‹ Mélanges d'histoire religieuseChapitre 85 sur 109 · Catalogue, p · texte numérisé non relu

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mêlés à d'assez scabreuses aventures. Ce qui distingue l'art du V* siècle dans son ensemble, ce n'est donc pas qu'il s'est attaché à représenter des idées descendues du ciel, toutes nobles, graves et sereines dans des corps aux formes parfaites, aux têtes dépourvues de prunelles, c'est plutôt qu'il s'est passionné pour l'étude de l'homme, envisagé sous tous ses aspects, non point sous des traits individuels, mais avec les traits qui donnaient le mieux l'impression de corps sains et robustes et d'âmes fermes. Les dieux ont bénéficié de tout ce que les exercices du gymnase avaient donné aux corps de souplesse et de force musculaire, les hommes ont reçu en échange quelque chose de l'impassibilité divine. Cette communication des attributs éclate surtout dans les monuments officiels où les hommes et les dieux sont mélangés.

Oui, ce qui distingue ce temps de tous les autres . ce n'est pas qu'il ait donné de la divinité une idée plus haute que ceux qui la voilaient sous des symboles ou qui rassemblaient en elle toutes les énergies de la vie, même animale, c'est qu'il a concentré toutes ses forces dans l'étude de l'humanité, rendue aussi helle que l'homme pouvait la concevoir, assez belle pour appartenir aux dieux. Et même lorsijue cette humanité est laide, grotesque, ou comique, ce qui est rare, c'est toujours l'homme (jui pose. L'animal, sous des formes naturelles ou combinées par la fantaisie

de l'Orient, avait cheminé sur les cercles des amphores corinthiennes du viii'^ et du vu® siècles ; il disparait, si ce n'est comme accessoire de l'homme. La plante intéresse encore moins. La richesse des habits est un luxe ornemental qu'on méprise. Les dieux ont la forme humaine. Des monstres multiformes, il ne reste que les Centaures et les Silènes. L'homme seul demeure en scène, soit nu, comme il l'était dans les exercices de la palestre, soit drapé simplement, et la femme, toujours vêtue, est vêtue de draperies plus légères comme si les vêtements eux-mêmes avaient pris un sexe tant ils entraient dans l'ordre humain.

Bientôt on nhésita pas à sacrifier ce qu'une tenue trop austère semblait dérol>er à la pure image de l'homme réel. Dès le iv" siècle avant Jésus-Christ, l'Aphrodite de Praxitèle n'a plus d'autre souci que de paraître belle. Les corps se plient en attitudes symétriques et balancées. Les traits sont toujours réguliers, mais plus expressifs; l'Agias de Delphes et surtout l'Héraclès deTégée font pressentir ce que put être le pathétique douloureux et Tintensité du sentiment qui rendirent célèbres Lysippe et Scopas.

Cependant, avant de se rendre aux attraits du réalisme, l'art grec donna une preuve suprême de son goût pour l'idéalisme abstrait. C'est dès la dernière moi lié du v® siècle et au début du iv*^ siècle qu'on voit apparaître sur les vases peints des figures allégoriques. D'après M. Pot-

tier, l'allégorie est comme la conciliation de deux genres, le divin et le réel. Et il ne faut pas oublier, en effet, que le Désir, pour ne nommer que lui. était pres([ue une divinité. Peut-être faut-il voir aussi dans l'allégorisme une suite logique de Fidéalisme. Un jeune homme est reçu dans la vie par la Santé, la Joie, la Beauté'. Mais n'est-ce pas la santé, la joie, la beauté de ses éphèbes qui faisaient l'orgueil d'Athènes? ComJiien de fois le potier n'a-t-il pas inscrit xaXiç. c< beau », sur ses vases, à l'adresse de l'un des plus brillants parmi la jeunesse dorée d'Athènes, avant d'inscrire « la Beauté » comme nom d'une femme .^ C'est parce qu'on savait exprimer par des traits la pudeur, la justice, la persuasion, qu'on se hasarda à en faire des personnes morales.

Quelle expression entendait-on donner aux dieux? Au V siècle, on était au point le plus élevé de la religion grec((ue. Jamais la piété antique n'a trouvé des accents plus pénétrés de respect envers la divinité que dans les tragédies de Sophocle. L'art religieux exprimait les mêmes pensées. Était-ce vraiment la ijonté que respiraient ces physionomies sérieuses, ces ports de tête solennels, ces attitudes tranquilles? C'est l'opinion de M, Pottier que le Zeus olympien faisait une impression de majesté et de bonté surhumaine où l'on reconnaissait <( le créateur

1 Pottier, Catalogue, p. 1045.

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de toutes les choses de la vie, le père et le sauveur des hommes^ ». Si la formule est de Dion Chrysostome, je crains qu'il n'ait prêté à Phidias ses propres conceptions sur la divinité. C'est sous les Séleucides, lîeaucoup plus qu'au v*^ siècle, que le dieu fut honoré comme Sauveur. Tout ce que je peux lire sur les répliques qui nous permettent de nous faire quelque idée des chefs-d'œuvre anéantis, c'est l'impassibilité sereine. Une expression positive très caractérisée fait défaut. M. Pottier nous engage à admirer au Louvre « l'expression si doucement pénétrante du ])eau masque de Dionysos... L'artisan qui l'a modelé avait pu voir de ses yeux l'image qui arracha, dit-on, des larmes d'émotion au dur romain Paul-Émile et dont la beauté, selon l'expression de Quintilien, « avait ajouté quelque « chose à la religion elle-même - ».

Ce beau Dionysos, avec des grappes dans sa chevelure, est toujours un dieu-nature, le dieu du vin. Sa bonté, qui apparaît peu sur ses lèvres closes et sur ses yeux sans expression, aurait donc consisté à réjouir les hommes par la liqueur ([ui leur fait oublier — pour un moment — les peines de la vie.

Je suis obsédé, en Fadmirant, par le souvenir d'une autre acquisition, très récente, du Louvre, ce Sauveur bénissant, de Giovanni Bellini (1430- 1516), dont les yeux d'un bleu si clair expri-

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