‹ Mélanges de chirurgie étrangère (volume 2)Chapitre 16 sur 34 · SQUIRRE ET SUR LE CANCER · texte numérisé non relu

SQUIRRE ET SUR LE CANCER

(Quelque nombreuses et variées que soient les opinions qui , depuis les temps les plus éloignés jusqu’à nos jours , ont été publiées sur la nature essentielle du sqüirrè et du cancer , et dont plusieurs semblaient plausibles j néanmoins, les chirurgiens les plus savaris , et les plus grands praticiens don-» lent encore si le squirre et , par conséquent , Je cancer sont des maladies absolument locales, ou plutôt generales et locales tout à la fois ; si le squirre attaque indistinctement tous les tissus organiques du corps; s’il y a des signes certains pour distinguer le squirre de toute autre tumeur glandulaire , qui ait du rapport

rvfc lui par la lenteur de sa formation, par h, Jor-oé, pf l'insensibilité; si le cancer exerce ie îm rrn degré (Faction sur toutes les parties du corps humain indistinctement ; si} comme quelruu s-ur.sîe prétendent ,1e squirre et le cancer sont des maladies uniquement locales; on demande encore, pourquoi le cancer, surtout celui qui attaque les glandes , élude constamment l’action du bistouri , des caustiques les plus forts, et du cautère actuel.

Je suis loin de croire que nos connaissances surpassent de beaucoup celles des anciens, sur la première origine fies principes délétères qui constituent les maladies internes, en général, et, parmi les externes, le squirre, non plus que. sur les qualités spécifiques de Ficher cancéreux. Néanmoins , j’ai la plus parfaite persuasion que dans l’état actuel de la science chirurgicale , et avec l’aide des immenses progrès qu’a faits de nos jours Fana tonne pathologique, nous pouvons aujourd’hui distinguer, à l’aide de signes certains , le squirre des autres tumeurs chroniques qui lui ressemblent le plus en apparence ; et quant a la curation , démontrer, de la manière la plus satisfaisante. Futilité qui dérive de Fusage anticipé et opor-

ton d une chirurgie efficace , unique moyen de guérison de ceüe cruelîe maladie.

Premièrement, il résulte d’observations sans nombre de chirurgie pratique que le squirre, et par conséquent le cancer, n’attaque. u jamais primitivement le système lymphatique absorbant , el de là , pas davantage les glandes de meme nom. Un ou deux exemples de prétendu squirre extirpé avec quelqu’une des glandes lymphatiques du col, cités en preuves du contraire (parce que quelques chirurgiens célèbres ont nommé trop à la légère squirre , toute tumeur glandulaire chronique , un peu plus dure que de coutume ) , n’ont pas encore été regardés comme autentiques, et confirmés par une expérience rationelie.

On sait pareillement que l’affection squirreuse et cancéreuse primitive épargne , si non toutes , au moins quelques-unes des glandes muqueuses les plus apparentes , comme les sublinguales , et les amygdales ; quant à ces dernières, tout chirurgien versé dans la pratique de son art , sait que les amygdales volumineuses et dures , improprement dites squirreuses , se laissent couper par parcelles , et même détruire lentement par des applications caustiques répétées, sans crainte que pour cela

elles dégénèrent en cancer. La glande thyroïde , qu’on la place parmi les lymphatiques, ou parmi les muqueuses , ne devient jamais ni squirreuse , ni cancéreuse primitivement. Et si , dans quelque cas, on a trouvé la glande thyroïde rongée par un cancer, ce n’a été qu’en conséquence de la contiguïté de cette glande avec-un ulcère cancéreux de la trachée ou de l’œsophage. Donc, toutes les fois qu’une ou plusieurs des glandes lymphatiques , ou quelqu’une des muqueuses sus-indiquées, se trouvent infectées de cancer , cela ne vient que de l’ichor cancéreux qui y a été apporté par la voie des absorbons, ou par l’infiltration du virus cancéreux , le long du tissu cellulaire commun à la glande lymphatique, et à la par* tie affectée de cancer.

