TRADUIT DE L ANGLAIS
par Charles G. Peschier , Doct.» Chirurgien.
John Witehorn , bottier, âgé de trente ans , le stature moyenne et corpulente , et de nette compîexion pâle qui est particulière aux flemmes > dont la constitution a été fortement
(0 Voyez ce que pense M. J P. Maunoir de cette déinomination, p. 7 , de son Mémoire surlesfongus médullaire et hëmatode.
( Note du Traducteur ) .
dérangée par l’obstruction des menstrues, mes consulta , le vingt-et-un Octobre 1811 , pour une petite tumeur quil portait à l’épauler gauche, précisément sur l’épine du scapulum; elle avait la grosseur d’une cerise , et une couleur d’un bleu rougeâtre.
Autour de cette tumeur, il y avait, depuis sa .< naissance, une grande tache qui, depuis 18 mois, avait passé graduellement à l’état d’ulcèred de ce dernier était sorti un fongus douloureux, et qui saignait de temps en temps. Jusqu’à ce ] moment , la santé du malade avait été parfaitement bonne.
Deux autres tumeurs , chacune du volume d’une petite muscade , s’étaient formées sous Faisselle gauche, environ quinze jours avant i que je visse le malade. Elles n’étaient pas douloureuses , et la peau qui les recouvrait, avait son apparence naturelle.
J’emportai la tumeur de l’épaule , le vingtsix Octobre. Pendant l’opération un grand j nombre de vaisseaux donnèrent beaucoup de sang; la portion enlevée consistait dans une masse vasculaire ferme , de couleur pourpre , qui naissait de la peau.
Une disposition à la formation d’un fongus
relarda de cinq semaines la guérison
plaie; et la cicatrice ne prit point une vence naturelle.
de la appa-
i Les tumeurs de Faisselle grossirent graduelitlement, et se réunirent en une seule masse qui is’augmenta constamment, malgré l’application de divers topiques , tels que sangsues , fomenilîations froides, et différentes appücationsstimuilantes. La santé s’altéra, et les fonctions intestinales furent, en particulier, fort dérangées ; ion ordonna de petites doses de calomel , des
purgatifs et des toniques , ainsi qu’une diète iflégère.
! En Décembre, îa tumeur avait crû au point f occuper la totalité de l’aisselle , depuis le ijjjrand pectoral, jusqu’au grand dorsal , et elle paraissait s’étendre en dehors, entre ces deux cnuscles, de manière à ne pas presser les nerfs ht les vaisseaux axillaires. La hase de sa cir¬
conférence était aussi dure qu’un sein cancéjoux; le corps de la tumeur était élastique , et paraissait divisé eu cellules qui contenaient un luide ; la surface était irrégulière , et les sailaes donnaient la sensation d’un fluide contenu !ans des kystes. La peau était tendue, elle
uvait une teinte pourpre, ressemblant à celle de érésipèle, mais la température en était natu-
relie. Jusqu'à la fin de Novembre, le malade n’y ressentit pas de douleur; mais alors il eut une attaque violente , accompagnée d une forte fièvre : celle-ci s’appaisa, laissant le malade sujet à une douleur cuisante dans la tumeur , qui revenait par intervalle.
L’une des éminences de la partie supérieure de la tumeur s’augmenta considérablement , et les tégumens s’amincirent. Elle contenait évidemment un fluide , et était très-douloureuse au toucher , mais il n’y avait ni batternens, ni chaleur. Cet état dura quelque temps, causant de grandes souffrances et beaucoup de trouble dans la constitution. Je me décidai à faire une petite ponction, pour donner au malade quelque chance de soulagement , et obtenir quelque donnée sur la nature de la tumeur.
Quatre onces d’un sang fortement coloré s’échappèrent par l’ouverture, et cet écoulement fut suivi d’un soulagement immédiat. Je fermai avec un morceau d’emplàlre adhésif cette ouverture, qui était beaucoup plus peiile que celle qu’on fait dans la saignée ; mais une grande quantité de sanie et d’ichor s’écoula néanmoins, pendant près de quinze jours, ce qui affaiblit considérablement le inala de.
Depuis ce moment , la tumeur ne s’accrut
que peu , et il ne se fit pas sentir de douleur jusqu’au douze Janvier , où les sensations les plus cruelles eurent lieu dans la tumeur du côté du col , et le long de la partie inférieure du bras. Elles furent, pendant un temps,, si effroyables , que le malade supposa qu’il n’y survivrait pas.
