SITUÉ SUR LE CÔTÉ DU SEIN
PAR
Laurent BALLARINI ,
Membre du Collège de Chirurgie de Turin, Chirurg, de S. M. le Roi de Sardaigne, Chirurgien général des armées Royales , etc, , etc.
TRADUIT DE L.’lTALIEN,
i par Charles G. Peschier , Doct.- Chirurgien,
Tous les praticiens s’accordent a reconnaître que nous manquons encore d’une bonne classification des tumeurs. La Société IL de Méd. de Bordeaux , persuadée de celte vérité , proposa , en ï8t8, pour sujet de prix , de
déterminer -par des opérations exactes les caractères essentiels et distinctifs du fongits lié malode . M. J. P. Maunoir , dans sa dissertarion couronnée par cette illustre société, apres avoir médité les ouvrages de Scarpa, Boyer , Wardrop, Bell et Breschet , sépara le premier le fongus médullaire du fongus hematode. Celui-ci a, dit- il, son siège dans la peau, ou immédiatement sous la peau dans le tissu cellulaire ; dès son principe, il se montre rouge , il offre quelque fois des puisalions , écarte graduellement ses limites , et offre à l’examen une substance spongieuse , composée uniquement de Fenveîoppe des vaisseaux sanguins, entrelacés entre eux de mille manières , et lies par du tissu cellulaire.
Le fongus médullaire , au contraire , nait plus profondément d une partie , d’un organe ou d’un viscère quelconque , il est mol , élastique , égal ; il conserve la couleur naturelle de la peau , lant que son volume ne s^aus*mente pas considérablement; alors seulement on voit s en élever une ou deux protubérances qui se colorent en rouge * et présentent au tact une fausse sensation de fluctuation ; à ! examen de la tumeur , on la trouve formée par le changement des nerfs affectés
en une substance cérébriforme , entremêlée d’un lacis de vaisseaux extrêmement ténus.
Cependant la principale différence de ces deux espèces de tumeurs ne consiste pas seulement dans leurs caractères physiques, mais bien plus encore dans leur terminaison. Le fongus hémadote est susceptible de guérison , le fongus médullaire n’en admet aucune. Et les nombreuses observations que rapporte M. Maunoir , tirées , tant de sa propre pratique* que de celle d'autres chirurgiens , dans lesquelles la maladie a reparu dans la partie ellemême , ou a attaqué des organes et des viscères plus profondément situés , sont les preuves qu’il produit en faveur de son pronostic.
L’observation suivante , soit par ses caractères , en tout semblables à ceux du fongus médullaire , soit par l’heureux succès obtenu de l’opération , mérite, à mon avis, de servir d’éclaircissement à ce point important de la chirurgie.
Catherine Masera de Pojrino , âgée de 5 j ans , de tempérament lymphatique , ayant la peau fine , marquée de taches , jouissait d’une bonne santé , et avait eu ses menstrues de la manière la plus régulière.
Vers le printemps de 1820, elle aperçut une Vol. IL 24 *
petite tumeur au côté externe du sein gauche, précisément sur le bord inférieur du muscle grand perforai. Soit par pudeur , soit a cause du peu d’incommodité quelle en ressentait , elle cacha longtemps cette maladie. Cependant la tumeur grandit, et, d'indolente quelle était. Commença a se faire apercevoir de temps en temps, par de légères douleurs pongitives. Alors la malade se détermina à faire connaître son mal. On lui conseilla, et elle employa un grand nombre de remèdes externes , la plupart empiriques ; comme il est facile de l’imaginer , non-seulement elle n’en retira aucun bénéfice, mais la tumeur devint plus volumineuse et plus douloureuse, puis elle rougit dans le centre.
Sur la fin de Septembre, la malade me consulta. Je tirai de son récit ce que je viens d’exposer, mais elle ne put me dire quelle avait été la cause de cette tumeur. Celle-ci était alors du volume d une orange , de figure oblongue, et mobile en tout sens. La consistance n’en était pas partout la même ; elle était dure à sa base, moins résistante vers le centre, molle et élastique au sommet de la convexité, où elle faisait une saillie , comme une espèce de mamelon, qui s élevait du centre d’une tache rou-
ge~ vermeille . et présentait au tact une fausse sensation de fluctuation , avec apparence d’une rupture prochaine «
Le caractère particulier de cette tumeur ne me laissait entre-voir d’autre remède que l’extirpation. Je me sentais encouragé à la pratiquer par la nouveauté de l’apparition de la maladie, par la mobilité de la tumeur, et par l’état constitutionel de la malade. Mais avant de l’entreprendre je demandai l’avis de mon collègue , le professeur Bargvero , et nous vîmes ensemble la malade en Octobre. D’après l’origine de la tumeur , sa marche , ses progrès , et plus encore le défaut de signes propres au squirre et au cancer, nous fumes portés à croire , qu’elle appartenait au fou gus médullaire décrit par le professeur Maunoir (i). Quoique le Mémoire du Chirurgien de Genève ne donnât point l’espoir , que je concevais, de la probabilité du succès de l’extirpation , néanmoins , comme nous nous trouvions d’accord sur le principe pratique, que peu importe qu’un remède ne soit pas certain quand il est
(t) Mémoire sur le fongus hématode el médullaire, par J. P. Maunoir , professeur, Genève 18^0.
