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cependant encore du côté de la plaie un peu de sensibilité, qui est combattue victorieusement par une nouvelle application déquinze sangsues, et l’usage continué des délayants à l’intérieur. A ces remèdes, je fais ajouter au bout de quelques jours de simples bouillons, bientôt remplacés par de légers potages, et enfin par des aliments plus substantiels. Tout annonçait une prochaine et entière guérison, lorsque, sans doute à la suite de la position que le malade fut obligé de garder, la plaie inférieure s’enflamma ; il survint du gonflement, de la chaleur dans les parties environnantes; il se forma un abcès dont le pus trouva une issue facile par la plaie cpiise cicatrisa après une quinzaine de jours : ti dater de celle époque, le malade fut de mieux en mieux ; il put se rendre à la police correctionnelle, où l’appelait l’affaire dans laquelle il avait reçu ses deux blessures, et quitta l’hôpital entièrement rétabli, un mois et demi après son entrée (1).
Mais il faut en convenir, la chirurgie n’a pas su faire l’application de cette méthode à
(l) Recueillie par M. Bottex, aujourd’hui médecin en chef h l’hospice de l’Antiquaille, auteur de plusieurs Mémoires sur les maladies nerveuses.
tous les cas qui semblaient la réclamer moins impérieusement ; elle s’est aussi montrée trop avare des évacuations sanguines dans les phlegmasies non traumatiques, et ce n’est que depuis quelques années qu’elle est revenue d’un préjugé que trop de personnes partagent encore. Nous-même avons été en défiance contre une doctrine si opposée aux principes que nous avions puisés dans les écoles. Ce n’est que par des essais fréquemment répétés , et avec la ré serve que comporte un sujet d’une telle importance, que nous sommes parvenu à en apprécier tous les avantages. La grande quantité d’engorgements glandulaires que nous avons à traiter annuellement , nous en a fourni la première occasion. Ne pouvant les résoudre, ni par tous ces prétendus fondants que l’on administrait avec tant de confiance et de profusion, ni par cette foule d’emplâtres, d’onguents décorés du nom de résolutifs, nous les avons attaqués par les sangsues, les bains, les boissons délayantes, quelques légers minoratifs et le régime. Par ces moyens, nous avons obtenu des résultats bien plus avantageux que par la méthode contraire. Ce point de thérapeutique est aujourd’hui si peu contesté, qu’il serait inutile de l’appuyer de quelques observations.
Uu premier succès est un puissant motif d’encouragement pour de nouvelles tentatives. Ce que nous avons fait pour les plilgmasies chroniques des glandes, nous avons osé l’essayer pour les tumeurs blanches articulaires, que la plupart des médecins encore n’attaquent qu’avec dès vésicatoires, des moxas, des douches d’eaux thermales, des cautères ou même le fer rouge j tandis que le repos le plus absolu, un appareil convenable pour maintenir en rapport les surfaces articulaires, et de fréquentes applications de sangsues, forment un traitement plus rationnel, moins douloureux , et , toutes choses égales d’ailleurs, plus efficace. Nos observations à ce sujet, ont été faites en grand , et sur plus de cinq ou six cents malades , pendant la durée de notre exercice dans cet hôpital.
Toujours procédant du connu à l’inconnu , et prenant pour base de notre conduite les indications que nous avons dit être, à quelques exceptions près, toujours les mêmes, nous avons appliqué le même traitement aux rhumatismes aigus, dont le nombre s’élève chaque année de 90 à 100 ; nous pouvons assurer que si les résultats n’ont pas été aussi avantageux sous le rapport de leur cure radicale , cette méthode
est au moins celle qui soulage le plus promptement les malades, lorsqu’elle est employée avec modération, et subordonnée à quelques circonstances que le médecin ne doit jamais perdre de vue.
Il est des inflammations de la peau et du tissu cellulaire sous-jacent, qui se terminent si promptement par la gangrène, qu’on a cru pouvoir leur attribuer un caractère particulier et spécifique, et pour lesquelles les remèdes les plus excitants étaient employés avec profusion, tant à l’intérieur que sous forme de topiques. Pour l’anthrax, par exemple, on se serait bien gardé d’employer une méthode débilitante; on redoutait trop la fièvre adynamique pour épuiser par avance les forces du malade; on traitait localement par des cataplasmes et des onguents irritants, et l’on administrait de bonne heure des cordiaux à l’intérieur. Pendant quelque temps j’ai suivi celle méthode, et celle bien moins rationnelle encore de fendre indistinctement toutes ces tumeurs avec l’instrument tranchant, opération aussi cruelle qu’insignifiante dans le plus grand nombre de cas. Depuis trois ou quatre ans, je l’ai complètement abandonnée , pour m’en tenir a l’application de quelques sangsues dès le début, ainsi qu'aux
topiques émollients et au régime approprié à toutes les inflammations; j’ai depuis constamment observé que ces moyens simples étaient, dans tous les cas, préférables aux autres, et qu’il en était de ces affections comme des plaies d’armes à feu, avant que le restaurateur de la chirurgie française n’eût entièrement changé leur mode de traitement.
Saignées locales A la lancette.
Je ne dirai rien des autres plilegmasies où les émissions sanguines paraissent plus urgentes et mieux indiquées que dans celles que nous venons de signaler. Je rappellerai cependant que, pour le chémosis, la glossile, le panaris, les inflammations et contusions des pieds ou des orteils, les grands délabrements des membres, nous avons souvent préféré à l’application des sangsues les saignées des veines angulaire, ranine, salvatèle et saphène, ou celles qui sont les plus voisines des parties blessées ou confuses. Ce mode d’évacuations sanguines me paraît avoir trois avantages incontestables : de dégorger plus directement, de fournir une quantité
de sang plus facile à évaluer, et de ne point ajouter à l’irritation locale, comme les sangsues, lorsqu’elles sont mal choisies ou mal appliquées. Le dernier malade que j ai opéré de la pierre m’a fourni un exemple bien frappant de ce que tant d’autres ont observé comme moi : quelques heures après son opération, P*** fut menacé d’une violente inflammation du ventre. J’ordonnai l’application de vingt sangsues sur l’abdomen; ce nombre fut plus que triplé, et l’application faite avec tant de négligence, que les sangsues ne piquèrent que sur cinq ou six endroits, et produisirent autant de points d’irritation, auxquels succédèrent des furoncles et des eschares gangréneuses larges et profondes. Cet accident ajouta, pendant plusieurs jours, si non plus de gravité à la maladie principale, du moins de nouvelles souffrances qui ont prolongé de beaucoup la convalescence. ( Note C .)