En second lieu , le squirre et le cancer n’oc^ cupent jamais primitivement les viscères pro-* prement dits , h l’exception des parties internes , qui sont garnies d’une enveloppe intérieure fournie par la réflexion de la peau , comme le larinx , l’œsophage, l’estomac, l’intestin rectum , le vagin et le col de l’utérus. Les endurcissemens du cerveau . les fongus de la dure-mère , les tubercules chroniques des

poumons , du foie (i) , de la rate, de l/ornentum , du pancréas (2), des reins, des ovaires (3) , de la prostate (4) > du coi de la vessie urinaire (5), ne sont absolument ni des squir-

(1) Baillie , Morbid anatomy , fasc V. pl. 111 , f. 2. «c J’ai vu , écrit-il , de semblables tubercules convertis j) en une substance dense, coagulée, semblable à celle 3) qui se rencontre dans les glandes scrophuleuses. »

(2) Ibid. pl. VU, f. 1. <( L’endurcissement du pan- » créas, dit-il, n’est pas une chose rare; mais même )) dans cet état pathologique, le pancréas conserve sa )> conformation intime naturelle , savoir , la structure » lobulaire , ce qui ne se trouve point dans l’intérieur des }> glandes squirreuses , 011 tout a été changé en une » masse lardacée uniforme. )>

(3) Les tumeurs des ovaires offrent une structure interne semblable à celle des tumeurs strumeuses et stéatomateuses , qui est complètement différente decelle du squirre.

(4) Aucun chirurgien n’a encore vu le véritable squirre, et moins encore le cancer de la prostate. On n’a jamais vu les fausses routes que se pratique quelquefois la sonde au travers de la prostate dégénérer en ulcère cancéreux.

(5) Si le col de la vessie urinaire a été trouvé par fois infecté d’ulcère cancéreux, ce n’est qu’en raison de sa connexion avec l’intestin rectum, ou le col de l’utérus cancéreux.

res , ni des cancers , ni même des fongus médullaires .

Ces tumeurs chroniques, indolentes, ou tubercules fongueux des viscères (pourvu qu’ils ne soient pas des conséquences manifestes d'une cachexie cancéreuse générale), ne sont, à proprement parler , que des phénomènes pathologiques d'une constitution (i) serophu leuse générale, ou des infarctus qu’on doit rapporter à de précédentes inflammations aigues, dont la résolution a été imparfaite, ou des produits d'une phlogose lente qui a trainé en longueur. Les plus célèbres auteurs d'anatonne pathologique , dans leurs recherches destinées à établir les caractères distinctifs des diverses tumeurs chroniques des parties molles internes et externes , induits en erreur par l’apparence de leur texture interne abnormale, ne trouvant point précisément dans les tumeurs chroniques des viscères , ce qui se rencontre constamment dans le véritable squirre des glandes conglomérées externes , les placèrent, lorsqu'elles sont dures , parmi les sejuirrosüés (terme insignifiant) , et quand elles sont molles et fongueuses , parmi les fongus médullaires ,

(i) Discresia scrofolosa .

maladie aussi meurtrière que le cancer ; non pss cependant ( ce qu’il faut bien bien noter ) comme maladie primitive , mais comme consécutive au fongus médullaire malin existant sur une des parties externes du corps. Mais ils ne me paraissent pas avoir fait attention à ceci, qu’on rencontre fréquemment ces tumeurs chroniques fongueuses des viscères , dans les cadavres d’individus morts de toute autre maladie que d’un fongus médullaire ma lin préexistant sur une des parties externes du corps.

En troisième lieu , le squirre et le cancer ne paraissent jamais avant la puberté, et rarement avant la vingt-cinquième année, dans l’un et l’autre sexe. Chez les jeunes filles, rendurcissement lent et spontané du sein , dans un ou plusieurs endroits, l’intumescence chronique dure de quelqu’autre glande conglomérée externe ; l’augmentation de volume lente et spontanée , quoique indolente , des testicules chez les jeunes garçons, sont toujours et sans exception , d’origine et de nature scrophuleuses.

