LE SQUIRRE ET LE CANCER
Avis de V Auteur.
P armi les obligations de ma charge se trouve celle de publier l’histoire des maladies qui ont été traitées dans l’école de Clinique ; j’en ai choisi quelques-unes,, et je les ai décrites, parce qu’elles me semblaient de quelqu Importance pour l’instruction des élèves. Je me suis servi de remèdes simples dans leur traitement , et j’ai employé un petit nombre d’instrumens dans les opérations. J’ai essayé encore , avec avantage, les effets du feu , tant renommé par les anciens pères de la médecine et géné-
râlement oublié par les modernes , faute d'expérience. J’ai exposé les faits entièrement nus; fai recherché la brièveté dans ce petit ouvrage, qui , s’il n’agrée pas au lecteur , du moins ne lui causera pas, je l’espère, de l’ennui (i).
Tumeur carcinomateuse détruite par le cautère actuel .
Nullum remedium praestantius igné (2)»
Les vénérables pères de l’antique médedecine ont toujours regardé le cautère actuel,
(1) Il n’y a que huit ans que l’école de Clinique est fondée à Rome; nous avons déjà reçu plusieurs cahiers publiés par le Professeur, qui conserve ainsi, pour ses élèves, la substance de ses leçons, en les continuant pour les Docteurs qui ont déjà quitté l’Université; n’estce pas la un complément nécessaire de cette espèce d enseignement ? Nous avons cru utile d’extraire quelques-unes des observations qui composent ce recueil , il est probable que nous y reviendrons encore.
( Note du Traducteur ).
(2) Bartholomeus Maggi archiater Julii tertiu
comme le moyen le plus efficace qu'on pût adopter dans la guérison de quelques maladies particulières. Je ne sais quelle infortune i’a fait autant négliger des modernes, et pourquoi si est employé par un si petit nombre d’entr’eux. Si les anciens en ont trop généralisé Femploi , il ne devait pas, pour cela , être abandonné des modernes. Peut-être que la confiance des premiers, à la suite de quelque heureux succès,, les a porté à en abuser. Mais les seconds ne devaient pas renoncer à un moyen de guérison si utile dans quelques maladies désespérées; et toutes celles qui résistent à Faction des médicarnens les plus énergiques sont de ce nombre ; quœ médicamenta non sanant , ferrum sanat ; quœ ferrum non sanat , sanat ignis ; quœ non sanat ignis , msanabilia sunt .
| Je ne veux pas énumérer ici toutes les mala-^
i dies pour lesquelles le feu est indiqué , je rap^
i porterai seulement l’observation d’une tumeur volumineuse de mauvaise apparence»
Observation .
François Bartolini, de Pediluco, êgé de trente
ii ans , de tempérament bilieux, campagnard, se présenta à la Clinique „ le treize mai 1820,
Vol. IL 22
pour une tumeur volumineuse , qui, de l’angle inférieur de l’omoplate, montait au sommet de l’épaule, jusqu’à la clavicule, et égalait en grosseur la tête d’un homme ; la moitié en était ulcérée, et laissait couler un iehor sanguinolent , sa base était adhérente , elle avait la dureté de la pierre dans toute son étendue , et les veines de la peau qui la recouvrait étaient rouges et dilatées.
Le malade interrogé sur l’origine de la tumeur dit, qu’avant quelle se manifestât, il avait une humeur errante sur le bras du même côté droit, qui s’étendait aux glandes sousaxillaires , et qu’elie avait été dissipée par des résolutifs ; qu’à la fin d’Octobre 1819 , la tumeur commença peu-à-peu à croître, avec douleur, jusqu’au point que je viens de décrire. Le caractère malin de la tumeur la fit regarder comme un carcinome incurable, que le feu seul pouvait détruire, en conduisant le malade à une heureuse guérison, ce qui est arrivé.
