Mémoires, XIII, p
thropomorphique par une série de progrès pres- (|ue insensibles '. »
M. Pottier. auquel j'emprunte cette citation, a montré que la céramique de Suse est fatale à cette théorie, non moins que les peintures et ciselures des cavernes préhistoriques où se révèle si clairement, dès le début de l'art, l'intention d'imiter la nature. Seulement, les premiers habitants de Suse avaient déjà franchi le stade de l'imitation directe et. copiant toujours les mêmes poncifs, ils étaient arrivés à ce point qu'on ne peut toujours savoir s'ils stylisaient encore ou s'ils n'employaient pas certains éléments linéaires, simplement parce que leur groupement était décoratif. Par exemple, nous ne saurions dire si, en dessinant des croix, ils pensaient à la réduction géométrique d'une roue ou d'un astre, ou s'ils n'étaient sensibles qu'à l'heureux effet de deux lignes qui se coupent, inscrites dans le cercle formé par un fond de gobelet ou d'écuelle^. Leur sens exquis de la décoration sans surcharge, en ménageant des blancs très nets, prouve en tout cas qu'ils se sont préoccupés d'orner, plutôt que d'accumuler des scènes dans un but plus ou moins superstitieux.
C'est sans doute à cause de ce penchant vers
1. La sculplure en Europe, dan^ Y Antliropologie, 1894-1896, p. 44 et s.
").. Même inceitiliuie sur la question de savoir si les chevrons représentent des serpents, comme le pense M. Toscanne, mais comme on serait porté à le nier après M. Pottier.
la décoration que Tart susien a évolué de limitation de la nature, surtout animale, aux formes rectilignes, sans exclure la création directe de certaines combinaisons de lignes qui ont pu se présenter comme d'elles-mêmes.
La céramique susienne, du moins par ses origines, se rattache donc à Tart des cavernes, qui a surtout les animaux pour thème. Pourquoi les animaux, — et presque jamais l'homme, — si ces représentations n'avaient pour but d'exercer sur eux une sorte de mainmise? On sait que des maîtres distingués en ont conclu que l'art fut d'abord guidé moins par le sentiment du beau que par l'attrait de l'utile. Par là on entend, pour le dire avec M. Pottier^, que les marques de propriété et les symboles religieux sont les deux sources de la pictographie primitive. A vrai dire, les marques de propriété n'exigent pas une reproduction fidèle, à moins qu'on n'ait entendu reproduire, par exemple, l'animal totem d'un clan. Mais il est assuré que les tatouages ont un but de préservation fétichiste et ce sont précisément les mêmes objets que les sauvages reproduisent sur eux-mêmes et autour d'eux. Il y a plus, M. R. de Mecquenem a bien voulu me dire que les tatouages actuels des femmes, non chez les Arabes, mais chez les Lours, descendants des anciens Persans, dessinent les mêmes animaux qu'on retrouve