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la même dureté qu’il avait avant d’être soumis à la macération. Cette remarquable diversité de cohésion , entre les particules de ces deux genres de tumeurs, nous explique pourquoi , dans quelques prétendus cancers occultes y qui n’étaient effectivement que des tumeurs slrumeuses , on a trouvé des cavités pleines de sérosité pure ou sanguinolente , du poids de deux , quatre et même de six livres ; ce qui certainement ne peut jamais avoir lieu, dans la substance intime, dure et tenace du squirre.
II est plus simple et plus facile de former le diagnostic des tumeurs chroniques des glandes conglomérées, qui ont été occasionnées par une inflammation aigue, négligée ou répercutée. Car le caractère de ces tumeurs glandulaires chroniques se reconnaît aisément , en faisant attention a la violence de l’inflammation passée, qui n'aura pas été convenablement traitée, ou qui l’aura été par des topiques irritans et des répercussifs ; et en considérant le degré de dureté de la tumeur , bien moindre que celui du squirre , l’existence de la sensibilité , et enfin la constitution générale du malade qui ne présente aucun symptôme d’une diathèse morbide»
Quant aux signes par lesquels on distingue 3e squirre do fongus médullaire malin commençant, je répète que le squirre n’allaque que quelques-unes des glandes conglomérées externes , et fa peau extérieure ou réfléchie, tandis que le fongus médullaire prend racine dans le tissu cellulaire sous- cutané et intermusculaire , ou , comme quelques-uns le prétendent , dans les gaines et dans la substance meme des nerfs. De plus, le fongus médullaire récent, pourvu qu’il ne soit pas trop profondément situé, offre une dureté jointe à un degré évident d’ élasticité , qu’on peut considérer comme signe propre et caracténsque de cette tumeur , par lequel elle se distingue de la tumeur çongéniale varicoso-sanguine ( liœmato des). Le fongus médullaire invétéré , d’ordinaire plutôt étendu qu’élevé, est en partie dur et élastique , en partie mou avec apparence de i fluctuation profonde, circonstances qui ne se rencontrent jamais dans le squirre , lorsqu’il, n est pas encore dégénéré en cancer occulte .
: La plus grande difficulté qu’offre ce diagnostic est lorsque le fongus médullaire commençant ■ réside sur une des glandes lymphatiques du
col (i), des aisselles ou des aines , parce qu’alors la tumeur maligne récente simule l’intumescence scrophuleuse de quelqu’une des glandes lymphatiques. Et cette erreur funeste abrégerait les jours du malade, parceque l’usage des topiques résolutifs , ou émolliens, du fer, ou du caustique, ne ferait que bâter Eapparition , hors de la peau , du fongus malin , dont les personnes de l’art connaissent les tristes conséquences. Pour être en garde contre ce grave accident, nous n’avons d’autre règle que la singulière élasticité propre au fongus médullaire , dès son principe.
Le mauvais caractère des verrues et des tumeurs dangereuses de la peau externe ou réfléchie, se tire de leur rigidité et de leur dureté , de ce qu’on les voit dépouillées du légu-i ment naturel , qui, quand elles sont bénignes,.; les retient dans certaines limites sur la peau : de la largeur et de la profondeur de leur base, qui semble outrepasser l’épaisseur de la peau de leur teinte jaunàtre-livide , ou noire avec un cercle rouge à l’entour ; de leur accroisse-
(1) Journ. génêr. de méd* Avril 1821. Obs. de M\ Léon Düxour, p. 3 2.
ment rapide et presque soudain ; du prurit insupportable qu’elles excitent ; des crevasses qui s’y font, avec issue , par intervalle, de quelques gouttes de sérosité jaunâtre , sanguinolente , âcre, précédée d’élancemens spontanés et passagers.
Parmi les tubercules de mauvaise nature de la peau extérieure , il s’en rencontre quelquefois sur le front , sur les lèvres , sur le menton , qui semblent devoir être plutôt rapportés â Z’e- [ léphantiasis qu’aux verrues dures , et aux tumeurs cancéreuses. J’ai examiné quelques-uns de ces tubercules, et j’en ai extirpé avec succès, : ou au moyen de l’opération qui se pratique pour le bec de lièvre , ou en comprenant la tumeur dans une incision ovale des tégumens, faisant ensuite cicatriser la plaie par première 1 intention . Autant que j ai pu déduire des cas f que j’ai observés, ces tubercules de mauvaise r nature avaient paru à la suite de maladies véi nériennes invétérées. Ils se montrèrent d’abord i| sous forme de petites tumeurs granuleuses ,
1 d’un rouge livide, indolentes; ensuite ils grosi sirent jusqu’au volume d’une noisette, et se couvrirent de squammes cendrées, après la chute ( desquelles les tumeurs parurent composées de i plusieurs autres petits tubercules rouges , sous
la forme d’une fraise , dont il suintait un liquide visqueux, pas très-âcre, qui se convertissait de nouveau en squammes cendrées.