La circonférence de la tumeur augmenta
considérablement, les parties saillantes restèrent élastiques , et les tégumens prirent une couleur rouge pourpre très-loncée. La continuité de la douleur , et le dérangement de la constitution , joints à de la difficulté à respirer, obligèrent le malade à se mettre au lit , le dixneuf Janvier, et aucun traitement général ou
local ne put le soulager.
Le 8 Février, la tumeur avait acquis six pouces et demi en longueur , et six en largeur; le point central commençait à former une saillie sernblabe au mamelon du sein , qui n’était recouverte que par l’épiderme. Elle était entourée d’un disque du plus beau rouge pourpre, qui avait deux pouces de demi et diamètre ; la peau, depuis cette partie jusqu’aux limites de la tumeur, était colorée graduellement par des traits pourpre et rouge. Au total , la tumeur offrait une grande ressemblance avec un sein
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tuméfié et enflammé. Aux violentes douleurs que j’ai déjà décrites , se joignirent des sensations lancinantes qui , partant de l’aisselle , traversaient la poitrine , et s’accompagnaient de dyspnée. Durant ces paroxismes , le pouls battait de cent à cent vingt par minute > et tombait ensuite jusqu’à soixante-neuf.
Le 20 , la peau du tubercule mameloné prit une couleur d’un blanc-sâle , sur sa sommité la plus saillante., et il s’en écoula un fluide ichoreux.
La cuticule se rompit , le 22, et il s’y forma une ouverture suffisante pour y insérer une sonde , par laquelle sortit une énorme quantité de sang et d’ichor. Au lieu de s’y former un fongus, ce ne fut qu’une granulation de la peau environnante. La tumeur ne fit que croître , et le 25 , elle avait neuf pouces sur sept.
Le 27 , l’écoulement était encore copieux , et parfaitement inodore , ce qui avait eu constamment lieu dès le commencement. Les tégumens , au centre de la tumeur * avaient une couleur rouge- brun , et étaient devenus si minces à une grande distance , que je pensais qu’ils se rompraient.
^ Le 19^ l’écoulement n’avait pas diminué ,
les bords de la partie ulcérée commençaient à cicatriser, mais l’ouverture ne montrait aucune disposition à guérir. J’v introduisis irne sonde dans toute sa longueur , qui prit une direction oblique Vers l’aisselle. Celle introduction n’augmenta pas îa quantité de l'écoulement , quoiqu’on eût pu supposer , d’après la fluctuation , que le centre de îa tumeur contenait une grande quantité de fluide.
On découvrit alors sur l’épaule , et non loin de la première que j’ai mentionnée, une autre tumeur de la grosseur d’un pois.
Le premier Mars, la tumeur s’est augmentée dans la direction horizontale , quoiqu’il y ait eu un écoulement considérable de sans et de
sérosité ; les tégumens ont pris la couleur rouge-brun , et sont devenus extrêmement minces. Une quatrième tumeur, semblable à celle de l’épaule, se présente environ un pouce au-dessus des glandes inguinales supérieures.
La santé du malade décline, dès ce mo- : ment, avec rapidité ; il devient extrêmement il maigre , se plaint d’une douleur constante 1 dans les lombes et dans la poitrine, et le len- | demain la respiration est très-gênée.
Le 2 , l’écoulement par la petite ouveri ture a beaucoup diminué 3 la tumeur s’est Vol. IL 26
agrandie , et toutes les douleurs du patient se
sont aggravées.
Le 6, depuis la dernière date, l'accroissement latéral de la tumeur a été surprenant, car elle a maintenant quatorze pouces de largeur. La peau , à deux pouces environ du lieu qui s'était ouvert et ensuite cicatrisé (excepté la petite ouverture par laquelle le fluide s’était épanché pendant environ quinze jours) , est extrêmement mince , saillante , et prête à se rompre.
