Mémoires, t. XIII, inlroJuciion, par J. de Morgan
hésitent à suivre ]e monarque archéologue. M. Pottier a cru devoir préférer la chronologie courte, qui raccourcit cette période de mille ans. Le P. Scheil est moins convaincu que nous ayons le droit de contredire les anciens, sous prétexte que nous n'avons pas les moyens de remplir une si longue durée par des dynasties. Quoi cju'il en soit, entre la période qui va de Hammourabi à Naràm-Sin. caractérisée par la poterie dite de la deuxième classe et la période archaïque de la poterie fine, il y a cinq à huit mètres de débris qui n'ont guère fourni que de la poterie tout à fait grossière et de menus objets d'albâtre. Il est donc impossible dévaluer l'époque de la première occupation par lacjuelle nous allons commencer l'histoire du tell dans l'ordre inverse du déblaiement.
J'ai écrit histoire, car M. de Morgan se refuse à donner à ce temps reculé le qualificatif de préhistorique. Au cinquième niveau, assis sur le terrain vierge qui surplombe la rivière, on trouve du cuivre et une céramique peinte tellement perfectionnée que cet art suppose de longs siècles de civilisation. Donc point d'époque de silex taillés, ni même d'époque purement néolithique. Et il en est de même en Ghaldée. Tandis que la Syrie ofï're dans ses déserts des silex chelléens et magdaléniens qui indiquent une époque plus haute, c'est tout au plus l'énéolithique qu'on rencontre à Suse dans les couches inférieures. Et la raison en est qu'au V" mille-
naire avant notre ère « la basse Chaldée et l'Élam émergeaient à peine des eaux marines ». Les premiers hommes qui vinrent s'établir à Suse faisaient déjà du cuivre un ornement. Les silex qu'on rencontre à ce niveau, et plus haut sur le tell, sont donc lindice d'une tradition, non la caractéristique d'une époque. M. de Morgan nous assure que même ces admirables silex du musée du Caire, montés sur or, n'ont pas été taillés avec plus de perfection ; ce sont surtout des pointes de flèches. Mais la merveille des merveilles, c'est la céramique peinte, déjà reconnue par les sondages de 1897, mais dont la campagne de 1907-1908 a fourni plus de 2.000 échantillons. L'habileté du délégué général le conduisit, en effet, au lieu occupé par la peuplade primitive, muni d'un mur d'enceinte, près duquel se trouvait la nécropole. On ne pouvait rien souhaiter de plus heureux, car ces antiques Susiens ont certainement consacré à leurs morts les plus beaux échantillons de leur art. Ce sont des vases sans anses, en forme de gobelets petits et grands ou de coupes semblables à des écuelles, et aussi de petits cratères. C'était donc le mobilier qui servait aux vivants pour boire et pour manger. Les sépultures de femmes contenaient, en outre, des miroirs en cuivre et de petits cornets probablement destinés à tenir du fard, avec quelques fragments de tissus d'une finesse étonnant'î.
On ne peut contempler cette céramique au
musée de l'Elam sans éprouver ce sentiment que fait naître l'aspect du beau.
Sans doute, il s'agit d'objets assez humbles, mais avec quel goût ils ont été tournés, avec quel art consommé leurs parois ont été ornées de dessins en couleur, assez sobrement pour que l'ornement demeure ce qu'il doit être, une parure qui laisse à la forme tout son caractère î
Il appartenait à M. Potlier, un maître, de décrire cette merveilleuse eftlorescence, d'en rechercher dans le monde antique les points de raccord, de remonter, quand il se peut, jusqu'aux origines. Ce que je lui emprunte inspirera le désir de lire son admirable mémoire dans le dernier volume publié par la Délégation'.
Les vases sont façonnés d'une argile blanche très fine, soigneusement épurée. Ils n'ont pas été faits à la main seulement, mais avec l'aide du tour, pourvu qu'on entende par là un instrument moins développé que le tour des potiers modernes. Sur le fond blanc se détachent des ornements d'un noir lustré, couleur qui disparut ensuite du tell de Suse, mais qu'on retrouve en Crète et qui reparut en Grèce. Les dessins sont d'aspect géométrique, mais, à regarder de près, on s'aperçoit que les lignes représentent souvent des formes vivantes, ordinairement des formes animales stylisées. Et l'on ne saurait dire