C’est une erreur grave en chirurgie , de croire que toute tumeur chronique , dure, indolente , qu’elle soit glandulaire ou de tout autre tissu organique , et de nature originairement bénigne , puisse avec le temps , et par ie concours de circonstances communes se changer en cancer. Il est possible , et la pratique journalière le montre , que toute tumeur chronique, dure, indolente, essentiellement différente du squirre , sur un sujet faible, affecté de quelque diathèse vicieuse principalement scorbutique , traité d’une manière irrationelie , dégénère en ulcère sordide , fongueux, rongeant; mais i! ne s’ensuit pas pour cela qu’aucune de ces tumeurs se convertisse en cancer. Nous voyons quelquefois se former sur la face , sur le nez, sur les lèvres , sur les: grandes lèvres , sur le prépuce , des ulcères de nature tout-à-fait différente des dartres, qui am premier aspect semblent des cancers manifestes , mais qui guérissent quand ils sont! traités méthodiquement. Telle est, par exemple , la vcnerola çulgaris , ou Vulcus eleea-
tum (i) , dans lequel l’ulcère a son siégé sur un fongus élevé semblable au cancer, et se guérit cependant avec les remèdes internes et externes qui exaspèrent le cancer manifeste. La tumeur même scrophuleuse , strumeuse , les congestions laiteuses des mamelles , les indurations glandulaires par phîogose répercutée , les abcès lymphatiques , ouverts malà-propos avec l’instrument ou avec le caustique , et un grand nombre d’autres affections externes traitées irrationellement sur des sujets maladifs se changent en ulcères sordides, qu’on appellerait volontiers cancéreux, mais qui proprement ne le sont pas. On peut dire la même I chose de la dégénération en ulcère fongueux ,
: rongeant, des tumeurs enkystées, des sarco - | mes , des poi reaux-Jicoides , des condylomes ,
\ des osleo sarcomes , du spina ventosa (2). Et il n est pas vrai que l’excroissance dure, maligne, ides fosses nasales fut dans l’origine un polype
(1) Ect.ns , Patholog. and practiçal remarks.
(1) Richter n’a pas cherché à découvrir la vérité quand i! a écrit ; Cancer sedem adiquando in turnove . ? cystico figit ; subijide os primuni adficit , et sub specie 1* exosteoseos , aut spinœ veniosœ apparet. Obs, chirurg . fasc. lit , p. 44.
mou , bénin, indolent. C’était dès sa première apparition une tumeur dure , de mauvaise nature , de Ja peau réfléchie. La gangrène , tant ia commune qui n'est pas contagieuse, que la gangrène d’hôpital qui est contagieuse , et le sphacèle , qui détruisent presque toute espèce de tissu organique , n’engendrent jamais l’ichor cancéreux. Et si l’on a vu quelque chose de semblable , il est probablement h croire que la partie affectée avait été occupée par un fongus médullaire malin. J’ai eu deux fois l’oc¬
casion d’examiner un prétendu cancer manifeste de la mamelle, qui datait de quelques; années. Les malades se plaignaient d’une cuis son incommode , et jamais d’élancemens passagers : Tichor qui en sortait n’avait pas l’o deur lixwielle. L’habitus du corps était tel qu’il a coutume d’être chez les scrophuleux , et il Fêlait dès i enfance. Il y avait au col, aux aisselles, aux aines et dans le ventre, des glandes lymphatiques tuméfiées et durcies , sans le moindre indice de cachexie cancéreuse <réné-
raie. L’ulcère qui avait l’apparence d’un cancei manifeste n’était, à proprement parler, qu’uno tumeur slrumeuse ulcérée, rongeante, sur un sujet scrophuleux et épuisé. Sur ces impor tantes circonstances de chirurgie pralujue
Celse nous avait déjà sagement avertis en disant : Dislinguere oportet cacoetes , qnodsa~ nationem recipit , a carcinomate cjuod non recipit (i ).
Celte réflexion me conduit à croire , ou au moins à regarder comme probable que le liquide albumineux condensé dans quelqu’une des glandes conglomérées externes, par lequel cette glande est devenue squirreuse , ainsi que le liquide fixé et coagulé dans la texture ini lime des porreaux, ou tumeurs de mauvaise nature de la peau extérieure ou réfléchie, bien qu’en apparence ils ne diffèrent pas de l’humeur visqueuse , albumineuse, dont sont enengorgées les autres tumeurs chroniques , dures, des mêmes glandes, et les porreaux bénins, j ordinaires , de la peau , contiennent , comme jdans une matrice, le germe de la malignité spécifique , en état latent et de repos, qui n attend que le concours de quelques circonstances
(i) Voici les propres termes de Celse: Discernere
Iautem cacoet/ies quod curationem recipit , a carcinomate quod non recipit , nemo scire pu lest , ni si tempo re et experimento .
C. Ce! sus de re medica , liv. V. c. H, S. XIV. etl.Parisetj p. oD-j. {Note du Traducteur ).
pour so développer et manifester avec une grande force ses qualités nuisibles. Il serait absurde de supposer cjue le seul scjquî , sa seule coagulation de ce liquide amummeux , doux dans l’origine , et innocent quand il a été séparé par la glande , fussent , par des loix physiques seulement ou des combinaison chimiques, des causes suffisantes pour le convertir en un ichor aussi meurtrier que l’est celui du cancer, qu b soit ou non contagieux j ou. qu’un si puissant venin animal fût engendré seulement par la marche imparfaite d unephlogose , ou par un faible effort de suppuration excité dans la glande squirreuse car nous voyons que d’autres tumeurs chroniques, dures, des memes glandes conglomérées externes , occasionnées et entretenues par une humeur albumineuse, visqueuse, concrète, semblable en grande partie à celle qui se renferme dans îe squirre (fautant que nos sens peuveni nous le faire découvrir) , soumises à 3a même cause capable de produire de la pldogose , et par conséquent une suppuration imparfaite , ne: dégénèrent jamais en cancer, d’après cet adage: J trivial, nemo cicil cjiâoc! non ncd/el . Outse c.eJa,( une des propriétés inhérentes aux germes:! morbifiques , dérivants d une élaboration ni—
terne , est d'être déposés parles forces vitales , non sur toutes les parties du corps indistinctement, mais sur certains tissus organiques déterminés, comme il arrive précisément dans le squirre, qui a constamment son siège sur les glandes conglomérées externes, ou sur lu peau.
Quelque obscure que soit la première origine des principes morbifiques qui s’engendrent dans l’économie animale, l’observation, néanmoins , et l’expérience nous ont appris qu’il se forme effectivement, dans l’ensemble du corps humain, des germes de maladie (i) , qui , ne se mêlant point au sang , par l’effet des forces vitales sont ou chassés entièrement hors du corps, ou poussés seulement a la peau, ou déposés sur quelqu’un des émonctoires externes (2) , et y sont entretenus plus ou moins longtemps, latents et innocents. L’érésipèle , surtout le spontané malin, les exanthèmes , les
(1) Quesnay , Mém. de V Acad. 72. de chirùrgie , v. I.
