Revue des Deux Mondes, V avril
Son rôle n'est point d'exprimer directement les perfections divines. tAche irréalisable pour notre faiblesse, mais de présenter les hommes dans l'attitude du respect, du repentir, de la reconnaissance et de l'amour, en présence des dons divins. Il s'élève cependant plus haut encore en mettant sur les traits humains du Christ ce que nous pouvons concevoir de plus touchant des sentiments de Dieu pour nous. Le paradoxe qui consiste à placer sur la môme ligne ce sentiment religieux et celui des Grecs ne doit pas nous arrêter un seul instant. Il n'est pas nécessaire, pour en découvrir l'invraisemblance, de comparer les deux religions. Il suffit de passer d'une salle de peinture chrétienne à une salle de vases antiques. Pour une coupe de Douris, qu'on peut comparer à une Pietà^ combien de scènes indignes d'un pinceau chrétien? Et ce même Douris n'excellait pas moins à peindre .lupiter, ravisseur passionné d'une femme endormie dans ses bras ; assurément le geste lui plaisait, et le sentiment religieux était pour lui le même dans les deux cas, sans parler de ses Silènes en goguette.
Décidément, le contraste trop heurté de Taine était plus juste que la teinte grise qu'on voudrait passer sur tous les arts, censés issus du même instinct. Même je ne voudrais pas renoncer pour autant à ce que M. Deonna nomme par ironie le dognie de la sérénité grecque. Les Grecs ont su exprimer la douleur, môme une
extrême douleur, et l'on peut estimer que l'angoisse du Laocoon touche au style déclamatoire. Mais, dans l'ensemble, rexj^ression de la souffrance est chez eux digne et mesurée ; ils n'ont point entrepris de rendre la peur et la lâcheté fléchissante à la pensée de la mort.
Je ne puis dissimuler ici l'impression étrange que j'éprouvai en voyant au Père-Lachaise le célèbre bas- relief de M. Bartholomé. Je revenais d'Athènes où le Céramique et surtout le Musée national ont conservé tant de stèles funéraires, qui ne sont pas tontes du v' siècle. La douleur, ou plutôt la tristesse de la séparation, y est exprimée avec une vérité touchante, tempérée par la pensée que tout n'est pas rompu entre les vivants et les morts. Si quelque doute se fait jour dans un regard anxieux sur l'existence d'outre-tombe, nul ne s'abandonne au désespoir. Tandis que ces misérables qui s'approchent de la porte sombre comme des condamnés que l'on traîne à la guillotine...
Parfois, il est vrai, le paganisme a donné à la mort un aspect hideux pour provoquer à la jouissance rapide de biens trop courts, mais ces cas sont rares. Assurément les Grecs n'ont pas compris le rôle de la douleur dans l'ascension morale vers la perfection, et s'ils en ont évité l'expression, c'est pour ne pas troubler l'impassibilité des dieux et pour ne pas déranger la régularité des traits des mortels. Mais cela faisait partie de leur génie et l'on peut confesser
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encore l'autre « dogme », celui de la perfection grecque, pourvu qu'on la limite à l'expression, dans des formes incomparables, de sentiments purement humains.
Et il est bien entendu qu'on ne parlera pas de miracle pour un art où tout s'encliaine rég-ulièrement dans l'ordre des causes naturelles. A aucun moment on ne voit en Grèce l'art entrer dans des voies nouvelles sous l'influence, je ne dis pas d'une révélation, mais d'un génie supérieur. S'il était encore permis de parler de l'influence de la race — et pourquoi pas? — ce serait pour expliquer cette admirable floraison. Par ses dons, par ses goûts, par son éducation, par la haute opinion qu'elle avait de sa supériorité et de son rôle, la race grecque et surtout le peuple d'Athènes a inspiré à ses artistes et exigé d'eux un effort sans cesse renaissant vers l'expression du beau. Et cet art a servi de règle humaine à un art qui devait s'élever plus haut '. comme la philosophie dont il était contemporain a été jetée dans les fondements de la théoloeie chrétienne.
