Catalogue des vases antiques, p
3. Ces vases gigantesques, ainsi nommés de l'endroit où ils ont été trouvés à Aliiènes, sont une des curiosités du musée du Louvre.
4. Cette opinion dfr M. Pottier me parait préférable à celle de M. Deonna. Partisan convaincu de la naissance à nouveau de l'art grec, ce dernier voit dans ces tailles étranglées une simi>le maladresse de commençant,
que comme les héritiers des Mycéniens, héritiers eux-mêmes des Cretois. Mais les Ioniens, prol)ablement sous l'intluence de la sculpture assyrienne du viii^ siècle, ont fait pénétrer en Grèce plus d'un motif oriental et leur canon aux proportions courtes et trapues'.
On ne peut discerner encore exactement comment Tesprit grec trouva sa voie entre ces croisements si divers ; ce qui est certain, c'est qu il trouva sa voie et qu'il y marcha en avançant toujours.
Aujourd'hui — et M. Deonna s'y est employé plus que tout autre — on ne nomme plus Apollons archaïques ces robustes jeunes gens qui apparaissent au sixième siècle avant notre ère, roides, les yeux grand ouverts et sortant presque de leurs orbites, les mains collées au corps, les pieds fixés à plat sur le sol. Ce sont simplement des Koiiroi, des jeunes gens, frères des célèbres Korés ou jeunes filles, l'ornement du musée de l'Acropole. Elles sont charmantes, infiniment plus séduisantes dans leur grâce encore fruste que les banales Aphrodites plus ou moins inspirées de Praxitèle, quoiqu'un peu raides dans les plis serrés de leurs tuniques, et le corps terminé presque en pointe. Sur leurs lèvres, comme sur celles des Kouroi, s'épanouit le plus souvent le sourire, ce sourire di\'in qui charmait les hellé-
1. C'est, en ell'el, jiar suite d'une erreur aujourd'hui reconnue que les formes robustes et courtes étaient attribuées aux Doriens.
iiistes; car les (îrecs les premiers, disait-on, avaient fait sourire les dieux. Mais puisque ces statues ne représentent plus des dieux, ne fautil pas convenir, avec M. Deonna, que ce sourire n'est au vi*" siècle qu'une élégance affectée?
Cependant ce fut bien la religion qui guida ces débuts. Ces statues, si elles sont humaines, étaient consacrées aux dieux, et ce sont bien les dieux qui figuraient sur les frontons des temples; c'est leur assemblée qui décore la frise du trésor de Cnide. Dès ce moment. Fart grec franchit le degré qui le met au-dessus des autres.
Ce qu'il consacre à ses divinités, ce ne sont pas des statues ressemblantes, ce sont des œuvres belles, aussi belles qu'il sait les faire. Quand cet idéal de beauté s'est élevé, quand la main de l'ouvrier est plus sûre, au v^ siècle, il en fait profiter les dieux. Le sourire, même le rire, et le rire inextinguible était pour eux une parure dans l'Olympe d'Homère, mais le temps d'Eschyle et de Sophocle a une plus haute idée du divin. L'Aphrodite qui se plaint parce qu'on l'a blessée, ne pouvait non plus fig-urer parmi les immortels, graves et impassibles, heureux d'une béatitude sereine et sans mélange. « Ainsi, dit iM. Pottier, se forme, dans l'art grec, un idéal, fait de puissance, musculaire et de sérénité morale, qui est resté aux yeux de la foule la formule classique de l'antiquité tout entière, mais qui n'est, en somme, que le rêve très per-
sonnel du siècle de Périclès, car les âges suivants ont réalisé de tout autres conceptions i. »
Doit-on même dire que c'est le rêve de tout le monde au siècle de Périclès?
L'auteur du Catalogue des vases antiques et de l'agréable monographie de Douris ne nous le permettrait pas. Il nous a fait connaître . au temps des guerres médiques, « une grande école de réalistes qui surgit et qui, en quelques années, arrive à une étonnante maîtrise ^ ... Ce n'est pas dans l'Olympe qu'elle nous introduit; c'est la vie athénienne qui est prise sur le vif. non point encore dans l'intimité du gynécée, mais dans des scènes de banquets, égayés par la présence des joueuses de flûtes et des courtisanes. Les exploits de Thésée alternent avec les exercices de la palestre auxquels se livrent les jeunes Athéniens, trop souvent accompagnés d'hommes barbus qui les admirent. Cet art-là, sans parler des thiases bachiques, hérités de l'époque antérieure, ni des entreprises pétulantes des Silènes, n'a rien de solennel. C'est de lui que M. Pottier a écrit : « Le réalisme des Grecs a connu les pires audaces et les pièces de « musée secret » n'y sont point rares ^ » Les dieux eux-mêmes étaient