Je regrette de ne pouvoir confirmer par de nouvelles observations ce que j’ai dit sur le spinilis et l’inflammation des vaisseaux lymphatiques, dont j’ai donné les caractères pathologiques. Je n’ai recueilli depuis celle époque que deux ou trois faits peu intéressants, et que je crois devoir passer sous silence.
Mais ce qu’il importe de signaler sans cesse a la constante sollicitude de l’Administration, c est le préjugé dont sont imbues certaines classes de la société confie le spécifique de la petite vérole, malgré tous les efforts que nous faisons pour l’accréditer. 11 n’est pas d’années que nous n’ayons à traiter des varioles dans nos rangs de blessés, et, dans les six mois qui viennent de s’écouler, nous avons pu en compter de 30 à 35 presque toutes confluentes. Heureusement nous n’avons perdu aucun des malades qui en ont été infectés, et plus d’une fois nous avons pu remarquer que, dès le début, pour faciliter l’éruption des boutons varioliques, rien n’est plus efficace que des cataplasmes cliauds, renouvelés deux ou trois fois par jour, dont on entoure le pied et le bas de la jambe, et que, vers la seconde période, des sangsues appliquées au cou ont prévenu les accidents graves qui se manifestent si souvent à cette époque de la maladie. Je pense devoir consigner ici un fait d’autant plus curieux que je le crois unique dans son genre.
Jeanne Pinel, âgée de 19 ans, entre à l’hôpital le 25 octobre 1823, pour un dépôt froid au cou. Trois semaines environ après, elle ressent toul-à-coup des lassitudes dans les membres,
des maux de tête, avec un léger mouvement fébrile; ces prodromes sont bientôt suivis d’une éruption variolique générale. Les boulons trèsrapprochés annoncent une petite vérole confluente. La céphalalgie étant devenue excessive, on fait appliquer le soir des sangsues au cou ; le sang n’esl point arrêté convenablement, il coule toute la nuit , et ce n’est que le matin qu’on s’oppose à son écoulement , en cautérisant les piqûres avec le nitrate d’argent. La malade est dans un état de faiblesse alarmant ; elle est étendue sur son lit, presque sans pouls, sans voix, la peau décolorée, les boulons varioliques affaissés, les extrémités froides. Je lui fais prendre de suite quelques cuillerées de vin de Bordeaux, et tâche de relever ses forces par de bons bouillons et quelques toniques ; j’ordonne en même temps d’appliquer des sinapismes aux membres supérieurs, tandis que l’on enveloppera les inférieurs de cataplasmes émollients, pour rappeler s’il est possible , l’éruption cutanée.
Sous l’influence de ces moyens, les forces se rétablissent peu à peu ; il survient seulement un léger mal de gorge qui se dissipe bientôt. Enfin, Jeanne Pinel se rétablit entièrement ; mais, chose remarquable, à l’exception d’un
très petit nombre de boutons varioliques de la ligure et du dos de la main droite, qui parcourent leurs périodes à la manière accoutumée , tous les autres se terminent par la résolution la plus complète ; de sorte (pie l’écoulement sanguin excessif qui a fait courir de grands dangers à cette malade, a fait avorter sa petite vérole.
Névroses,
La révolution bute en médecine pour le traitement des inflammations aiguës ou chroniques, avait déjà été tentée vers la la fin du siècle dernier pour la grande classe des névroses ; alors , comme aujourd’hui, on sentait l ’importance de ramener le mode de traitement des maladies nerveuses à des bases générales et fixes ; ce n’est qu’avec unejuste défiance qu’on employait tour-à-tour les méthodes perturbatrices et tous ces moyens empiriques vantés avec tant de complaisance et si souvent incertains dans leurs résultats. Mais, soit que la nature et le diagnotic de ces affections ne fussent encore qu’imparfaitement connus, soit que leur duree
indéfinie lassât bientôt la patience du malade et du médecin, on se livra à de nouveaux efforts pour découvrir des spécifiques dans les trois régnés de la nature. Les oxydes métalliques et les poisons végétaux ont surtout fourni matière à des recherches et des essais qui peut-être ne seront pas infructueux. Il était de notre devoir de répondre à l’appel que la science et l’humanité faisaient alors à tous ceux qui pouvaient expérimenter en grand et nous avons saisi avec empressement toutes les occasions favorables pour cela.
S’il est permis de varier à l’infini les médications et de s’abandonner, sur la foi de l’empirisme, à l’efficacité de certains médicaments dont on ne peut ni calculer les effets, ni concevoir le mode d’action, c’est surtout dans les maladies réputées incurables. Ici se présentent en première ligne la rage et le tétanos, espèces de vésanies qui ont entre elles tant d’analogie et de ressemblance. La première, depuis quelques années, n’a été observée que très-rarement à l’Hôlel-Dieu : deux exemples seuls sont venus renouveler les tristes méditations que nous inspira cette cruelle et affreuse maladie au printemps de 1816. Le doyen des médecins de cet hôpital, notre honorable confrère et ami le
docteur li olliet, s est emparé de toutes ces observai ions, et avec sa sagacité ordinaire, vous les a présentées dans tous leurs détails 5 ce qui me dispense de remettre sous vos yeux un tableau si déchirant, et de ne vous offrir que les résultats de nos espérances déçues.
