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antérieure du scrotum , et le testicule diminua en partie. On employa le mercure pour le dissoudre, mais sans effet. Cependant, l’organe restait indolent , et n'incommodait le malade que par son volume.
Environ un an après , une glande s’engorgea à faine gauche , côté du testicule malade; une autre en fit de même à faine droite ; et dans l'espace de deux ans , plusieurs glandes de chaque aine avaient acquis une grosseur trèsconsidérable. Ce fut alors que le malade fut admis à l’hôpital St. -Barthélemy , et confié aux soin de M. Long. Le testicule avait entre quatre et cinq pouces de longueur , et à-peu-près trois de largeur , il conservait sa forme naturelle , et était encore indolent. Le cordon spermatique était épaissi , mais peu durci. Quatre ou cinq glandes inguinales étaient engorgées de chaque côté ; chacune d’entr 'elles avait la grosseur d’une orange ; et observées en masse , elles formaient une tumeur d une forme et d’une grandeur extraordinaires.
Eli es augmentèrent ‘encore graduellement pendant plusieurs mois, jusqu’à ce qu’il parut enfin que la peau n’était plus en état de résister ; elle s’amincit , s’enflamma et s’ulcéra ;
cela eut d’abord lieu à l’aine gauche , et une des tumeurs les plus saillantes fut ainsi mise h nu ; celle-ci s’enflamma aussi et tomba progressivement en putrilage , jusqu à son entière destruction. Comme la chute des portions mit à nu les vaisseaux qui avaient acquis un grand diamètre, ils donnèrent du sang en abondance, au point que les élèves tentèrent, mais en vain,
d’arrêter cette hémorrhagie avec des ligatures:
la substance même de la tumeur fut incisée, et déchirée dans la tentative; la pression exercée avec le doigt, et continuée pendant un certain temps , fut la seule manière efficace d’arrêter celte hémorrhagie.
La destruction d’une glande donna une sorte de souplesse a la peau distendue , qui ne s’était ulcérée que sur le sommet de la tumeur , et n’avait pas été affectée ailleurs. Elle perdit ) son aspect pîdogosé , il s’y forma des granu- ; lations , et elle se cicatrisa.
La même chose arriva a Faine droite ; une f glande mis h nu par l’ulcérai ion de la peau , û tomba en pourriture, avec les mêmes circonstances que je viens de rapporter. Néanmoins , i avant que la peau fût cicatrisée , l’ulcération
reparut à Faine droite ( i), ensuite de îa grand© distension de la peau , par !a dilatation de la tumeur ; la chute des portions détruites de la glande avait commencé , lorsque le patient mourut, ses forces vitales ayant été épuisées par îa longueur de cette maladie.
Le testicule fut injecté , et lorsqu’il fut ouvert il parut de couleur blanchâtre , et d’une consistance passablement ferme ; l’injection Lavait rougi en diverses parties. La tumeur formée de chaque coté par les glandes inguinales , était aussi grande que la tête d’un homme , et la structure en était parfaitement semblable à celle du testicule , mais plus pulpeuse,
À l’ouverture du corps , on trouva le bassin presque rempli de glandes affectées de la même manière , et les vertèbres étaient cachées par d'autres jusque vers le diaphragme. Cependant la maladie n’était pas si avancée dans les glandes supérieures que dans les autres ; quelques-unes des premières , qui touchaient le
(i) Je soupçonne ici une faute involontaire de l’auleur, qui a voulu dire faine gauche.
( Note du Trad. )
diaphragme 5 et n’étaient pas plus grosses qu’une noix , ayant été incisées , il en sortit un fluide épais , ayant la couleur et la consistance de la crème ; et quand il en eut été exprimé , la glande laissa voir une contexture de substance fibreuse lâche.
L’état des glandes affectées les dernières , montre que l’action de celte maladie produit la sécrétion d’un fluide semblable à de la crème ; que ce fluide acquiert delà consistance pendant sa résidence dans la partie ; et qu’il est la cause de l’accroissement de la glande. L’hémorrhagie abondante qui eut lieu pendant la chute des portions détruites de la glande , prouve qu’il y a un développement de vaisseaux proportionné à l’augmentation de volume de la partie affectée» L’ulcération simple de la peau par distension , et la guérison subséquente de Lulcère montrent que cette affection morbide ne ressemble pas au carcinome, qui communique son état pathologique à toutes les parties contiguës ; elle n’a pas davantage la dureté et la disposition à s’ulcérer qui caractérisent le cancer» L’affection générale des glandes absorbantes démontre que cette action morbifique se propage rapidement le long des vaisseaux absorbans ; et les glandes du bassin
étant affectées comme celles qui sont situées plus haut , cette circonstance rend probable que la maladie se propage aussi bien par l’irrita t ion qui arrive jusqu’à elles , qu’en fournissant une matière capable de les stimuler , lorsqu’elles en ont été imprégnées. Cette opinion parait conforme au cas suivant (i).
Cette espèce de Sarcome, quoiqu’elle affecte ordinairement le testicule , se rencontre aussi quelquefois dans d’autres parties. Je vais rendre ce fait authentique, en rapportant brièvement un autre cas s qui servira aussi à fournir de nouvelles lumières sur la nature et les progrès de cette maladie.