(2) Quippe ubi per cunctas ierant contagia venas, Bumoresque ipsos, et nutrimenta futura Pollueranl , natura malum secernere sueta ïnfectam partem pellebat corpore ab or uni.
Fracastok, SyphiL I. ï.
Vol. IL
principes contagieux; car au commencement les contagions ont eu leur origine dans l’économie animale pathologiquement active , quel qu’en ait été le caractère , et la combinaison •des miasmes qui y ont donné occasion ; les dartres 3 les oreillons, les abcès critiques, les métastases salutaires , la pseudosyphilis , et tant d’autres maux d’origine constitutionelle sont des preuves incontestables de cette vérité. Chez un homme en apparence très- sain , écrit KiRKLAND,une des parotides se tuméfia spontanément, et on en obtint la résolution au moyen de topiques répercussifs ; mais aussitôt après il fut pris de fièvre maligne. Nous avons un grand nombre d’exemples semblables à celui-là. Et quand je réfléchis que le germe de lérésipèle, celui des tartres , de la rougeole , et d’autres semblables portés et déposés sur la peau , puis reportés dans le torrent de là circulation, produisent, dans l’ensemble de la personne , des désordres plus graves que ceux qu’ils avaient occasionnés auparavant , je me sens disposé à croire que ces germes, ces semences morbifiques reçoivent un degré plus grand de développement , et par là de malignité , dans le lieu ou, par Faction vitale, il ont été déposés.
et retenus comme latents pendant un certain temps.
Et ce sont précisément ces documens tirés de l’analogie et de l’ensemble des phénomènes qui précèdent et accompagnent le squirre et le cancer , qui me font croire que je ne m'éloigne pas de la vérité , quand je reconnais dans le squirre le depot du germe d’une maladie plus grave que le squirre même, lequel germe , non susceptible d’être expulsé ou répercuté , y demeure latent et innocent, jusqu’à ce que, par le concours de quelques causes internes ou externes , il entre en pleine activité dans le siège qu’il occupe.
Les médecins de l'antiquité pensaient que la virulence du cancer tirait son origine de l’action altérée du foie, et plus particulièrement de Vatrahile mélancolique déposée dans quelque glande ou queiqu’autre partie du corps devenue par-là dure et squirreuse. Galien y ajoutait (i) que quand Vatrahile se trouve répandue dans tou t le corps , elle y engendre Télé ph antias is , et que quand elle est déposée dans quelque partie j elle y forme le squirre. Si en
(i) JDe symptomatibus et causis , lib. It, c. 2 .
cela Galien, et avec lui les plus anciens auteurs de chirurgie se sont trompés, je l’ignore; car jusqu’à présent le contraire n’à été démontré par personne ; Mais ce en quoi les anciens me semblent dignes de louanges , c’est d’avoir reconnu que le germe du squirre et du cancer procède d’une élaboration interne.
Un objet non moins digne de recherche que celui-là est de savoir, s’il existe dans la nature
des choses une diathèse squirreuse. Je penche pour la négative, et je pense que la formation du germe du squirre dans l’ensemble du corps est temporaire. Premièrement, parce que le squirre est une maladie isolée , solitaire , limitée , dans le genre des tumeurs critiques ou des métastases salutaires , dans quelqu’une des glandes conglomérées externes, ou sur un point donné de la peau extérieure ou réfléchie ; ce qui n’arrive jamais par rapport aux autres maux externes engendrés et entretenus par une diathèse , ou une discrasie quelconque permanente , lesquels maux externes se montrent sur le meme sujet simultanément ou successivement dans plusieurs parties du corps ayant la même texture, quelquefois assez éloignées les unes des autres. En second lieu , parce que si le squirre est extirpé avant qu’il
commence à dégénérer en cancer , la maladie guérit radicalement ; au contraire, si lesquirre est extirpé dans l'état de cancer occulte , le mal réparait néanmoins , mais sous une forme différente de la forme primitive de squirre, et cette forme nouvelle ne se borne pas, comme le fait le squirre > à quelques tissus organiques particuliers, mais elle les attaque et les infecte tous; ce qui semble indiquer que le cancer est une maladie de seconde formation , tout-a-fait locale et indépendante d’une discrasie squirre use permanent# , laquelle cliscrasie permanente- , si elle existait , ne manquerait pas , après qu’on aurait extirpé le squirre dans son premier période, de reproduire de nouveaux squirres véritables ; ce qui est contredit par l’expérience.
Cependant, une circonstance dont il faut tenir compte dans la recherche de la première origine et de l’essence du squirre est celle de la prédisposition h cette grave maladie. Car de plusieurs personnes de l’un et l’autre sexe > placées dans la même combinaison de causes, que dans les écoles on appelle productrices du squirre et du cancer , toutes ne sont pas affectées de ce mal. Ce ne sont que des causes occa sionelles , comme la suppression des menstrues
chez les femmes , des hémorrhoïdes chez les hommes , la disparition des acretés cutanées , du rhumatisme, une violence externe , la tristesse profonde et longtemps prolongée, Tahus des plaisirs vénériens , et d’autres semblables. Cependant ce ne sont pas là les seules causes occasionelles , car il y a beaucoup d’exemples de femmes , affectées de squirre et de cancer , qui étaient parfaitement réglées , et de personnes chez lesquelles on ne peut accuser ni suppression d’évacuations sanguines habituelles, ni disparition d écrétés cutanées, ni rhumatisme , ni dérèglement de vie , ni tristesse longue et douloureuse. Donc la cause efficiente de ce ma! ne dérive d’aucune autre source que d’une élaboration interne , à laquelle tout individu est plus ou moins , ou p>as du tout prédisposé, quoiqu’il se trouve exposé aux memes causes occasionelles. Par ces mêmes motifs, je ne crois point du tout démontré qu'il y ait des squirres et des cancers uniquement [produits piar des causes externes , auxquelles il a plu à quelques écrivains d’attribuer un caractère moins féroce , que celui que montrent les squirres et les cancers , qui proviennent d’un travail morbifique interne. Et cette assertion de ma p^art n’est fondée que sur l'expérience*.