Le point où les tégumens s’étaient ulcérés, en premier lieu, s’est considérablement agrandi , et sa distension est due au fluide qui y est contenu , parce que l’ouverture a été fermée pendant quelques jours ; la nouvelle peau s’est changée en une substance libreuse blanche , qui est adhérente avec une grande fermeté. La douleur était alors si violente , à cause de l’énorme distension des tégumens, que je me sentais disposé à faire une petite ouverture , pour procurer au malade un soulagement momentané ; le soir même de ce jour, les tégumens se rompirent, et il sortit une quantité considérable de sérosité sanguinolente, qui procura un état de bien être immédiat; mais il parut qu il y avait encore du
fluide contenu dans différentes parties de ia tumeur.
Le io, la difficulté de respirer est encore plus grande , et le malade a craché du sang. Les tégumens de la partie la plus convexe de la tumeur commencent à s'ulcérer , et il s’y forme différentes ouvertures, par lesquelles on peut introduire une sonde. L’écoulement est encore considérable, quoiqu'il ne contribue pas à faire diminuer la tumeur.
La douleur, la dyspnée , et les autres symptômes deviennent de plus en plus angoissans^ et il survient de la diarrhée avec de cruelles douleurs de colique ; la tumeur para it se s pliaceler d’un côté, et l’écoulement devient extrêmement acre.
Quoique les forces de la constitution fussent alors réduites h leurs moindres termes, il restait toujours une disposition a la formation d’autres tumeurs , car il s’en montra une au côté droit du col , une autre au dos , et îa première grossit beaucoup. De violentes nausées , accompagnées de coliques et de ténesme , et d’autres symptômes dysentériques, durèrent jusqu’au seize Mars , où la mort eut lieu.
Après avoir isolé les tégumens de la base de
ia Uunetir , eî disséqué par derrière ceux qui couvraient la poitrine et la partie postérieure du bras , on trouva que la surface de la masse malade était formée par lamas de tumeurs de divers volumes , et colorées en pourpre somhte, qui s’étendait entre le grand et le petit pectoral , aussi loin que les attaches de ce dernier , et en arrière deux pouces au-dessous du grand dorsal , niais qui n’avait point produit d’altération dans la structure de ces muscles.
Les glandes axillaires étaient plus grosses que dans l’état sain ; et quoique la tumeur adhérât au ligament capsulaire , il n’en était résulté qu’un léger épaississement de cette partie. Les vaisseaux et les nerfs de l’aisselle étaient serrés dans la partie supérieure de la masse , mais excepté le nerf musculo culané , qui était perdu dans la tumeur, ils n’étaient pas comprimés au point qu’il en résultât quelque apparence morbide.
La tumeur pesait quatre livres ; quand on eut détaché les tégumens , et le tissu cellulaire qui entourait les différentes petites tumeurs dont la masse se composait , et qu’on eut enlevé les nerfs axillaires et les vaisseaux sanguins , elle offrit une grande ressemblance
avec une énorme grappe de raisins muscats noirs.
Toutes les tumeurs situées sur la partie externe de la grande , avaient cette élasticité spongieuse qui est particulière au fongus hématode, qui caractérise cette horrible maladie, et qui a été décrite par ceux qui en ont parlé , notamment MM. Bürns, IIey et Wardrop.
Plusieurs de ces tumeurs partielles furent incisées, pour examiner leur structure interne et leur contenu; quelques-unes étaient composées d’une substance médullaire molle , semblable au cerveau, mélangée de sang coagulé ; d’autres d’une substance gris-foncé , et d’une consistance pareille à la précédente; un petit nombre avaient une couleur noirâtre , mais avec la même disposition intérieure que celles-là , le fluide qu’on en obtenait par l’expression , ressemblait exactement au pigmen linn nigrum delà choroïde, ou au fluide noir des glandes bronchiques ; et quand leur contenu eut été exprimé, il ne resta que les Listes cellulaires condensés , avec un arrangement réticulaire, à fibres lâches, de leurs parties internes , et les nombreuses ramifications de petits vaisseaux sanguins.
La masse principale de la maladie fut en-
suite divisée ; elle présenta une union irrégulière , ou une apparence mélangée , semblable à celle des autres tumeurs , el son contenu était retenu par des couches d’une substance celluleuse réticulée et serrée , ensorte qu’elle avait une apparence fibreuse ; mais il y avait trois cavités , dont chacune contenait environ une once de sang coagulé lâchement.
La disposition au sphacèle de la partie antérieure de la tumeur n’avait pas pénétré sous les tégumens , mais avait changé cette partie de la tumeur au-dessous d’eux , en une substance blanche qui avait l’apparence du sphacèle.