En quatrième lieu , l’observation et l’expérience nous enseignent que le cancer ne se forme jamais qu’en suite du squirre véritable

de quelqu’une des glandes conglomérées externes, ou de porreaux , soit verrues , durs et roid.es , ou de tubercules malins de la peau extérieure ou réfléchie, participants au caractère du squirre. Sous laquelle que ce soit de ces deux formes que la maladie se manifeste, l’ulcération qui en est le résultat est la seule vraiment cancéreuse; car , autre chose est une ulcération sordide , fongueuse, rongeante, à bords durs renversés , et un ulcère malin formé sur une partie qui était précédemment endurcie par un squirre véritable.

L’expérience nous a instruit qu’il n’y a que deux tissus organiques qui servent de nid , pour ainsi dire , à la formation et au développement du squirre et du cancer ; savoir les glandes conglomérées externes et la peau. Parmi les glandes susdites, celles du sein sont plus sujettes h celte maladie ; viennent ensuite les parotides , les maxillaires , les lacrymales , et le corps du testicule ; je dis le corps , parce qu’il n'est pas encore assez constaté que l’epididyme soit jamais le siège primitif An squirre et du cancer ; quoique asses fréquemment , après une inflammation aigue de tout le testicule , Lépididyme reste dur indolent et en apparence squirreux pendant

assez longtemps , même pendant toute la vie^ sans dégénérer en cancer.

Le second des deux tissus organiques , sur lequel nous avons dit que s’établit le squirre et ensuite le cancer , est la peau. Cependant ce tégument commun, à cause de sa texture différente , à divers égards , de celle des glandes,, présente le squirre sous un aspect qui lui est tout-à-fait propre , savoir , tantôt comme une verrue roide , tantôt comme une tumeur inégale dure , tantôt comme une varice noire eî dure. Cependant , malgré cette diversité de configuration extérieure , en examinant attentivement la texture intérieure de ces tubercules de mauvaise nature de la peau externe ou réfléchie , on trouve que leur substance interne, profonde, a beaucoup de ressemblance avec le tissu intérieur , ténace et lardacé du squirre glandulaire, qu’elle est comme celuici entrecoupée de lignes blanchâtres, et farcie d’une humeur coagulée, visqueuse, albumineuse. Et à propos de ces squirres malins de la peau, c’est une chose digne de remarque que leur caractère nuisible ne se montre pas avec une virulence égale sur toute la surface i de cet organe. Car on observe que leur nature est plus destructive , â proporiion de ce

que les parties que la peau affectée de squirre recouvre sont garnies de vaisseaux plus sensibles , et destinées à de plus nobles usages (i) ; de là vient que le cancer de la face et des lèvres est moins formidable que celui des fosses nasales, de la langue , de la caroncule lacrymale appelé encanthis malin , des glandes du pénis , du rectum, du vagin, et du col de l’utérus.

Pielativement à ce dernier, les nombreux faits d’anatomie pathologique et de chirurgie pratique ne me permettent pas de douter , que les prémices du cancer de l’utérus doivent se reconnaître constamment à l’ulcération' d’un ou plusieurs petits squirres , sous forme de verrues ou de nodosités , qui se forment sur îa peau réfléchie qui revêt le fond du vagin, et en même temps l’orifice et le col de Tutérus. Un ou plusieurs de ces tubercules durs, malins, de la peau réfléchie , lorsqu’ils croissent de volume, enveloppent, comme un anneau, l’ouverture de l’utérus, et font que cette fente naturelle s’ouvre et se dilate pathologiquement,

(i) LeDran avait noté cette différence. Yoy. Mém . de H Acad. R. de chirurgie, vol. lit.

et présente des bords durs et irréguliers, qui ensuite s'ulcèrent, d'indolents quMs étaient deviennent douloureux , font éprouver des élancemens spontanés et passagers, et offrent au doigt explorateur des cavités et des crêtes autour de l’orifice de l’utérus , et sur le fond du vagin, dont suinte un iehor ténu, sanguinolent d’une odeur lixmelle. L’ulcération cancéreuse , dans le principe , se répand superficiellement sur le col de l’utérus , précisément comme fait le cancer de la peau de la face; puis il s'approfondit et corrode la substance du col de l’utérus , ensuite celle du corps , et enfin celle du fond lui-même. Toutes les autres tumeurs chroniques , dures , indolentes , qui naissent de la surface interne ou externe du corps ou du fond de l’utérus, examinées anatomiquement , n’offrent rien dans leur texture i intime qui soit commun avec le squirre vrai j ou avec le cancer , et il n'y a pas, j’oserais dire , dans toutes les annales de la chirurgie , lun seul fait authentiques de cancer de Futésrus , qui ait pris son origine sur une autre «partie de ce viscère, que sur la peau réfléchie : qui en revêt l’orifice avec le fond du vagin.