Les causes qui déterminent le développement du germe morbifique * déposé par les forces vitales , et latent dans le squirre , puis 3a dégénération de celui-ci en cancer , sont toutes les irritations internes et externes capables d’exciter Faction vasculaire de la glande squirreuse , jusqu’à produire phlogose et suppuration ; lesquelles ne pouvant avoir lieu qu’imparfaitement dans une glande a tonique , et presque désorganisée, il arrive qu’au lieu d’une suppuration salutaire , il ne s’y fait qu’une sorte de fermentation , d * ébullition , pa r laquelle s’y développe le germe malin , qui bientôt infecte l’humeur albumineuse dans laquelle il était déposé, et la convertit toute en ichor cancéreux.
Les phénomènes qui annoncent ce funeste progrès sont un prurit , une sensation de chaleur brûlante dans la substance intime de la glande squirreuse , sans altération de la peau qui la recouvre. A ces sensations désagréables succèdent les élancemens spontanés, passagers, que n’augmente pas la pression de la tumeur. Ensuite les glandes lymphatiques, correspondantes au siège du squirre déjà converti en cancer occulte , ne tardent pas à se gonfler et à devenir douloureuses. Dans ce second pé-
riode du squirre , si l’on incise par le milieu la glande conglomérée affectée , on trouve que tandis que dans le premier période de la maladie indolente et innocente , elle n’offrait intérieurement qu’une substance dure , uniforme , vergetée de stries blanchâtres dans diverses directions , elle offre maintenant une masse dure , lardacée , marquée ça et là de points rouges , comme chagrinée , creusée en plusieurs endroits par des cellules de grandeur et de profondeur variées, pleines d’un liquide visqueux , cendré, sanguinolent , trèsâcre. Les bords de ces cellules sont d’un rouge pâle , et leurs parois internes sont, ainsi que leur fond, couvertes d’une couche de substance molle et fongueuse. L’on voit ça et là quelques petites portions isolées de celte substance fongueuse , qui s’enlèvent facilement de la masse dure qu’elles recouvrent, en glissant sur l’ongle.
Peu après l’apparition des élancemens, et surtout après le commencement de l’intumescence des glandes lymphatiques correspondantes , la personne , qui pendant le premier période du squirre avait joui d une bonne santé et d’un aspect fleuri, commence à se plaindre de faiblesse , de langueur d’estomac ? de dou-
leurs vagues dans tout le corps. Avec le temps, le venin meurtrier introduit dans le torrent de la circulation n épargné aucun tissu organique , et enfin pas meme les os. La peau se colore en jaune, le palais et la gorge se couvrent à' aphtes , sur le soir arrive une fièvre irrégulière , et quelquefois du vomissement et de la diarrhée. Le cancer, qui était occulte , se manifeste en dehors et devient cancer ouvert , entouré de tubercules cutanés et cellulaires , par l’infiltration de l’ichor malin, qui convertit en masse compacte uniforme tout ce qu’il rencontre sur son passage. De la plaie s’élèvent des fongosités , lesquels disparaissent et reparaissent avec des fâches tantôt livides , tantôt cendrées. Chez quelques individus , ces symptômes de cachexie cancéreuse générale se manifestent depuis la formation du cancer oo cidte , indépendamment de l’intumescence ou infection préalable des glandes lymphatiques correspondantes , ce qui arrive parce que dans quelques cas l’ichor cancéreux passe au travers des anastomoses des vaisseaux lymphatiques, en évitant l’obstacle des glandes de même nom ; c’est de quoi nous avons des exemples fréquens dans les cas d’infection vénérienne générale , indépendamment de l’intumesccnce
préalable des glandes lymphatiques inguinales Il faut en ou ire observer , que le virus cancéreux cnlré dans le courant de la circulation ne se mon Ire pas immédiatement chez tous les sujets ; mais chez quelques-uns plus promptement , chez d’autres plus tard , chez d’autres îràs-tard ; ce qui , quand cela survient après l’extirpation du cancer occulte , trompe amèrement les espérances du malade et de l’opérateur. Et en cela le virus cancéreux se comporte comme le vénérien; car on observe quelquefois que les symptômes de la maladie ne se montrent que longtemps après une infection vénérienne non douteuse.
Si donc 3 durant le premier période du squirre 5 la personne qui en est affectée jouit: d’une bonne santé générale t et si dans le second période du squirre apparaissent les symptômes de cachexie cancéreuse^! me semble que ce que j’ai exposé ci-dessus est vraisemblable; savoir que le squirre n’est originellement , et durant son premier période, que le depot dun germe malin engendré dans l’ensemble du corps , puis poussé par les forces vitales , et concentré en totalité dans le tissu de quelqu’une des glandes conglomérées externes , ou sur quelque point de la peau externe ou
réfléchie , où il reste latent et inojjfensif ; et , en conséquence , que le cancer n’est que le résultat d’un mouvement local de suppuration imparfaite excité dans la substance intime de la glande squirreuse, par lequel le dépôt malin, de latent et inqfj'ensij qu’il était, se convertit en ichor cancéreux.
