A Doinnioii et Rogatien
Latins, il était sensible aux éloges de ses fidèles. Qui oserait lui faire un reproche de s'être complu dans les encouragements de quelques amis d'élite et des admirables femmes qui partageaient son goût pour l'Écriture sainte, qu'elles aimaient à lire et à chanter dans son texte primitif?
Comme si l'intérêt de cette lutte d'un homme contre la coalition des opinions régnantes n'eût pas été assez grand, la Providence voulut placer encore dans les rangs des adversaires de Jérôme le plus beau génie de sou église latine, saint Augustin. Non qu'il faille le juger à cette escarmouche. Evidemment il n'est pas sur son terrain. Pendant que Jérôme, formé au foyer de ce qui restait des élégances latines, sans cesse en route à la recherche des maîtres célèbres, avait encore orné son esprit de toutes les connaissances ecclésiastiques de l'Orient grec, sans négliger même la tradition grammaticale des maîtres juifs, Augustin, presque sédentaire, longtemps retenu dans la difficulté métaphysique du mal, n'avait jeté qu'un regard distrait sur la littérature de l'exégèse chrétienne. Quand il s'y appliqua, la connaissance de l'hébreu lui fit défaut, et le vol de sa propre pensée l'empêcha toujours de s'arrêter aux minuties de la grammaire, quoiqu'il en comprit l'importance. Entre ces deux hommes c'était au fond l'opposition du dogmatisme et de la critique avec les mêmes principes de foi et le même attachement à l'Église. On peut penser
encore à Bossuet et à Richard Simon, Les uns ont une école, parce que leur œuvre est fortement liée, ferme et synthétique. Les autres créent des mouvements parce qu'ils soulèvent plus de questions qu'ils n'en peuvent résoudre. Augustin règne encore sur la théologie catho lique, et l'impulsion donnée par Jérôme est loin d'avoir atteint son terme, car l'ironie des choses n'ira pas jusqu'à faire de sa traduction, œuvre critique presque révolutionnaire, la borne de l'esprit critique.
Les arguments de lévêque d'Hippone sont empruntés à l'esprit conservateur et traditionnel^. C'est d'abord une sorte de conservatisme général, d'un ordre humain, qu'on est étonné de rencontrer sous la plume d'un génie aussi actif, et qui suppose, il faut bien le reconnaître, une connaissance incomplète du sujet. Cela consiste à dire qu'il n'y a plus rien à faire ; après tant d'autres, la matière est épuisée. « Je ne puis assez m'étonner qu'il se trouve encore dans le texte et les manuscrits hébreux quelque chose qui ait échappé à tant de traducteurs très habiles dans cette langue. » Et alors, le fameux dilenmie : les passages obscurs le seront toujours, puisque les plus habiles ne s'entendent pas; les passages clairs ont dû être bien inter-
rétés. — Jérôme savait que rien n'est plus facile 'à rétorquer qu'un dilemme. Il demande à Au-