A peine l’indication fut elle établie, qu’on passa au choix des cautères ; ils furent au nombre de quatre, deux en fer de lance lonfy de dix doigts , et large de deux ; les deux autres plus petits , semblables à ceux qui servent pour
cautériser les parotides. Il fallut construire les deux premiers de cette dimension , pour qu’ils pénétrassent dans toute l’épaisseur de la substance dure de la tumeur. Lors qu’ils furent rougis, le substitut de clinique, M. Samonati, très-habile dans toutes les grandes opérations chirurgicales , pénétra dans la tumeur, par la partie ulcérée , jusqu'à sa base, dans trois ou quatre endroits, en se servant alternativement de l’un et l’autre instrument incandescent. On appliqua ensuite un cataplasme émollient, qui fut changé trois lois dans les vingt-quatre heures, On renouvella l'application du feu au bout de trois jours, et on n’en usa que trois fois» On vit après dix ou douze jours , que toute la substance de la tumeur se détachait par lambeaux, attestant que l’action du feu avait détruit les vaisseaux, le tissu cellulaire, et la malignité i de l’humeur qu’üs contenaient. La peau qui re» # couvrait une portion de la tumeur resta détaï chée sur la plaie , et contracta des adhérences J avec sa surface , en se prolongeant jusqu'à la | guérison complète. Dans les pansemens, on ne î lit usage que de cataplasme jusqu’à la fonte ! totale de la tumeur , la plaie fut ensuite couj verte de charpie sèche , et de compresses im- : prégnées d’oxicrat. Le malade, entré le treize
Mai , sortit parfaitement guéri le vingt-six Juillet suivant.
Du Squirre et du Cancer des Manie Ue s (t).
Tous ceux qui ont emporté un grand nombre de mamelles , conviendront avec moi , combien sont fréquens les retours de la maladie cancéreuse , après les opérations les mieux faites. Quelques chirurgiens se flattent d’avoir guéri , au moyen de l’opération, des cancers tant occultes que manifestes , et en rapportent des observations. Mais si leurs malades fussent restées sous leurs yeux, ils seraient obligés de convenir , ce qui arrive presque toujours, que chez quelques-unes la plaie ne s est point cicatrisée, et que lorsqu’elle s’est fermée, il ne s est pas écoulé un temps considérable avant qu’il se manifestât de la tuméfaction dans les glandes subaxillaires , avec douleur, rougeur érysipélateuse , endurcissement de la ci-
(1) Extrait du résumé pour les années 5 , 6 et 7.
catrice , gonflement du bras correspondant , et enfin que la cicatrice s’est rouverte , et a formé un ulcère cancéreux , accompagné de fièvre lente, d’écoulement de matières ichoreuses , sanguinolentes et fétides, qui ont fait périr la patiente dans les angoisses de la douleur.
Les opinions sont partagées , parmi les médecins et les chirurgiens , relativement à la convenance d’extirper le cancer occulte ou manifeste. Ceux qui ont beaucoup opéré , et qui ont été les triste spectateurs de la mort de tant de victimes , à la suite des opérations les plus heureuses , sont d’avis de les éloigner ; d’autres raisonnent autrement , et se flattent de pouvoir obtenir une guérion , ou tout au moins de pouvoir prolonger la vie par ce moyen. Rarement ils atteignent leur but ; peu leur importe ; le vain plaisir d’entendre louer leur habileté , ou plutôt leur homicide cruauté , leur suffit. Parmi les premiers , je rapporterai ce que dit le célèbre Alex. Mqnro, l’un des observateurs les plus attentifs / qui compte que, sur soixante cancers qu’il a vu opérer , quatre malades ont été guéries pendant deux ans , trois d’entr’elies ont été affectées de cancer occulte à la poitrine , et la qua-
trième de cancer ulcéré à la lèvre. Le prof* Boyer, sur cens opérées, en a vu guérir quatre ou cinq. Àngelo Nannoni, dans ses notes sur l’ouvrage de Sharp, confesse le chagrin qu’il a éprouvé en voyant les résultats de cette opération , et croit qu’il est peu de chirurgien qui retranché autant de mamelles que lui. Le grand maître de Fart, Antoine Scarpa , a publié, i! y a peu de temps, un mémoire intéressant sur le squirre et le cancer, dans lequel ses raison n en sens et ses observations sont d’accord avec ceux des professeurs que je viens de nommer.