Onzième Cas >
Un garçon d’environ douze ans, fut apporté
(i) La marche de ce qu*on appelle squirre du testicule , est semblable à la maladie que je viens de décrire, et par conséquent très-différente du carcinome véritable. Il est assez probable que la ressemblance de la marche de ces deux maladies, et leur terminaison également fatale , leur a fait donner les noms singu¬
lièrement contrastons de cancer mou et de cancer dur du testicule ,
à la consultation de l’hôpital , au sujet d’une tumeur qu’il portait à la face antérieure de la cuisse , qui avait crû pendant trois ou quatre mois s et avait atteint le volume d’une grosse orange. La base en était située tout près de l’os. Cette tumeur augmenta malgré les applications qu’on employa pour la dissoudre , et le patient fut obligé de garder le lit. Quelque temps après , la jambe devint oedémateuse à un très-haut degré , les glandes inguinales s’engorgèrent , mais non dans la proportion de
l’oedème , aucune d’entr’elles n’ayant atteint
plus que le volume d’une petite noix; les parties situées au jarret étaient aussi considérablement gonflées. Au bout de peu de temps, on découvrit la cause de l’énormité de l’oedème; la région inférieure de l'abdomen fut distendue par une tumeur, qui semblait sortir du bassin, et comprimer les vaisseaux iliaques. La santé de l’enfant, comme on peut le supposer , déclina graduellement , et quand la maladie fut parvenue à ce point , il mourut.
À l’examen des parties, on trouva que la tumeur , quoique située immédiatement sur le périoste du fémur, n^avail point de connexion avec lui ; que sa structure était semblable à
celle que je viens rie décrire , et que la mala die s’était étendue au moyen des vaisseaux ahsorbans , en bas, jusqu’au jarret, où les glandes étaient engorgées et formaient une tumeur considérable , et en haut dans le bassin, où les glandes iliaques internes remplissaient et au-delà , un des côtés de cette cavité, puis qu’elles en sortaient , comme il a été dit * jusqu’à distendre la partie inférieure de l’abdomen. La maladie avait aussi légèrement affecté les glandes lombaires. Les tumeurs du jarret et du bassin étaient de la même structure que la tumeur originale. Les glandes inguinales , quoique atteintes en apparence de la même affection, n’étaient pas fortement engorgées.
Ce cas montre aussi avec quelle étonnante facilité la maladie se propage le long des vaisseaux ahsorbans ; et son extension , d’un côté jusqu’au jarret , et de l’autre jusqu’au bassin , confirme l’opinion qu’elle se communique par l’irritation des vaisseaux, aussi bien, peut-être, qu’en fournissant une matière , qui , en pénétrant les parties , doit leur communiquer la même irritation.
l’ai mentionné comme une variété de cette
maladie, celle ou la couleur est différente, et se trouve entre le brun et la couleur du sang ; mais qui lui est semblable quant à la textures et à l’organisation. Il paraîtrait de là que l’action pathologique produit la sécrétion d’un fluide , dont la couleur est tantôt celle du lait , tantôt plus obscure , qui acquiert graduellement de la solidité , et qui augmente le volumes de la partie. Celle-ci , lorsqu’elle est affectée , prend , en général, une grande solidité quand la maladie dure un certain temps , ensorte qu’elle mérite peu de porter le nom de sarcome mou , ou de sarcome médullaire. La dureté est aussi , dans quelques cas que j’ai observés , augmentée probablement par l’épaississement de la substance celluleuse qui pénètre la glande.
Il parait néanmoins probable, que la meme espèce d’action morbifique n’est pas toujours suivie par une même altération de structure , dans la partie qu’elle affecte. Sir Astley Cooper , dans son Mémoire sur C obstruction du canal thoracique , parle d’un cas dans lequel la matière imbibée d’un testicule , atteint d’une affection pareille à celle qui nous occupe, obstrua ce conduit. Sa description du testicule porte cju 'il était devenu une masse pulpeuse ,
composée de lymphe coagulable brisée , et de sérum couleur de sang (ï).
Je me rappelle un cas , où les glandes inguinales et lombaires étaient affectées de la manière que je viens de détailler , ensuite de la maladie d’un testicule qui avait une structure différente. On emporta le testicule , qui fut trouvé très-engorgé et vasculaire, excepté , dans une place où était déposée une matière pareille h du fromage. Quelques-unes des glandes inguinales tuméfiées, ulcérées, tombaient en lambeaux , et la plaie paraissait disposée à guérir. Les glandes lombaires furent prises , devinrent extrêmement douloureuses , et le patient qui était déjà épuisé, succomba à ces dernières douleurs.
On l avait emporté à quelque distance de l’hôpital , et je ne pus obtenir la permission d’examiner le corps que quatre jours après la mort. J’enlevai les glandes lombaires , et les mis dans l’eau ; le temps étant extrêmement chaud , lorsque je les examinai le lendemain, je trouvai que toute la matière inorganique , dont le dépôt les avait tuméfiées ,
(i) "Voyez. Medical Recorda and Researches , p. 9 O
était devenue putride ; le lavage l’emporta, et il ne resta que la capsule de la glande , et une masse de libres flocconeuses qui en occupaient Je centre ; c’était certainement les vaisseaux, et le tissu cellulaire qui servait à leur connexion , qui n’avaient pas contracté d’induration par l’inflammation, comme je l’ai vu dans d’autres cas.
Dans l’état avancé de cette maladie , il arrive quelquefois que les glandes lymphatiques qui ne sont pas dans le cours des vaisseaux absorbans , et qui ne participent pas immédiatement abirritation, sont néanmoins prises par la même affection ; il se forme une sécrétion I de ce fluide pareil à de la crème épaisse, ou I de couleur de sang , à la surface , dans Fini térienr, meme dans le foie , les poumons, ou d’autres viscères. J’ai entendu rendre raison de
: cette circonstance, en supposant que l’absorption de la matière déposée dans les parties prii rmtivement malades était si abondante, qu’elle s en rendait le dépôt nécessaire dans différentes 1 places; mais il me parait plusratione! de Fat tri i huer à ce que la même disposition morbide ; existe dans tout le corps. Car nous trouvons fréquemment que des tumeurs solides de struc- ; ture semblable existent dans diverses parties
du même sujet ; quelquefois elles se multiplient rapidement , à mesure que la maladie i ai t des progrès , ainsi qu’il a été dit dans le cas qui est rapporté à l’article du Sarcome tu~ berculeux ( i ) .