Tétanos,
Nous n’avons guère été plus heureux dans le traitement des tétaniques. Laplupartdesmalades ont succombé du troisième au quatrième jour, ou après un laps de temps plus ou moins long. Les vingt-cinq ou trente tétanos observés dans l’espace de six années, ont porté dans notre esprit l’intime conviction que l’aphorisme du père de la médecine peut être infirmé dans quelques circonstances , et qu’il n’est pas de méthode de traitement sur laquelle on puisse raisonnablement compter dans tous les cas.
Un homme, dans la force de l’âge, reçoit a la jambe gauche un coup de fusil chargé avec du plomb de fonte. Transporté de suite à l’hô-
pilai, on enlève, à l’aide de petite incisions, les plombs que l’on peut apercevoir, et ceux qui font saillie sous la peau. Le malade est ensuite pansé d’une manière convenable, soumis à la diète et à l’usage des adoucissants à l’intérieur ; malgré ces moyens, il se développe dans la jambe blessée de vives douleurs , et bientôt après un érysipèle pblegmoneux considérable, qui sont combattus victorieusement par des médicaments appropriés. Le malade est au dix-huitième jour de son accident, et prêt à sortir de l’hôpital ; mais malheureusement on a laissé ouverte la croisée située au-dessus de son lit : il est brusquement saisi par le froid. Aussitôt il se plaint d’un sentiment de gêne, de raideur à la base de la langue ; la déglutition est pénible, les deux mâchoires se séparent avec peine, les muscles masséters et crotapbiles sont dans un état de contraction permanente, qui ne laide pas a s’étendre aux muscles de la partie postérieure du cou et du dos. Le tétanos, à peine manifeste, est reconnu et combattu par les moyens suivants : potion antispasmodique avec 15 grains d’extrait gommeux d’opium et 1/2 gros de carbonate de potasse, cataplasme émollient arrose d un Uniment anodin applique sur la jambe, embrocations sur le cou
avec un mélange d’huile camphrée cl de baume tranquille. Le tétanos n’en marche pas moins avec rapidité, attaque les muscles de la poitrine, du bas-ventre, et menace déjà ceux des extrémités supérieures et inférieures ; ÙO grains d’opium et 2 gros de carbonate de potasse sont prescrits dans 4 onces d’eau de tilleul. Le malade est mis dans un bain d’une température élevée, où l’on a fait dissoudre 2 onces de potasse caustique; il n’y reste d’abord qu’une heure, ensuite deux et plus, mais toujours sans soulagement. La suppuration des plaies de la jambe commence à devenir fétide.
Le cinquième jour, 50 grains d’opium et 2 gros de carbonate de potasse ; bains alkalins continués pendant trois, quatre et même cinq heures; on commence à concevoir quelques chances favorables : vaines espérances ! l’affection tétanique a envahi tous les muscles de la vie de relation, et siellereste stationnaire pendant deux jours, c’est pour reprendre plus d’activité ensuite jusqu’au moment de l’agonie , et le dixième jour le malade périt en entrant dans le bain.
Cette maladie, après les premiers accidents passées, aurait pu me laisser dans une sécurité trompeuse, si, quelques mois auparavant, je
n’avais été témoin d’un événement plus remarquable encore. Il s’agit d’un jeune homme de 28 ans, qui fut pris du tétanos quatre jours après son entrée à l’hôpital, pour une blessure à la jambe droite. Je le faisais observer avec complaisance par les élèves qui suivaient mes leçons de clinique. Au huitième jour, je crus tout danger dissipé; mais, au lieu de voir la maladie s’amender comme je l’avais annoncé, comptant également, et sur les efforts salutaires de la nature, et sur le traitement que je viens d’indiquer et que j’employai avec la même énergie, elle ne fit, au contraire, que s’accroître jusqu’au moment de la mort, qui arriva vers la fin du seizième jour.
A côté de ces deux observations, je placerai celle du jeune François Vincent, âgé de 8 ans, et d’une grande susceptibilité nerveuse. Cet enfant eut, le 8 octobre 1822, la jambe droite prise sous la roue d’une lourde voiture, qui en fractura les deux os, et y détermina une plaie contuse. On le transporta à l’hôpital le lendemain de son accident, les fragments n’étant point déplacés, je mis de suite le membre dans un appareil convenable. Le malade fut dans l’état le plus satisfaisant jusqu’au 27 octobre, dix-neuvième jour de son entrée à l’hôpital ;
alors, sans cause connue, de vives douleurs se firent sentir dans le point correspondant à la fracture ; les moindres mouvements de la partie malade les rendaient atroces : bientôt ces douleurs s’étendirent le long de la jambe et de la cuisse, et il survint, en même temps, une contracture de tous les muscles du membre abdominal droit.
Le 28, il se manifesta une gêne douloureuse dans les muscles du cou, une légère difficulté dans l’acte de la déglutition ; enfin letrismus le plus complet : infusion de tilleul, mélisse, violette ; potion calmante avec un gros de carbonate de potasse et 6 grains d’extrait gommeux d’opium.
Le 29, un peu de calme et de repos; néanmoins le tétanos fait des progrès, s’étend au membre inférieur gauclie et aux muscles de l’abdomen en même temps ; déglutition plus difficile, impossible même par intervalles; pouls fréquent, respiration gênée , face pâle, couverte d’une sueur froide , légers mouvements convulsifs des yeux. Chaque pansement met le malade dans une anxiété inexprimable ; la vue seule de la lumière suffit pour augmenter les phénomènes. On continue les mêmes remèdes.
jj
A dater du 1er novembre, quatrième jour de son invasion, le tétanos ne fit aucun progrès; dès le lendemain, il commença, au contraire, à diminuer. Je fis administrer encore pendant quatre à cinq jours le carbonate de potasse et l’opium, toujours à la même dose; puis j’en cessai complètement l’usage, les accidents s’étant considérablement amendés.
Le 8 novembre, onzième jour de la maladie, le trismus, ainsi que la contracture des muscles du tronc et des membres avaient disparu ; le lendemain, au matin, le malade se trouvait dans un calme parfait, seulement avec un peu de faiblesse et baigné d’une abondante sueur. Enfin, la fracture s’est consolidée assez promptement, malgré les diverses collections purulentes qui s’étaient formées autour des fragments; la plaie s’est cicatrisée, et le jeune Vincent est sorti de l’hôpital entièrement guéri (i).
