‹ Mélanges d'histoire religieuseChapitre 83 sur 109 · Deonna, IIJ · texte numérisé non relu

Deonna, IIJ

LE MlUACLE CREC ET LES RYTHMES DE L'ART. 251

pellent les commères syracusaines de Théocrite (|u'on croit rencontrer dans mainte statuette hellénistique, attifées et minaudières.

Oi', si ces Cretois préhelléniques ne sont pas des Grecs ^, que devient le dogme du miracle giec, et si ce sont des Grecs, que devient le dogme de la sérénité?

Car, en Crète, la sérénité n'est certes pas un

1. J'ai iM'iue à cioiri', pour ma part, que les Cretois do l'époque iniuoenrie aient appartenu <à une rare tout à fait étrangère à «elle des Hellènes de l'histoire. M. Mackenzie les a raitachés aux Libyens d'Afrique. Des peui»Ies venus du Nord, reniarque-t-il, ne se seraient pas dépouillés de leurs vêlements (mi venant dans des contrées relativement plus cbaudes, <oinme la Crète ; le véU'menl une fois adopté, on ne le quitte plus. Or ies Minoens sont ordinairement représentés nus, avec un simple pagne. Ce sont donc des Africains; habitués à ce costume léger, ils l'ont gardé malgré les intempéries de l'hiver en Crète. Mais l'argument a peu de portée, puisque les dames Cretoises sont ri<'hement vêtues. Kl c'est, précisément, le même contraste, plus accentué encore, que présentent les kouroi archaïques, complèlement nus, et. les liorés, dont les formes sont cachées par la tunicjue et le manteau. On sait que les Grecs mirent beaucoup de tenqis pour arriver au type de rA}ihrodile nue dans la statuaire: on attribuait cette dénudation à Praxitèle. Les Minoens suivaient donc la même règle que les Hellènes, qui ne sont pas venus d'Afrique, et s'ils ont aimé à rendre le nu masculin, c'est sans doute à cause de la beauté .spéciale que lui donnaient les exerci<es du s|)ort, déjà très en honneur, au moins sous la forme des courses de taureaux.

L'origine africaine écartée, il reste l'origine européenne que tout rend vraisemblable. Le chemin du Nord au Sud est celui qu'ont suivi les Achéens, destructeurs probables des palais Cretois, puis les Doriens qui ont à leur tour colonisé la Crète. Entre les Achéens et les Doriens. il y a de nombreuses affinités : ils se regardaient comme appartenant à la même race. Il est tout sinqile de supposer que longtemps avant eux d'autres hommes, détachés du même tronc, étaient venus coloniser l'île de Mi nos. Ce vieux fond de la population demeura, sans doute, en dépit des massacres de l'invasion.

caractère dominant. Et rien ne prouve que les Minoens soient arrivés à leur réalisme mouvementé après un stade dans les régions plus calmes de ridéal. La majesté, divine ou royale, qu'ils ont su exprimer, ne saurait passer pour un trait d'idéalisme décidé, pas plus en Crète qu'en Egypte ou en Assyrie.

C'est en Grèce qu'il faut venir pour rencontrer enfin l'alternance de l'idéalisme et du réalisme. Mais nous n'y sommes arrivés qu'après avoir constaté chez des peuples plus anciens des arts qui ont produit des chefs-d'œuvre. L'étincelle de ce feu sacré, allumé avant eux, ne leur a-t-elle même pas été transmise ? Déchus du rang d'inspirateurs uniques, faut-il les ranger parmi les imitateurs? N'ont-ils pas tâtonné aussi longtemps que d'autres et non sans s'aider de ceux qui étaient plus avancés qu'eux? Les partisans les plus convaincus de l'originalité des Grecs se contentent ordinairement de soutenir qu ils ont su donner une forme propre à leur art et qu'ils l'ont conduit plus près de la perfection qu'aucun peuple ancien, ce qu'on ne peut sérieusement contester. Comment prétendre, en effet, qu'ils ont tout commencé par le commencement, comme s'ils n'avaient pas eu de modèles, quand il est avéré qu'ils ont connu des œuvres déjà si belles? Il est vrai qu'on n'est point d'accord sur la portée ni sur l'efficacité de ces influences.

D'après M. Poulsen, les Grecs n'ont pu voir sans

eu profiter les œuvres de cette civilisation que nous nommons liétéenne, répandues dès Tan •2000 avant Jésus-Clirist dans l'Asie antérieure et jusqu'aux portes de Smyrne. M. Lœwy voit une filiation directe entre les Cretois et les Grecs. A ce pancrt'tisme, M. Pottier oppose une opinion qu'on ne saurait, sans injustice, qualifier de panionisme. Ce maître a eu le mérite de ruiner, dans le domaine de l'art, la thèse de Renan : « La Grèce n'est que l'antithèse du dorien et de Tionien^ », en montrant que l'action des Doriens sur l'art n'a pu être directe. Peut-être a-t-il encore exagéré l'action morale de la race dorienne : « C'est à son école, dit-il, que les Ioniens de l'Attique ont conquis cet équilibre, cette saine mesure, qui est devenue une partie si savoureuse de leur génie 2. » Car, enfin, sait-on si l'Attique, qui a été préservée de l'invasion dorienne, ne possédait pas ces qualités, et peut-on nommer doriens les vases du Dipylon^, quand l'on reconnaît dans les formes si sveltes de leurs personnages l'influence mycénienne^? Cette influence, jM. Pottier la fait à bon droit très large, et les Ioniens d'Asie n'interviennent dans son système

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