Sarcome Carcinomateux .
La dernière espèce de tumeur sarcomateuse qui me reste à décrire est le Carcinome. Mon dessein n'est pas de donner ici une histoire complète , une monographie de cette rnaladies je ne veux que présenter une vue générale et comparative des circonstances qui lui donnent de la ressemblance avec les autres tumeurs, ou qui l’en font différer.
Celle espèce de tumeur , à cause de sa dureté particulière , porte le nom emphatique de stjuirre , tant qu’elle demeure entière , et qu’elle n’est point ulcérée. Mais le mot squirre est souvent appliqué h d’autres indurations , et il me parait plus convenable, pour éviter toute ambiguité, d’employer le même terme pour désigner toutes les périodes de cette maladie ,
(i) Voyez Note D,
et de le nommer Carcinome dans son premier état, et Carcinome ulcéré lorsque ce changement y survient. Celle maladie n'est pas, dans tous les cas , si particulièrement dure qu'elle puisse mériter le nom de Squirre ; et quelque dure qu’elle soit , elle doit être considérée comme une espèce de tumeur charnue ; je crois donc devoir la nommer Sarcome carcinomateux s
Les observations que j 'ai à présenter seront rangées dans l’ordre suivant. I. histoire du cancer ; IL sa structure anatomique ; III. comparaison de cette maladie avec celles qui lui ressemblent. Je prendrai pour type Se carcinome formé dans le sein de la femme , parce que c’est là qu’il se présente le plus souvent , et qu’on peut le mieux l’étudier.
Le Carcinome condense quelquefois les parties avoisinantes , de manière à se former une capsule, et il parait alors, comme les autres tumeurs sarcomateuses , être une partie de nouvelle formation; clans d’autres cas, la glande mammaire parait être le centre (le md (q) )
(i) Les Anglais et les Italiens se servent du mot nid} qui n’est pas encore admis dans le langage médical
de l'action morbifique. Les bornes de la malâche ne peuvent pas être fixées avec soin dans ce dernier cas, parce que ia structure carcinomateuse n’étant point caractérisée par une enveloppe distincte, se trouve confondue avec le reste de la glande ; dans l’un et l’autre cas, le carcinome commence par un point, d’où il étend ses progrès dans toutes les directions, comme des rayons qui parlent d’un même centre. Cette observation servira à le distinguer de plusieurs autres maladies qui, à leur première attaque , affectent une portion considérable , si ce n’est la totalité de la partie où elles se présentent.
Les progrès du Carcinome sont plus ou moins prompts dans cbfférens cas. Quand il marche lentement, en général , il n’y a pas de rémission; au moins, je suis disposé à penser que la maladie, quoiqu’elle puisse être arrêtée, ne peut pas être dissipée par le traitement iné-
français, et qui représente assez bien le lieu où un principe morbifique reste déposé pendant un temps , pour s’irradier de là en divers sens, et a diverses dis-
( Note du Traducteur ).
tances.
dical qui diminue le volume des autres tumeurs sarcomateuses. Cette circonstance fournit , à mon avis , un autre critère , au moyen duquel on peut la distinguer. Celte affection destructive excite les parties contiguës, quelle que soit leur nature , à participer à la même disposition morbide. La peau , le tissu cellulaire des muscles , le périoste des os , tout devient affecté s’il se trouve dans le voisinage du cancer (i). Cette circonstance frappante dans l’histoire du carcinome le distingue des maladies déjà décrites. Dans le sarcome pulpeux, la maladie se propage le long du système absorbant , mais les parties qui sont immédiatement en contact avec les glandes engorgées , ne participent pas à la même affection. Et dans le sarcome tubercule , l’ulcération ne s’étend pas sur la peau , mais elle en détruit seulement la portion qui recouvre les glandes malades.
M. Hunter a observé que la disposition au cancer existe dans les parties environnantes ,
(1) l/auteur employé les mots cancer et carcinome comme sy nommes.
( Noie du Traducteur. )
Vol. II.
avant la manifestation actuelle de Faction morbifique. Celte remarque , vérifiée par l’expérience journalière , me conduit à la règle suivante de pratique.
et Le chirurgien ne doit pas se contenter d’emporter seulement la partie endurcie ou actuellement affectée , mais il doit aussi enlever toute portion de la substance avoisinante, dans laquelle il est probable que la disposition pathologique aura été excitée. »
En conséquence de cette communication de la maladie aux parties contiguës , bientôt la peau s'endurcit , s’attache à la tumeur carcinomateuse, qui, de la meme manière, se fixe aux muscles ou aux autres parties sur lesquelles elle était formée.
A mesure que la tumeur carcinomateuse croit , il arrive , en général, mais non constamment, quelle devient inégale à sa surface, et cette inégalité a été considérée comme caractéristique de cette maladie; cette circonstance mérite beaucoup d’attention. Souvent des douleurs lancinantes accompagnent son accroissement, mais quelquefois ces douleurs n’existent pas. Elles appartiennent aussi à d’autres tumeurs, dont la structure n’est pas celle du carcinome ; j’en ai donné un exemple en parlant du
sarcome pancréatique. Elle ne peuvent donc pas être considérées comme un critère infaillible de la nature de la maladie.
Dans l’espèce de Cancer, d’où est prise cette description , la peau malade qui recouvre la tumeur carcinomateuse s’ulcère, en général , avant que la tumeur ait atteint beaucoup de volume; alors il se produit un grand vicie par Euîcération et par la chute des portions qui se détachent. Quelquefois , lorsque les cellules qui existent dans la tumeur sont ouvertes par cette action destructive, leur contenu, qui consiste dans une matière pulpeuse, de consistance et de couleur variables, en sort aussi , et un ichor âcre s’écoule de leurs parois. Cet écoulement a lieu avec une telle promptitude, qu’une personne , qui ignorerait avec quelle facilité cette secrétion se forme, croirait qu’elle ne peut pas être produite par ce procédé naturel.
