‹ Mélanges d'histoire religieuseChapitre 51 sur 109 · Journal cV un poêle, p. 88, noie · texte numérisé non relu

Journal cV un poêle, p. 88, noie

Ce lieu est la charmante oasis, proche d'Antioche, consacrée à l'amie d'Apollon; cette école, imaginée par Vigny, est censée celle de Libanius, rhéteur célèbre du quatrième siècle, que Julien afl'ecta de nommer son maître. Le poète romantique, habitué des cénacles où se tranchaient les problèmes littéraires, le platonicien convaincu que fut toujours Vigny, eut Fidée de l'aire discuter par Libanius et ses disciples, y compris Julien lui-même, la tentative de restaurer le paganisme.

Daphné se trouve ainsi refléter la pensée du poète philosophe sur deux points très actuels : la réforme religieuse, ou le modernisme, et la morale dans ses rapports avec la religion.

Le roman historique de Daphné se compose de quatre lettres. Celui qui écrit est un Juif. Dans le plan très complexe de l'auteur, le judaïsme devait être présent à tous les épisodes du drame. C'est le type d'une religion insensible au progrès, et d'une race très sensible au profit qu'elle tire de toutes les ruines. Le commerce des idoles brisées n'est guère propice à l'intelligence des mythes platoniciens. Nous sommes étonnés que la présence du jeune commerçant aux côtés de Libanius ne gêne pas l'intimité des initiés. D'ailleurs il ne risque guère, dans la controverse, qu'une flatterie biblique à l'adresse du maître du

monde : « Tu as fait reculer le soleil de deux années, impérial Josué'. »

Ce qui nous choque vraiment, c'est que les disciples de prédilection de Libanius se nomment Basile de Gésarée et Jean Chrysostome. Saint Basile et saint Jean d'Antioche sont nés de mères chrétiennes, cela se voit à leurs œuvres. Le malaise qu'éprouve Thistorien à les trouver païens lui gâte leurs personnages.

Au moment où s'ouvre le dialogue entre Libanius, le jeune Juif, Basile et Jean Chrysostome, nous sommes à Daphné, dans la maison de Libanius, près du célèbre temple d'Apollon. « Le soleil se couchait, les ombres s'étendaient, et le silence était profond... Le ciel était sombre d'un côté et enflammé de l'autre, vers la mer. Les cyprès s'y découpaient en noir comme les petites pyramides de la Necropolis de Thèbes. Tout me rappelait la ville des morts, » C'est très volontairement que Vigny a donné aux riants bocages de Daphné, arrosés d'eaux bondissantes, cet aspect lugubre. Nous sommes loin delllissos et du gai platane qui entendirent Socrate se jouer aimablement de Phèdre, quand les Idées prirent leur essor sous le ciel lumineux de l'Attique. Le monde ancien se meurt. Le christianisme oriental est déjà menacé par les dissensions des sectes, l'envahissement du luxe, la contagion de l'esprit du monde. Le paganisme reprendra-t-il une vie

1. Daphné, p. 132. — Les citations sans renvoi sont toutes empruntées à ce volume.

nouvelle par les efforts de Julien? L'empereur règne depuis deux ans, ou plutôt depuis deux ans il lutte contre la religion du Christ. On l'attend à Antioche, où déjà l'armée est rassemblée contre les Perses.

Libanius et ses deux disciples, Basile et Jean, puisqu'il faut leur donner ce nom. sont inquiets. N'ayant aucune nouvelle de l'empereur, dépositaire de la doctrine de Daphné, ils trompent leur inquiétude en rappelant comment le jeune César est devenu l'un des leurs. Encore absent, il occupe déjà la scène. Nous l'entrevoyons d'abord dans sa prison princière de Macella. Élevé dans une solitude impénétrable, c'est à peine s'il sait que son père , ses oncles et ses frères, à l'exception de Gallus, son compagnon d'infortune, ont été massacrés par les soldats, à Tavènement de Constance. 11 ne connaît encore que le christianisme et exerce même à l'église les fonctions de lecteur. C'est là que Basile et un jeune esclave de Libanius, Paul de Larisse, tentent de lui parler pour le gagner à la mystique de Daphné. Paul de Larisse n'appartient pas à l'histoire. Il n'en est que plus vivant. Il est à la fois païen convaincu et stoïcien, étant une âme religieuse et intrépide, telle qu'on la rencontrerait plutôt parmi les j eunes martyrs chrétiens. En mettant cet ami aux côtés de Julien, Vigny a fait au paganisme un don qu'il ne méritait guère. Le but de l'artiste était peut-être d'opposer à la nature complexe, subtile, méditative, dissimulée de Julien, un être dévoué, gêné-

