‹ Mélanges de chirurgie étrangère (volume 2)Chapitre 22 sur 34 · EXTIRPATION · texte numérisé non relu

EXTIRPATION

D’UNE. ÉPUL1S CANCÉREUSE ,

Accompagnée d’ostéo-sarcome de là mâchoire

inférieure ,

Par le Docteur

George REGNOU de Forlî ,

Membre correspondant de la Société médicale d’émulation de Paris , premier Chirurgien , et Professeur d' Anatomie à Pesaro.

TRADUIT DE D’iTALIEN ,

par Charles G. Peschier, Doct.-Chirurgien,

L’extirpation d une portion de la mâchoire inférieure , atteinte- d’ostéo-sarcome, est une opération tout- à-fait nouvelle, imaginée et exécuté pour la première fois par le baron DüPUYTREN , il y a environ quinze ans, puis répétée plusieurs lois par lui avec succès. En

année ; on suivit le procédé opératoire déjà décrit ; il n'y eut aucun accident , et le soixantième jour la plaie était complètement cicatrisée.

A la fin d’ Avril 1820 , la malade commença à sentir quelques élancemens dans la cicatrice, il survint une rougeur érysipélateuse , avec un gonflement dur dans le voisinage , et de la douleur ; au commencement de Décembre de la même année , il s’ouvrit un ulcère , qui laissait couler une humeur ichoreuse ; les glandes subaxillaires se gonflèrent et devinrent dures , le bras du même coté s’œdematia , et fut aussi atteint par l’érysipèle. Les glandes subaxillaires s’ulcérèrent. Enfin la malade vit encore, tourmentée par deux ulcères cancéreux , l’un de deux pouces environ de circonférence sur la poitrine , et l’autre sous 1 aisselle , accompagnés de fièvre lente.

On la panse simplement deux fois le jour , en lavant la partie avec des sédatifs , et elle termine ainsi lentement son existence. Telle est la marche cruelle du vice cancéreux !

Le docteur J. Selli , professeur de clinique chirurgicale, à Viterbe, m’a communiqué l’histoire de l’amputation d’une mamelle remarquable par le volume et le poids énorme de

que les parties dures se furent solidement réunies ; il ne resta qu’une légère difformité produite par le raccourcissement de i’os maxillaire, et la situation de la lèvre qui se trouvait par-là plus en arrière que la supérieure. Encouragé par ce succès que gavais bien observé, j’ai voulu tenter aussi l’amputation d’une portion de la mâchoire inférieure; voici l’observation.

Anna Cesarini de Pesaro , âgée de dix ans, ayant le teint plombé et comme terreux , la constitution frêle , conçue par une mère affectée de gonorrhée et d’ulcères vénériens, lit une chute à l’âge de cinq ans, et donna avec le menton contre le terrain ; les dents incisives inférieures furent ébranlées , se carrièrent et tombèrent, quatre mois après l’accident. Quelque temps plus tard , la seconde dentition commença , et un an après la chute , la jeune fille fut atteinte de la variole naturelle; la mère s’aperçut alors qu’il se formait une petite tumeur indolente, de la grosseur d’un pois , sur la partie interne de la gencive des incisives inférieures. Elle appela un chirurgien, qui prescrivit l’application répétée de l’esprit de vitriol (acide sulfurique affaibli) mêlé avec du miel rosat ; il n’en résulta aucun bon effet. Une année après , la tumeur ayant acquis du vo-

lame , un autre chirurgien emporta toute la portion qui dépassait le niveau des dents , et toucha îa base avec le nitrate d’argent. Cette extirpation partielle fut répétée quatre fois sans succès , et comme la tumeur ne cessait de repulluler, la malade fut abandonnée à son triste sort.

Ce fut le vingt-six Décembre 1821, que je I examinai pour la première fois ; je trouvai une tumeur de la grosseur d’un petit œuf de poule, recouverte par la gencive à la partie interne, s’étendant jusqu’à la première dent molaire gauche, et jusqu’à la seconde molaire du côté droit, enduite d’une matière blanchâtre et épaisse; il en sortait un iehor fétide, accompagné par fois de sang, la malade se plaignait de douleurs lancinantes. La gencive du côté externe était engorgée, rouge, ainsi que la membrane qui recouvrait la lèvre inférieure. Les alvéoles des incisives ramollies cédaient sous la pression , et ne laissaient aucun doute sur leur dégénération en sarcome ; il restait incertain de savoir si la dégénération s’étendait à toute la substance de l’os maxillaire. Je jugeai alors que la malade portait une épuiis cancéreuse avec sarcome de l’os, et que la seule voie de salut était l’extirpation de toute la par-

lie affectée ; niais j’estimai que si, pendant l'opération, je venais à rencontrer l’os sain au-dessous des alvéoles, je pourrais séparer la tumeur avec la scie, sans emporter un arc entier de la i mâchoire, comme l’a toujours exécuté M. Du- Püytren; je fis, à cette occasion, quelques esi sais sur le cadavre , avec l’aide de mon ami le professeur Giorgi.