Quand l’action morbifique s’est épuisée ellemême par sa propre violence, il semble qu’alors il y succède une action médicatrice , semblable à ce qui se passe dans les parties saines. Il se forme de nouvelles chairs , qui constituent un fongus d’une dureté particulière , parce qu’il participe de l’action morbifique
qui l’a produit. Il arrive même que ce fongus se cicatrise. Mais quoique faction pathologique soit ainsi mitigée, quoi qu’elle soit pour quelque temps , indolente et station aire , elle ne cesse jamais d’exister, et jamais la partie ne passe à l’état sain.
Pendant ce temps , la maladie s’étend au moyen des vaisseaux absorbans, et les glandes de l’aisselle se prennent. La marche du carcinome dans une glande absorbante est la même que celle qui a déjà été décrite. La maladie se communique d’une glande à une autre, ensorte qu’après que toutes les glandes axillaires sont affectées , la même chose arrive aux cervicales inférieures, et à celles qui sont parsemées sur le haut de la poitrine. On voit aussi une ou deux des glandes cervicales les plus voisines de la tête s’engorger , quoiqu'elles semblent être étrangères aux absorbans que parcourent les fluides morbides. Les glandes absorbantes , qui sont voisines des vaisseaux mammaires internes, se prennent lorsque la maladie continue. A mesure que le Carcinome parcourt ses périodes, on voit un nombre de tumeurs , de structure semblable à celle de la maladie originale , se montrer à quelque dis-
tance, de manière à former une sorle de cercle irrégulier autour d’elle.
Enfin r quand cette pernicieuse maladie a produit tant de dégâts , les plus fortes constitutions succombent à la douleur et a l’irritation qu’elle cause. À l’approche de la terminaison de la maladie, le patient est ordinairement affecté de dyspnée et de toux. Dans les cas où on a emporté la maladie externe , les mêmes symptômes de difficulté de respirer se montrent , et les malades succombent à des affections internes.
L’affection des glandes absorbantes, qui a lieu dans le Carcinome, est-elle l’effet du stimulus causé par la matière de la maladie originale absorbée par les vaisseaux , ou de l’irritation qui se propage le long de ces mêmes absorbans? Ce sujet est assurément bien digne d’être discuté et considéré attentivement. La raison qu’on met en avant pour établir qu’aucun virus n’est absorbé est, que si l’un d’eux était mélangé au sang, il en résulterait une affection générale de la constitution ; mais on ne voit pas plus de fièvre ou de désordre général exister par l’effet du Carcinome, qu’il n’en résulterait naturellement de l’irrita lion occasionnée par les parties affectées. Il ne me parait pas
essentiel au dessein que je me propose dans cet écrit de discuter ce sujet longuement ; il est cependant bon d’observer que nous voyons rarement des glandes malades hors du trajet que suivrait naturellement la matière absorbée , quoiqu’elles soient affectées de cette manière dans les maladies susceptibles d’être propagées par irritation. Quand les glandes de l’aisselle sont obstruées , la. matière absorbée passe, par les canaux anastomotiques, dans les absorba ns mammaires internes , et si l’on rencontre accidentellement deux ou trois glandes cervicales malades, elles doivent être affectées de la même manière , par les fluides qui sont obligés de faire un circuit (i).
Il y a une autre circonstance dans l’histoire du Cancer , qui est digne d’attention et de recherche. C’est de savoir si une maladie qui n’est pas dans le principe cancéreuse , peut le deve-
(1) Il serait peut-être convenable de rechercher si les tumeurs qui se forment à la circonférence du Carcinome, ne sont pas occasionnées par la matière absorbée, qui s’arrête pour un temps dans les vaisseaux, et qui produit l'irritation , d’où résulte l’affeetion dont ils sont atteints, ainsi que les parties contiguës.
nir clans la suite. Nous ne pouvons former notre opinion sur ce sujet , que par analogie et par observation. L’analogie nous conduit à croire qu’une pareille altération dans les actions morbides doit aisément avoir lieu. Des bubons vénériens changent souvent leur nature après l’administration du mercure, et deviennent de douloureux ulcères , auxquels ce médicament est plutôt nuisible qu’utile. Des coups produisent de l’inflammation et un engorgement, qui dégénèrent ensuite en maladies scrophuieuses. Mais quoique l’analogie paraisse favoriser si fortement cette opinion , je n’oserais pas dire, que mes observations l’aient confirmée. Quand on a emporté des tumeurs , dont l’histoire correspondait à celle du Cancer, ou y a observé la structure cancéreuse; et au contraire , clans les maladies qui avaient en apparence une nature différente, une organisation différente aussi y a été trouvée, J’ai assisté une fois, h la vérité , à une opération où la tumeur était de l’espèce que j’ai nommée pancréatique; et j’ai appris depuis que le malade était mort à la campagne, d’une maladie qui fut considérée comme cancéreuse. De plus , il convient de remarquer, et tout chirurgien doit, je pense , être familiarisé avec ce fait , qu’on
voit un grand nombre de tumeurs rester dans le sein pendant longtemps , peut-être durant toute la vie, sans subir aucun changement dans leur nature , ou en d’autres termes , sans devenir cancéreuses (ij.
