‹ Mélanges de chirurgie étrangère (volume 2)Chapitre 25 sur 34 · GUÉRI PAR L’EXTIRPATION DE L’ŒIL · texte numérisé non relu

GUÉRI PAR L’EXTIRPATION DE L’ŒIL

PAR

J. H. WISHART,

Chirurgien ordinaire de S. M. en Ecosse,?

TRADUIT DE l/aNGLAIS ?

par Charles G. Peschier 3 Doct. -Chirurgien,

J. L. , âgé de neuf ans , me fut présenté , le douze Mai 1821 3 ayant uûe affection de Fœil gauche. L’œil m’offrit une apparence généralement terne ; en l'examinant de très-près , je vis que la cornée était transparente ; mais que de nombreux vaisseaux y arrivaient de 3a scié-

rotique. La pupille paraissait légèrement dentelée ; elle était modérément dilatée, mais son étendue ne changeait pas avec la variation d'intensité de lumière. Dans la chambre postérieure , on observait une opacité, semblable à une membrane sombre et jaunâtre , qui recouvrait toute la partie postérieure du globe de l’œil, et qu’on apercevait plus distinctement quand on regardait l’œil de côté. La vision avait presque disparu ; les larmes coulaient en abondance , surtout lorsque l’œil était exposé à la lumière , ce qui occasionnait beaucoup de douleur et d’irritation. Le malade ressentait , de temps en temps , une douleur pongitive , de courte durée, sur le bord frontal de l’orbite ; son pouls était naturel, et sa santé généralement bonne.

Il y avait environ deux mois, qu’il avait reçu à l’école un coup à l’œil , L’après midi de ce jour , il n’éprouva point de mal aise , mais le lendemain matin , il ressentit une grande douleur dans l’œil , et la vision fut presque entièrement perdue. Les effets de cette lésion furent , en apparence, écartés par une saign ée locale, et par un traitement antiphlogistique ; et quelques semaines après il put retourner l’école.

Il y avait environ dix jours que l’œil était

redevenu enflammé et douloureux. Six sang-

sues avaient ele appliquées au front , et ou

avait donné une infusion de séné dans la matinée.

Mai 19 — Deux abondantes évacuations de

sang ont été obtenues au moyen des sangsues • il y a eu des douleurs passagères dans l’œil et dans l’orbite; une légère effusion de fluide puriforme s’est montrée dans la partie inférieure de la chambre antérieure ; ]e ventre a été librement ouvert, et le malade a pris matin et soir un grain de calomel, jusqu’à aujourd’hui; la bouche a été considérablement affectée, et 1 œil a été fomenté , trois fois par jours, avec une décoction de jusquiame et de tetes de pavots. Les vaisseaux sanguins restent dilatés et nombreux , surtout à la partie supérieure du globe de l’œil.

Juin i3— La rougeur de la conjonctive a beaucoup diminue ; le bord pupillaire de l’iris est moins irrégulier et dentelé , et la pupille

plus petite. La substance opaque s’avance tout

près de l’iris, et celui-ci est projelté presque jusqu’à entrer en contact avec la cornée ; la lumière continue a etre insupportable, quoi—

quelle n ait pas produit de douleurs pendant Voi. II.

plusieurs semaines. La santé générale continue d’être bonne.

Juillet 5 — Depuis quatre jours , des symptômes de fièvre très-intenses se sont manifestés. L’œil est beaucoup plus enflammé, et la lumière plus dificile encore à supporter ; une douleur violente se fait sentir dans l’œil et le rebord frontal de l'orbite , avec des éiancemens momentanés dans la partie postérieure de la tête. Le malade, depuis trois jours, a eu un attaque de douleur cruelle, qui chaque jour a duré environ une heure. Le larmoyement est abondant, le pouls plein et fort sans être précipité. Il fut arrêté en consultation que l’extirpation de l’œil était la seule chose convenable à faire; mais pour affaiblir tout le système circulatoire , on jugea convenable de tirer au malade deux tasses de sang, le 4 ; le o , on lui donna une dose de sel purgatif; le 6, on appliqua six ou huit sangsues au front et aux tempes, et le 8 , on répéta le sel à plus haute dose.

