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veux flottant avec une grâce nég-ligée, semblent accuser de rusticité les Korés d'Athènes au sixième siècle, gênées dans leurs tuniques collantes. Les hommes sont presque nus, mais des scènes de pugilat mettent en relief une connaissance approfondie du corps humain. Aucune œuvre considérable de ronde-bosse ne nous est parvenue en entier; pourtant, en pareille matière, quelques échantillons suffisent à faire naître l'émotion esthétique et à nous éclairer sur les notions que possédait l'artiste. M. Deonna s'est amusé à mettre en regard un torse grec archaïque et un torse en stuc de Cnossos, antérieur de quelque mille ans. Le torse archaïque, à peine dégrossi, les bras ballants, fait ressortir la science du maître Cretois : « Le bras replié sur la poitrine, et tous les muscles, durs et secs, sont marqués : le grand pectoral avec son insertion sur le bras, le deltoïde, le lùceps; on dirait presque avoir sous les yeux une préparation anatomique ^ . »
Et cependant cette science n'exclut pas la vie. La procession des porteurs de vases a bien la dignité de la frise phidiaque, mais le cortège dit des moissonneurs marche sur un rythme qui dérouterait les partisans convaincus de la sérénité. iM. Deonna parait approuver mon expression : les artistes crétois « n'ont jamais regardé le corps
1. Deonna, UI, 97. — L'auteur me reproche d'avoir raiipelé, à propos tlo l'arl crélois, Phidias et Michel-Ange. En cela je n'entendais |)as comi)arer l'art Cretois à une époque donnée, mais indiquer une lignée de grand art.
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humain que dans cet état de tension extraordinaire cfui lui donnait, à leurs yeux, plus de beauté 1 ». Il ajoute pour son compte : « Aussi leurs formes paraissent-elles souvent disloquées et leurs attitudes forcées-. » Il est vrai qu'ils n'ont pas reculé devant le rendu des exercices d'acrobatie.
Encore est-il que ces artistes fougueux étaient des observateurs patients de la nature et qu'ils ont fait au monde végétal une place de choix dans leurs fresques et sur leurs vases peints.
L'instinct animal lui-même n'a pas échappé à leur regard sympathique : la tendresse de la chèvre sauvage qui allaite ses petits, la convoitise du chat qui guette sa proie, la fureur du taureau pris au piège, peut-être même le mugissement vainqueur du taureau qui a exercé sa force de mâle \
Or ce sont bien là les traits d'un art consommé, et M. Deonna est parfaitement en droit de comparer <( les lutteurs du vase d'Haghia Triada, dont les muscles sont tendus dans un effort violent, dont les attitudes sont emportées, aux dieux et aux géants qui combattent sur la frise de Pergame^ », comme aussi les femmes qui assistent en caquetant aux grandes fêtes minocnnes rap-