André Michel, dans le Journal des Débals, 8 avril
27i MÉLANGES D HISTOIRE RELIGIEUSE.
égyptien, étroitement lié à sa religion, succomba avec elle. L'art grec a si bien humanisé ses dieux qu'on pourra, en faisant un choix, se mettre à son école, mais ni cette adaptation, ni les rencontres les plus saisissantes, ne sont lindice d'un sentiment religieux de même valeur. Le tout, pour en juger, est de ne point s'arrêter aux apparences.
On peut voir au musée du Louvre une admirable coupe peinte par Douris. Je laisse la parole à M. Pottier : « J'estime que c'est, dans sa petitesse, un des plus beaux tableaux que l'antiquité nous ait laissés : il nous console un peu de tant de chefs-d'œuvre perdus, et je n'imagine pas qu'un potier, seul dans son atelier, ait trouvé cette première image de la Mater dolorosa, aussi émouvante que celle d'un Mantegna ou d'un Roger van der Weyden... Tout le monde sera frappé de la ressemblance surprenante de cette création païenne et grecque avec le symbole qui, depuis tant de siècles, a ému les âmes chrétiennes. Éos est debout, les ailes ouvertes et comme battantes, inclinée vers la face morte de son fils Memnon, dont elle soutient le corps rigide de ses deux bras tendus... C'est une vrai Pie ta qu'on a sous les yeux. Par quel miracle d'art, par quelle rencontre inattendue, l'art païen et l'art chrétien se trouvent-ils réunis dans la même pensée, exprimée sous la même forme? N'est-ce pas la preuve qu'à travers les siècles les grands artistes
coiuiiiunient en pensée et que, pour dire les émotions de la vie, ils créent un langage pareil ' ? »
M. Pottier s'exprime avec tact et mesure, mais un critique moins délicat ne manquera pas d'identifier l'inspiration chrétienne et l'inspiration païenne, l'iiléal chrétien et l'idéal païen. Il faut donc le dire très nettement, les artistes ont communié dans le sentiment humain, et non dans une pensée religieuse. Ce qui est commun à Douris et aux peintres ou sculpteurs de Pietà, c'est une mère tenant dans ses bras son fils mort. Pour dégager la pensée religieuse que ce spectacle fait naître dans les âmes qui contemplent l'expression de la douleur maternelle, on ne peut faire abstraction du renversement des conditions. Éos, avec ses ailes étendues, est une déesse qui tient son fils, un homme mortel, expiré dans ses bras; aussi sa douleur doit-elle se ressentir de l'impassibilité d'une déesse. Marie, simple créature, tient dans ses bras son fils, Homme-Dieu, mort pour sauver le monde; aussi sa douleur, plus sensible, doitelle être pénétrée d'adoration.
Est-ce bien le même idéal religieux, rendu par les mêmes images?
A le bien entendre, l'idéal chrétien, plus élevé, est cependant moins téméraire. Les Grecs ont prétendu exprimer par des formes sensibles^