Juillet 9 — Les symptômes inflammatoires ayant beaucoup diminué, et la maladie nu°-

mentant dans l’intérieur de l’œil , ensorte que î iris était en contact parlait avec la cornée , tandis que la pupille était complètement fer-

niée par la matière opaque, il Fut résolu d'extirper l’œil, et l’opération fut pratiquée de la manière suivante.

L'angle externe des paupières Fut divisé avec un bistouri , qui Fut ensuite passé autour de l’œil , d’abord sur le plancher supérieur de l’orbite , depuis l’angle externe à l’angle interne , et qui coupa les muscles et les autres attaches ; il en Fut Fait autant sur le plancher inFérieur, et l’index gauche ayant été passé par derrière l’œil, depuis l’angle nasal , on trouva que le nerF optique était la seule attache du globe de l’œil qui fut restée ; il fut coupé avec le même bistouri , et la masse entière Fut sortie

de l’orbite. La glande lacrymale fut disséquée et enlevée, et on laissa les vaisseaux sanguins couler pendant quelques minutes. Les paupières divisées furent réunies au moyen d’une simple ligature ; et le sang caillé ayant été épongé , on introduisit dans l’orbite , entre les paupières, deux bandelettes de serge sèches» Par-dessus , on plaça un plumasseau enduit de cérat simple , qu’on assujettit avec une compresse de serge , et quelques tours d’une bande à deux globes , roulée autour de la tête. Le petit malade fut mis au lit ; il avait

supporté extrordinairement bien l’opération , qui n’avait duré que quatre minutes.

Il y avait à-peu-près une heure qu’il était couché, lorsqu’on observa un léger écoule-\ ment de sang; mais comme l’enfant dormait, on ne jugea pas nécessaire de défaire l’appareil, et l’écoulement n’augmenta pas.

Le 1 1 , l’enfant a bien dormi deux nuits de suite , il ne se plaint que de la dureté des compresses. Le pouls est naturel , on enlève une grande partie de l’appareil; on prescrit une diète légère.

Le i5, quelques douleurs se font sentir dans l’orbite > par moment , mais elles ne durent pas ; on enlève Se reste de l’appareil, la suppuration commence ; les parties offensées ont bonne apparence ; l’enfant se trouve faible pendant le pansement , apparemment par crainte , et à cause du changement de situation , parce qu’il avait été nécessaire de le sortir de son lit, pour l’exposer à un degré de lumière convenable.

Le i5 — - On change tous les jours l’appareil; réconlement est modéré, il n’y a pas le moindre dérangement des fonctions corporelles , et reniant ne se plaint que d’avoir

Le 17 — Le malade a été tout le jour levé , et s’est promené dans le salon ; l'écoule» ment est de bonne nature ; on augmente la nourriture.

Le 21 — -Je trouvai le malade si bien , que je ne jugeai pas nécessaire de lui réitérer mes visites , et je n’ai plus entendu parler de lui, jusqu’au commencement de Mars 1822, où il vint me montrer une petite tumeur qui se manifestait dans l’orbite. En l’examinant de près y je fus heureux de reconnaître que ce n’était qu’une granulation un peu développée , avec un pédicule mince ; en soulevant ce tubercule avec la sonde , je fis sortir un peu de sang, et l’enfant s’en effraya au point de tomber en syncope.

Cette défaillance me détourna de l’idée de rien faire à ce moment , et je lui demandai de revenir au bout de deux ou trois jours, pour couper eette tumeur avec des ciseaux courbes , ou pour la lier avec un fil, suivant ce qu’il me paraîtrait alors plus convenable de faire. Mais je reçus le lendemain un billet du père qui me disait , que ce petit morceau de chair avait été ébranlé par moi , ensorte qu’il était tombé , lorsque la mère de l’enfant avait lavé

l’orbite , que la place en était rouge ; mais que le malade n’y éprouvait point de douleur»

Inquiet sur la permanence de celte cure , j’écrivis , en Juillet , au père, et j’en reçus avec grand plaisir la réponse suivante.