1. Quoique l'art chrétien se soit développé comme de luimême, on ne peut cependant nier linlluence qu'ont exercée sur lui les monuments et les livres anciens.
LKS FOUILLES DE SUSE d'aPRÈS LES TRAVAUX DE LA DÉLÉGATION EX PERSE
(Le Correspondant, 10 janvier 1913)
L'émoi fut grand dans le monde savant, quand on apprit, en octobre 191-2, que M. J. de Morgan avait remis à M. le ministre de l'Instruction publique sa démission de délégué général en Perse. Il n'y a qu'une voix en effet pour constater les admirables résultats de sa mission. Cette admiration est toute joyeuse en France, puisque l'œuvre est française ; elle n'est pas moins sincère dans les milieux étrangers, et la teinte de jalousie qu'elle revêt çà et là ne rend que plus significatif Thommage rendu à la maîtrise avec laquelle M. de Morgan a conduit la tâche qui fut bien la sienne.
Depuis la mission scientifique organisée par Bonaparte en Egypte, on n'en avait pas vu d'une pareille envergure. Au lieu de l'Egypte, c'était la Perse entière qui s'ouvrait i toutes les recherches scientifiques. L'éclat des découvertes archéo-
logiques a fait oublier au public que les efforts des savants n'étaient pas limités à l'étude du passé histori<[ue. Instruit par l'exemple des niaitres illustres qui accompagnèrent Bonaparte, M. de Morgan ne pouvait oublier non plus sa première formation personnelle qui était celle d'un ingénieur et diin naturaliste. « Il fallait, dit-il en termes excellents, appuyer nos mémoires sur des notions très précises de géographie, de géologie, et, en général, d'histoire naturelle. Comment expliquer, en effet, la vie intime des peuples sans connaître l'ambiance dans laquelle ils vivaient jadis? Comment discuter les campagnes d'un conquérant sans posséder les cartes du pays, théâtre de ses hauts faits i? »
Ordinairement, l'historien s'appuie sur des cartes toutes faites. Ici, tout était à faire-, et ses scrupules d'historien permettaient au délégué général de développer, dans le sens d'une exploration complète et scientifique du pays, ce que la convention entre la France et la Perse disait des fouilles. Il n'a eu garde de négliger cet avantage. Beaucoup trop incompétent pour discourir même en profane de ces recherches, je tiens, du
I. Histoire et traoaux de la Délégation en Perse du ministère de l'Instruction pul>lique, 1891-1895, par J. de Morgan, délégué général, Paris, Leroux, 1905, p. 18. — C'est pour la même raison que M. Holleaux a fait précéder la description des fouilles de Délos d'une enquête très apitroCondie sur la nature du sol. Il paraîtrait que cette méthode n'est plus comprise!
!>. Nous ferons plus loin une exception pour la carte des tells de Suse, par M. Babin, sous la direction de M. Dieulaf'oy.
moins, à mentionner ces travaux sur différents domaines: géologie, paléontologie, entomologie, conchyliologie. Plusieurs mémoires ont déjà paru dans les diverses publications de la mission, mais la plupart des études sont sous presse ou en préparation. Des caisses en nombre considérable sont pleines d'objets destinés à enrichir nos musées d'Histoire naturelle.
A s'en tenir aux travaux archéologiques, la convention franco-persane offrait déjà à l'activité des savants français un champ immense. Tandis qu'en Turquie les fouilles sont surveillées par des commissaires ottomans qui ne permettent d'emporter aucun objet, qu'en Grèce l'application de ces principes est encore plus strictement assurée par des éphores, qu'en Italie on n'obtient môme pas de faire des sondages sans d'inextricables difficultés, l'Egypte, plus libérale, accorde la moitié des objets à celui qui a consacré aux fouilles sa compétence, son temps et son argent. La Perse était encore plus encourageante pour nous, mais pour nous seuls, puisque la convention, définitivement ratifiée en 1900. accordait à la France le monopole exclusif et perpétuel de pratiquer des fouilles dans toutelétendue de l'empire persan. Elle avait le droit de garder la totalité des objets découverts en Susiane et la moitié de «eux qu'on découvrirait ailleurs.
