De doctrinu christiana, II
absolus et les critiques attentifs. Assurément r Esprit-Saint était le MaJtre. Il avait pu enseigner de cette manière, cela était possible, métapliysiquement, physiquement, moralement possible... en spéculation; car en fait cela avait l'air d'autre chose. En fait cela semblait tout juste un contresens. Jérôme aurait pu expliquer quelle fausse piste avait suivie le traducteur grec : il refaisait le travail de la pensée de celui-ci, qui tantôt avait méconnu le sens de telle forme, tantôt avait mal coupé les lettres, ou pris UD nom propre pour un nom commun, et il lui paraissait étrange de faire de l' Esprit- Saint l'inspirateur d'un pareil travail. L'Esprit- Saint n'a enseigné qu'une fois, tout ce qui s'écarte de son texte ne peut être vrai*. Mais une semblable démonstration ne pouvait être utilement offerte au public d'alors. Hardiment, Jérôme tire à lui les Apôtres. Les Apôtres citent des textes qui ne sont pas dans les Septante. Les ont-ils inventés? Ici on ne peut plus appeler l'Esp rit-Saint au secours des Septante. Ou les Apôtres ont erré, ou la traduction grecque est infidèle, il faut choisir-.
Le chrétien éprouvé qu'était Jérôme souffrait cruellement de voir ses intentions méconnues.
1. n Et u tique non possit verum esse (juod dissonat », principe posé à propos des variantes des LXX, préf. de Jos.
2. « Aut aliter de eisdem libris per Septuaginla interprètes, aut aliter per Apostolos Spiritus Sanctus teslimonia tenuit : ut quod illl tacuerunt, lii scriptum esse vientiti sunt. »
et par là même, croyait-il, son travail devenu inutile : « Si je tressais des corbeilles de jonc, ou si je liais des feuilles de palmier pour manger mon pain à la sueur de mon front, en prenant grand soin do mon estomac, personne ne me mordrait, personne ne me ferait de reproches. Mais parce que, selon la pensée du Sauveur, je veux mettre en œuvre une nourriture qui ne périsse pas et débarrasser des ronces et des épines l'ancienne voie des volumes divins, on me déchire à belles dents; on me nomme faussaire, moi qui ne fais que corriger des défauts ; je n'enlève plus les erreurs, je les sème! Car la routine est si forte que les défauts, même reconnus, plaisent encore ^ » Aussi renonce-t-il au grand public et ne veut-il plus travailler que pour ses amis : <( On l'a dit, c'est le comble de la démence que de lutter en vain et de se donner de la peine pour n'aboutir qu'à se faire détester... Evitez la critique de ceux qui ne savent que juger les autres sans rien faire eux-mêmes'-. » Assurément ces paroles sont vives. On a coutume dans l'Allemagne protestante de parler à tout propos de la vanité de saint Jérôme; son irritabilité n'est pas moins célèbre. Tendre et passionné comme il l'était, détesté dos Grecs dont il semblait menacer toute la littérature exégétique sur l'Ancien Testament, méconnu d'un grand nombre de ses