reux. tout d'une pièce. Dès le premier regard, il s'attache à Julien, parce qu'il reconnaît en lui un sentiment religieux profond.

En ce moment, le jeune prince, debout devant le pupitre du lecteur, priait la Vierge. Basile raconte :« Julien avait les joues couvertes de larmes ; ses yeux bleus étaient, en ce moment, touchés par un rayon échappé des voûtes du temple . et sa tête seule, éclairée jusqu'aux épaules, paraissait ne plus tenir à un corps humain. Quelque chose de l'enfance, quelque chose de naïf et de pur. était visible à tous..., comme si ce prince enfant eût reçu quelques gouttes d'un lait invisible et divin que son extase paraissait lui faire goûter. . . , son front large était humide et renvoyait près de lui, sur la colonne, un peu de la clarté pure du rayon d'en haut, »

Le charmant enfant de chœur continue sa lecture, mais voici qu'il aborde un sujet plus grave : le Verbe, le Verbe divin a été fait chair en Jésus. Sa foi est entière, et pourtant quelques traits révèlent déjà une nature impressionnable à l'excès et qui fut toujours trop empressée à se hausser aux choses divines : « Ses joues pâlissaient et rougissaient tour à tour à chaque parole qu'il lisait; quelquefois il parlait avec une vitesse involontaire, comme dans la fièvre; il appuyait] sur d'autres mots, lentement, pesamment, sans raison; par moment, entre deux syllabes, il s'arrêtait, comme écoutant quelque chose qu'on n'entendait pas et qu'il paraissait

entendre... L'adolescent paraissait heureux. Il semblait avoir une vue claire, précise et radieuse de la divinité. »

De ces hauteurs où .lulien, « plein de son rêve et de la vue céleste », prie, la tête nimbée, comme les élus d'une mosaïque byzantine, Vigny abaisse nos regards vers la foule qui remplit la nef, telle qu'il a pu l'observer dans une église de Paris, mais non pas, certes, aux messes ferventes des premières heures du jour. « Cette foule indolente, molle d'esprit, molle de cœur, faible, petite et pauvre d'intellig-ence, se remit à promener des regards à demi curieux, à demi assoupis, sur les prêtres et sur les orateurs, comme sur des acteurs... On ne prêtait qu'avec dédain aux discours une oreille distraite, et l'on donnait tous ses yeux aux objets avec une ardeur furtive. » i

Frivolité, puérilité, indolence, n'y avait-il rien de plus dans le peuple chrétien? La passion relig"ieuse se réveille, et avec une sorte de frénésie, aussitôt que l'évêque arien, Eusèbe de Nicomédie, prélat de cour assez méprisable, se jette dans la controverse. C'est ainsi qu'un grand artiste a mis sous nos yeux, — au détriment d'une vérité historique plus complète. — le dénouement de la crise religieuse dans l'âme de Julien. Celui-ci s'est donné, livré à Dieu en Jésus-Christ, avec une ferveur juvénile. C'est peu qu'auprès de lui, dans l'église, des chrétiens authenti({ues paraissent peu attentifs aux

saints mystères, il faut qu'un vieil évêque, dont « le visage bilieux et ridé avait quelque chose de la fouine et du loup », s'attaque au Christ et dégrade au rang d'une créature le Verbe éternel incarné en Jésus. Au moment où ce blasphème s'exprime sans ambages. « un grand cri se fît entendre..., et avant que personne le put voir et l'arrêter , le jeune Julien jeta, du haut de sa tribune, le Livre des Testaments, qu'il tenait ouvert devant lui. et s'écria en pleurant et se tordant les bras : « Où est mon Dieu? Où est « mon Dieu? Qu'avez-vous fait du Dieu? »