Les praticiens sont encore divisés sur la nature locale ou générale de ces maladies ; pour la décider , i! convient de considérer le squirre sous deux aspects ; bon, lorsque le principe de la maladie est apporté par les forces vitales dans la glande , et qu’il y reste latent sans déterminer aucune douleur ; dans cet état , le mai est local , l’opération aura un résultat heureux, et la guérison sera solide; l’autre, quand le ferment morbifique est dégénéré en ichor, et est porté par les vaisseaux absorbans dans la masse des humeurs, qu’il corompt ; dans ce cas , le mal n’est plus local mais général , et incurable. Cette distinction me parait
conforme h la raison ; elle est cle plus confirmée par l’expérience journalière 9 et tous les praticiens qui ont soigné beaucoup de squirres des mamelles en conviendront.
Les femmes, soit par pudeur , soit par négligence, ne font connaître la maladie qu’elles portent dans le sein , que lorsque le squirre est déjà dégénéré depuis longtemps en cancer occulte ou manilesle. Celte timidité les conduit lentement au tombeau ; celles qui ont la fermeté d'esprit nécessaire pour se faire examiner, lorsqu’elles sentent seulement le commencement d’une dureté dans la mamelle , sont en petit nombre ; le plus ordinairement, elles at¬
tendent d’être tourmentées par de fréqu.ens élancemens passagers dans îe centre de la tumeur , élancemens qui avaient été précédés d’un sentiment de prurit , et de chaleur brûlante sans altération de la peau. Arrivée à ce point, il est rare que la maladie puisse être guérie par l’opération , attendu que la diathèse cancéreuse s’est répandue dans le courant de la circulation, ce qui déterminera la récidive avec toutes ses tristes conséquences ; et le chirurgien ne recueillera d’autre fruit de l’ablation , que le chagrin de voir périr la malade.
Il résulte de ce qui a été dit jusqu’ici , que
l'opération fuira un résultat heureux , si on la pratique avant la dégénérescence du squirre , cju’aulrpment il sera dangereux de l'entreprendre, et que plus ou moins vite la récidive aura lieu.
Première Observation .
Cancer manifeste.
L'expérience a prouvé qu’il n’y a pas de médicament pour guérir le cancer manifeste , et les maîtres de l’art se bornent à une cur 3 palliative , qui a pour objet d’adoucir les douloureux symptômes , et d’empêcher les progrès du mal. Il s’est présenté dans le courant de Pannée à l’institut de clinique , un ulcère cancéreux, situé profondément dans la substance de ta glande mammaire gauche , qui parut complètement guéri au moyen d’une simple cure palliative, et qui trois mois après récidiva; voici lliisloire de tout çe qui fut fait dans ce cas.
Agnès Vannini, de Castel Gandolfo , âgée de cinquante ans , de tempérament sanguin , mère d’un seul fils, d’un esprit passionné, n’était plus réglée depuis quatre ans ; elle s’était aper~
eue , a cette époque , qu’elle portait dans la mamelle gauche une tumeur dure , grosse comme un œu( de pigeon , qui augmentait de jour en jour , et qui lui faisait éprouver de vives piqûres , dans son centre , de temps en temps. Elle appela un chirurgien, qui lui appliqua un cataplasme émollient , sous lequel s’ouvrirent plusieurs ulcères , avec renversement de leurs bords douloureux ; du fond de l’ouverture, il s’élève une substance fongueuse , qui laissait écouler un ichor fétide et âcre , et quelquefois sanguinolent. Dans cet état déplorable, elle se rendit à la clinique pour y être soignée, le 4 Septembre 1821.
Les premiers jours, on ne fit usage que d’aspersion d’eau d’orge et de camomilles, on remplit la cavité de charpie molle, et de compresses imprégnées de décoction de camomilles ; on prescrivit un régime modéré. Dans la nuit, on lui donnait du laudanum, et sur le matin huit onces de petit lait salé. En suivant ce traitement, il se manifesta, au bout de vingt jours ,
1 une inflammation qui s’étendit dans toute la 1 substance de la glande ; on appliqua des cata- 1 plasmes émolliens qui la dissipèrent ; mais la ! parlie cancéreuse passa à la gangrène. Après huit jours, toute la partie gangrenée se sé-
para peu a-peu, ensorteque, le vingt-neuvième* il restait une plaie large et profonde , mais vive, Alors on suprima le cataplasme , et on remplit la plaie de charpie en recouvrant les bords d’un plumasseau enduit de cérat. La guérison avança de jour en jour , et h la fin de Janvier on obtint la cicatrice. Après trois mois j celle-ci devint dure, se fendit sans beaucoup de douleurs * et il en coula une lymphe sanguinolente.