Si maintenant nous reportons en ligne de comparaison les trois tétaniques guéris en 1819, l’un par de simples boissons délayantes, quelques anti-spasmodiques diffusibles, et des embrocations d’huiles stupéfiantes sur les muscles
(f) Observation recueillie par M. Rater, actuellement médecin de l’Hôtel-Dieu.
convulsés; les deux aulres par l’opium administré à petites doses et à longs intervalles, nous en tirerons la conséquence , qu’on ne peut espérer de maîtriser le tétanos que lorsqu’il débute d’une manière lente, qu’il affecte une marche chronique, et qu’au lieu de s exaspérer, il reste stationnaire jusqu’au moment de son déclin.
Nous avons fait la même remarque au sujet des névralgies en général, et particulièrement du tic douloureux de la face. Quelquefois j’ai vu ce dernier résister aux moyens les plus actifs, aux narcotiques les plus puissants, à l’opération elle-même, et céder au traitement le plus simple, qu’on aurait cru de primeabord inutile d’employer. Nous avons successivement essayé les extraits d’opium, de jusquiame, de belladone, de dalura-stramonium ; ceux plus accrédités encore, tels que la mor- , pliine, la potion slibio-opiacée, les pilules de Méglin, toutes les substances stupéfiantes, sous forme de liniments ou d’épilhèmes; aucun d’eux ne nous a paru avoir des avantages supérieurs aux autres. Cependant, un des derniers malades que nous avons traités fut constamment soulagé par les pilules de Méglin, portées jusqu’à la dose de cinq ou six par jour ; il fut
même complètement guéri pendant trois mois: mais, au moment où il allait quitter l’hôpital, de nouvelles attaques, moins fortes, il est vrai, que les premières se firent sentir et furent calmées de la même manière. J’aurais désiré pouvoir observer ce malade quelques semaines encore, mais il fut impossible de le retenir plus longtemps. Il avait une telle confiance dans le remède que je lui avais administré, qu’il partit bien rassuré sur l’avenir, tant qu’il aurait à sa disposition les pilules dont il voulut emporter la recette. Précisément à la même époque, j’avais un malade couché au n® 5 des hommes blessés, qui guérit plus promptement et plus sûrement encore par une médication bien plus simple, et que je n’employai que dans l’intention de faire une expérience comparative. Voici le fait :
Claude Deparrou, âgé de 30 ans, cultivateur, se mouille les pieds yant une odontalgie trèsvive ; aussitôt l’irritation se transporte et se fixe sur la lèvre supérieure : dès-lors, dans cette partie, douleur vive, lancinante, sans gonflement ni changement de couleur à la peau, revenant par accès. Ceux-ci se renouvellent d’abord tous les quarts d’heure, puis toutes les cinq minutes ; le moindre mouve-
de la mâchoire pour parler ou manger, les fait reparaître. Désirant mettre un terme à sa souffrance, Deparrou s’avise de frotter la partie douloureuse avec de l’eau-de-vie. dans laquelle il avait mis du sel marin : aussitôt les douleurs augmentent, les accès se multiplient, ce qui le décide à entrer à l’hôpital le 27 décembre
Je reconnais une névralgie fixée sur les ramaux que le nerf facial fournit à la lèvre supérieure, et je prescris les moyens suivants :
Tisane de valériane et de feuilles d’oranger, potion avec les eaux distillées de mélisse, de tilleul, la liqueur d’Hoffmann et la teinture de castoreum.
A l’aide de ces médicaments simples, l’état du malade s’améliore, les douleurs sont moins vives et reparaissent moins fréquemment, d’abord, après un intervalle de demi-heure, ensuite d’une, deux, trois heures et plus, enfin, après douze jours de ce traitement, le malade est sorti de l’hôpital entièrement guéri.
Il existe une telle anomalie dans la marche de toutes les affections nerveuses; leur diagnostic est souvent si obscur, qu’il n’est pas étonnant de trouver une divergence constante d’opinion sur leur vrai caractère et leur mode
de traitement. Je fais cette remarque au sujet des paralysies partielles et générales dont j’ai à vous entretenir. Qu’on se tromperait souvent dans la pratique médicale, si l’on voulait toujours juger des causes par les effets ! Un malade perd brusquement la vue sans lésion physique apparente; le commun des observateurs ne voit là qu’un commencement de goutte sereine, tandis que c’est une inflammation de l’œil profonde et sans caractères extérieurs appréciables. Quelle différence n’existe-t-il pas entre l’hémiplégie, suite d’une affection cérébrale, et l’impotence des extrémités inférieures qu’amène le spinitis ou la gibbosité vertébrale ! et cependant il serait difficile de trouver de plus grandes analo gies entre des maladies si diverses.
Goutte sereine.
La goutte sereine est, sans contredit, une des maladies le plus fréquemment observées dans cet hôpital. C’est encore pour cette affection qu’ont été multipliées les méthodes perturbatrices , et qui ont si souvent échoué dans leur application; parce qu’on ne distin-
guait pas assez le point de départ de la maladie, et qu’on n’avait égard qu’au symptôme principal, qui est la cécité.
Il existe réellement plusieurs espèces d’amauroses, qui doivent chacune être traitées bien différemment. Celle qu’on pourrait appeler inflammatoire, s’annonce par deux signes constants et pathognomoniques, ce sont le resserrement de la pupille et les douleurs vives et lancinantes que le malade éprouve lorsqu’il veut essayer ses yeux à la lumière. Dans ce cas, de larges évacuations sanguines, des révulsions opérées sur le tube intestinal et sur les extrémités inférieures, ont été le plussouventsuiviesdesuo cès; nousavonsfaitrecueillirdix ou douzeobservations qui constatent l’efficacité de ce traitement. Mais si la maladie n’est pas combattue dès le principe, si elle fait de nouveaux progrès, alors la pupille se resserre davantage encore, l’iris se déforme, change de couleur, le cristallin s’obscurcit et la phthisie pupillaire survient; enfin, si la phlegmasie passe à l’état de chronicité, on la reconnaît à cette couleur opale qu’on voit au fond de l’œil, et que l’on prend quelquefois pour une cataracte commençante : à toutes ces diverses époques, c’est encore le même traitement qui convient et qui nous a
le mieux réussi, en le modifiant toutefois d’après ces mêmes circonstances.