Aujourd'hui, depuis quinze ans que les travaux ont commencé ctont été poursuivis, — avec quel succès, on le sait déjà, — on peut se demander
si les mots de « perpétuel » et cF « empire persan » n'ont pas fait illusion. Il y avait là une occasion unique d'opérer en grand et d'enrichir nos collections nationales, sans négliger de constituer en Perse un musée qui fit honneur aux deux pays, au moyen de ces pièces doubles qui sont si fréquentes dans ces sortes de recherches. On ne risquait rien, si les ressources financières étaient limitées, à faire attendre d'autres centres de culture antique, comme l'Afrique française qui ne nous échappera pas. Déjà l'anarchie, qui envahit certaines régions de la Perse, rend les travaux plus coûteux et plus périlleux, là même où ils ne sont pas devenus impossibles.
On assure que désormais la direction des recherches en Perse ne sera plus centralisée dans les mêmes mains. Mais, heureusement, elles ne seront pas interrompues. Il faut se féliciter que les fouilles de la Susiane demeurent sous la direction du P. Scheil et de M. R. de Mecquenem. Le P. Scheil, qui aura bientôt fourni dix volumes sur quatorze à la collection des Mémoires, sera vraisemblablement charg-é des publications futures. De son côté, M. Fossey se dispose à entreprendre une campagne à Ecbatane.
M. de Morgan est sans doute le premier à souhaiter que dautres réalisent son rêve. Mais, quoi €|u'il en soit des découvertes réservées à l'avenir, son nom est désormais associé à la résurrection historicpie d'un g-rand empire. Sa compétence technique pour les travaux, son sens, exercé par
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de lointains et fréquents voyage, des mœurs et des capacités des diverses po[tulations, son sentiment élevé du but à poursuivre, l'heureux choix de ses collaborateurs, tout en lui a révélé le chef, celui qui s'impose par son autorité personnelle autant que par sa situation oflicielle.
Il était impossible de ne pas répéter, au moment quil disparait de cette scène, où il fit honneur à son pays, ce que les lecteurs du Correspondant savaient déjà par l'article élégant et précis du très regretté M. de Lapparent^
C'était au temps où l'exposition du Grand Palais donnait aux premières d couvertes la consécration d'un éclatant succès. Au lieu d'en exagérer l'importance sous l'impression de l'enthousiasme du premier moment, ceux qui ont parlé de ces monuments insignes, le cadastre de Manichtousou, la stèle de Narâm-Sin, le Gode de Hammourabi, ont à peine rendu la sensation profonde qui allait s'étendre dans tout le monde savant.
Après dix ans. la signification du Code dans l'histoire de la civilisation et du droit est loin d'être épuisée. Ce qu'il faut dire aussi, c'estque ces dix années n'ont apporté a'icun changement de quelque portée à l'interprétation que le P. Scheil a donnée après quelques semaines d'étude. Jamais peut-être autant de sûreté ne fut jointe à tant de célérité. Cela n'a pas empêché les philolo-
gues d'étudier tous les détails de cette langue déjà vieillie, et les jurisconsultes, les romanistes euxmcmes, de chercher les rapports de ce droit déjà impérial avec les autres législations. Après les travaux d'ensemble, les monographies se succèdent. Et pendant que toute la presse se lamente sur la perte de la Joconde, on ne sait pas qu'une des salles basses du Louvre s'est enrichie d'un bloc de diorite qui nous apprend ce que des hommes anciens pensaient du juste et de l'injuste. L'art luimême éclate sur la partie haute de ce document si sévère d'aspect, où le conquérant Hammourabi est transformé en un penseur qui essaye de lire sur la face rayonnante de Chamach, révélateur du droit. Naràm-Sin. lui, n'est que conquérant. Mais quel élan l'entrainc vers les cimes, la tète levée, dans l'orgueil du triomphe, suivi par ses piquiers,etfoulantauxpieds ses ennemis vaincus'
Après ces découvertes, il serùblait qu'on pût tout attendre. L'opinion publique se flattait que l'inouï deviendrait quotidien. Aussi s'est-elle un peu lassée. Et ne serait-ce pas qu'on a négligé de l'instruire? Entre un public frivole et le public savant, il y a un public sérieux qui suit très bien une étude même austère quand il peut discerner certains aspects généraux.