L’état actuel de la malade est supportable ; le visage conserve son coloris naturel, îe poids est calme, le sommeil paisible, les digestions se font bien ; malgré cela, la dureté va en augmentant , il y a des élancemens douloureux tous les jours , qui laissent peu d’espoir de guérison.
Seconde Observation .
Tumeur squirreuse dans la mamelle gauche .
Marie Scatani , d'Assisi, âgée de trente-cinq ans, d’un tempérament sanguin-bilieux , bien réglée, fut reçue h la clinique , le 4 Octobre 1821 , portant une tumeur squirreuse au sein
gauche, mobile à sa base, détachée de îa peau à son sommet, de ia grosseur d'un œuf de poule. La crainte de la voir dégénérer, et l'inutilité de tous les moyens qui avaient été employés pour îa résoudre , déterminèrent la malade a demander d’être opérée.
Après avoir préparé un couteau tranchant du côté convexe , des bandelettes agglutinatives, de îa charpie , des compresses, et un bandage à six chefs ; la malade fut couchée sur son dos dans le lit , un aide tenait le bras écarté du corps, afin que le pectoral fut applati; on fit une incision longitudinale qui divisait ia peau et le tissu cellulaire, dans toute l’étendue de la tumeur; on porta le doigt, par l’angle inférieur de cette ouverture , par dessous le squirre , qu’on détacha avec le meme bistouri en coupant les lames de tissu cellulaire qui le rendaient adhèrent, on obtint ainsi avec facilité l’extirpation de la totalité de la tumeur. On laissa couler le sang pendant quelques instans, afin de dégorger les vaisseaux qui lui adhéraient; ia plaie fut ensuite immédiatement réunie, et maintenue avec des bandelettes ag~ glutinatives ; le tout fut recouvert de charpie et du bandage a six chefs.
La malade se plaignit quelques instans de
douleurs dans îa plaie; on les calma avec du laudanum , la journée se passa bien; dans la nuit le sommeil fut inquiet et interrompu ; le malin il y eut du malaise. Il survint un peu de bèvre le troisième jour. Le quairième on enleva l’appareil , qui était imbibé de sang* caillé , la plaie ne s’était point réunie , on en nettoya le pourtour , et on appliqua de nouvelles bandelettes ; quoiqu’on eût maintenu les lèvres raprochées , il se forma un peu de suppuration, et ce ne fut que le trentième jour qu'il y eut parfaite réunion.
La tumeur ouverte, on ne trouva qu’une substance dense , blanchâtre à la sommité , qui dans le centre était traversée de vaisseaux colorés en jaune , sans qu’il y eut d épanchémetjt de lymphe.
, Troisième Observation ,
Tumeur squirreuse dans la mamelle droite .
Thérèse Pomponi Sabine, âgée de cinquante ans , d’un bon tempérament , portait depuis longtemps un squirre du sein droit, du volume
«T un œuf de poule dinde , ma ni melon é el sans aucune adhérence. Le chirurgien qui la soignait avant son entrée à l’hôpital, avait employé , pour résoudre la tumeur, tous les remèdes les plus renommés, mais loin d’en obtenir aucun soulagement , il vit le mal augmênter de volume, et les douleurs poignantes se multiplier. Convaincue de l’inutilité des remèdes, elle abandonna son chirurgien, et vint à la clinique demander d’être opérée, ce qui fut fait le vingt-cinq Mai 1822, en suivant le procédé qui vient d'être décrit.
La malade fut inquiète le premier jour ; 3e second la fièvre fut assez forte ; elle dura jusqu’au septième jour, accompagnée de douleurs à l’estomac et dans tout le bas ventre. On pratiqua trois saignées dans cet intervalle , et Ton prescrivit des lavemens émolliens , du bouillon fort étendu , des fomentations sur le corps et une diète très-sévère. Au commencement du cinquième jour , on leva l’appareil et l’on trouva un peu de sang caillé dans la plaie, dont les lèvres étaient réunies a la partie supérieure. La fièvre cessa le quatorzième jour, après tous les symptômes que nous venons ) d’indiquer. La suppuration était louable et
peu abondante, elle cessa à îa parfaite cicatrisation, qui eut lieu le vingt Juillet suivant*
Quatrième Observation »
Cancer occulte.