Il est difficile de donner des idées correctes de la structure du Carcinome avec des mots , ou même avec le secours de la gravure. En général , la partie malade a une dureté particulière, elle est entrecoupée de bandes fermes et blanchâtres. 11 n y a réellement point d autre circonstance frappante, qui puisse être mentionnée comme réclamant l’attention , dans la structure de cette maladie. Ces bandes blanchâtres et Fermes s’étendent quelquefois dans toutes les directions , depuis le centre jusqu’à la circonférence de la tumeur carcinomateuse, comme feraient les rayons d un cercle, et elles sont entremêlées d’une petite quantité de matière purulente. Quelquefois elles forment des intersections irrégulières ; une substance ferme , de couleur brune , se trouve interposée entr’elles , et peut être raclée avec l’ongle. D autres fois, elles constituent des cel-
(i) Vojez Noie E.
Iules qui contiennent une matière pulpeuse , de couleur et de consistance variables ; on les voit aussi prendre une forme arborescente, et se ramifier au travers de la substance malade.
Lorsque la maladie fait des progrès , on voit ces bandes fermes et blanches , semblables à du tissu cellulaire épaissi et compacte , s’étendre de la tumeur originale au milieu de la graisse dans laquelle elle se trouve logée , et en intercepter des portions dans les aréoles irrégulières qu’elles forment. Celte circonstance mérite considération , en raison de ses applications pratiques ; car si le chirurgien, après avoir emporté une tumeur carcinomateuse , regarde avec soin la partie qu’il a enlevée par l’instrument tranchant , il verra si quelquesunes de ces bandes ont été coupées en travers, et par conséquent, s’il n’a point accidentellement laissé quelque portion de cette substance malade qui aurait dû être emportée. Cette structure ne peut pas être observée en regardant la surface saignante de la plaie, mais on peut s’en assurer en examinant 3a partie qui a été retranchée.
Telles sont les principales circonstances qui, je pense , caractérisent suffisamment le Carcinome, et le distinguent des autres tumeurs
sarcomateuses. Je vais maintenant parler des maladies qui ressemblent an Cancer; quoique, en les décrivant , je doive m’écarler un peu du principal sujet de ce mémoire, savoir de dépeindre les tumeurs sarcomateuses.
D’après ce qui précède, le Carcinome commence par un petit squirre , qui grandit graduellement et s’ulcère ensuite. C’est ainsi qu’il se comporte au sein , h la lèvre , à la langue et au col de Toléras ; recherchons s’il en est ainsi dans tous les cas. Certaines parties s’ulcèrent quelquefois d’abord superficiellement, puis acquièrent une dureté qui s’étend, et ressemble fortement au Carcinome , si elle ne mérite pas réellement ce nom. Telle est la marche de quelques-unes de ces maladies, ainsi qu’elle se présente au nez, à i’œil ; elles détruisent graduellement les parties sur lesquelles elles sont situées , et ne peuvent être guéries par aucun mode de traitement général ou local (r). Le lecteur intelligent ne me soupçonnera pas de confondre ces maladies éminemment malignes avec quelques ulcérations herpétiques du nez, dans lesquelles l’action mor-
(i) Voyez Noie F.
bifique cesse graduellement , dans un point qui guérit, tandis que les points avoisinants deviennent malades.
J’ai connu des maladies qui commençaient par î’ulcéralion , qui se développaient par l’induration, et auxquelles la formation d’un fongus donnaitune extension qui ne souffrait point j de rémission , et qui emportait le malade. J’ai vu de semblables maladies se manifester aux grandes lèvres , et quelques-unes se terminer d’une manière fatale , tandis que d’autres ont été extirpées à une période plus avancée , et cela avec succès.
ïi
Il nous manque ici quelques circonstances particulières propres à nous faire distinguer, avec certitude, ces ulcères du Carcinome commun. Je n’ai pas remarqué que cette espèce d’ulcères ait jamais affecté les glandes absorbantes , cependant je ne puis pas affirmer que cette circonstance n’ait jamais lieu. Il reste donc à déterminer par de nouvelles observations , jusqu’à quel point ce fait peut nous mettre en état de décider la nature de ces affections. Je vais donner l’histoire abrégée d’un cas remarquable de celte espèce de maladie , qui servira à éclairer le sujet, et à
donner un exemple de l’affection dont je m’occupe.
Douzième Cas .
On admit à l’hôpital de St. - Barthélemy un homme qui portait , au-dessous de la mâchoire , une tumeur qui offrait une grande dureté non circonscrite, et qui contenait trois cellules , semblables à celles des tumeurs carcinomateuses. L’histoire qu’il faisait de sa maladie était très-curieuse : il disait qu’il s était montré une rougeur superficielle à la peau , qui avait abcédé , s’était ouverte, et avait fourni une matière louable; que l’ouverture s’était aggrandie , que les parties voisines s’étaient durcies , et qu’il en était résulté une sorte d’antre pareil à celui d une tumeur carcinomateuse ; alors une autre portion de la peau s’était prise de la même manière , et avec les mêmes conséquences , jus-» qu’à ce que, par degrés, la tumeur générale eût acquis sa grosseur actuelle.
La vérité de ce récit nous fut certifiée par un témoignage positif; car le fait se présenta deux fois de suite pendant le séjour du malade à l’hôpital, et deux cavités furent ajoutées à la masse générale. L’inflammation de la peau et la suppuration, qui en apparence était
de bonne nature , se montrèrent au-dessous de Ja tumeur , et la firent étendre jusqu'au sternum.
Comme la santé du malade avait considérablement décliné sous l’influence de l’irritation causée parla maladie , et qu’aucun amendement n’avait suivi l’usage des remèdes , le patient quitta l’hôpital, et se retira à la campagne.
D’autres maladies qui , en apparence , ressemblent d’une manière frappante au Carcinome, se forment de la manière suivante. Une glande lymphatique engorgée devient graduellement molle, et contient un fluide. Dans cet état , elle s’ulcère ou s’ouvre; mais au lieu de i s’affaisser, elle s’enflamme; les parties voisines | durcissent; les tégumens prennent une teinte I obscure, l’ouverture et la cavité augmentent , et prennent l’apparence d’un kyste, des parois duquel s’élève un fongus , qui dépasse bienl tôt les bords renversés de l’ouverture. J’ai vu i aussi , après la rupture d’une tumeur enkystée, i! les parties environnantes se durcir , puis dons ner issue à un fongus qui forme une maladie \ semblable au cancer , et qui n’est point susi ceptible de guérison.