Or il y a précisément plusieurs problèmes, d'un intérêt largement humain, posés, hélas ! plutôt que résolus, mais auxquels les fouilles de Suse apportent des éléments nouveaux. Sur ce tell où M. Dieulafoy avait reconnu les vestiges des épo-
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ques achéménides, parthes, sassanides et arabes, M. de Morgan avait, dès les premiers jours, recueilli des silex. Ne pouvait-on pas espérer que ses couches représenteraient la suite de tous les progrès de la culture depuis les silex chelléens, — à peine des outils, — jusqu'aux splendeurs des palais achéménides, dont le Louvre oflPre une si brillante idée?
Parmi ces développements, le plus signalé est celui qui, non seulement fait époque dans l'histoire, mais qui vraiment crée Thistoire, l'invention de l'écriture. Depuis qu'on lit les hiéroglyphes et les caractères cunéiformes, on se demande si les deux systèmes ne procèdent pas dune source commune et, à regarder les hiéroglyphes comme une production propre à l'Egypte, l'origine des caractères cunéiformes est vivement controversée. On sait comment ce mode d'écriture cursive est sorti du dessin linéaire des objets par l'habitude d'écrire avec un poinçon et sur de l'argile, et les assyriologues distinguent ceux de ces signes qui ont une valeur idéale et ceux qui ne représentent qu'un son. Mais à l'origine, et sauf les compléments différentiels survenus au cours des âges, ils se sont sans doute tous prononcés d'après l'objet représenté, et la question se pose de savoir si les mots primitifs étaient ceux d'une langue sémitique, ou ceux d'une langue non sémitique. Dans la première hypothèse, ce sont le& Sémites qui ont inventé l'écriture cunéiforme, dans la seconde ils l'ont empruntée. Ce point est
vivement débattu, parfois même avec cette passion inévitable quand un amour-propre national est en jeu.
Si les Sémites ont emprunté leur écriture à des étrangers, ceux-là l'employaient donc pour écrire leur propre langue. Le plus grand nombre des assyriologues croit pouvoir les désigner. Ce seraient les habitants du pays de Sumer iChou- Jïiér), ou Basse-Chaldée, d'où le nom de Sumériens, de langue et d'écriture sumériennes. Car on estime encore posséder des textes en langue sumérienne, excluant toute trace de sémitisme, textes que l'école opposée prendra naturellement pour une série d'idéogrammes.
La difficulté pour les Suméristes est de trouver des Sumériens non Sémites. On s'est efforcé de relever sur les monuments de la Basse-Chaldée les traces d'un art distinct, d'une race qui n'aurait pas les caractères de la physionomie sémitique. D'excellents juges, comme M. Pottier, estiinent que l'illustre Edouard Meyer a échoué dans cette démonstration. Mais à supposer que les Sumériens soient des Sémites, il resterait la ressource de chercher ailleurs et l'espérance de trouver à Suse le ]>erceau de l'écriture et en même temps de l'histoire, du moins pour cette immense portion du monde civilisé.
Bien plus, ce sont les origines de l'art luimême quisont en cause. EnChaldéeeten Assyrie, il a fourni des chefs-d'œuvre, dont on peut admirer quelques échantillons au Louvre, et qui
tapissent les longues galeries, du British Muséum. Cet art est adulte, aussi loin qu'on remonte. Il ne parait pas être une tradition égyptienne transplantée. Ne serait-il pas originaire de la Susiane? Il n'était pas téméraire d'attendre une réponse de cet amas de ruines qui paraissait aussi ancien que l'homme sur le solde la planète.