Le diagnostic du squirre est regardé , avec raison , comme un des points les moins par-

faits de la pathologie chirurgicale générale s parce que, il faut l’avouer, un certain nombre des signes qui indiquent le squirre , sont communs à d’autres tumeurs chroniques, dures indolentes des parties molles. Cependant, en faisant attention à l’ensemble des phénomènes qui précèdent et qui accompagnent le squirre vrai, ou y reconnaît ceux qui le caractérisent. Outre cela, en confrontant au moyen de la dissection, leur texture intérieure , on parvient avec sûreté à distinguer le squirre de toute autre tumeur chronique, dure, indolente, en apparence semblable, mais essentiellement très-différente du squirre.

Et premièrement, on ne pent confondre les caractères propres et distinctifs du squirre avec ceux des tumeurs enkystées, des lipomes , des sarcomes , et des osteo-sarcomes ; car le siège des premières et des seconds est dans le tissu cellulaire , et celui des troisièmes et des derniers est dans ce même tissu , en même temps que dans les parties qui lui sont adjacentes, en particulier dans les ligamens et dans les os; siège qui n’a rien de commun avec celui du squirre des glandes et de la peau. Leur dureté, entant que ces tumeurs n’intéressent; que les parties molles, ne peut soutenir la

comparaison avec la dureté presque pierreuse du squirre glandulaire , et avec celle des verrues malignes de la peau externe et réfléchie.

Les scrophules et le goitre, qui ont vraisemblablement une origine commune , attaquent, il est vrai , quelque fois , bien que rarement chez les adultes , quelqu’une des glandes conglomérées externes (i) , et causent d’ordinaire 1 intumescence des glandes lymphatiques, qui, comme on la dit, ne sont jamais primitive* ment affectées ni du squirre , ni du cancer. Quand les scrophules ou le vice strunieux causent l’accroissement de volume , et l’indu-

(1) Que le vice strumeux ne se borne pas à la glande thyroïde, ou aux seules glandes lymphatiques , mais qu'il occupe quelquefois quelqu'une des glandes secrétoires conglomérées externes, c’est une chose connue du temps de Brassayola. Comment» in jîph, Hippocr. 26 j, L. 1. Celsus (écrit-il) } JMegen chirurgum referre dixit in mammis mulierum se s t ruinas veperiisse , ac si magnum quid relulerit. Nos enim , non solum in mu lieriun , sed et virorum mammis strumcis vidimus.

Louis Mercato dit aussi : In mamma glandulosus quidam tumor progignitur, qui ei generi tumor um incum hit , quod scrofulas , obtinere scimus . De mulierum affectibus , lih. I, p. 128.

ration de quelque glande conglomérée externe , le caractère de la tumeur est manifesté chez les enfans , comme chez les adul es, par l’habitus du corps et les signes connus de diathèse scrophuleuse ; car alors , chez les adultes du sexe masculin, l’habitus du corps tient plus du féminin que du viril. En général , dans les deux sexes la présence de la diathèses crophuleuse s’annonce par la pâleur de la peau, la laxité de la libre , la turgescence des viscères abdominaux, la faiblesse des organes digestifs, les fréquentes douleurs de ventre, les diarrhées, et souvent chez les adultes les cicatrices sur les glandes lymphatiques qui ont suppuré dans l’enfance. Outre cela, l’affection scrophuleuse ne se borne jamais h une des glandes conglomérées externes , mais elle intéresse, en meme temps, un nombre plus ou moins grand de glandes lymphatiques dans diverses parties du corps, en particulier au col, aux aines, aux aisselles. De plus, la tumeur scrophuleuse est régulière , lisse , et sa dureté n’égaie jamais celle qui est propre et particulière au squirre ; cette différence ne saurait échapper à la main exercée d’un chirurgien. Enfin, la tumeur scrophuleuse ou sîrumeuse, quelle occupe une glande lymphatique , ou