De ces prémisses, qui vont être corroborées plus fortement par la chirurgie pratique , dérive cette conséquence nécessaire, que l’extirpation d’un squirre ne sera jamais suivie d’un succès heureux , que quand l’opération aura été exécutée avant le développement du germe morbifique latent dans le sein de la glande squirreuse ou du porreau , soit de la tumeur maligne de la peau ; c’est à dire , avant l’apparition des élancemens et de l’infection des glandes lymphatiques , correspondantes au siège du cancer occulte. Il faut dire à ceux qui se vantent d’un grand nombre de succès d'extirpation de cancer occulte (i) ,
(1) Pour chanter victoire il ne faut pas avoir pris une glande engorgée pour un cancer caractérisé , comme font quelquefois ceux qui se vantent d’en avoir guéri des milliers. Diqjsjs Cours d opération , p. 46o„
qu'ils ont abusé du mot cancer , et lui ont donné une signification plus étendue que celle qu’il a réellement , ce qui se déduit clairement de la lecture des observations de Fabri de HlLDEN sur ce sujet ; ou qu’ils se sont trouvés plus souvent que les autres chirurgiens dans la favorable circonstance d’extirper des squirres dans leur première période, où leur germe malin était encore dans l’état Îaîent et inojjensif, ou enfin, qu’au lieu de cancers occultes , ils ont extirpé un nombre considérable de glandes conglomérées struraeuses; tel est le cas, cité par Bjchter (i), de la jeune fille, qui, de l’avis de l’auteur, portait uri cancer occulte aux deux seins (ce qui effectivement n’était que des engorgemens strumeus), et dont elle guérit au moyen de l’extirpation. Cette autre tumeur du sein extirpée par le même célèbre chirurgien était aussi strmeuse et non cancéreuse (2) ; et il s’est
(1) Obs. ckirurg. fasc. lit, p. 54.
(i) Ibidem. Incisa cute , cumjam mammamamus cnlo pectorali digitorum ope separarem , incidit vianus in cavitatem quamdam insignem in ipsa mamma conditam , prorumpente subito insigni liquoris rubicundi , similis illi qui ex ulcusculo pïojluxerai , copia , quw
dispensé de la caractériser, prétendant contre l’évidence que la nature de cette tumeur était
facile Vibras duas pondéré œquabat. In altennn ejus modi cavum manus incidit cum partent inferiorem mammœ separaret. Cum Lnferior pars mammœ paulô jirmiùs peetori adhœreret cultelloque opus erat , superiorem digitus facile superabat. Erat autem in supe riori hoc loco substantia mammœ glandulosa prope i musculum pectoralem tam tenera , mollis, friabilis, ut ! digitus separans sœpè non inter rnammam et pectus , i sed in ipsam profundè satis penelraret ; unde factum \ est y ut , peracta operatione , pîurimum subslanliæ mol- , îiusculæ caseosæ quasi musculo pectorali adhuc adhœreret. Quamvis hœc materia facile separari potuissetf (tam mollis enim erat ut facile digito contereretur ) illam tamen haud separavi. ïïihil enim scirrhosæ duritiei aut cancerosæ exulcerationis illis inerat.
Après tout cela l’auteur demande : Quonant hœc œgrotamorbo periit? Ego guident nescio. Il est étonnant que ce savant et expérimenté chirurgien n’ait pas reconnu , dans le cas cité, l’affection strumeuse de la glande mammaire, qui était évidente, et ne pouvait se confondre avec le squirre , ou avec le cancer , comme lui-même l’indique , et qu’en rapportant cette histoire il ne se soit pas rappelé les observations de Monro l’aîné, qui souvent dans la glande mammaire, jugée mal à propos squirreuse ou cancéreuse, a reni contré une cavité pleine de sérosité sanguinolente du i poids de plusieurs livres.
difficile à déterminer. De même , elle était strumeuse et non cancéreuse la tumeur chronique , dure , du sein de cette jeune fille de vingt ans, dont parle Flajani (i), sur laquelle l’opération fut répétée trois fois , sans avoir emporté dans les deux premières incisions toute la glande mammaire. Après la troisième opération , écrit -il, la cure fut radicale et stable . La dernière tumeur pesait plus de six livres , et avait dans sa base un sac contenant huit onces de sérosité corrompue. Elle était aussi strumeuse et non cancéreuse cette tumeur du sein de la grosseur du cerveau humain , ulcérée , fongueuse , sanguinolente , parsemée de coips durs blanchâtres , que Walsalva , au rapport de Morgagni (2) , extirpa heureusement au moyen d’une ligature placée autour de la base de cette dure et vaste tumeur. Je pourrais rapporter ici un, grand nombre de ces guérisons heureuses, mises sur le compte de cancers occultes ou, manifestes extirpés avec succès , et quelquesunes tirées de ma propre pratique, s’il était né-
(1) Collezione di osserv. e rijl css. , vol. I, osserv. 6j .
(2) De sed. etcaus. mort. Ep. 4, art. 16.
cessaire de le faire après celles que j'ai déjà exposées , et après avoir indiqué avec quelle légèreté des chirurgiens, même célébrés , ont traité de squirre une tumeur glandulaire un peu plus dure que dans l'état naturel , eî ont appelé cancer la dégénération de cette tumeur.