Lorsque, au contraire, il y a cécité complète, immobilité de la pupille, indifférence de la part du malade pour la clarté du jour, et que le fond de l’œil reste noir, la goutte sereine est bien manifestement alors une névrose, et quelquefois le résultat d’une maladie organique du nerf optique. Cette dernière espèce nous a toujours paru incurable; l’autre a été moins rebelle aux moyens que nous lui avons opposés, et nous l’avons constamment traitée par le séton à la nuque, les fumigations de baume de Fioravenli et les sachets de camphre arrosés d’étlier. Nous avons également essayé l’électricité et le galvanisme, mais avec moins d’avantages.
Paralysies.
Presque toutes les paralysies ou hémiplégies que nous avons eues à traiter étaient traumatiques et provenaient, la plupart, de l’ébranlement ou de la commotion du cerveau : tantôt elles affectaient tou te une moitié du corps; d’auties fois elles ne s elendaient qu’aux membres
inférieurs ou supérieurs ; le plus souvent elles ne duraient qu’aulant de temps que l’organe encéphalique restait lui-même dans l’engourdissement, et disparaissaient à mesure que le malade recouvrai! le libre exercice de ses facultés morales et intellectuelles. Dans ce cas, tous nos moyens curatifs étaient dirigés contre la maladie essentielle ; et le plus puissant de tous, après les évacuations sanguines par la lancette et les sangsues, c’est des lavements avec le vin émétique trouble. Nous avons déjà signalé les avantages de l’usage de ce remède, dont nous faisons un usage presque journalier, et nous y revenons encore aujourd’hui, parce que nous sommes plus riches en observations qui constatent son efficacité. J’ai vu beaucoup de malades rester dans l’assoupissement jusqu’au sixième ou septième jour, et n’ètre réveillés que lorsque cette médication avait été poussée assez loin. 11 est arrivé parfois que la paralysie ne s’est déclarée qu’après la cessation complète des autres symptômes ordinaires de la commotion. Je citerai, à ce sujet, une observation de plaie de tête bien remarquable aussi sous d’autres rapport .
Remi Lassozot, âgé de 28 ans, garçon d écurie, fut trouvé sans connaissance et baigne
dans son sang, à la suite d’un coup de pied de cheval portée sur la partie latérale droite du crâne. On présuma qu’il était depuis environ deux heures dans cet état, lorsqu’il fut transporté à l’hôpital le 11 février 1822, au milieu de la nuit.
Le malade était plongé dans la stupeur la plus complète ; le pouls était petit et concentré, la respiration difficile, la face pâle et couverte d’une sueur froide. Les téguments du crâne formaient un vaste lambeau demi-circulaire, ayant sa base en bas; le pariétal droit était dénudé dans une grande étendue, et brisé en cinq ou six pièces peu mobiles, déprimées et exerçant une assez forte compression sur le cerveau. Du sang artériel s’écoulait incessamment et en grande abondance par les intervalles que laissaient entre eux les fragments osseux.
Je me contentai, sur le moment, de réappliquer le lambeau et de panser mollement avec de la charpie. Je crus la saignée inutile , vu l’état de stupeur et la quantité de sang perdu.
Le lendemain matin 12, la stupeur avait diminue; neanmoins, le malade ne répondait aux questions que par des monosyllabes, et
promenait au hasard des regards incertains sur les personnes qui l’entouraient. La pupille était dilatée; mouvement automatique des membres, décubitus sur le côté de la blessure ; calmants à l’intérieur, synapismes aux jambes. Le soir, à sept heures, à la levée du premier appareil, je sortis un énorme caillot formé sous le lambeau , du sang artériel se faisait encore jour entre les fragments; je fis des tentatives réitérées et infructueuses pour les relever à l’aide d’un élévatoire ; du reste, le sang s’écoulant aisément par leurs intervalles, je jugeai l’application du trépan inutile et même dangereuse. Dans le pansement, j’eus soin de maintenir le lambeau soulevé, pour favoriser l’écoulement sanguin , lavement avec le vin émétique trouble.
Le 13, même état, lambeau très- tuméfié ; applications émollientes.
Le 14, assoupissement, augmentation de l’engorgement de la plaie.
Le 15, coma, délire, fièvre, abondante transpiration , décollement du péricrâne , nécrose des fragments; boissons délayantes, lavement purgatif.
Le 16, même état, suppuration considérable; applications émollientes, eau de poulet avec
un grain de tartrite antimonié de potasse, lavement émollient.
Le 17, plus de coma; le malade a recouvré toute sa connaissance.
Le 18, paralysie du mouvement dans la jambe et le bras droit , le tronc n’y participe pas; synapisme aux jambes, convertis en vésicatoires.
Le 20, la paralysie gagne le côté droit du tronc.
Le 21 et le 22, même état.
Le 23, accès de fièvre ; eau de poulet, 1/2 once de quinquina, lavement émollient.
A compter de celte époque, l’état du malade s’est amélioré, la paralysie a diminué et avait entièrement disparu le 10 mars; la suppuration de la plaie a été moins abondante; deux fragments osseux nécrosés se sont détachés et ont été enlevés avec facilité.