La malade entra à l’hôpital le vingt-sept Dé- 3 cembre ; elle y fut mise au régime , et purgée jdeux fois avant l’opération.

Le trois Janvier 1822 , aidé de MM, Fusii gnani et Giorgi je procédai à l’opération. La 4 malade fut placée en face de la lumière, les i pieds et les mains solidement maintenus ; un laide fit la compression sur les deux artères imassétérines ; j’incisai la lèvre inférieure jusqu’à la symphise du menton , et disséquai à droite et à gauche , de manière à mettre à ^découvert toute la partie affectée. M’étant assuré avec le tranchant du bistouri que la porlition de l’os maxillaire inférieure aux alvéoles tétait saine , après avoir incisé le périoste , et bien écarté la lèvre, je portai transversalement uune petite scie convexe, au niveau des canaux maxillaires inférieurs , et je sciai en grande ’ partie l’épaisseur de los , puis je portai

une

nuire scie entre la première et la seconde molaire du côté gauche ; cette dernière avait été extraite , ce qui me permit de diriger lmstrument un peu obliquement , de manière h joindre le trait de scie transversal ; la même scie fut portée du côté droit, sur le lieu qu’occupait la seconde molaire, que j’avais extraite: r deux jours auparavant. La pièce d’os comprise entre ces trois traits de scie paraissant adhérente à quelques points, j’introduisis dans laid fente transversale un petit ciseau , et au moyen de deux légers coups de marteau, je 1 enlevai^ complètement. Quelques esquilles osseuses!lurent enlevées avec la pince à couper, etles parties molles , dont la nature paraissait dou- i teuse, furent retranchées avec le bistouri. j

La ligature des artères étant impossible , [ j’arrêtai l’hémorrhagie avec le cautère actuel, j ce qui me donna l'avantage de détruire absolument tonies les parties suspectes. L’hémorrhagie ayant cessé, je réunis la lèvre divisée avec trois aiguilles d’or , en faisant la suture entortdlée, je plaçai deux petits coussinets sur 'es arteres massétérines , et je pratiquai le banlage de Louis.

La malade étant mise au ht, on lui tira six 3nces de sang ; elle en avait très-peu perdu

pendant l'opération ; elle fut mise h la diète la plus sévère. La douleur s’appaisa promptei -lient, et dans la journée, l’enfant dormit quelques instans. Le soir, il survint un peu de fièvre ;ît de douleur ; je fis de nouveau tirer six onces le sang. La malade ne prenait que des boudions clairs au moyen d’un biberon. Elle dortmt tranquillement pendant la nuit. Le lendemain au matin , il n’y eut pas de fièvre ; la couleur fat légère; on observa une légère rumélaclion au visage ; toute la journée fut

larfaitement bonne. Le soir, il survint de la

Îèvre et de la douleur; je fis tirer huit onces e sang, et la malade dormit parfaitement •anquilîe. Le matin du troisième jour , il n’y «ut ni fièvre, ni douleur. Au septième jour 3 enlevai les aiguilles et le bandage, et je troubi la lèvre parfaitement réunie ; les fils restent en place et tombèrent bientôt deux- Étêmes. Au neuvième jour, on augmenta les ►aimens; on fit de fréquentes injections dans m bouche, où les escarres tombaient en grande

ikrtie, et où la suppuration s’établissait. Le f|x-huitième jour, je fis avec les pinces Fex* üaetion d une portion d’os nécrosée sur la par- ,02 supérieure de l’os scié, dès ce moment la aie commença à se cicatriser.

Le 4 Février, la guérison était complète.

La jeune fille, h qui il reste deux dents molaires du côté gauche , et une du côté droit , peut très-bien se nourrir de substances solides; elle a pris un bon teint et un peu d’embonpoint. L’unique inconvénient de cette opération est la difficulté de la prononciation, et la situation en arrière de la lèvre. Ces petits défauts ont été singulièrement corrigés par deux lames d argent doré , qui ont la forme de la portion d’os extirpée , et qui sont fixées aux dents molaires restées saines.

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