On le voit, il y a un intérêt plus g-rave à interroger ces vieux débris qu'à recueillir un chefd'œuvre de sculpture parmi tant d'autres ou à éclaircir quelque point demeuré obscur du droit grec. Cela soit dit sans médire des fouilles de Delphes et de Délos, si admirablement conduites et qui ont été, elles aussi, tout à l'honneur de la science française.
Dans l'exposé qui suit, je n'ai pas la prétention de résoudre tant de questions, ni même de donner une idée suffisante des résultats acquis. Mon but est bien plutôt d'appeler l'attention du public sur les travaux des explorateurs et de l'inviter à les lire, avant d'aller voir dans nos musées les monuments qu'ils ont rapportés. Aussi je me fais un devoir d'indiquer en note les principales sources d'information i.
1. Tous les objets recueillis sont réunis dans les musées de rÉtat. La double salle dite des Saints-Pères, où l'on accède par la place du Carrousel, aurait dû cire consacrée exclusivement aux fouilles de Suse. On est étonné que la preniière chambre soit occupée par des monuments égyptiens. La seconde salle a été disposée avec beaucoup de goùl. De grandes fresques de M. Bondoux montrent le tell de Suse avant et pendant les travaux. On peut admirer dans les vitrines les poteries des deux époques. Les principales jiièces, Code de Hammourabi, stèle de
D'après le plan vraiment grandiose de M. de Morgan, les fouilles de Suse ne devaient occuper
Naràm-Siti, elc, sonl groupées dans la salle de Morgan, parmi les Aiiliqiiités d'Asie, sous la colonnade du Louvre. Il faut eslu'rer que, lorsque le minislèie des Colonies aura été Iransporlé ailleurs, ces admirables morceaux iront rejoindre les autres. On objecterait en vain qu'ils appartiennent à l'art assyrien, puisque la salle de l'Klam conlient bien l'osselet grec de l'Apollon didyméen. Enfin les bijoux sont au i)remier étage de la môme aile, dans la salle dite de Sarzec. Les monnaies et médailles sont au cabine! des médailles. Les objels relatifs à la préhistoire, dont un grand nombre étaient la propiiété personnelle de M. de Morgan, provenant de ses voyages antérieurs, sont au musée de Saint-Germain en Laye. Les collections zoologiques et les vertébrés fossiles sont au Muséum d'Hisloire naturelle de Paris. Les Mémoires de la Délégalion composent déjà 13 volumes in-4°. Le plus grand nombre, consacré aux textes, est l'œuvre du P. Sclieil. Les autres, consacrés à la description des fouilles ou à l'archéologie, ont pour auteurs MM. J. de Morgan, G. Lampre, G. Jéquier, R. de Mecquenem, B. Haussoulier, P.-L. Graadt van Roggen, JoHannin, Allole de la Fuye, H. de Morgan, J.-E. Gautier, P. Toscanne, le prince Soutzo, G. Pézard, Ed. Potlier.
A consulter aussi : Histoire et travaux de la Délégation en Perse du ministère de l' Instruction publique, 1897-1905, par J. de Morgan, Paris, 1905, et le Bulletin de la Détcgatio)i en Perse, fascicule 1"', 1910; fascicule2, 1911. Ces deux fascicules comprennent des indications sommaires sur les dernières fouilles et des études sur la l-aune malacologiijue terrestre et lluviatile de l'Asie antérieure, commencées juir M. J. de Morgan et continuées par M. Louis Germain. M. de Morgan a publié aussi dans la Revue archéologique (1912) un article sur l'évolution de l'écrilure grecque dans l'empire perse sous les Arsacides, et dans la Revue de numismatique (1812;, une étude .sur les monnaies des prenuers Arsacides.