Ces affections méritent-elles le titre de car*
cinomes ? et dans le cas de négative, quels sont les caractères qui les distinguent du Carcinome ? Comme je n’ai, à celte égard, aucune réponse satisfaisante à donner , je n’étendrai pas plus loin mes remarques sur ce sujet (i). Comme depuis la première publication de ces observations , on a mis au jour plusieurs mémoires sur le Cancer , je saisis cette occasion de présenter quelques observations additionnelles , sans avoir la présomption de commen-
(1) On reçut à l’hôpital une malade qui portait plusieurs petits ulcères sordides à bords durs, au pli du coude, quelques-uns s’étendaient jusqu’à l’aisselle. Les glandes axillaires étaient fort engorgées , et le bras était tuméfié et dur. La malade nous dit que les ulcères avaient commencé par des abcès ordinaires , et qu’ils avaient durci après que la peau s’était ouverte ; que la maladie s’élait ensuite montrée sous forme d’ulcères superficiels, et que les glandes axillaires ne s’étaient prises que très-tard.
Celte femme mourut à l’hôpital ; à l’examen du membre , on y trouva un grand nombre de tubercules, dont quelques-uns étaient logés dans les nerfs du bras. Le poumon contenait aussi beaucoup de tubercules, qui paraissaient être l’effet de la même maladie affectant cet organe»
ter les opinions des au 1res. Je me bornerai dans cet exposé à traiter de la maladie , telle qu’elle se montre dans le sein chez les femmes.
Le description que j ai donnée du Carcinome, est tirée de l’exemple le plus caractérisé de cette maladie, telle qu’elle se présente dans cet organe, c’est-à dire , avec une dureté particulière, et atteignant rarement une grandeur considérable. Il existe , cependant , des variétés , et l’une des plus remrquables est celle où celte affection atteint un grand volume avant de s’ulcérer. Dans ce cas, les tégumens demeurent quelquefois pâles et souples , et ua chirurgien qui voit , pour la première fois , le sein dans cet état, peut hésiter s’il a affaire à 1 un Cancer actuel, ou à un Sarcome commun.
La substance de la tumeur est aussi beaucoup 1 moins dure que clans l’exemple donné ; néanmoins elle est plus compacte et plus pesante que plusieurs autres maladies du meme volume , qui ne sont pas carcinomateuses.
Si le chirurgien hésite d’abord à décider sur i la nature de cette affection , son opinion sera promptement fixée par les questions qu’il adressera à la malade , et l’examen approfondi de la tumeur. Si lliistoire de la maladie s’accorde avec celle du Carcinome, c’est-à-dire, si elle
a commencé dans un point circonscrit , et n’a atteint sa grosseur actuelle que d’une manière régulière j et par une progression non interrompue ; si la surface de la tumeur est inégale , offrant sur divers points des nodules arrondis qui font saillie , la maladie pourra invariablement être reconnue pour un Carcinome ; bientôt la peau adhérera à une ou plusieurs de ces proéminences; elle s’ulcérera et laissera voir les parties subjacentes ; et les progrès subséquens de la maladie s’accorderont si exactement avec la description que j’ai déjà donnée que cette affection ne demande pas d’être décrite séparément. Néanmoins, les absorbans sont , en général , moins disposés à s'affecter dans cette dernière variété de la maladie.
Après avoir indiqué les variétés extrêmes des affections carcinomateuses, je ne crois pas avoir besoin d’observer qu’il se rencontre aussi des degrés intermédiaires. Dans le Carcinome , comme dans d’autres maladies , il me parait que l’histoire et la marche sont plus utiles au chirurgien pour en reconnaître la nature, que toute autre circonstance susceptible d’être découverte par la vue et le toucher.
II y a une circonstance, dans l’histoire du
Carcinome , qui est propre à mettre î observateur dans une situation perplèxe, et qui tend à le faire douter qu’il y ait une marche régulière appartenant a cette maladie ; je veux parler de la formation du Cancer dans des parties qui ont auparavant été atteintes d’autres affections. L’analogie , comme je Fai déjà dit, nous conduirait à croire que ce cas devrait être fréquent ; toutefois je ne puis dire que mes observations m’aient conduit à penser que cela ait communément beu. On rencontre assez fréquemment des cas de tumeurs , qui, après être restées indolentes pendant vingt ans et même davantage, deviennent cancéreuses à un âge avancé ; et d’autres qui se forment dans le sein ou auprès de lui, dans une période avancée de la vie, dont la marche , dans le commencement , pourrait nous assurer qu elles ne sont pas carcinomateuses , et qui le deviennent pourtant , après le laps d’un petit nombre d’années , ou meme un plus court espace de temps. L’impression que la considération de semblables circonstances a laissé dans mon esprit, jointe à la connaissance que je crois avoir relativement à la santé générale d’un malade atteint de cancer, et que je vais communiquer;
Vol. IL 32
cette impression , dis-je , est que les malades qui sont soumis à une telle chance , auraient été sujets a la formation d’une maladie cancéreuse au même période , lors-même qu’auparavant iî n'aurait existé chez eux aucune structure morbide , capable de former un lieu de dépôt, une sorte de nid , pour Faction cancéreuse. J’admets volontiers que celte action est plus disposée à se montrer dans les parties préalablement affectées, et j’adopte aussi l'opinion qu'il serait prudent et convenable d’éloigner , d’emporter, en pareil cas, ces parties malades.