Le 16, il s’est manifesté un abcès assez considérable vers la base du lambeau ; parvenu à maturité, de légères pressions ont suffi pour faire écouler le pus par la plaie. Enfin, j’enlevai, du 20 au 24 mars, trois nouvelles portions osseuses, l’une de la largeur d’un écu de trois livres, les deux autres de celle d’une pièce de dix sous. La dure-mère, mise à découvert par
celle opération, offrait une surface vermeille, granulée ; j’appliquai mollement et maintins appliqué avec exactitude le lambeau qui s’élait bien dégorgé; des adhérences s’établirent, une petite esquille se détacha encore, et le malade sortit de l’hôpital le 24 avril, deux mois et demi environ après son entrée, en pleine convalescence, ne présentant plus qu’une plaie de l’étendue d’un pouce.
Au commencement de mai, la cicatrisation a été totalement achevée ; et le sujet, parfaitement guéri, jouit depuis lors du libre exercice de ses facultés intellectuelles (1).
J’ai vu aussi la commotion cérébrale s’accompagner d’un état convulsif général des muscles de la vie de relation; tel est l’exemple suivant :
Joseph Derobert, âgé de 23 ans, en traversant une allée le 20 novembre dernier, fit un faux pas et alla frapper rudement de la tête contre un mur: on l’apporta sur-le-champ à l’hôpital sans connaissance et plongé dans l’assoupissement. 11 ne présentait aucune trace de plaie ni de contusion ; son pouls était dur, petit et accéléré ; à la visite du soir, on prati-
(1) Observation recueillie par M. Floret, aujourd’hui médecin à Lyon.
qua une saignée au bras; pendant la nuit et le lendemain le malade parut plus fatigué; il offrit deux ou trois fois des symptômes nerveux tout-à-fait ressemblants aux attaques de l’épilepsie ; il y avait convulsion des muscles de la face, avec écume à la bouche, contorsion des membres, violentes secousses du tronc, etc. Douze sangsues furent appliquées au cou. J’ordonnai des boissons délayantes et antipasmodiques et un lavement avec le vin émétique trouble ; le soir une nouvelle saignée fut pratiquée.
Le 22, les attaques furent plus nombreuses et plus violentes; le malade en éprouva quinze ou vingt dans la journée ; deux fois il tomba de son lit; il était continuellement sans connaissance et dans une espèce de délire qui se faisait remarquer quelquefois par une grande loquacité et une grande incohérence dans les idees, d’autres fois par la plus morne tacilurnité : un deuxième lavement avec le vin émétique trouble lui fut administré ; je lui fis mettre encore douze sangsues au cou , et je continuai les mêmes remèdes que les jours précédents.
Le 23, le malade éprouva encore deux ou trois attaques.
Le 2£t et le 25, il n’y eut plus de convulsions; le traitement fut le même, à l’exception des évacuations sanguines.
Le 26, il entrait en convalescence et avait récupéré l’usage de sa raison, mais il éprouvait des douleurs sourdes dans la tête et la poitrine : ces douleurs cédèrent bientôt au régime et aux boissons délayantes. Aujourd’hui il est entièrement rétabli ; il ressent seulement une douleur assez vive à la pointe de la langue; celte douleur dépend d’une morsure qu’il s’y est faite pendant une des attaques épileptiformes qu’il a éprouvées ; du reste, il ignore entièrement comment son accident est survenu et ce qui s’est passé pendant les premiers jours de son traitement.
Lorsque l’hémiplégie semble revêtir un caractère essentiel, et qu’il est difficile de remonter à sa cause prédisposante ou efficiente, alors elle rentre dans la classe des maladies qu’il faut chercher à combattre par tous les remèdes , même les plus empiriques. C’est dans cette circonstance que nous avons administré la strychnine avec plus ou moins d’avantages. Ce médicament est sans doute très-puissant; c’est une des belles découvertes dont s’est enrichie la matière médicale ; mais son administration doit inspirer une certaine défiance : c’est un violent
poison dont l’action se prolonge long-temps encore après le premier résultat obtenu. L’exemple suivant fera connaître toute l’efficacité qu’on peut en attendre, et les inconvénients dont son emploi peut être suivi.
Un jeune homme, à la suite d’une affection syphilitique combattue par un traitement peutêtre trop actif, ressent lout-à-coup de la faiblesse et de l’engourdissement dans les membres inférieurs, et en même temps éprouve une contorsion de la bouche, telle, qu’il ne pouvait parler et manger qu’avec une extrême difficulté. Pendant quarante-six jours son médecin le tient simplement à l’usage des bains et des boissons délayantes : la maladie augmente au point qu’une paralysie complète s’empare de tout l’abdomen, du bassinet des membres pelviens. C’est dans cet état que le malade se confie à mes soins. Après avoir essayé inutilement divers moyens peu actifs, la paralysie faisant des progrès sensibles, je me décide à tenter l’emploi de l’extrait de noix-vomique; j’en fais d’abord prendre un demi-grain : celte première dose fatigue le malade ; je suspends le remède pendant quatre jours, puis jele prescris de nouveau, avec le soind’en modérerpendantqueîque temps la dose que j’augmente ensuite progressivement,
au point de la porter à G grains en vingt-quatre heures ; sous l’influence de ce traitement, qui détermine des mouvements spasmodiques généraux très prononcés , le malade recouvre peu-à-peu la sensibilité et le mouvement dans les parties affectées, et après vingt jours de l’emploi de ce moyen, il sort de l’hôpital, ayant obtenu la faculté de se soutenir sur ses jambes. J’ai appris quedeux mois après sa sortie il marchait aussi facilement qu’avant sa maladie, mais que pendant long-temps, quoique en parfaite santé, il a éprouvé des soubresauts et des contractions musculaires spontanées.
Puisque les considérations générales auxquelles je viens de me livrer, au sujet des maladies nerveuses, m’ont conduit à parler de quelques préparations pharmaceutiques inusitées jusques à ces derniers temps, je ne terminerai pas cet article sans dire deux mots de l’iode et de la digitale pourprée.
