‹ Mélanges d'histoire religieuseChapitre 70 sur 109 · Bickell, Conspecius Rei Syrnrum lUlerariae, p · texte numérisé non relu

Bickell, Conspecius Rei Syrnrum lUlerariae, p

mellinus une lettre fort vive où il exprime son indignation de pareils scandales.

Ces prétendus ascètes avaient la délicatesse de n'être point satisfaits d'un pain azyme, et faisaient fermenter celui qu'ils consacraient. Rabulas le leur reproche en des termes qui montrent clairement qu'on faisait alors, au moins dans l'Église syrienne, usage de pain azyme pour l'Eucharistie. Au contraire, il ne parait pas les blâmer de mêler de l'eau chaude au vin dans le calice, mais seulement d'en boire avec excès : indice de Fantiquité de l'usage que les Grecs font de l'eau chaude. Nous voyons également que l'usage était établi de ne point consacrer pendant les jours de jeûne, règle que ces moines ne respectaient pas; d'ailleurs, ils étaient loin de se contenter de la nourriture eucharistique, comme ils le prétendaient, si bien que Rabulas se vit contraint de rappeler aux règles les plus élémentaires de la tempérance ces ascètes aflamés de réputation, que la vaine gloire ne suffisait pas à rassasier. Nous avouons sans détour que nous ouvrons ici une parenthèse, car un fragment de cette lettre soulève une grave question : quelle était la foi de Rabulas touchant l'Eucharistie?

Voici le passage incriminé ^ : « Ceux qui mangent avec foi le pain sanctifié, en lui et avec lui mangent le corps vivant du Dieu sanctifica-

1. Assemani, JSt^/. Or., I, p. 413 ; jusqu'à présent, on attribuait cette lettre à Paul d'Édesse, évêquemonophjsite du vi' siècle.

teur, et ceux qui le mangent sans foi reçoivent une nourriture semblable au reste de ce qui entretient le corps. Car si ce pain était enlevé par violence et mangé par des ennemis, ils mangeraient un pain ordinaire, parce (ju'ils n'auraient pas la foi qui fait sentir sa douceur. En effet, le palais goûte le pain, mais c'est la foi qui goûte la vertu cachée dans le pain. Car ce que nous mangeons n'est pas seulement le corps de celui qui nous vivifie, comme nous le disions tout à l'heure, mais ce à quoi nous participons avec lui, selon notre croyance. La vertu qui n'est pas mangée est participée avec le pain qui est mangé et devient une seule chose pour ceux qui la reçoivent; de même que des noms secrets sont unis aux eaux visibles, pour enfanter un nouvel homme, car au-dessus des eaux qui paraissent, l'Esprit couve secrètement et engendre le nouvel homme à l'image de l'Adam céleste. » On aura sans doute été frappé de la parenté de ce langage avec celui de Ratramne de Corbie, et la comparaison entre l'Eucharistie et le Baptême qui se trouve dans les deux auteurs n'est pas ce qui les rend plus faciles à expliquer. Cependant les expressions de Rabulas sont beaucoup moins dures que celles de Ratramne ' : Il ne faut pas oublier que, dans cette même lettre, il nomme k chaque instant l'Eucharistie le corps et le sang de Jésus-Christ, qu'il oppose la dignit é

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