Dans un autre mémoire, j’ai exposé une opinion que je suis toujours plus pleinement et fortement disposé à adopter , c'est qu’un grand nombre de tumeurs qui se forment sur le sein des femmes, ou dans cet organe, tirent leur origine d’un état de dérangement de la santé générale , et que par conséquent, Fun des plus judicieux et des plus efficaces moyens de les faire disparaître , est de corriger ce qu’elle peut avoir de défectueux. De semblables cas ont été très- nombreux, et très-importants , comme le lecteur peut le voir par
ceux que j’ai cité (s); cependant, tous ou presque tous auraient été de nature à être emportés par le bistouri , si ridée que je viens d’exposer avait prévalu. Toutefois, lorsqu’une tumeur , qui ne peut pas être dissoute par les moyens que j indique , existe dans le sein ou sur le sein, et qu’on peut assurer qu'elle n’est pas de nature carcinomateuse , il est convenable de l’emporter , parce qu’elle est souvent une source constante de troubles et d’alarmes pour l’esprit du patient ; et parce que j’admets volontiers qu’elle est comme un foyer, où faction cancéreuse peut être engendrée, dans une constitution prédisposée h cette maladie. Cependant , je me sens pleinement autorisé è affirmer, d’après ma propre expérience , qu’un grand nombre de ces tumeurs demeureront dans le même état, pendant un long espace de temps , et même durant toute la vie ,, sans devenir cancéreuses.
Je ne pense pas qu’on nie ou quVjn dispute l’opinion que le Cancer , comme plusieurs
(1) Nous comptons donner la traduction de ce mémoire dans un des volumes suivans.
{ Note du Traducteur . )
( 5og )
maladies locales , doit son origine à quelque désordre de la santé générale. On l’exprime aussi en disant qu’il y a une prédisposition au Cancer. Hünter pensait que le Cancer était tellement local, que si on enlevait toutes les parties qui en étaient atteintes , ou celles qui par contiguïté en avaient éprouvé l’influence , et avaient acquis une prédisposition à la maladie , le malade serait aussi exempt de cancer sur ce point, que si jamais cette affection ne s’y fût montrée. Cette opinion , qu’il déduisait de sa propre expérience , est très-importante , elle nous montre comment nous devrions opérer quand l’ablation de la partie malade est jugée nécessaire. Je suis prêt a admettre la vérité de cette opinion, dans l’extension que lui donnait HüNTER ; mais quoique le patient devienne aussi exempt de la maladie que si elle ne s’était jamais offerte, l’état de la constitution qui l’avait produite originalement, pourra la reproduire, au bout d’un certain temps (ï), dans quelque autre partie du corps,
(i) Après l’ablation d’un cancer, quand l’opération a été convenablement pratiquée , si la cicatrice demeure intacte pendant cinq ou six ans, ou même durant une
ou bien le malade pourra mourir de quelque autre maladie dépendante de la constitution cancéreuse.
Dans l’état actuel de nos connaissances , il ne nous est pas possible , à mon avis , de distinguer aucune circonstance particulière qui caractérise la constitution cancéreuse. Nous y observons celles qui indiquent une constitution dérangée , et qui augmentent Tétai pathologique, en s’aggravant réciproquement les unes les autres ; telles sont Firritation , la faiblesse, un désordre indéfinissable des fonctions nerveuses , et des fonctions digestives, que j’ai décrit ailleurs. Je vois des personnes qui ont les mêmes affections de la santé générale avec des tumeurs au sein, dont les unes sont cancéreuses, et les autres oe le sont pas. Il reste donc encore à apprendre quelles sont les circonstances additionelles qui produisent rétablissement de
période plus courte, et qu’aîors telle devienne dure et carcinomateuse, il me semble plus conforme h ce que nous savons de l’action de cette maladie , de supposer qu’elle réparait en conséquence de la propension pathologique de la constitution, que de croire qu’elle a resté comme assoupie, pendant un si long temps, et qu’elle ne s’est réveillée qu’en dernier lieu.
Faction cancéreuse dans les maladies locales. Avant îa manifestation du Cancer , les affections nerveuses , et celles des organes digestifs sont , en général , plus fortes, et de plus longue durée que celles qui précèdent d’autres maladies. Quelques malades, atteints de Cancer, meurent d’affections organiques de la tête ou de l’abdomen. Si l’état pathologique des systèmes nerveux et digestif est actif et notable , les progrès de l’affection locale , seront, en général, proportionnellement rapides et destructifs , mais si , au contraire , cet état est léger, les progrès du mal local seront proportionellement lents et peu considérables. En confirmation de ces observations , je dois dire que j’ai vu divers cas de Cancer qui marchaient avec tant de douceur , que les malades ont vécu plusieurs années, n’éprouvant que peu de souffrances ou d’incommodité de la maladie locale , et où on avait mis un soin particulier à bien régler les fonctions des organes digestifs (i) (2).
(0 Voyez Note G.
(2) Aucun sujet, je pense, ne peut intéresser davantage l’esprit cl’uu chirurgien que l’entreprise d’amender
Je vais rapporter en peu de mots deux cas qui fourniront la preuve de ce que j’avance , en présentant le résultat de Irailemens opposés.
Treizième Cas.