De ce coup, la foi chrétienne était morte dans le cœur de Julien. Paul de Larisse le voit déjà gagné au paganisme, et pour lui porter la bonne parole de Daphné, il se vend comme esclave, « car nous pensions, en ce temps-là, ajoute Basile, que tout serait sauvé, si un des maîtres futurs du monde recevait une seule de vos pensées, Libanius ». Il fallait se hâter. De tous côtés les barbares envahissaient l'empire et les chrétiens, devenus les plus nombreux, se souciaient peu de le défendre, les meilleurs absorbés par l'espérance d'une autre vie, les autres divisés en sectes acharnées à se détruire. C'était du moins ce qu'on pensait à Daphné. Or tout a réussi mieux que Libanius n'eût pu l'espérer. Julien a embrassé le paganisme avec passion ; il a renvoyé en Germanie les Francs et les Alamans; il est seul auguste, et personne ne doute de son triomphe futur sur les Perses.

Pourquoi donc Libaniiis est-il dévoré de tristesse? 11 voudrait voir Julien, lui parler; puis il souhaite de ne plus se trouver en sa présence. Les débuts prestigieux d'un règue plein d'espérances n'ont pas ébloui le vieux philosophe. L'idée n'est pas satisfaite ; déjà Julien est vaincu. On presse Libanius de s'expliquer : il laisse seulement entendre que Julien « a cru tout voir et n'a vu qu'à demi parce qu'il est trop dominé par sa mystique exaltation ». L'angoisse du maître étreint le cœur des disciples; le jeune juif s'efforce en vain de pénétrer le sens de ce qu'il entend. La nuit est tout à fait tombée. C'est le moment que le poète des Destinées aimait, « les heures noires » où il se retrouvait seul avec sa muse. « La nuit était en ce moment si muette que nous pouvions distinguer le bruit léger des sources de Daphné. Toutes les étoiles éclairaient le ciel par de si larges feux qu'il nous semblait que nous étions placés au milieu d'elles. »

Alors Julien entra, tenant par la main Paul de Larisse ; Auguste et un esclave sont égaux à Daphné. Je ne puis tout citer : il faut lire ces pages qui ne sont point, je pense, indignes de Platon. C'est le suprême entretien de Daphné ; ce qui se décidera entre ces hommes dans la région des idées réglera le sort du monde.

L'étranger s'approche de Libanius : « C'est moi qui suis Julien, votre disciple, que vous avez condamné » ; et, jugeant au cri de Libanius que

liO MÉLANGES DHISTOIRE RELIGIEUSE.

ses entrailles se sont émues : « Mon père, mon père, j'ai besoin de toi! »

Le vieillard hésite, moins, on le sent bien, par respect pour l'Auguste et par la crainte de lui déplaire que par amour pour ce fils de sa pensée qu'il ne peut éclairer sans le jeter dans le désespoir. Il voudrait que lui-même comprit et, suivant la vieille méthode de Socrate, si secourable aux jeunes esprits qui ne savent pas encore lire en eux-mêmes, il accuse d'abord la poésie, à laquelle César croit avoir renoncé, mais qui domine encore son rêve religieux. Paul de Larisse, plus ardent et plus sûr du succès de son maitre que Julien lui-même, entre en lice pour célébrer les grands actes accomplis en deux ans. Mais l'empereur sait combien peu toute cette action pèse aux yeux du philosophe ; il prend la parole pour défendre son œuvre. Cette œuvre, c'est l'hellénisme remis en honneur, la glorieuse tradition des poètes et des sages reprise, la pure morale de Marc-Aurèle imposée aux prêtres païens. Mais déjà Libanius l'arrête : « Les pures maximes, les institutions vertueuses, les lois prudentes ne se conservent pas, si elles ne sont à l'abri d'un dogme religieux. » Julien ne l'ignore pas. A-t-on reconnu en lui une foi inébranlable aux divinités du vieil Olympe? ou bien, qu'a-t-il mis à leur place?

