Cinq-Mars, 1, p
que pas un mot ne sorte de ma plume qui n'aboutisse à un rayon de cette roue dont le centre est la question posée. »
Ne peut-on pas espérer que cette œuvre, gardée longiiemps dans ses cartons et à laquelle il revenait sans cesse, livrera le secret de sa vie religieuse et de son trop célèbre pessimisme?
Car, si l'on est d'accord que ce pessimisme fut le plus profond et le plus douloureux de tous, dans une génération atteinte de mélancolie, on ne s'entend pas sur ses causes. D'après Brunetière, on nait pessimiste, et Vigny est né très pessimiste. M. Faguet dit, lui aussi : « Le comte de Vigny était né triste^ » ; mais cette tristesse avait quelque chose de philosophique, et un critique aussi pénétrant que M. Faguet n'a pas de peine à la construire en système : le génie est un don sublime, mais fatal, premier degré; le monde est mauvais, il faut donc haïr Dieu, second degré, et dans cette détresse garder sa dignité, troisième degré. Le quatrième degré est un retour vers les souffrants : « J'aime la majesté des souffrances humaines », et ainsi, « du fond du désespoir, le philosophe est arrivé au transport et au ravissement du pur amour ». C'est donc une philosophie complète : « Vigny a promené sur les choses un regard désolé, mais d'une pénétration, dune étendue et dune sûreté qui ne le cède à aucun autre-, »