I D’UNE TUMEUR RARE ET EXTRAOR¬ DINAIRE A LA CUISSE
PAR
Joseph FLECCHIA,
( Docteur-Chirurgien , Aide-Chirurgien à la Clinique chirurgicale du grand hôpital de Yerceil.
TRADUIT DE u’iTALIEN ?
( par Charles G. Peschier, Doct. -Chirurgien.
J Dans la série des maladies qui affligent l l'humanité, il en est , surtout parmi les altérait lion organiques , qui offrent au praticien des ; signes diagnostiques obscurs et équivoques , lesquels ne permettent pas de leur appliquer une thérapeutique efficace et spéciale ; en voici un exemple.
Baptiste de St. Germain , de Verceil , paysan s âgé de trente* sept ans, d’un tempérann ni iort et excitable, s’aperçut, en Janvier 1 <> 20 , d un gonflement douloureux à la cuisse droite , circonscrit à sa partie moyenne et latei cde externe , qui avait été précédé cl’uue forte fîevre , et dont il ne connaissait pas la ohu h» Son médecin lui ordonna deux saignées, des boissons rafraîchissantes , etc. , qui firent cesser ja lièvre et rendirent la douleur supportable, Le malade retourna alors a ses travaux
agrestes, jusqu’au mois d’Août suivant, où, les inconvemens de sa tumeur s’étant aggravés , il entra a I hôpital , et fut mis sous les soins du docteur Ferhert, chirurgien en chef.
La fièvre continue, le gonflement de l’os et du périoste, la violence des douleurs, tout nous donna ! idée d une exostose aigue , que nous combattîmes par la méthode débilitante , les saignées générales et locales répétées, les ventouses scarifiées, les cataplasmes émolliens, et avec les vésicatoires réitérés \ ce traitement affaiblit l'état aigu de la maladie , et diminua la dureté osseuse. Le malade alors quitta l’hôpitai et reprit ses fatigues quotidiennes.
Le vingt-sept Janvier 1821, il s’v présenta de nouveau , et y fut confié aux soins de M.
le professeur Bronzinï, chirurgien en chef.
; La tumeur était alors très- volumineuse , occupant plus des deux tiers de la cuisse , elle il avait une dureté cartilagineuse, et faisait éprouver au malade des douleurs profondes, lorsi qu’il exécutait des mouvemens de cette cuisse, et une pulsation organique qui se communiquait à toute la superficie inégale de la tumeur; déjà la fièvre hectique accompagnait les symptômes locaux.
Les réponses du malade aux questions que nous lui adressâmes, concernant les phénomènes pathologiques antécédens , et sur les icauses particulières qui avaient pu produire :une aussi grave affection , ne dissipèrent pas ! le doute que nous avions conçu dès le principe,
• tque la tumeur dépendait d'un virus sui generis , i ecj a i s’était porté sur le tissu organique de l os : et du périoste ; et quoique le malade ne nous
Sn découvrît point la cause , malgré les quesons réitérées que nous lui adressions dans le ut de connaître le vice soupçonné , nous ne lissâmes pas que de le soumettre à un traitelent antisyphilitique , frictions mercurielles , oains généraux , et décoction saturée de salsepareille , le tout infructueusement, tant était rand le désordre local , et grave le dérange-
ment physiologique, qui rendait le maïade incapable de supporter un traitement mercuriel complet.
Malgré tout cela , la tumeur ne cessa pas de croître, la distension des tégumens devint douloimuse , - phlogosée et livide; les vaisseaux gonflés’ et dilatés couvrirent cette surface considérable ; la jambe et le pied devinrent œdémateux , le cote externe de la tumeur , plus élevé et plus douloureux , rendit indispensable 1 usage des cataplasmes émolliens , qui en amollirent le tissu , et laissèrent apercevoir au tact une fluctuation obscure et profonde, d après laquelle les professeurs se déterminèrent à pratiquer une incision , de laquelle il sortit, par jets très-vifs, un sang d’un rouge obscur , avec quelques floccons albumineux et purulens. En introduisant le doigt par cette ouverture, on découvrit qu’effectivement il y avait altération du tissu de l’os, du périoste, et de toutes les parties molles qui environnaient cette vaste tumeur; celle-ci augmentant tous les jours , les bords de l’incision se renversèrent , et il sortit par l’ouverture une quantité considérable de matière purulente, provenant d un abcès formé profondément , sans que la tumeur eut diminué de volume , ou de dureté.
Enfin Tœdème gagna l'articulation iléofémorale, les glandes de i’aine s’engorgèrent ; la
fièvre hectique fit des progrès , et une diarffiée
colliquative, termina la scène , le quatre Mai.
Autopsie cadavérique. La tumeur examinée dans son état d’intégrité était bosselée , semblable à une cornemuse,, elle avait trente pouces de circonférence , commençait en haut à
peu de distance du grand trochanter , et se terminait près du genou, où elle formait aussi une proéminence au côté interne du membre; on fit sur celle-ci une incision cruciale, au moyen de laquelle on reconnut que le condyle interne du fémur était volumineux , et que la surface en était rude et cariée. La tumeur , ouverte dans toute sa longueur, a > présenté un aspect lardacé , la peau qui la recouvrait était fort amincie , et au-dessous d’elle il n’y avait pas trace de tissu graisseux; des parties musculaires , aponévrotiques , vas-* î culaireset nerveuses, étaient converties et con- «fondues dans la substance lardacée , dont
'«dureté faisait éprouver au tranchant du bistouri la résistance du cartilage. Au milieu de ce désordre se trouvaient éparses quelques 1 (cellules remplies de pus , et quelques fragmens :» osseux dégénérés , rudes et friables ; le fémur
était dépouillé , autant que possible , des parties dures qui l'entouraient ; on vit à sa surface , dont la figure naturelle avait disparu, des efflorescences dune dureté pareille à l’ivoire et circonscrites ; tout le reste de fos était confondu avec la masse malade ; dans la partie inférieure se trouvait à découvert un se«*-
ment de cercle osseux ? dépouillé de son pé** riosle , spongieux , gonflé , dont les pores considérablement dilatés laissaient voir l’état pathologique de l’os, et la lésion de la substance médullaire.
Il est probable, d après ce qu’on vient de lire , qu un traitement antisypluJitique complet , appliqué dès le commencement de la maladie , aurait été suivi de succès , et n aurait pas permis à cette tumeur d acquérir ce volume et cette apparence extraordinaires ; mais le malade s’obstina à cacher la cause de cette affection , jusque dans les derniers jours de son existence , où il en fît l’aveu trop tardif. D’un autre côté, l’étendue de la tumeur en en haut, et l’appauvrissement de la constitution du malade empêchèrent de songer à 1 amputation ; on dut donc s’en tenir à soutenir les forces du patient.
FONGUS HOEMATODE