Julien avait penché sa tête sur sa main, et son coude était négligemment •' tendu sur la table. Il rêva, puis il sourit, puis il dit en attachant ses yeux sur les constella-

lions brillantes qui tremblaient derrière les feuilles sombres des cyprès, des lauriers et des cèdres : « Si le délire est divin et s'il est permis de le regarder comme tel, n'est-ce pas lorsque la mémoire des choses divines que notre âme a connues avant la naissance devient en nous si vive quil nous semble être rentrés dans le sein de la divinité même? N'avons-nous pas reconnu que le raisonnement est une arme aussi bonne pour l'erreur que pour la vérité? Nous ne pouvons donc nous attester élevés jusqu'au sentiment du vrai, du beau et du bien, que dans ces rares moments où notre âme, se souvenant de la beauté céleste, prend ses ailes pour retourner en sa présence et la voir clairement devant elle, autour d'elle, se sent pénétrée de son amour, et ne voit rien dans l'univers qui ne soit tout illuminé des splendeurs de la divinité. »

Puis il explique son système, étrange fusion du platonisme avec le culte du soleil, du monothéisme et du polythéisme, liant Dieu au monde par l'intermédiaire des dieux et du soleil-roi, emblème visible du Démiurge, du Logos, du Verbe incréé et très pur.

Tout ce monde des Idées, reflet du Dieu intelligent, modèle des choses sensibles, ce n'est pas ce quenseigne la froide raison dont Julien a reconnu l'impuissance quand il s'agit des choses divines. Et si c'est une révélation, à qui Dieu a-t-il parlé? Libanius : « C'est vraiment par un sentiment purement poétique que tu t'es exalté, Julien, et il se trouve ainsi que, tandis que tu croyais agir sur la multitude des hommes, tu n'as agi que sur toi-même..., tu t'es enivré du vin que tuteur avais préparé..,, et tu viens de

boire devant nous, mon ami, le nectar de ta poésie. )> Et le vieux sage,

attachant ses yeux sur ceux de Julien, sembla y plonger fies regards comme deux épées... « Les hommes les plus vulgaires ont un sentiment vague de la vérité. Ils pensent que les dieux sont usés, que nous n'y croyons plus et que ieurs noms sont pour nous des idées de destinée, de justice, de force, de vertu que nous leur voulons rendre sensibles. J'ai cru quelque temps que l'on pouvait dorer les idoles et blanchir les temples, mais je vois qu'ils n'en paraissent que plus vieux. Le nouveau voile dont nous avons enveloppé les idées est trop transparent; son tissu est trop élégant et trop fin, on voit en dessous nos pieds de philosophes et de savants; c'est ce qui fait que tout e-t perdu pour le temps de notre vie. »

La réforme était donc condamnée d'avance. Pouvait-on attendre mieux d'une reprise sincère de l'ancien culte, tel que le pratiquait la tradition'? Ou le monde était-il préparé « à comprendre la divinité, l'immortalité de l'âme, la vertu et la beauté sans le secours grossier des symboles » ? Libanius avait espéré, — propos étrange dans la bouche d'un philosophe, — l'une ou l'autre de ces deux solutions, mais depuis que Julien a réussi, il a désespéré, parce que son triomphe a été stérile. Et, chose plus étrange encore, ce qui perd le monde, c'est pour ainsi dire un excès d'hellénisme, car « la ruse de l'esprit grec est le caractère universel des hommes de l'empire : ils n'ont pas plus le désir d'une vérité divine que dune autre, trouvant sous leurs mains autant d'arguments contre que

pour toute chose, et tout homme de notre â,2e est sophiste ». Que faire donc, car enfin il faut sauver le trésor de Daphnc : « C'est l'axe du monde, c'est la sève delà terre..., c'est l'élixir de vie des hommes, distillé lentement par tous les peuples passés pour lès peuples avenir : c'est la morale. Or il va périr, ce trésor, si nous ne le passons bien conservé à des mains plus sûres que celles des peuples sophistes... Ici, Libanius soupira profondément et, après nous avoir regardés avec douleur : u II faut bien, — dit-il^ « — le passer aux Barbares. »