Il annonce encore dans la même revuedeux études sur les ateliers monétaires des Sassanides et sur l'emploi dans les médailles de l'écriture araméenne et de ses dérivés depuis l'époque achéinénide jusqu'à l'apparilion de l'écriture arabe. MM. Pézard et Pottier publieront très |)rochainement un catalogue du musée de l'Elam, et le P Sclieil, le ([uatorzième volume des Mémoires, sur des textes élamiles-sémiliques. On pré|)are en outre des volumes d'Annales pour la faune entomologique de la Perse et les papillons.
MÉLANCKS. 17
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la mission que durant Thiver. Pendant l'été, quand le thermomètre marque jusqu'à 57 degrés centigrades à l'ombre, il restait la ressource d'explorer le nord de la Perse. Un voyage en France pour restaurer les forces des missionnaires n'était prévu qa'une année sur deux. Ce programme héroïque ne put être exactement rempli. Cependant, on doit à ces campagnes d'été des recherches intéressantes, spécialement celles du Tàlyche persan en 1901, par M. H. de Morgan; la mission de Téhéran, par MM. Pézard et Bondoux, d'août à décembre 1909), l'expédition dans le nord-ouest de la Perse, par MM. J. de Morgan et P.Toscanne.Cette dernière/ 1 91 0) ; fut si pénible et si périlleuse, elle révéla une telle anarchie parmi les peaplades visitées quon ne prévoit plus aujourd'hui de semblables aventures. 11 suffira de les avoir signalées. Il y a assez à dire de l'œuvre principale de la Délégation, les Fouilles de Suse *.
Le tell de Suse ofi'rait un champ de travail effrayant pour une ambition ordinaire.
Les Parisiens peuvent s'en rendre compte aisément en visitant la salle du Louvre consacrée aux découvertes de M. Dieulafoy. Au milieu des monuments, figure un plan en relief dressé par
1. On tiendra compte, à l'occasion, des résultats obtenus par les fouilles de Tépé-Moussian en 1902. Entreprises par M. J.-Ét. Gautier à ses frais, mais avecl'assistance éclairée de M. Lampre, elles ont prouvé que la ville ancienne, dont les ruines se nomment aujourd'hui Tépé-Moussian, — à environ 100 kilomètres au nord-ouest de Suse, — ap|)artenait exactement à la même civilisation.
LES FOI iLLES Dli SUSE. 291
M. Babin, et dont M. de Morgan a reconnula parfaite exactitude. On voit du premier coup dœil que le Tell ou monticule artificiel de Suse se compose de plusieurs monticules, dominés par un point plus élevé, auquel on a donné le nom d'Acropole. D'autres tells recouvraient la ville royale et la \ille des artisans. L'un d'eux était nommé Apadana, parce que M. Dieulafoy y avait découvert le palais d'Artaxerxès.
Une première exploration convainquit M. de Morgan qu'il fallait avant tout attaquer le Tell de l'Acropole, et les premiers sondages lui parurent si riches de promesses qu'il ne songea à rien moins qu'à transporter ailleurs, couffe par couffe, cette énormemasse de débris, pour voir ce qu'il y avait dedans.
Dèsle mois de janvier 1898, un travail régulier commença. Cette butte, d'une longueur moyenne de 350 mètres, large de 250 mètres, domine la plaine aune hauteur maxima de 35 mètres. Elle a pour base une falaise naturelle en argile compacte élevée d'une dizaine de mètres au-dessus du Chaour, petite rivière qui coule à l'ouest des ruines et qui représente actuellement l'ancienne Kerkha.
Sans tenir compte de ce sol vierge dont les dimensions et la nature ont été mieux étudiées depuis, M. de Morgan divisa l'Acropole en cinq niveaux, formés par des tranches de 5 mètres de hauteur. Il n'avait pas évidemment la })rétention d'indiquer d'avance les strates des différentes
civilisations. Mais cette partition permettait de repérer exactement tous les objets trouvés. Le but proposé était d'enlever l'une après l'autre toutes ces tranches. On comptait y employer une trentaine d'années, car il s'agissait de déplacer des millions de mètres cubes.
