‹ Mélanges d'histoire religieuseChapitre 6 sur 109 · LA COLONIE JUIVE DE LILE D ÉLÉPHANTINE · texte numérisé non relu

LA COLONIE JUIVE DE LILE D ÉLÉPHANTINE

et l'oQ conclut que ce devait être un fort l)el édifice. Mettons quelque chose sur le compte de l'emphase dont ils sont coutuQîiers; il reste qu'on avait employé des pierres de taille, du moins pour les montants des portes qui étaient au nombre de cinq ; les vantaux étaient en bronze, le toit en bois de cèdre ; on se servait, pour le service divin, de coupes d'or et d'argent. Quoique le nom à' agora indique plutôt une synagogue qu'un temple, selon la remarque ingénieuse de M. Sachau, cependant cette maison de Dieu était pourvue d'un autel : on y brûlait des parfums, on y offrait des sacrifices de farine et même des sacrifices sanglants. Cela durait depuis un certain temps, lorsque les Perses envahirent l'Egypte. Cambyze, bizarre, emporté, presque dément, se montra, Hérodote l'a raconté, peu respectueux de la conscience des vaincus. Nos Juifs d'Éléphantine ont connu ce trait, qu'ils exagèrent encore : « Lorsque Cambyse est arrivé en Egypte, il a trouvé ce sanctuaire liàti, et si l'on a renversé tous les sanctuaires des dieux de l'Egypte, on n'a pas touché à ce sanctuaire. »

Naturellement, la remarque s'adresse à un fonctionnaire perse. Elle trouvait sa place dans le récit lamentable de la destruction du temple, J'année quatorzième de Darius II (ilO avant J.-C).

D'où sont partis les premiers coups? Il n'est pas dans le caractère des Juifs de commencer les hostilités, du moins ouvertement. Mais ils ont pu y être engagés par leur situation. D'après le pa-

li MELANGES DHISTOIRE RELIGIEUSE.

pyrns Eutiiig, les Juifs se vanteiit d'être demeurés fidèles au gouvernement quand les Égyptiens essayaient de reconquérir leur indépendance.

Ils étaient dans leur rôle; mais n'était-ce pas ajouter au grief religieux un nouveau motif d'exaspération?

Très habilement, les prêtres de Khnoum attendirent le départ d'Arsam, le haut fonctionnaire chargé d'administrer l'Egypte du sud, sinon l'Egypte entière. Pendant que ce personnage était à la cour, on s'entendit avec le gouverneur local Widarnag. Celui-ci était Perse ; il crut peut-être de bonne politique de ménager les Egyptiens ; les Juifs l'accusent d'avoir reçu de l'argent ; ils ont pu le savoir ; le plaisant est qu'ils allèguent ce grief dans un document où ils offrent un riche pourboire à un autre fonctionnaire!

Widarnag chargea de l'exécution son fils, qui avait un grade dans l'armée. Les Égyptiens ne demandaient qu'à marcher; on entraîna sans peine d'autres soldats, peut-être des mercenaires cariens ; le temple fut détruit de fond en comble. Les Juifs prétendirent même, pour donner plus de corps à leur grief personnel, que les prêtres de Khnoum avaient bouché un puits très utile à la garnison ; le mouvement dirigé contre eux était une atteinte à la sécurité de l'empire.

Coïncidence assez singulière, l'attentat fut commis au m<»is de Tamouz, c'est-à-dire environ du 15 Juin au 15 juillet, et c'est en juillet que Nabuchodonosor, Titus et Godefroi de Bouillon

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prirent Jérusalem. D'après une certaine critique, il faudrait dire que ces dates sont inventées à plaisir par g-oùt pour les anniversaires.,. Et, de même que nous voyons encore à Jérusalem les Juifs se réunir chaque vendredi soir aux ruines du temple pour y pleurer la catastrophe : « durant trois ans, disent les Juifs d'Éléphantine, nous avons revêtu des sacs et nous avons jeûné; nos femmes sont devenues comme des veuves et nous n'avons pas employé de parfums, et nous n'avons pas bu de vin ;... ni sacrifices alimentaires, ni encens, ni holocaustes n'ont été offerts dans ce sanctuaire qui est toujours démoli ».

Cependant ils n'avaient pas attendu si longtemps pour demander justice. Peut-être même Widarnaa" avait-il été sévèrement puni d'un abus de pouvoir évident. Mais le temple demeurait en ruines. Les Juifs avaient écrit en Palestine. On ne répondait pas.

Nous avons un double brouillon d'une lettre qui eut un meilleur résultat. On ne rédigeait pas du premier coup une requête aussi solennelle; l'écriture, la diction ofl'raient des difficultés. Les philologues ont constaté qu'un des deux exemplaires est beaucoup plus soigné. Nous les possédons tous deux, parce qu'on ne les a pas jugés dignes d'être envoyés; le troisième était sans doute encore plus parfait, mais il est plus que douteux qu'on le retrouve à Jérusalem.

La lettre était destinée à Bagoas, gouverneur de la Judée pour les Perses, intéressé par là

même au bien des Juifs dispersés dans l'empire. On lui demandait d'intervenir auprès de ses amis d'Egypte pour que le temple fût rebâti. La même supplique avait été adressée à Jochanan, le grandprètre de Jérusalem, que les intérêts juifs touchaient encore de plus près. Puisqu'il avait gardé le silence, cette fois on ne s'adresse plus à lui, mais on prévient Bagoas qu'une pétition semblable est envoyée à Delaïah et à Chelemiah. les fils de Sanaballat, gouverneur de Samarie.

Jochanan, Sanaballat, Bagoas mais voilà

des noms familiers..., du moins aux érudits. En dépit de ces traits malins auxquels il est en butte, le cœur de l'archéologue s'épanouit. On aime à lire dans les papyrus des noms nouveaux, mais quand ce sont des personnes dont on a fait la connaissance dans la Bible et dans les Antiquités judaïques de Josèphe 1 On plaint les anciens savants, du temps où l'on ne faisait pas de fouilles. Mais pourquoi Jochanan n'a-t-il pas répondu? Il serait si bon de retrouver sa lettre datée de Jérusalem !

C'est sans doute qu'il s'est trouvé fort embarrassé-. Chef de la religion de lahô, il devait sentir douloureusement les outrages faits à son nom. Mais, seul ministre autorisé par la loi du seul lieu de culte qui fût légitime, il ne pouvait guère donner les mains à la reconstruction d'un temple en dehors de Jérusalem. Depuis la des-

1. Combien île questions on refile en ne répondant pas, me disait agréablement un administrateur.

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