‹ Mélanges d'histoire religieuseChapitre 69 sur 109 · OC · texte numérisé non relu

OC

à la cour sans sa permission ou de faire usage de lettres fausses au détriment de la justice^. Un autre canon indique plus nettement encore ([ue les clercs avaient une certaine part à l'administration de la justice. On réserve aux prêtres, s'il y en a, de lire l'Évangile et de donner

1. Je crois voir dans ces canons deux mois latins comiUitum et faisum sini|)leinent transcrits en syriaque. M. Bickell traduit lepveimer cimetière, le second, letlrc du palais. 0\., l)p. 219 et 220.

le signe, c'est-à-dire, suivant M. Bickell, le baptême ou la Lénédiction en forme de croix.

Il devra y avoir dans chaque église un évangile des distincts : c'est-à-dire, comme l'a fait observer M. l'abbé Martin, les quatre Évangiles authentiques, séparés, et non une harmonie comme le diatessaron de Tatien. Il est prescrit de rechercher et de brûler les écrits des hérétiques ou de les envoyer à l'évêque, et de faire disparaître les derniers vestiges de l'idolâtrie en coupant les arbres sacrés et en détruisant les restes des temples. Ces prescriptions sont en accord avec la législation théodosienne, et on verra que Rabulas, employant ces matériaux à construire un hôpital, méritait bien de l'humanité.

Ces avis sont adressés principalement aux clercs d'un ordre supérieur, prêtres ou diacres. Il y avait encore à Édesse et dans les environs deux autres classes de personnes consacrées à Dieu : les moines et les clercs d'un ordre inférieur. Les moines sont connus, et nous donnerons tout à l'heure les canons qui les concernent. Les autres sont nommés fils ou filles du pacte, car il y en avait des deux sexes, ce qui indique nettement, comme aussi les avis qui leur sont adressés, quils étaient liés par des vœux de religion. Les hommes remplissaient les offices des ordres inférieurs de l'Église, sous la direction des prêtres : ils étaient chantres, sacristains et portiers ; on ne confiait l'administration

de l'Église à des laïques qu'à leur défaut ; il leur était interdit de se mettre dans le chœur au rang- des prêtres. Rabulas leur faisait les recommandations les plus strictes au sujet de la aiiasteté, ce qui relève encore l'importance de la chasteté parfaite pour les degrés supérieurs de la cléricature. Il leur donnait même des règ-lements plus précis qu'aux clercs : « Ses paroles s'étendaient à Ihabit, à la chaussure, à la coupe des cheveux. »

Les femmes consacrées à Dieu ou filles du pacte semblent avoir été nombreuses. Elles vivaient sous la conduite des diaconesses. Toujours prête, à seconder l'évêque dans ses œuvres de charité, elles étaient ce que sont aujourd'hui les ordres actifs à demi-clôture ou sans clôture. C'est à ces personnes qu'il disait : « Les épouses du Christ ne doivent pas paraître aux yeux des hommes dans la rue sans un voile modeste, ni donner aucun signe de légèreté dans les manières, ni aller à l'assemblée ou à quelque autre lieu convenable, si ce n'est plusieurs ensemble. Il voulait que toutes les filles (spirituelles) de chaque diaconesse vécussent avec elle dans la retraite, la sainteté et la chasteté, car la vie commune pouvait leur servir de gardienne à toutes. ■>■>

Ancien anachorète, Rabulas n'oubliait pas ceux qui vivaient dans la solitude, adonnés à la contemplation.

On voit qu'il s'est préoccupé de maintenir

les moines dans la ferveur primitive, tout en contenant les excès d'un zèle mal entendu. Il insiste encore sur la chasteté, garantie par la doulîle clôture, c'est-à-dire l'interdiction la plus formelle aux femmes de pénétrer dans les monastères, et l'interdiction aux moines de sortir, fût-ce pour cause de maladie ou pour s'occuper des affaires de leurs parents. La pauvreté y est recommandée non seulement aux individus qui ne doivent rien posséder en propre, mais encore aux communautés qui doivent éviter même les apparences de l'avarice. Tout en prescrivant aux moines rattachement aux saints offices et aux saints livres, Rabulas ne voulait pas qu'ils donnassent des décisions d'après l'Écriture aux simples fidèles. Il ne permettait pas qu'on se lançât dans la solitude avant d'être éprouvé par de longues années de vie commune dans l'exercice des vertus. Ce qui sentait la singularité, cheveux longs, cuirasses et chaînes de fer, habits de poil, ne devait pas paraître au dehors.

L'Église a toujours évité la superstition dans le culte des saints : « Il ne doit pas y avoir dans les monastères dossements des martyrs; ceux qui en ont devront nous les apporter ; s'ils sont véritables, on les honorera dans le sanctuaire des martyrs; sinon, ils seront placés au cimetière. »

Un autre abus consistait à donner aux malades une certaine onction destinée à les guérir, mais

qui n'était pas rextrême-onction administrée par les prêtres'. Rabulas ne l'interdit pas entièrement : « Si quelqu'un a manifestement cette grâce, qu'il donne l'onction aux hommes, et s'il y a des femmes qui en ont besoin, qu'on la leur envoie par leurs maris. »

Au contraire, pour l'eucharistie, la prohibition est absolue : « Aucun des frères, s'il n'est prêtre ou diacre, n aura l'audace de donner la communion. »

Sur ce même point, Rabulas eut à réprimer un abus plus grave encore : l'intérêt du sujet nous fera pardonner d'entrer ici dans quelques détails. La Iett?'e à Gamaliniis est importante pour l'histoire de la foi et des usages de l'Église syrienne touchant l'Eucharistie.

Un abus étrange s'était introduit parmi les moines du diocèse de Perrha ou des Perrhiens. Us se vantaient de ne prendre aucun aliment, pas même le pain et l'eau, nourriture frugale des moines les plus austères, afin de se mettre au rang des Paul et des Antoine que Dieu avait miraculeusement soutenus. Cependant il fallait vivre, et ces singuliers religieux avaient imaginé de ne vivre que de l'Eucharistie dont ils faisaient un abus sacrilège, « apaisant leur faim et leur soif avec le propre corps de Notre-Seigneur deux et trois fois dans le même jour ». Rabulas écrivit à l'évêque de Perrha (iamalinus ou Ge-

Page 1