Il y avait une tumeur dans le sternum , sous le périoste , à peu- près de ia grandeur d’une noix , d’une couleur rouge- brun , et d’une structure pulpeuse. Elle avait produit l’absorption de l’os pour permettre qu’elle se projettâl en dedans et en dehors, et elle n’était maintenue que parles membranes fibreuses qui recouvrent l’une et l’autre surface de l’os ; le sternum était ramolli , et les cellules en étaient remplies, élans la moitié de son étendue, par la meme espèce de matière; plusieurs côtes de chaque côté contenaient ele semblables tumeurs , près de leurs cartilages
et sous le périoste. Le foie était d’une couleur rouge-pâle , d’une texture molle, et sa substance était parsemée de tumeurs de différente grandeur , contenues dans des capsules ; quelques-unes étaient de matière médullaire mêlée de sang ; d’autres avaient exactement la même consistance, mais une teinte cendrée, et des cloisons cellulaires.
Il y avait une semblable tumeur dans le repli du péritoine , qui forme ce qu’on nomme le ligament suspenseur du foie , et deux sur la partie antérieure du pancréas , dont Tune de la grosseur d’un œuf de pigeon , et l’autre d’une noisette , mais qui n’étaient unies qu’au moyen du tissu cellulaire avec ce viscère, qui lui-même était parfaitement sain.
L’estomac, le duodénum et le jéjunum présentaient une apparence intacte; mais la tunique muqueuse de l’ilium était considérablement épaissie , et paraissait couverte d’une couche de lymphe coagulable de couleur verdâtre; j’ai été conduit à supposer que les valvules conniventes étaient agglutinées d’une manière ferme , et que leurs extrémités étaient recouvertes d’une couche épaisse de la même substance.
Le cæcum avec son appendice et une grande
partie du colon, offraient le même état mor»? bide, mais a un plus haut degré, et dans quelques portions de ces intestins, les vaisseaux étaient plus grands et paraissaient plus nombreux que dans l’état sain.
Les glandes iliaques et lombaires étaient tu» méfiées , mais ne participaient pas à la malade' principale, comme dans les cas de Sarcome médullaire rapportés par M. Ab er ne T# Y. Le péricarde et le cœur étaient sains ; les poumons étaient parsemés de petites tumeurs, semblables à celles du foie , et il y en avait un grand nombre immédiatement au-dessous de Ja plèvre pulmonaire ; l’un des lobes du côté gauche était farci de sang et de mucosité.
En renversant les tégurnens du crâne , on aperçut encore une tumeur sur le vertex , sous le péri crâne , dont on n’avait eu aucune connaissance pendant la vie du malade ; elle n’avait atteint l’os qu’à un léger degré.
En enlevant le crâne , on trouva encore une semblable tumeur sur Sa dure-mêre, sous l’occipital ; elle avait produit une absorption de la surface de l’os , qui avait mis à nu le dipioë. On ne découvrit aucune altération du cerveau , excepté que les ventricules contenaient plus de fluide qu’à l’ordinaire.
Les testicules étaient parfaitement sains»
( 4og )
Il est évident, ainsi que le remarque M. Maunoir, dans son Mémoire cité, que la maladie, dont on vient de lire la description trèsexacte , ne mérite pas le nom de fongus hé- ! matodc, et que la présence du sang en plus ou moins grande abondance, ainsi que la couleur j rouge plus ou moins intense des tégumens, doi- » vent être considérées comme des circonstances, i mais non comme le caractère propre de la ma* j iadie ; celui-ci, au contraire, se montre évidemment dans l’apparence cérébrale et médullaire , ainsi que le dit l’auteur lui-même, des tumeurs lorsqu’on procède h leur examen ; il faut surtout remarquer qu’il parle d’un des nerfs du bras qui se perdait dans la tumeur principale ,
• ce qui fournit un appui singulier à l’opinion de M. Maunoir, que le fongus médullaire pourrirait bien avoir son siège réel dans la substance même des nerfs , et n’envelopper les autres tissus que postérieurement ou secondairement. D’ailleurs cette opinion me parait fortement confirmée par rincurabilité de cette dernière maladie, lorsqu’elle n’est pas accidentelle, puisque le tissu nerveux est de tous celui sur lequel les efforts de la chirurgie ont le moins
Jd’efficacité.
( Note du Traducteur . )
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