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une glande conglomérée, offre pour caractère propre, dès son apparition, une sensation pénible, sourde j profonde* et gravative 9 comme la désignent les chirurgiens , parce que les tumeurs de ce genre ne marchent jamais sans un certain degré quelconque de phlogose lente chronique , laquelle s’accroit pendant Faugmentation de la tumeur , et devient de plus en plus manifeste»

Quand le vice scrophuleux ou strumeux occupe le testicule , c’est un fait constant , que celte tumeur chronique n’est jamais isolée , dès sa première formation , mais qu'elle est toujours associée à l’affection scrophuleuse ou

strumeuse des glandes lombaires et mésentériques. Et celte vérité constante de chirurgie pratique mérite d’autant plus d’être remarquée par les jeunes chirurgiens , que quelquefois la portion du cordon spermatique qui passe dans Faine , grêle et en apparence saine , Invite , pour ainsi dire, l’opérateur h abattre le testicule incommode et volumineux; et dans la première période de celle infirmité , le malade n’est pas assez amaigri, pour qu’au travers des tégumens du ventre on puisse sentir les Mandes mésentériques, et moins encore les lombaires , bien que déjà grossies et durcies.

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Ce qu’il y a néanmoins de certain , quelle qu’en soit la véritable cause , c’est qu’après la rescision du testicule strumeux, malgré que îa plaie guérisse , comme cela a lieu , dans le temps ordinaire , les glandes mésentériques et lombaires strumeuses ne tardent pas à augmenter de volume , et à faire des progrès avec une telle célérité , que le malade tombe dans le marasme, plus promptement que lorsque la castration n’a pas été pratiquée. Quelques pathologistes modernes veulent que cette espèce de tumeur chronique du testicule , lisse , régulière sur toute la surface , résistant à la

pression d’une manière égale , quelquefois molle dans un point qui offre une apparence de fluctuation , toujours exempte de douleurs graves et d’élancemens , doive se rapporter aux fongus médullaires de mauvaise nature , et que l’intumescence des glandes lombaires et mésentériques, ne soit qu’une conséquence nécessaire de l’absorption du foyer qui existe dans le testicule gonflé. Mais , à mon avis , il n’y a rien de plus certain et de plus démontré dans toute la chirurgie que ceci , savoir, que îa tumeur chronique du testicule dont on parle, n’a rien de commun avec le fongus médullaire

de mauvaise nature; qu’elle est manifestement de caractère striuneiix , et ci origine commune et simultanée avec la tumeur des glandes lombaires et mésentériques tuméfiées par l’affection strumeuse . Plus d’un exemple de cette maladie se conserve dans notre musée pathologique de Pavie, où l’on voit qu’après la résection d’un testicule strumeux, l’inlumescom e strumeuse des glandes lombaires , à peine sensible au tact auparavant , acquit rapidement un volume si énorme, qu’elle enveloppa en peu de temps le commencement de l’intestin jéjunum , et l’éloigna beaucoup de l’aorte ventrale ; cet accroissement rapide des glandes lombaires ne peut certainement être rapporté à l’absorption de l ichor virulent du testicule qui avait été emporté quelques mois avant la mort.

Il n’cst pas non plus nécessaire de recourir à l’absorption des principes délétères , pour expliquer pourquoi le malade est précipité dans le marasme ; car 1 énorme intumescence strumeuse des glandes lombaires et mésentériques est suffisante, par elleseule, pour produire ce triste événement. Mais si, précisément dans ces circonstances , la seule ligature de l’artère spermatique dans l’aine ^ comme elle a été

pratiquée par Charles Maunoir (i) pour la curation du sarcocèie, sera suffisante non- seulement pour exempter le malade de 1 ablation du testicule, en en obtenant le meme effet, rosis encore pour éviter b- prompt accroissement des glandes lombaires strumeuses, qui en est la conséquence , c’est ce qu'on doit attendre de l'expérience.