Le vingt-huit Mai, Angélique Bolli de Vercelli, âgée de cinquante-trois ans, mère de cinq en fans , vint pour la troisième fois h la clinique avec un cancer occulte qui occupait toute la mamelle droite. On avait extirpé avec succès deux squirres de la même partie , l’un en 1816, l'autre en 1819. Lorsqu'on espérait que la nature avait cessé de déposer un semblable principe, la malade s’aperçut, en 1821, que toute la substance de la glande mammaire était engorgée , inégalement dure , et qu’il s'y faisait sentir des éîancemens douloureux. Pendant trois mois, avant d’entrer à la clinique , elle essaya inutilement divers remèdes , dans l’espoir de résoudre la tumeur. Les symptômes ne firent que s'accroître, bile vint enfin demander d’être opérée. On lui fit connaître tout ce qui pouvait arriver api es l’opération, que la maladie pouvait récidiver pire qu’aupara-
* etc. * rien ne put changer sa résolution* elle voulut être opérée.
pi emier de Juin * après avoir préparé un couteau h manche fixe et des ciseaux ; et pour le pansement , des bandelettes de sparadrap, de la charpie, des compresses* une bande circulaire* et un bandage de corps ; la malade fut mise dans le ht* qu’on préféra à la chaise , dans la crainte d’un évanouissement; un aide éloignait le bras du corps* pour aplanir le pectoral. Le professeur souleva la mamelle de la main gauche* et avec le bistouri incisa les légume ns de la partie inférieure ; il fît pénétrer son pouce gauche entre la glande et Je pectoral ; le couteau placé h côté de ce doigt fut dirigé de bas en haut, et il incisa latéralement les tégumens jusqu a la partie supérieure de la mamelle, vers la clavicule; il fit la même chose de l’autre côté, formant ainsi une ellipse entre ces deux incisions; il ne fut pas difficile de couper, avec le même couteau, les brides cellulaires qui unissaient la glande au muscle. L’amputation terminée , on laissa dégorger les vaisseaux pour diminuer l’inflammalion. Le sang étant ensuite arrêté , la plaie fut i GU1116 avec des emplâtres, couverte de cnarpie * et le tout soutenu d’un bandage.
La malade prit one potion opiacée et fut calme toute la journée ; à deux heures delà nuit, il survint des frissons et de la fièvre, avec de la douleur à la tête , et de la soif, qui cessa sur le matin; on prescrivit une légère émulsion de semences froides , des bouillons clairs avec des jaunes d’oeuf. Le cinquième jour, on leva l'appareil , et l’on trouva la plaie ouverte et remplie de grumeaux de sang ; on Sa nettoya avec une décoction d'orge, et on pansa eu rapprochant les lèvres avec des bandelettes adhésives; quatre jours après, la plaie avait un aspect très-satisfaisant, et la suppuration était de bonne qualité ; la fièvre , quoique légère , continua jusqu’au quinzième jour ; la malade prenait chaque matin une décoction de quina, quon continua jusqu’au vingtième jour de l’opération. Le vingt-unième , on leva les bandelettes agglutinatives , la suppuration était louable, et la cicatrice avançait; le pansement ne se faisait plus qu’une fois par jour, avec de la charpie sèche, en recouvrant les bords de la. plaie de plumasseaux enduits de cérat , jusqu’à l’entière cicatrisation, qui eut lieu le vingtquatre Juillet suivant ; la malade partit quatre jours après parfaitement guérie.
Quoique la partie soit restée dans l’étal le
plus satisfaisant , c est-a-dire , que la cicatrice soit plane , les tégumens à î entour de leur couleur naturelle , élastiques, sans aucune apparence d engorgement , non plus que dans d autres parties, je crains beaucoup, à cause de la mauvaise disposition de l’opérée, qu elle soit de nouveau atteinte de la même maladie»
Cinquième Observation »
Cancer occulte .
