‹ Mélanges d'histoire religieuseChapitre 56 sur 109 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

A ce compte, on serait tenté de croire que Vigny a trouvé le repos de l'esprit dans une philosophie bien arrêtée. J'aime mieux penser, avec M. Faguet lui-même : « Le vrai tourment du mélancolique, qui est d'adorer l'idéal et de n'y pas croire, nul ne l'a si pleinement connu que lui, ni si constamment ^ », ou avec M. Maurice Masson : « 11 y a dans la vie et l'œuvre de Vigny comme un va-et-vient douloureux de sentiments, didées et de goûts^. » En un mot, Alfred de Vigny fut la plus illustre, la plus noble, mais la plus infortunée des victimes du doute.

Ce va-et-vient douloureux est l'énigme de Daphné. Quand on croit avoir saisi la pensée du poète, on s'aperçoit bientôt qu'on n'en possède qu'une partie. C'est que, dans Vigny, il y a toujours deux hommes : le docteur Noir, qui représente la raison, la critique, « le mépris, pourquoi? perpétuel », et Stello qui est l'enthousiasme, l'idéalisme, l'adoration, « la commisération, hélas! éternel 3». Ils ont lutté, -' les deux inséparables ennemis » !

La vraie nature de Vigny était une sensibilité extrême, mais cette sensibilité, ayant été refoulée, demeura, nous dit-il, « enfermée dans le coin le plus secret du cœur. Le monde ne vit plus, pour jamais, que les idées. Le docteur Noir seul

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