Il est dès aujourd'hui certain quun si grand effort ne sera pas nécessaire, parce qu'il ne serait pas fructueux. Les deux premiers niveaux à partir du sommet ont été complètement enlevés, le troisième est assez attaqué pour qu'on puisse bien se rendre compte de ce qu'il renferme. De plus une très large tranchée a permis d'explorer le cinquième niveau. On croit qu'il ne fournirait pas grand'chose de plus que ce qu'on a trouvé et qui est admirable. En même temps, on reconnaissait que le quatrième niveau, avec une partie du cinquième et du troisième, répond à une époque de civilisation éteinte qui ne fournit que quelques objets grossiers. De plus, cette partie centrale du Tell est occupée par un massif considérable, édifié en briques crues et en terre pilée, où Tonne peut espérer trouver grand'chose, à peine quelques débris de poterie relativement récente, jetés dans les puits de drainage.
Les fouilles de l'Acropole sont donc à peu près terminées. Dans la saison qui s'ouvre en ce moment, M. R. de Mecquenem, assisté de M. P. Toscanne, portera tous ses efforts sur la ville royale où neuf mètres environ de débris sassanides et achéménides l'empochent d'atteindre le niveau
élamite. A l'Acropole il se contentera d'examiner sommairement ce qui reste du troisième niveau. Le moment est venu de suivre l'iiistoire des habitants du Tell depuis les premières fondations jusqu'à nos jours.
En pareil cas, il y a naturellement bien des précautions à prendre. L'existence des nombreux puits de fondations prouverait à elle seule avec quelle prudence il faut procéder quaud il s'agit d'attribuer à une époque donnée un objet trouvé dans un] niveau donné.
Théoriquement, les civilisations devaient se succéder étagées les unes au-dessus des autres comme les terrains d'une stratification géologique. Mais dans les ruines, la main de l'homme est intervenue et son action est moins réglée que celle de la nature. D'anciens dépôts de fondations ont pu être réemployés en construisant un nouveau sanctuaire, de très anciens objets ont pu être déposés dans un temple plus récent et, à l'inverse, des statues ont pu être arrachées de lenr place et jetées dans des puits ou roulées le long des pentes.
Spécialement à Suse où la pierre manque, les constructions n'ont été faites, durant longtemps, qu'en briques crues; il est presque impossible de les discerner. Quand on employa la brique cuite, ce ne fut qu'avec parcimonie. Les relevés sont donc très difficiles à préciser.
Quoi qu'il en soit, nous savons que toutes les précautions ont été prises et que les méthodes
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les plus rigoureuses ont été observées. Nous pouvons donc accepter de confiance les résultats qu'on nous donne comme certains et notre confiance est accrue par la réserve des explorateurs sur d'autres points, et par la sincérité qui n'a pas dissimulé même quelques désaccords entre leurs vues.
Le thème général est celui-ci'. Le premier niveau, au sommet du tell, comprend les périodes arabe, sassanide, parthe, séleucide, achéménide. Les Achéménides amorcent déjà le sommet du deuxième niveau. Au-dessous d'eux, la civilisation que les Assyriens nommaient du nom d'Élam et que les documents indigènes qualifient par le nom d'Anzan et Suse.
Leurs princes étaient indépendants ; leurs constructions les plus anciennes sont appuyées sur le sommet du troisième niveau. La partie basse de ce niveau et le quatrième sont d'une époque plus féconde en vicissitudes.
Asservi aux Accadiens sous Narâm-Sin, l'Élam s'était affranchi et avait même imposé son joug à la Babylonie, affranchie à son tour par Hammourabi (vers 2050). Le règne de Naràm-Sin a une importance capitale; il serait heureux que sa date fût fixée. Par un hasard extraordinaire, elle a été calculée par Xabonide. contemporain de Cyrus. qui l'assigne à une date correspondant à 3750 avant Jésus-Christ. Mais plusieurs savants