Mais revenant à la considération des circonstances qui , en pratique, établissent une grande différence entre le premier période du squirre et le second, et telle que, d'ordinaire dans le second période, i extirpation n'a qu’une issue malheureuse : J’ai toujours regardé, dit Caldani (ï), cette différence cT effet comme une preuve de l existence de deux espèces de cancer , savoir , le cancer local et le cancer général. Le succès de T extirpation est souvent heureux dans le premier , s il est récent et pour pu des caractères que j ai indiqués plus haut , et réciproquement presque toi jours malheureux dans le second , parce qu il dépend cT un vice né dans les fluides ou rapporté à ceuxci d autre part. La chirurgie pratique coïncide parfaitement avec les réflexions de ce célèbre professeur. Tant que le germe morbifique dé-
(1) Société italiana , vol. II, p. 11,
( Mo )
posé en totalité par les forces vitales dans la glande conglomérée squirreuse, y reste latent et en repos, le mai , sous ce rapport n’est que local , ou de la première espèce indiquée par ce fameux écrivain ; et la maladie est susceptible d’ une guérison heureuse et stable au moyen de l’extirpation. Au contraire , dès que le germe morbifique s’est développé dans la glande squirreuse, et converti en ichor cancéreux , que par l’absorption il a gâté la masse des humeurs , le mal n’est plus local comme il l’était d’abord, mais à la fois général et incurable. Et on ne saurait autrement apprécier à leur juste valeur les opérations heureuses rapportées dans ce cas par Fabri de Hilden , par Hill , par Benjamin Bell , et juger des opérations malheureuses pratiquées par Mon- >RO l’aîne,HoUPPERYILLE,CALLISEN, BOYER, et une presque infinité d’autres chirurgiens anciens et modernes , ou prononcer sur l’efficacité de certains remèdes vantés pour la guérison du cancer , et sur l’inutilité de l’inocuiation de la gangrène contagieuse d’hôpital pour guérir le cancer occulte ou manifeste .
PeARSON (i) a publié sur ce point de chir-
(1) Practicat observ. on cancerous complaints j c’est le Mémoire qui précède celui-ci, p. 65,
( - ir )
gîe pratique , une opinion qui lui est particulière. Il suppose que le squirre n’est jamais , dès sa première apparition, limité et circonscrit parles bornes de la glande qu’il occupe, mais que dépassant la sphère de celle-ci, il se trouve toujours associé à d'autres petits squirres, que leur extrême petitesse empêche d’observer. En attendant , dit-il , que le squirre principal ait acquis son plus grand accroissement, on obtient l’avantage de pouvoir extirper avec lui tous les petits squirres qui sont h l’entour de lui , et qui sont devenus apparents aux yeux et au tact de l'opérateur . Il parait qu’il a pris cette opinion de ce qui se rencontre dans les cadavres de ceux qui périssent sous Faction du cancer ulcéré et manifeste , dans lesquels on trouve effectivement autour de la base du cancer ouvert , et même à une distance considérable de lui , des nœuds , des petites glandes lymphatiques durcies , des faisceaux de vaisseaux lymphatiques tuméfiés , tendus , compacts et comme fibreux , en manière de prolongemens de la tumeur dure principale qui en forme le centre. Mais rien de tout cela ne se retrouve en examinant les entours d’un squirre récent , indolent , mobile dans son premier période; et dont la plus complète et
Vol, IL *<3
ïa plus soigneuse séparation d’avec les parties circonvoisines , ne demande pas plus de diligence et de dextérité, de la part du chirurgien, que l’énucléation d’un kyste ; car le squirre récent et indolent, exempt de phlogose, ne contracte aucune adhérence morbide avec les parties voicines , et ne s’étend pas au-delà des limites de la glande durcie. Jean Hunter (j), dont l’opinion était que le squirre et le cancer étaient des maladies absolument locales , avait coutume de dire : Que le cancer serait un mal toujours susceptible de curation radicale , s'il était possible de T extirper avec tous ses proion gemens. Ce fameux anatomiste et chirurgien se serait encore plus confirmé dans son opinion sur l’essence du squirre et du cancer, s’il avait eu de plus fréquentes occasions d’extirper le squirre dans son premier période, ce qui n’est accordé qu’à bien peu de chirurgien.
Aucun homme de l’art n’ignore cet aphorisme d’IîîPPOCRATE : Quibus occulti cancri adsunt , non curare nielius est , curati enim
(i) Abernethy , surgical Works , vol. II, p. 91. y oyez plus loin sa Classification des tumeurs*
cil lus pereunt , non curati perd diutîiis pivirnt (i). Je suis d’avis que celle sentence du père de la médecine ne regarde pas seulement î’inulililé des remèdes pour guérir le cancer occulte , mais qu’elle comprend encore le dé-* faut davantage de l’extirpation. Et cette opi« nion acquiert de la valeur parce qu’a dit plus longuement à cet égard Celse : Carcinomata curationibus irritanlur: et quo major pis aclhi bita est , eo mugis. Quidam usi sunt medicamentis adurentibus, quidam ferro adusscrwiL quidam scalpello exciderunt : neque ulli uncjuam rnedicina profuit ; sed adusta prolinus concitata sunt , et mcreperunt donec occiderent. Excisa , eliam post inâuctam cicatricem, tamen reperterunt , et caussam mords altule nmt : diim intérim plerique nullam pim adhibendo qud iollere id malum tentent , sed imponendo tantum lenia médicamenta, quæ quasi hlandiantur , quominus ad extremam senectutem perpeniant , non prohibenlur (2). Quiconque comparera celte doctrine d’Hip- Pocrate et de Celse avec les résultats de
( j) Aph. 38 , sect. V I.
(2) De re inedicâ ? 1. V;c. II ; s» XI V; ed. Parîset»
l’expérience même , ne pourra pas ne pas reconnaître l'inutilité de l’extirpation du cancer occulte , et, disons le même , le dommage qui résulte de cette opération pour les malades. Car s’il arrive quelquefois que le cancer, abandonné à lui-même , marche lentement et avec moins de virulence qu’à l’ordinaire, cela ne s’observe jamais pour le cancer qui se reproduit , après l’opération , dans le siège où il avait été extirpé. Tout chirurgien, s’il est de bonne foi, confessera qu’il n’y a pas dans toute la chirurgie une opération plus malheureuse , que celle de l’extirpation du cancer occulte , en particulier de celui de la mamelle, non que le manuel de celte opération soit imparfait et défectueux , mais parce que d’ordinaire les personnes affectées de celte maladie ne s’y soumettent pas tant que le squirre se maintient indolent.