Il serait difficile d’énumérer tous les remèdes avoués par l’expérience, ou vantes par le charlatanisme, pour la guérison du bronchocèle ; cependant quand on les soumet à l’analyse, on peut se convaincre que la plupart ont pour base principale l’éponge et ses diverses préparations. C’est aussi dans certaines plantes ma-
rines que l’on a découvert l’hydriodate de potasse, dont M. Coindet, le premier, s’est servi, non seulement pour le goitre, mais encore pour toutes ces tumeurs anomales qui n’ont pas de caractère bien déterminé. Dans les premiers essais que j’ai faits de ce médicament, je l’ai administré à l’intérieur, sous forme de teinture ; mais les irritations d’estomac qu’il produisait, même «à dose très-modérée, me forcèrent d’y renoncer, et, depuis, je ne l’ai employé que sous forme d’onguent. Il serait inutile de relater tous les cas où l’iode a diminué de moitié, des trois quarts, et quelquefois dissipé complètement les engorgements de la glande thyroïde; je citerai seulement le suivant, comme un des plus positifs que j’ai fait recueillir.
Jean Assouders, âgé de 23 ans, d’un tempérament lymphatique, entra à l’hôpital le il mars 1 823, pour un bronchocèle formé de trois lobes, dont chacun avait à peu près le volume d’une pomme, et qui occupait la partie antérieure et latérale du cou. 11 avait vainement employé pour le combattre, les pastilles du docteur Dubois et le collier de Morand, conseillés par un médecin. Lorsque le malade fut soumis à notre inspection , la tumeur était douloureuse , la peau qui la recouvrait chaude et tendue ;
la voix un peu altérée , la déglutition gênée , les mouvements du cou difficiles ; il y avait céphalalgie inlense. Je fis de suite appliquer dix sangsues autour de la tumeur ; il s’écoula une grande quantité de sang. La céphalal gie diminua; nouvelle application de sangsues, plus de douleurs de tête; topiques émollients continués pendant quelques jours. Sous l’influence de ces divers moyens, le bronchocèle diminua un peu de volume et devint indolent; alors je fis commencer l’usage de la pommade d’iode, avec laquelle le malade se faisait luimême, deux fois par jour, des frictions sur la tumeur, au moyen d’un linge qu'il y appliquait ensuite. Sous l’emploi de ce remède, son goitre diminua presque à vue d’œil , et après vingt-deux jours de traitement par l’hydriodate de potasse, le bronchocèle, sans avoir totalement disparu, fut réduit à un si petit volume , qu’on pouvait le regarder comme guéri. Il n’est survenu dans tout le cours du traitement aucuns symptômes généraux d’irritation (i) .
Il existe actuellement, au n° 110 des blessés, un homme qui se présenta, il y a trois mois,
(J.) Observation rédigée par M. Bottex.
avec un bronchocèle énorme. Il fut soumis de suite aux frictions locales faites avec l'iodure de mercure, et depuis lors la tumeur a beaucoup diminué.
Le fait suivant nous a paru moins intéressant peut-être sous le point de vue thérapeutique, que sous celui du diagnostic différentiel.
Un homme âgé de 46 ans, de Poligny, département du Jura, éprouvait depuis quelques années des phénomènes d’oppression, de toux et de suffocation qu’on attribuait à un catarrhe pulmonaire chronique, sans pouvoir bien se rendre compte delà persistance des symptômes, alors que l’irritation bronchique ou pulmonaire semblait avoir cédé aux divers traitements qui furent mis en usage. Cette circonstance fit présumer l’existence d’une cause mécanique gênant les fonctions respiratoires; la présomption se changea bientôt en certitude, lorsqu’un jour, après une violente quinte de toux/ le malade s’aperçut de l’apparition brusque et instantanée d’une tumeur à la partie inférieure et latérale gauche du cou; tumeur qui était arrondie, dure, indolente, du volume du poing, tout-àfait sous-cutanée, facilement réductible, et gênant d’autant plus la respiration qu’elle faisait moins de saillie à l’extérieur; en sorte que la
réduction complète était l’état le plus fatigant pour le malade.
Dans cet état de choses, le nommé *** fut amené à Lyon, et soumis à l’examen de quelques médecins, qui furent loin de s’accorder sur le diagnostic de cette affection. Un de mes honorables confrères* avait émis une opinion qui me fut communiquée au moment où j’allais examiner le malade pour la première fois; il pensait que cette tumeur était formée par le sommet du poumon gauche, formant hernie à la partie supérieure du thorax. Soit que cette explication me parut très rationnelle, soit que l’autorité de celui qui l’avait émise m’imposât d’abord, je demandai une seconde inspection avant d’établir mon diagnostic.
Le lendemain, je reconnus à la dureté, à l’indolence, à l’absence de toute crépitation, fluctuation, et de tout battement de la tumeur, que ce ne pouvait être ni un kyste, ni une hernie du poumon, mais bien une de ces tumeurs anomales qui se développent si souvent dans les lieux abondamment pourvus de tissu cellulaire, et qui, par sa position, devait être assimilée aux tumeurs dites bronchocèles, sans pouvoir toutefois affirmer qu’elle dépendit d’un prolongement hypertrophié de la glande thyroïde.
Je conseillai un traitement résolutif, par les préparations d’iode à l’intérieur et sous forme de frictions, combinées avec quelques évacuations sanguines locales. Sous l’influence de ces moyens de médication, au bout d’un mois, la tumeur avait diminué d’un tiers, et enfin la résolution s'en est opérée, sinon complètement, du moins assez pour mettre fin aux accidents qui avaient si souvent compromis les jours du malade (i).
J’ai très souvent observé des leucophlegmaties à la suite de la rougeole, de la répercussion d’exanthèmes cutanés ou de la suppression d’un ulcère habituel, lorsque les malades avaient eu l’imprudence de s’exposer à un refroidissement subit. La première indication qui se présentait à remplir pour combattre cet accident, était
d’établir des points de suppuration supplémentaire, et d’exciter les couloirs naturels par les remèdes qu’on sait agir directement sur eux. Ainsi les purgatifs, les diurétiques, les sudorifiques étaient tour-à-lour employés à cet usage. C’est dans cette intention aussi, que j’ai admi-
(1) Cette observation avec tous ses détails a été, depuis, publiée par M. le docteur Passaquai, dans la Gazette médicale.
nistre la digitale pourprée de la manière suivante :
Poudre de digitale
gr-
vi*
Poudre de scille
gr.