i nnique , nous le fumes aussi sur la nécessité rlf i opération , quoique d autres eussent refusé de l’exécuter.
La malade y consentit, et le neuf Octobre 1820, l’opération fut pratiquée, sous mes yeux, par mon colleque et ci-devant élève Barove- RO, avec la plus grande dextérité. Il s’y présenta deux observation h faire : l’une que la base de la tumeur était dure , fibreuse et presque cartilagineuse; l’autre que l’artère mammaire externe était d’un volume extraordinaire, et surpassait celui de la cubitale d’un adulte, en son** que je fus obligé de la lier à l’instant même, soit pour mettre hors de danger la vie de la malade , soit pour pouvoir poursuivre l’opération.
Celle-ci étant achevée , tous les vaisseaux liés, et la plaie nettoyée, on en rapprocha les levres , et nonobstant son étendue , on les maintint en contact au moyen de bandelettes aggluîinatives , et avec un bandage placé avec beaucoup d’art, pour soutenir le bord inférieur de la plaie : dans l’espace de trois semaines celle-ci fut porlaitement cicatrisée.
La malade observa le régime le plus sévère pendant la première semaine. Pour éviter , autant qu il est au pouvoir de l’art, les dangers
de la récidive , nous prescrivîmes l’ouverture d’un fonticule avant que la cicatrice Fût achevée , afin de dévier par ce moyen cette disposition morbide , si redoutable , comme l’écrit le savant MàunoiR ; car lors même que la partie malade a été emportée, la maladie ne manque pas de se jeter sur des viscères ou des organes situés profondément. Pour écarter encore plus ce péril , et pour combattre une légère irritation herpétique qui survint à la malade 7 on lui prescrivit de faire usage ensuite de la bière antiscoibutique édulcorée avec le syrop de coehléaria.
Examen de la tumeur .
Le volume de la tumeur, comme je lai déjà dit, égalait celui d’une orange: sa base présentait au tranchant du bistouri la résistance qu’offrent les tissus f i b r ' ux. Aussi tôt après l’extirpation, la tache rouge-vermeille , qui en occupait le centre , disparut , les té— gurnens reprirent l’apparence , que j’ai indiquée , d’une rupture prochaine ; de même
qup îp iumcnre perdit îa turgescence manifeste, qui lui donnait , avant d être extirpée , un volume considérable. Une incision faite dans toute sa longueur, et par le centre du lieu de la tache rouge , mit à découvert une subs-» tance parenchymateuse , élastique , molle , cendrée , et semblable , par sa couleur et son tissu , à la substance corticale du cerveau , ou à la substance intime du testicule.
La rareté de ce fait m’a porté à consigna r celui-ci comme propre à prononcer , i.° qu il y a des tumeurs véritablement differentes du squirre et du cancer, et dont l’éüologie est très- obscure • 2.0 que leur cause prochaine semble devoir être attribuée à 1 augmentation de îa nutrition, qui leur est apportée par une artère , dont le volume est lui -même considérable; et que la substance qui forme le parenchyme de la tumeur semble , dans tous les cas , être l’effet du procédé morbifique, qui s’opère dans les vaisseaux capillaires de cette artère pathologiquement agrandie , avant le développement de Sa substance cérébrale dans les nerfs offenses , comme le suppose le Chirurgien de Genève.
Il y a quatre ans que cette Opération a été pratiquée ; il serait à désirer que l'auteur fît connaître si le succès de son opération a été durable ; parce que les maladies de mauvaise nature reparaissent quelquefois après un terme très-long, et qu'une demie année , au bout de laquelle Fauteur écrivait, n’est pas suffisante pour qu’on puisse compter sur une guérison complète.
( Noie du Traducteur ).
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