Le Voyage de Sparte, p
On sait assez dans quels termes Renan faisait sa prière à l'Acropole*. A sa suite, ses fidèles répètent avec componction, et sans y rien changer, l'hymne à la beauté grecque, toujours ancienne et toujours nouvelle, l'unique source des inspirations artistiques.
Le plaisir de cette admiration se relève, comme il convient, aux dépens de l'art chrétien. Quand on a suivi en esprit la procession des Panathénées jusqu'au sanctuaire de l'Athénée de Phidias, l'émotion artistique est avivée d'un petit frisson de pitié par un retour sur la sculpture des cathédrales du xiii*^ siècle, de ce temps où, disait Taine, « les personnages sont laids ou dépourvus de beauté, souvent disproportionnés et non viables, presque toujours maigres, atténués, mortifiés et absorbés par une pensée qui détache leurs yeux de la vie présente, immobiles dans l'attente ou le ravissement avec la douceur triste des cloîtres ou le rayonnement de l'extase, trop frêles ou trop passionnés pour vivre et déjà promis au ciel^ ». Certes, ce n'était pas l'extase qui rayonnait du corps des beaux éphèbes de la Grèce. La suprême perfection de la statuaire, d'après le
1. M. Saloinon Reinach y voit un souvenir de Volney, mais ajoute : « Cela n'est pas dit pour diminuer Renan, qui domine le déclamateur Volney de toute la hauteur du génie » [Revue archéolorjique, janvier-février 1913). Tout de même, la prière à l'Acropole, quand elle n'est pas ironique, n'est-elle pas un peu déclamatoire.^