Après Hippocrate et Celse il n’y a aucun des anciens écrivains de chirurgie qui n’ait senti cette vérité , et conséquemment qui n’ait insisté dans ses écrits , en termes clairs et précis , sur la nécessité d’emporter le squirre dans son premier période, et sur la nullité de celte opération dans son second et fatal période. Dans le grand nombre il. suffira de citer.
ici LudovicusMercatus et M. A. Seyerïn, hommes versé autant que qui que ce soit dans la lecture des plus anciens maîtres de l’art, et praticiens eux- mêmes des plus célèbres. Le premier écrit (i) : [Sérum si jorœdictis pharmacis duritiem cmolhri non coniingat , antequidem cjuam in cancrum degeneret , jno- Jiciium eril consilium chirurgien operatione scirrhosam duritiem radicitùs amputare ; quin imo ( ut verum fatear ) nullam aliant ex duris mammarum affeclibus audacius ïicebit ferro exlrahere , alque tu tins cjuam scirrhosam . Le même précepte se lit dans M. Â. Severin (2). Car, après avoir savamment averti les jeunes chirurgiens qu’ils ne se laissent pas tromper par les apparences sur la non existence du cancer occulte , il s’exprime ainsi : Porrô ciini non hœreat , quamquani subjectœ carni concolor sit , venisque turgentibus sep lus non varicescat, cancrum quis nisi ineruditus non dixerit? Ilaque cum hujusmo di lubercula mïhi se offerunt , extrahenda siatim propono, ne vilii mora negotiurn posthccc incurabile facescat.
(1) De mulierinn ajfec tibus , 1.1, p. 137.
(2) De novis observatis abscess. p. 43.
Parmi les chirurgiens praticiens modernes , Celui qui plus qu’aucun autre a su apprécier Futilité éminente de l’ancienne doctrine confirmée par sa propre expérience , a été Le- Dran (i), qui, quoiqu’il semble incliner à regarder le squirre et le cancer comme des maladies absolument locales, dit pourtant clairement : En ôtant la tumeur par V opération avant que les liqueurs arretées s altèrent , on n a plus à craindre cette métastase, c’est-àdire, 1 infection générale, et la réapparition locale de l'ulcère cancéreux. Et pour éclairer encore plus son assertion , il ajoute : Quand meme on supposerait que le cancer tire son origine d’un mauvais levain engendré dans la niasse du corps , il serait toujours contre la bonne pratique , de ne pas extirper la tumeur dès sa première apparition , parce que le dépôt morbifique qu’y font les forces vitales , pourrait être une crise parfaite (2).
(1) Acad. Pi. de chirurgie , vol. III.
(2) Loc. cil. Que supposant même un levain cancéreux qui circule avec les liqueurs, et qui fait enîin son dépôt sur une partie , après avoir circulé avec elle pendant quelque temps , comme le fait le levain vérolique, qui souvent ne se développe et ne s'arrête sur une
Mais parmi le grand nombre d’autorités tirées des écrivains anciens et modernes sur l'application anticipée de la chirurgie efficace , comme unique moyen de guérir radicalement le squirre et le cancer, celle qui confirme la mieux futilité de celte doctrine se trouve dans Flajani, auquel il semble qu’ait été réservé le sort d’opérer un nombre assez considérable de squirres francs dans les premiers mois de Jappe* * rilion delà maladie. De 27 opérations pratiquées par moi , écrit-il (1), dans les premiers mois de f apparition de la tumeur s quirreuse , deux seules malades ont été obligées de se soumettre de nouveau à V opération; les autres vingt- chic/ ont toutes été parfaitement et radicalement guéries. Ce bonheur ne peut se rapporter à une autre cause qu’à une rare opportunité qu’a eue
partie qu’au bout de nombre d’années , il est contre la bonne pratique d’abandonner îa tumeur bien décidément cancéreuse (/ aurais dit squirreuse au premier période) à ses progrès, non-seulement parce que le dépôt du levain cancéreux qui circulait peut être critique et parjait , étant arrêté dans une mamelle , mais encore parce que îa tumeur ne manquera pas de s’accroître , et de faire périr le malade.
(1) Colle%ione di osserv. e rijîess vol. I , p. 277.
ce célébré chirurgien , d’opérer clans les premiers mois de V apparition de la maladie , soit dans le premier période du squirre (i).
Si mon expérience peut ajouter quelque poids à de si graves témoignages , j’avouerai ingénument que j’ai été malheureux et trompé dans mes espérances , toutes les fois que j’ai extirpé le squirre accompagné de signes certains que la tumeur était entrée dans le second période. Dans tout le cours de ma Ion il ne pratique , trois cas seulement d’extirpaiion de squirre erai de la mamelle m’ont entièrement réussi , parce que ce furent les seuls qu’il me fut permis d’opérer dans les premiers mois de l’apparition du mal , avant quon eût aperçu la sensation pénible de prurit et d’ardeur , et meme avant les élancernens. Dans chacun de ces trois cas , l’opération fut exécutée avec l’extirpation de toute
(j) Des deux cas où l’opération a été répétée, Dan, déjà cité, appartient aux scrophuies, et l’autre lui aura ressemblé. Les vingt-cinq autres ont été des squirres francs , maladie beaucoup plus fréquente que les scrophuîes à la glande mammaire. Et l’on ne salirait supposer que, dans une si grande rareté de celte seconde maladie, Fi.ajani n’ait rencontré que des scroptudes en place de squirres , dans viogl-sept cas opérés par lui.
