‹ Mélanges d'histoire religieuseChapitre 89 sur 109 · Catalof/ue, p · texte numérisé non relu

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'i. Pottiei, Diphilos, p. 62.

inents de l'âme. On s'en apercevait par les effets merveilleux que les sculpteurs savaient tirer des statues. On ea vint donc à peindre les visages de trois quarts. Dans cette position, le visage est à la fois dans la lumière et dans Tombre. Le rendu des ombres conduisit au modelé. On croyait savoir qu'au iv^ siècle Parrhasios créa le clair obscur.

Dans le même temps, la sculpture s'était dégagée de la frontalité pour créer les attitudes plus libres qui donnaient une certaine beauté à l'être humain selon le côté ({u'on envisageait, en recherchant cependant la symétrie de l'ensemble. Après un siècle, les Grecs s'étaient donc dégagés des conventions qui pesaient sur Fart ancien pour poser des principes de dessin et de sculpture qui sont simplement les principes permanents de l'art.

Cette supériorité technique était entre les mains du peuple le plus curieux de l'univers, qui avait déjà compris que la vieillesse et la laideur elle-même ne sont pas sans un certain attrait esthétique. Et ce peuple était aussi le plus épris du changement. Si l'on ne possède pas deux vases peints absolument semblables, que penser de l'activité qui poussait les grands artistes à aborder toutes les formes de la vie, tous les sentiments qu'ils se sentaient capables d 'exprimer? L'idéal national s'étant abaissé en même temps que l'idéal religieux, le monde oriental s'étant ouvert plus largement avec

Alexandre, rien ne les retenait plus dans l'enceinte de la cité, encore moins sur les sommets de l'Acropole. Il faut même s'étonner qu'on soit demeuré si fidèle au culte de riiumanité. C'est toujours elle qui est au premier plan, avec ses ditférences de races et de costumes, c'est elle que rehausse la perspective désormais connue et le paysage. Pour figurer la guerre des Athéniens contre les Perses, Phidias avait mis aux prises les Lapithes et les Centaures dans une lutte tragique, mais digne et mesurée comme une joute intellectuelle. Le triomphe des Attardes sur les Gaulois subit encore l'ancienne règle qui dissimule la réalité historique trop récente sous l'apparat de la victoire des dieux sur les géants, mais avec quelle intensité les frises de l'autel de Pergame n'expriment-elles pas le combat et la souffrance! D'ailleurs, sur le sarcophage dit d'Alexandre, découvert à Sidon, les Grecs se distinguent facilement des Perses, qui se défendent mal, dans leurs étoffes gênantes, contre l'élan emporté des vainqueurs. Enfin, le portrait où les Romains seront maîtres apparaît dès l'époque hellénistique.

Dans l'art plus modeste des statuettes, les grotesques se font plus nombreux ; le rendu de la vieillesse tourne à la caricature. Décidément, la sérénité a fait son temps! Un art très vivant, très réaliste, très varié, a remplacé l'art phidiaque, et cependant c'est bien un art grec, procédant en droite ligne des antiques Koiiroi et des an-

tiques Korés. Encore me parait-il nécessaire de faire ici une restriction. L'art des vases peints, dès le IV*' siècle, est sous l'empire des chefsd'œuvre de la peinture et de la sculpture ; il a quelque chose de plus classique, de plus conventionnel, de moins vivant, que les scènes si mouvementées, disons presque endiablées, des figures noires dès le vir siècle. Et ces Aphrodites et ces Éros. qui, dans les statuettes de Myrina et de Smyrne, étalent si impudemment leurs « charmes », nont certes pas le charme de vie réelle des anciennes statuettes de Tanagra. Tout ce monde mythologique est une collection de répliques d'œuvres d'art; tandis qu'au temps dit de l'idéalisme, ces jeunes filles, les mains entrelacées, ou cet éphèbe qui réfléchit, ou cette promeneuse, ou cette mélancolique ont été saisis dans la vie réelle. Nouvelle preuve de l'imprudence qu'il y a à ranger des époques entières sous des rubriques trop exclusives.

Je suis tout excusé d'avoir tenté cette course rapide à travers les musées de l'art ancien si j'ai réussi à suggérer à ceux qui l'ignorent encore, — je ne m'adresse pas aux gens trop instruits, — ([ue notre connaissance du développement de l'art grec n'est guère moins renouvelée que celle de l'art égyptien. Ce n'est pas dans les ouvrages de Taine et de Renan <[u'il faut s'instruire, mais

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dans ceux des Perrot, des CoUignon, des Pottier. des Lechat. L'enquête de M. Deonna sera très utile pour marquer les progrès incontestés de l'esprit scientifique dans l'archéologie; on i-egrettera que le sentiment esthétique en soit presque exclu par une austérité de méthode exagérée. 11 est regrettable aussi qu'il n'ait pas précisé sa pensée au sujet des termes d'idéalisme et de réalisme qu'il emploie souvent. Je n'ai pas voulu m'en expliquer dès le début pour ne pas m'imposer un canon trop absolu dans l'examen des faits, mais il est temps maintenant de remonter à ce que le Racine des Plaideurs nommerait « l'idée universelle de la cause ».

Cette idée, qui domine tout, est celle du beau. Môme en faisant une part très large aux excitations et aux inspirations de l'utile, on conviendra que l'artiste n'a pas réalisé ce que nous attendons de lui s'il n'a pas réussi à faire naître une impression de beauté.

Qu'est-ce que le beau? C'est, dit saint Thomas, l'éclat jeté par la forme, ou la qualité intérieure, sur un ensemble proportionné'. Cette définition parait la meilleure précisément parce qu'elle concilie les prétentions qu'on dit opposées du réalisme et de l'idéalisme.

Car la forme dont saint Thomas parle ici, ce n'est point la forme extérieure, circonscrite par des lignes, c'est le principe intérieur qui donne

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