Nitrate de potasse
gr-
Conserve d’enula-campana.
à prendre en plusieurs doses et à différents intervalles, suivant l’âge du malade, la constitution et la susceptibilité plus ou moins grande de son estomac. Ce remède agit avec célérité en provoquant la sécrétion des urines; j’en ai retiré de si grands avantages, que je n’hésite pas à le regarder comme le plus prompt et le plus sûr de tous. Parmi les malades qui ont fait usage de celle préparation, il en est un qui fut guéri en moins de huit jours : c’est un enfant de 11 ans, qui portait un dépôt froid à la cuisse, et qui fut saisi brusquemment par le froid, un jour qu’il se promenait par un temps pluvieux dans les corridors de l’hôpital : à l’instant il est saisi d’un mouvement fébrile qui le force à regagner son lit. Le lendemain à ma visite, je le trouvai plus fatigué que la veille; il avait peu dormi, les frissons s’étaient renouvelés deux ou trois fois dans la nuit; il éprouvait un commencement de gêne dans l’acte de
la respiration ; la peau était sèche et décolorée, le pouls petit et lent, la sécrétion des urines diminuée , la fluctuation de l’abcès moins sensible; prescription d’une tisane de bourrache et de violette édulcorée avec l’oximel ; diète.
Le second jour, la difficulté de respirer augmente, la face est bouffie, point de sécrétions; mêmes remèdes que la veille, sinapismes aux extrémités inférieures, potion calmante pour la nuit.
Le troisième jour, infiltration des jambes; alors je prescris la digitale pourprée; l’enflure augmente, gagne les cuisses et les parois abdominales; il y a menace de suffocation; j’augmente la dose de l’opiat dont j’ai indiqué la formule, et le quatrième jour, au soir, le malade rend une plus grande quantité d’urines.
Lecinquième, on continue les mêmes moyens ; l’enflure quitte le bas-ventre, et successivement les cuisses et les jambes, en sorte que le dixième jour, après avoir pris 50 grains de digitale pourprée, le malade fut complètement guéri, et sortit de l’hôpital quelque temps après, dans 1 état de santé le plus satisfaisant. L’abcès avait été ouvert avec le bistouri, et les parois s’étaient
recollées. Ce jeune malade m’intéressait doublement et par sa position et par sa famille; il était parent fort rapproché du docteur Mazet, mort au champ d’honneur, à la fleur de son âge.
On a pu se convaincre par l’exposé très-succinct que nous venons de faire des diverses méthodes de traitement applicables aux maladies chirurgicales, qu’il n’en est pas d’exclusives, et que chacune peut et doit trouver son cas d’application. Pour compléter cette première partie de notre travail, j’ajouterai que nous avons, autant que possible, simplifié notre matière médicale, et réduit de beaucoup le nombre des médicaments que la pharmacie met à notre disposition. L’expérience nous a démontré que, même dans les hôpitaux, le tartrite antimonié de potasse et les purgatifs n’étaient pas d’une nécessité si absolue, qu’il fallût en faire un usage abusif. Ces remèdes, et le premier surtout, n’ont été employés qu’avec parcimonie, pour les embarras gastriques, l’érysipèle bilieux, les plaies de la tête, etc. L’expérience nous a démontré qu’une diète sévère, des boissons délayantes, des lavements émollients, quelques tisanes légèrement laxatives, les révulsions sur les extrémités supé-
rieures ou inférieures, suivant le siège de la maladie, étaient, toutes choses égales d’ailleurs, bien préférables aux excitants portes sur la muqueuse gastro-intestinale. Nous avons été très-réservé sur l’emploi du quinquina et de ses diverses préparations ; rarement je l’ai administré en extrait ou en substance , car il faut convenir que l’adynamie et l’ataxie deviennent chaque jour moins redoutables, depuis qu’on s’est appliqué à mieux traiter les phlegmasies dont elles ne sont jamais que la conséquence ; cependant j’ai souvent donné le sulfate de quinine pour les fièvres intermittentes tierces ou quartes du printemps et de l’automne, encore dois-je faire observer que le plus ordinairement j’ai vu ces affections essentielles ou symptomatiques, comme on voudra les désigner , céder à l’emploi des amers indigènes après cinq ou six jours de traitement.
l*anwcmcn(N.
Si la thérapeutique médicale est d’un si grand secours pour le traitement des maladies externes, si la chirurgie lui doit en partie les progrès immenses qu’elle a faits depuis quelques années, n’oublions pas toutefois que les médicaments internes ne sont le plus souvent que des moyens auxiliaires dans la pratique chirurgicale. Je voudrais pouvoir exprimer comme je le sens, toute l’importance que j’attache à l’art des opérations et même des pansements. Rien ne doit être négligé, quand, pour soulager un malade, on est dans la dure nécessité d’ajouter de nouvelles souffrances à celles qu’il endure déjà. J’ai souvent pensé qu’à mérite égal , le meilleur' chirurgien serait celui auquel les angoisses de la douleur ne seraient point étr angères. On est d’autant plus compatissant pour les maux d’autrui qu’on les a ressentis soi-même. Celle vérité de tous les temps devrait toujours être présente à l’esprit du chirurgien opérateur; mais, en faisant abstraction de ce sentiment d humanité qui doit soutenir' le courage, enchaîner la témérité et guider la main de l’opérateur, il est
certain que le succès d’une opération dépend beaucoup de son mode d’exécution et des pansement subséquens. Cela est si vrai, que je me serais fait un cas de conscience d’abandonner à des jeunes gens encore peu exercés, la levée d’un premier appareil, ou le pansement d’une fracture comminutive. Je regardais comme nn devoir d’appliquer moi-même, au moins la première fois, tout appareil un peu compliqué, et de ne confier à d’autres le soin des malades que j’avais opérés, qu’après le quatrième ou le cinquième jour.