Les signes propres et distinctifs du squirre sont en opposition parfaite avec ceux de l'affection slrumeuse , qui occupe quelqu’une des glandes conglomérées externes. Le squirre attaque les personnes sur l'Age , qui ont la fibre roide , le tempérament biboso-sanguin , pour lesquelles , s’il y a quelque soupçon de discrasie , ou diathèse vicieuse , il peut tomber sur la scrophuleuse. Le squirre est solitaire , c’est-à-dire, n'intéresse qu’une des glandes conglomérées externes, et il n’est jamais, ou presque jamais, arrivé de rencontrer deux squirres bien véritables sur le même individu. Le squirre , dès sa première apparition , est

(i) Nouvelle méthode de traiter le sarcocèie sans avoir recours à l’extirpation du testicule, par Charles Théophile Mausoir. 1820. Voyez plus loin l'exposé de celte méthode.

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très-dur, comme une pierre, et parfaitement indolent , part e qu’il n’est pas associé, comme l'intumescence scrophuleuse ou strumeuse , à une phlogose lente et profonde. Le squirre croit peu-à-peu dans toutes les directions , et semble au tact comme composé d une multitude de morceaux de substance dure agglutinés ensemble ; son insensibilité , malgré l’augmentation de la tumeur, persiste juqu à sa dégénérescence en cancer. Ce caractère distinctif du squirre , comparé avec ceux de l’affection strumeuse, qui , comme on l’a dit , n’est point du tout insensible , a été remarqué par Galien , qui écrivait : Exquisitus scirrhus tu mor estprœter naiuram sensu carens et duras ; non exquisitus autem (faissant allusion à l’affection strumeuse) non omninb sine sensu est , sed œgrè tamen admodum sentit. Le squirre invétéré, devenu bosselé, élève irrégulièrement la peau, h laquelle il adhère dans quelque point. Aussitôt que le squirre commence à faire éprouver des élancemens , bien loin d’augmenter de volume, il se resserre sur luimême, en prenant encore plus de dureté, comme s’il tendait à la sécheresse , et il entraine au-dedans la portion de peau à laquelle il était devenu adhérent , précisément à Lin-

verse de es qui arrive clans le plus grand accroissement de F affection si ruineuse prête à suppurer à l’extérieur, ou dans sa texture intérieure.

Quant à la différence qui existe entre le tissu interne dégénéré des glandes conglomérées slrumeuses , et celui du squirre , l’anatoinie pathologique nous fournit les notions suivantes. L injection d’un liquide glutineux coloré , poussé dans les vaisseaux artériels de la glande strumeuse , y pénètre d’abord assez librement , mais bientôt elle s’y épanche , à cause de la flaccidité et de la friabilité des vaisseaux propres des glandes strumeuses. Cellesci , incisées jusqu’au centre, laissent voir une substance vasculaire compacte , remplie d’un liquide albumineux, mêlé à une matière tantôt granulée , tantôt sébacée , ou crétacée. Entre le corps de la glande et son enveloppe extérieure se trouve toujours quelque vestige de lymphe concrescïble , qui se rencontre souvent aussi dans l’intérieur de la glande , et qui est un indice certain , que là il s’est manifesté une phlogose , quoiqu’elle ait été faible et lente. Dans le squirre , au contraire , l’injection si fine qu’elle soit , ne remplit jamais que les principaux troncs artériels de la glande

squirreuse. La dureté de la substance qui compose le squirre est vraiment propre et particulière h celte tumeur, et ne peut se confondre, par l’observateur le moins atlentil,a\ec celle de toute autre tumeur glandulaire chronique. Elle est semblable a celle d’un cartilage mou . et a beaucoup de rapport avec la substance ramollie des ligamens et des cartilages articulaires , dégénérés par suite d’une tumeur blanche. Partagé par le milieu le squirre présente une surface blanchâtre , parsemée uniformément de stries plus blanches qu’elle, comme des rayons qui iraient du centre à la circonférence , ou semblables à des ramifications (i). La pression en fait sortir un liquide albumineux transparent , qui se répandant sur la surface incisée la rend en peu de temps brillante et comme couverte de vernis. Enfin , la tumeur strumeuse et le squirre macérés ensemble dans Peau, pendant assez longtemps , font voir que la première passe à l’état d’une masse molle , spongieuse , frangée, tandis que le squirre garde, à peu de chose près.

(1) Baïllie , Anatomie pathologique. Abernethy , surgical pprorbsy vol. II.

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