A ce mot de Barbares, Julien ne sursaute pas; il lui reste à entendre quelque chose de plus dur, dur aussi à entendre pour nous, par le mélange de la vérité et de l'erreur. Le trésor de la morale est comparé à une momie enfermée dans une boite de cristal :

"Elle croise ses bras sur sa poitrine el y garde en paix notre trésor. Sur ce cristal énorme sont gravés et peints des caractères sacrés qui, faisant adorer Tenveioppe, ont conservé le trésor des âges anciens. Les dogmes religieux, avec leurs célestes illusions, sont pareils à ce cristal, ils conservent le peu de sages préceptes que les races se sont formés et se passent Tune à l'autre. Lorsque lun de ces cristaux sacrés s'est brisé sous reffort des siècles et les coups des révolutions des hommes, ou lorsque les caractères qu'il porte sont effacés et n'impriment plus de crainte, alors le trésor public est en danger, et il faut qu'un nou- Tcau cristal serve à le voiler de ses emblèmes et à éloigner les profanes par ses lueurs nouvelles, plus sincèrement et chaudement révérées. Or les Barbares dont nous parlons ont une crainte toute vraie, toute jeune et sans examen

du nouveau dogme des chrétiens; s'ils la conservent pure^, ce dogme sera le seul en vérité qui puisse sauver le trésor du monde... »

Libanius se tut tout à coup, et ce fut Julien qui à son tour se couvrit la tête de son manteau. Bientôt son pâle visage sortit de ses mains, et il prit le cotyle d'argent qui était placé devant lui; un doux sourire animait ses lèvres et son regard et, se levant avec nous en faisant une libation du côté de l'Orient, il dit : •< Au Dieu Préservateur, quel qu'il soit! » Ensuite il versa la coupe et ajouta d'une voix paisible, et en souriant avec tristesse : « Tu l'emportes, Galiléen! »

La tragédie est terminée. Que Julien ait conduit les Romains victorieux jusqu'à Ctésiphon, c[u'il ait montré jusqu'à son dernier combat les qualités morales d'un chef et la clairvoyance d'un bon général, tout cela, Vigny le racontera en quelques pages, mais c'est un épilogue qui comptait peu pour lui. L'idée de Julien vaincue, il ne lui restait plus qu'à mourir avec honneur, et c'est pour obéir aux lois de cet idéalisme dominateur que le mot légendaire de l'empereur mourant : « Tu l'emportes, Galiléen ! » est déjà prononcé à Daphné, le vrai champ de bataille d'où le christianisme sort victorieux, et auquel Libanius lègue Basile de Césarée et Jean Chrysostome. Paul de Larisse, comme Julien, cherche la mort et se fait lapider par des barbares chrétiens irrités de ses blasphèmes.

Après chacune de ses créations, Stello, Servi-

tudf et Grandeur militaires, Vigny était assailli de questions. On voulait savoir ce qu'il y avait de vrai. Nous dirions aujourd'hui plus lamilièrement u si c'était arrivé ». « Pour les poètes et la postérité, répondait-il, dans son Journal, il suffit de savoir que le fait soit beau et probable. Mais il ne faut pas en vouloir au public, que nous décevons par l'art, de chercher à se reconnaître et à savoir jusqu'à quel point il a tort ou raison de se faire illusion'. »

Profitons donc ici de la licence que nous laisse le poète. Quand il s'agit d'une personnalité historique aussi considérable que celle de Julien, c'est presque un droit. Laissons donc de côté Joseph Jechaïah, symbole de sa race, Basile et Chrysostome, fourvoyés à Daphué, Paul de Larisse, digne de mourir pour une meilleure cause.

Libanius a été flatté. C'était un rhéteur, très crédule, attendri des attentions de Julien ; il le crut le Sauveur du monde et le pleura. Jamais on n'extraira de ses discours fleuris, de ses épitres plus chargées de phrases que d'idées, l'élixir de vie, le trésor de Daphné. Mais en somme il importe peu, et qu'il n'ait eu guère plus de cinquante ans en 363 après Jésus-Christ. Il représente une moitié de Vigny et nous le retrouverons.

Mais Julien? Est-il vrai? Est-il même probable?

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