la glande mammaire , quoique le squirre n’en occupât que les deux tiers ; et dans tous les trois, ayant examiné attentivement la texture intime abnormale de la glande durcie, j’y trouvai les caractères propres et distinctifs du
squirre légitime. Elles ont été bien plus nombreuses les guérisons que j’ai obtenues de l’ablation du testicule vraiment squirreux ; je ne saurais reconnaître d’autre cause h cette différence de succès , que dans l’opportunité d’en- 1 lever le testicule squirreux dans le premier pé- I riode,qui est plus fréquente que celle d’extirper j le squirrre de la mamelle avant qu’il passe à i l’état de cancer occulte. Dans deux sujets , i j’ai extirpé une tumeur maligne de la langue. \ Chez le premier, la guérison fut parfaite etpermanenie , parce que les élancemens, et moins encore les crevasses , n’avaient point encore paru ; chez le second , comme il fut opéré idans la période de dégénération, l’ulcère canccéreux reparut plus féroce qu’auparavant. Une : seule fois j’ai extirpé avec succès X encanthis ildurci par un squirre de mauvais caractère , [ mais indolent, récent , et dans la première
même raison la parotide et la maxillaire ont été extirpées sans succès, dans les cas qui sont à ma connaissance , et ou les élancemens étaient atroces
Nonobstant cela, je me crois autorisé à faire ici une exception , quant à ce qui regarde les verrues et les tumeurs dures de mauvaise nature qui viennent sur la peau des lèvres, et sur les côtés du nez et de la face, bien que ces tumeurs portent depuis longtemps la devise iiolt me tangere. J’ai indiqué plus haut que ces tubercules malins de la peau extérieure me semblent, comme à LeDran , d’un caractère moins virulent que le squirre glandulaire , et que les tumeurs de mauvaise nature delà peau réfléchie. La pratique effectivement confirme la vérité de cette assertion; car parmi un grand nombre de tubercules de ce genre, j’en ai extirpé avec succès plusieurs, dans lesquels nonseulement les élancemens avaient été ressentis* mais où encore il s’était formé des crevasses, d’où sortaient par intervalle quelques gouttes de sérosité mordicante ; et j’ai eu la précaution de réunir et de guérir la plaie par -première intention. Le cas que je vais rapporter servira à mieux éclairer ce point de chirurgie pratique.
M. Jean-Baptiste Gelminidi Sacco , tirolois, de septante-quatre ans, d’un tempérament robuste , portait , depuis quatre ans , sur la joue gauche, près de l’aile du nez , trois verrues à base large, voisines les unes des autres, et dont celle du milieu égalait la grosseur d’une fève.
Vers la fin de la quatrième année ces tubercules durs, malins , commencèrent à causer un prurit si insupportable , que le malade ne put s’abstenir de les égratigner fréquemment.1 La plus grande des trois verrues ne tarda pas, dès celte époque , à se fendiller et à laisser transuder par intervalles quelques gouttes de sérosité jaunâtre, âcre et quelquefois sanguinolente. Ce fut en Octobre 1801.
La masse verruqueuse s’étendait depuis le dessous de l’angle interne de l’œil gauche jusqu’à la commissure gauche des lèvres , environnant l’aile gauche du nez.
J’hésitai un peu sur la possibilité d’extirper toute cette masse malade , de manière à pouvoir mettre et retenir en parfait contact les bords de la plaie ; mais faisant attention qu’entre l’aile gauche du nez et les verrues, il y avait un espace suffisant de peau saine , je conçus l’espoir de pouvoir enfermer toute la partie
malade entre deux triangles h base commune»
sur une ligne tirée transversalement sous le nez , sans être obligé de couper une portion du cartilage nasal.
Ensuite , avec un bistouri a tranchant convexe, je commençai i’mcision un pen au-dessous de l’angle interne de l’œil gauche, et descendant îe long du côté gauche du nez , autour de i’aile gauche , je m’arrêtai sur la ligne transversale sus-mentionnée. De même, partant du point supérieur, je pratiquai une seconde incision , qui , divergeant de la première en dehors, vint tomber sur la même ligne transversale. De ces deux incisions résulta le triangle supérieur. Cela fait , je pris les ciseaux , avec lesquels je fis deux entailles dans l’épaisseur de la lèvre supérieure ; leur prolongement allait s’unir aux deux précédentes incisions sur la ligne transversale susnommée, et de cette manière je terminai le triangle inférieur à base commune avec le supérieur.
Toute la masse malade étant emportée, la plaie , avec une perte de substance assez notable , prit une figure rhomboïde , la plus favorable qu’il se put dans ce cas pour la réunion par première intention. La moitié inférieure du rhombe fui réunie au moyen d’aiguilles et
de fils entortillés, comme on le pratique dans l’opération pour le bec de lièvre , et la moitié supérieure de la plaie fut mise en contact au moyen de points de suture sépares , dont l inférieur dut intéresser la substance carîilagineuse de l’aile gauche du nez , pour qu’il tint suffisamment. La réunion de toute la plaie présentait une ligne qui, avec une légère inflexion , descendait de dessous l’angle interne de l’œil, à la commissure gauche des lèvres.
Le malade passa tranquillement la nuit. Le lendemain il eut un peu de fièvre avec une chaleur désagréable à la face , ce qui obligea d’enlever toute espèce cle compresse et de bandage.
Au troisième jour de l’opération je coupai les fils de la suture entortillée , Le lendemain j’enlevai les aiguilles, et je coupai les points de suture séparés. Il y avait encore un peu de gonflement à la joue gauche , et les petites plaies laissées par les aiguilles suppuraient abondamment.
Au milieu de cela , le malade , se croyant tout-à-fait guéri , ne se gêna ni de parler ni de mâcher , ce qui augmenta le gonflement de 3a joue et de la lèvre supérieure, ainsi que la suppuration des piqûres. De plus ; sur la
ligne de réunion de la plaie il parut une trace blanchâtre bordée de rougeur à la peau.
Le repos absolu , la diète rigoureuse, et les fomentations d’eau végéio-minérale dissipèrent en peu de jours le gonflement , et arrêtèrent la suppuration des petites plaies laissées par les aiguilles. Peu après, la trace blanchâtre se sépara spontanément le long de la ligne de réunion de la plaie , et quelques applications de la pierre infernale suffirent pour terminer la cure. Le sujet vécut plusieurs années après en bonne santé , et sans la moindre menace de récidive.