On reçut à la clinique Marie Pagani d’Orviéto , âgée de cinquante-sept ans , mère de sept enfans , grasse , portant un cancer occulte, qui occupait toute la mamelle gauche, produit par des frictions irritantes. Les douleurs lancinantes , la dureté et l'augmenta** i tion rapide du volume de la tumeur déi terminèrent la malade à entrer a l’hôpital. . L’aréole était superficiellement ulcérée , le 3 reste de la peau avait conservé sa couleur na- [ turelle , et la tumeur dépassait le volume d’un i gros cédrat , sans avoir d adhérence à sa hase. La malade désirait d’être opérée le plus vite
possible ; on amputa la totalité du sein au bout Vol. IL
de quelques jours de préparation , en suivant le procédé décrit dans l’observation précédente*
Le premier jour , il y eut peu de douleur, et la malade fut passablement tranquille ; dans la nuit, la lièvre survint et continua jusqu’au septième jour ; au commencement du cinquième , l’appareil fut enlevé, les lèvres de la plaie étaient rouges et un peu gonflées , couvertes de sang caillé, la partie fut nettoyée, et la plaie reunie avec des bandelettes adhésives. Trois jours après, la plaie était dune bonne couleur , et la suppuration louable ; la malade alla bien jusqu’au quatorzième jour , qu elle éprouva un accès de fièvre , qui céda a 1 emploi de dix-huit grains de sulfate de quinine , pris par deux grains toutes les deux heures. Dès lors, la plaie marcha vers la cicatrisation , qui était complète le vingt-huitième jour après l’opération.
Sixième Observation .
Scjuirre de la mamelle gauche .
Marie Rose Pagani, Romaine, âgée de vingt-
trois ans, d’un bon tempérament, portait depuis quatre ans environ , un squirre mammaire de Ja grosseur d’un œuf de poule. La tumeur n’avait point augmenté pendant ce long espace de temps, et n’avait point fait éprouver de douleurs lancinantes ; elle était roulante sous la peau. On n’hésita point à entreprendre l’extirpation d’un squirre simple , qui pouvait dégénérer en cancer s’il était abandonné. On fît une incision longitudinale à la peau dans toute la longueur de la tumeur , qui fut facilement séparée du tissu cellulaire qui l’environnait. Le pansement fut le même que dans les autres opérations ; il ne survint aucun accident* et après avoir été opérée le onze Novembre * la malade partit parfaitement guérie le vingtsix.
Septième Observation «
On extirpa la mamelle gauche à Thérèse Colomba, affectée d’un cancer occulte, qui datait de 1814, et qui , pendant deux ans, n’avait causé aucune incommodité. En i8ï6, les élancemens se développèrent et augmentèrent de jour en jour , jusqu’à ce qu’ils furent insuportables, et obligèrent la malade à se soumettre à l’opération, qui se fit le sept Juin de la même
année ; on suivit le procédé opératoire déjà décrit ; il n'y eut aucun accident , et le soixantième jour la plaie était complètement cicatrisée.
A la fin d’ Avril 1820 , la malade commença à sentir quelques élancement dans la cicatrice, il survint une rougeur érysipélateuse , avec un gonflement dur dans le voisinage , et de la douleur ; au commencement de Décembre de la même année , il s’ouvrit un ulcère , qui laissait couler une humeur ichoreuse ; les glandes subaxillaires se gonflèrent et devinrent dures , le bras du même coté s’œdematia , et fut aussi atteint par l’érysipèle. Les glandes subaxillaires s’ulcérèrent. Enfin la malade vit encore, tourmentée par deux ulcères cancéreux , l’un de deux pouces environ de circonférence sur la poitrine , et l’autre sous l’aisselle , accompagnés de fièvre lente.
On la panse simplement deux fois le jour , en lavant la partie avec des sédatifs , et elle termine ainsi lentement son existence. Telle est la marche cruelle du vice cancéreux !
Le docteur J. Selli , professeur de clinique chirurgicale, à Viterbe, m’a communiqué l’histoire de i amputation d’une mamelle remarquable par le volume et le poids énorme de
la tumeur , qui s’élevait à vingt-trois livres ; le procédé opératoire et la guérison n’offraient rien de remarquable.
L’opération fut faite, à la fin de Décembre 1821 , et sera admirée lors même que la récidive aurait lieu dans quelques années, parce que le professeur a prolongé les jours de sa malade; car le cancer portait à sa surface deux ulcères , causes de continuelles douleurs et d’hémorrhagies considérables, qui menaçaient continuellement son existence.