« J’ai un grand bonheur à vous dire , que « depuis la dernière fois que vous avez vu « mon fils , l’orbite s’est montré tout- à- fait « guéri. L’enfant ne s’est, en aucune occa- « sion , plaint de la moindre douleur locale , « ou d’aucune affection de la tête , et sa santé « a été parfaitement bonne. Il est consolant « de penser que les consécpiences de l’opéracc tion ont jusqu’à présent été, et j’espère contt tinueront à être, aussi favorables et satisfai- <t sanies. »

Quelques praticiens trouveront, peut-être , que je suis entré dans des détails trop minutieux ; mais le sujet est d’une importance suffisante , pour mériter qu’on y apporte une exactitude plus grande que dans les maladies qui se présentent plus fréquemment. C’est le seul cas de fongus hœmatode de l’œil que j’aie rencontré, où l’extirpation ait été suivie de succès ; car j’ose me flatter qu’il n’y a pas de probabilité de retour de la maladie , puisqu’il s’est

écoulé près de dix-huit mois (i), depuis i’opéralion. Dans tous les cas rapportés dans l’ouvrage de M. W.ARDROP le résultat de celle-ci a été défavorable, excepté dans un seul cas douteux. Mais il rapporte seulement un exemple , où l’opération a été faite au commencement de la maladie , et il n’en donne aucun où le nerf optique ait été trouvé sain. Quoique l’opération ne présente , en général, que bien peu d’espoir de guérison , si la maladie est avancée, je fus encouragé à la pratiquer, dans le cas cité, par l’assurance que le mal n’était ; qu’à son premier période , puisqu’il ne durait que depuis quatre mois; et quoique cet exemple de succès complet soit unique , il doit démontrer , à tout chirurgien , la nécessité de 1 faire la plus scrupuleuse attention aux symp- ! tomes de la maladie, et l’importance d’opérer a un période peu avancé. Dans ce cas, et dans

Iim autre d’un enfant de deux ans , j’ai observé une matière puriforme caillebolée , flottant dans la partie inférieure de la chambre antérieure, circonstance qui, je crois, n’a été

(i) L’auteur écrivait en Novembre 1822.

notée par aucun de ceux qui ont écrit sur ce

sujet.

Dissection du globe de Vœil . L'œil fut divisé depuis le nerf optique jusqu’au centre de la cornée. L’état intérieur de l’œil était exactement le même que celui qui est représenté avec tant de soin par M. Wardrop (i), dans la gravure du dessin que lui avait envoyé Sir Astley Cooper , et qui a ensuite été copiée par le professeur Scàrpa , dans la dernière édition de son ouvra ire sur les Maladies

des yeux. L’origine de la maladie dans la rétine se montra de la manière la plus belle et la plus distincte. Le nerf optique était parfaitement sain. La sclérotique et la choroïde avaient leur texture naturelle. La cornée était m/i peu plus molle , et un peu moins transparente que dans l’état sain. Le cristallin était poussé d’arrière en avant , jusqu’à entrer en contact avec elle * et paraissait plus petit et plus plat que de coutume. La masse dégénérée , dans laquelle la rétine avait été changée* n’était liée qu’avec le nerf optique , et flottait librement en formant divers plis, occu-

(i) Observations on the Fungus Hœmatodes .

pant Fane et l’autre chambres de l’œil. Le globe ne paraissait en aucune manière avoir augmenté de volume.

PS. manuscrit de V Auteur. i5 Mars le jeune homme jouit d’une santé parfaite , et la maladie n’a pas reparu.

CAS DE FÜNGUS HÉMATODE(i),

PAR

George LANGSTAFF

Extrait des Transactions médico-chirurgicales , T. IL

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