus des patriciens et une plèbe ignorante des rites sacrés; il n'y a plus de trahison à adorer les dieux de Véies quand on est né à Rome. Chacun, citoyen romain ou provincial, maître ou esclave, sénateur ou affranchi, embrasse le culte où il croit trouver le bonheur. Et, du même coup, les religions franchissent les bornes de la cité et deviennent des religions universelles, supérieures en cela au judaïsme lui-même qui ne consentit jamais que la religion débordât la race.
Ce fait a une portée considérable ; il faut la reconnaître, il ne faut pas l'exagérer. Les petites cités ayant perdu l'autonomie, leurs citoyens étaient devenus sujets, puis, par la grâce de Caracalla, citoyens d'un grand empire. Les dieux avaient naturellement suivi le mouvement. Leur sphère d'action s'était agrandie, mais il fallait qu'ils fussent soumis aux lois de l'État, aussi bien que leurs adorateurs. Ceux qu'accueillait le prince n'étaient plus des étrangers ; en devenant impérial. Mithra était devenu Romain. Aussi jamais on ne pensa à Rome que la religion eût cessé de regarder l'État ou d'être intimement liée à la vie civile et publique. Si les Juifs pouvaient adorer un Dieu aussi jaloux que celui des chrétiens, c'est qu'il était leur dieu national. Ils se conformaient au principe traditionnel ; il n'y avait rien à leur dire. Tout autre
était la situation des chrétiens. Us avaient beau affirmer leur loyalisme pour l'empire, leur dévouement à l'Empereur, on les traitait d'athées, eux qui avaient le même Dieu que les Juifs, parce que leur Dieu n'était le Dieu d'aucune nation.
Il n'y avait donc point alors de religion universelle dans le sens où nous l'entendons, indépendante de l'État ; les barrières avaient été reculées, elles n'avaient pas disparu.
Et quelle était, dans cette tendance à l'individualisme, la part des religions orientales ? Elles ont profité d'un état de fait, plutôt que créé un principe.
C'est de la Grèce du quatrième siècle qu'est sorti ce robuste individualisme qui seul pouvait mettre sur la voie d'une religion universelle. L'idée que la justice est absolue, qu'elle a sa règle en dehors et au-dessus des institutions de la cité, que l'individu doit la poursuivre pour elle-même, cette idée vient de Socrate ou du moins de Platon. Bientôt l'individu osera se dire citoyen du monde, mais déjà Platon avait nommé « cette cité gouvernée par Dieu, le véritable maître des êtres raisonnables' ». Cette pensée, beaucoup plus que le fait matériel de la fusion des états, était de nature à promouvoir une religion universelle, qui attachât tous les hommes au même Dieu. Seul le christianisme devait