‹ Mélanges d'histoire religieuseChapitre 91 sur 109 · Philosophie de l'art, II, p · texte numérisé non relu

Philosophie de l'art, II, p

des conditions nécessaires qui s'exigent mutuellement au lieu de s'exclure.

Pourquoi donc les distinguer?

Les deux tendances existent cependant, et, étant des tendances, elles se distinguent peutêtre surtout par le but que poursuit l'artiste, déterminant le chemin qu'il suit.

L'artiste réaliste regarde autour de lui et s'éprend de ce qu'il voit, de ce qui est concret et individuel. îl s'applique à n'en rien laisser échapper, et sa part d'idéal consistera surtout à choisir des sujets déjà pourvus d'une qualité notable qu'il fera dominer. Mais, lors même qu'il croira être le plus près de la nature, il mettra en œuvre des procédés qui sont ceux de l'art de son temps et le résultat d'une longue série d'etforts.

L'idéaliste regarde en dedans de lui-même, selon la formule de Cicéron et la conception de Michel-Ange, Conscient de posséder une habileté technique qui lui permettra de ne pas s'écarter de la nature, il part de l'idée qu'il veut mettre en lumière, la sérénité et la noblesse, des êtres supérieurs, ou même des abstractions, comme les vertus, l'immortalité, la gloire.

Si ces principes sont exacts, on pourra en déduire cette conclusion : l'idéalisme suppose déjà de patientes tentatives pour conquérir les procédés, et ce dessein arrêté de se servir de l'art pour incarner des sentiments hauts et nobles ou même des idées abstraites suppose aussi un niveau mo-

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rai et la perception didées générales qui ne peuvent être le fait de toutes les civilisations.

Et, en effet, l'art n'a p ts commencé par l'idéalisme, à moins qu'on ne donne ce nom au procédé naïf des enfants. Comme ils savent que tout homme a deux yeux, deux oreilles et deux jambes, ils tracent sur les murs des personnages pourvus de tout ce qui est dû à la nature humaine . sans s'inquiéter de savoir si leur pantin est vu de face ou de profil. Mais ce n'est point là de l'art.

La période de formation est donc une période de réalisme, un long tâtonnement pour rendre des objets naturels reconnaissables sous leur expression artificielle. M. Deonna objecte que « ce réalisme est souvent illusoire et provient de ce que l'artiste est encore incapable de se forger un idéal ^ ». C'est donc, au contraire, le réalisme le plus absolu que l'on puisse concevoir! Ou faut-il que le réalisme, pour être tel, soit conscient et réfléchi comme une doctrine choisie de plein gré? Le réalisme le plus pur est précisément celui qui ne songe pas à autre chose. Comme l'a très bien dit M. Lechat : « La tâche principale des sculpteurs du vie siècle a été d'observer de plus en plus exactement et de copier de plus en plus fidèlement la nature vivante. Ils n'étaient point assez avancés encore pour dégager des formes réelles qu'ils avaient sous les yeux une

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forme idéale, comme l'ont fait leurs successeurs du v" siècle ; ils n'en avaient même pas la pensée '. »

Et je crois bien que ni les chasseurs de renne, ni les Assyriens, ni les Égyptiens, ni même les Cretois n'ont atteint à cet idéalisme pur.

Chez les Grecs eux-mêmes, l'idéalisme phidiaque n'eut qu'un temps, et un temps très court, parce que, après l'héroïque effort des guerres médiques, et la victoire, triomphe d'une race supérieure par la pensée et par l'éducation physique aux barbares envahisseurs, la religion baissa, en même temps que le pur amour de la patrie. L'art qui est nécessairement social n'avait plus de source d'inspiration commune à tous.

Il déchut, puis recommença ses essais pendant des siècles. Devenu assez sûr de lui, il fut de nouveau lorgane de l'idée, précisément au moment où le moyen âge s'était attaché passionnément aux études philosophiques ; la belle sculpture du xur siècle précède de peu la Somme de saint Thomas : u L'art, dit M. André Michel, entre en possession de toutes ses ressources ; c'est l'heure enchantée où, s'approchant de la nature et de la vie avec une application encore craintive et une timidité virginale, il s'en empare doucement, jouit de sa conquête sans abuser de son pouvoir, tout entier au service d'un idéal qui le domine'. » Mais, dès la fin du siècle, à

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