Une J ame vint de la campagne , portant au sein une tumeur cancéreuse ; elle prit quelques inédieamens (probablement de Tarse oie), d’après les désirs d’un charlatan femelle, qui la mirent h deux pas du tombeau , après lui avoir procuré des vomissemens , de violentes
ou de changer l’état d’une constitution cancéreuse, l/opération la plus oportune, et la mieux pratiquée, n’entraîne que résultats fâcheux, si la propension morbide de la constitution est active et puissante. C’est après une opération que nous sommes , à mon avis, le plus engagés à régulariser la constitution , de peur que la maladie ne se reproduise par le trouble qui pourrait y exister. Outre les moyens que j’ai indiqués, dans un autre mémoire, corame propres à tranquilliser et à fortifier le système nerveux, ainsi qu’à maintenir les organes diges^tifs dans l’état le plus sain que possible; je crois que î expérience universelle sanctionne la recommandation d’une diète purement végétale, comme moins stimulante, en y ajoutant la quantité de lait , de bouillon et d’œufs qui paraîtra nécessaire pour soutenir les forces du malade.
superpurgalioos , et des défaillances nombreuses. Pendant plusieurs jours, on douta si elle survivrait à leur action ; l’inflammation gagna la partie malade qui s’ouvrit , tomba en pourriture , et une inflammation érésipéiateuse violente couvrit toute la peau du sein, et bien au delà. Les parois de la cavité fournirent néanmoins un fongus cancéreux, et ce fut dans cet état que la malade retourna à la campagne.
Quatorzième Cas .
Une dame, âgée d’environ quarante-six ans, me demanda mon avis sur une petite tumeur qu’elle portait au sein. Elle était très-nerveuse et agitée, et ses intestins étaient extrêmement dérangés; car, disait-elle, elle avait quelquefois, jusqu’à vingt selles dans les vingtquatre heures, et la sécrétion de la bile était aussi mauvaise que possible. Au bout de six semaines , elle m’apella de nouveau , ayant été à la campagne; les remèdes, dont elle avait fait usage, n’avaient produit que peu ou point de bien ; les paroles ne sortaient de sa bouche , lorsqu’elle conversait , que par sauts, et d’une manière très-agitée , le pouls était fréquent. La tumeur avait acquis le vo-
lume d’une noix , mais aucun signe ne me donnait à connaître qu’elle fût cancéreuse. Apprenant, cependant, que le chirurgien , qui avait visité la dame h la campague , la jugeait telle, et croyait que dans cet état une opération n’était pas praticable , je recommandai à la malade de prendre l’avis d’un autre praticien.
Je cessai de la voir , pendant environ deux mois , au bout desquels la tumeur était devenue de la grandeur d’une orange, et avait donné naissance à un fongus , qui était recouvert de nodulosités. D’abord laiuroeur s’était ramollie, et avait paru abcéder, mais le fongus s’était formé immédiatement après. La santé générale de la malade était toujours également dérangée , et le chirurgien qui l’avait vue, partageait mon opinion , que dans les circonstances actuelles, aucune opération n’était admissible. La tumeur grossit rapidement, et, dans l’espace d’un petit nombre de mois, acquit le volume de la tête d’un enfant, portant tous les caractères du Carcinome. Bientôt elle s’ulcéra, et ne prit plus de volume. Je ne crois pas avoir besoin de décrire le mode d’ulcération , et les abondantes hémorrhagies qui en résultèrent. La malade devint graduellement maigre et faible, et mourut dans le plus grand épui-
sèment , sans que les glandes de Vaisselle se fussent prises, ou qu’il se fût présenté aucun autre symptôme particulier.
Pour éclaircir encore davantage les opinions que je professe , concernant la nature couslitutiouelle des affections cancéreuses , je choisis le cas suivant.
Quinzième Cas .
Une dame portait , depuis plus de vingt ans* une tumeur dans le sein ou vers le sein droit ; elle était , disait- on, devenue cancéreuse, lorsque la malade était parvenue entre cinquante et soixante ans. La dame insistait sur ce fait ^ que le Cancer n’avait pas commencé dans la tumeur primitive, mais à côté d’elle. Aucun traitement local ne put en arrêter les progrès , et au bout de peu de temps , sa dureté et l’irrégularité de sa surface la firent reconnaître pour un cancer décidé. On enleva donc la tumeur, et une portion considérable des parties environnantes. La plaie guérit dans un court intervalle, et la malade quitta Londres. Elle avait toujours été, pour se servir de ses propres expressions , extrêmement bilieuse, quoique ses matières fécales fussent rarement teintes
par la bile. Elle avait rendu des concrétions biliaires. Ses intestins, tantôt resserrés, tantôt relâchés, étaient très-irréguliers dans leurs fonctions. Tandis que je lui donnais des soins, elle avait pris cinq grains de pilules de calomel composées , de deux en deux , ou de trois en trois jours, et avait maintenu ses intestins dans l’état le plus régulier que possible. Elle disait que par ces soins sa santé s’était beaucoup améliorée, et je la pressai de les continuer.
En an, ou plus, après qu’elle eût quitté Londres , elle se maintenait en bon état, sa cicatrice conservant sa souplesse et son égalité. À cette époque, ayant eu occasion de voyager en hiver, et étant mal logée dans les auberges, qu'elle rencontra sur sa route , elle s’y enrhuma, et prit de la fièvre et du mal-aise. Elle disait que le rhume s’était fixé dans ses poumons, car elle ne cessa plus de tousser, et ! éprouva une difficulté continuelle de respirer;
! ces deux incommodités augmentèrent au point, i qu'en moins une année elles causèrent la mort : cle la malade. Environ six semaines avant sa I fin, elle vint à Londres , et elle me dit que de- | puis le moment où elle s'était ainsi enrhumée, i elle avait remarqué qu’une tumeur s'était fori mée sur l’autre sein, et que la cicatrice du côté
opéré avait changé d’apparence. Celle nouvelle tumeur était sphérique , d’un pouce et demi environ de diamètre ; elle était dure , pesante, et noueuse a la surface. Elle portait bien les signes caractéristiques du Cancer , mais elle était ce que j’appellerais un petit échantillon rabougri de celte maladie, comme nons voyons qu’ils sont produits quand la force de la constitution est beaucoup diminuée. Cette circonstance mérite d’être notée , ainsi que le fait correspondant d’un Cancer, qui diminue à mesure que la constitution du malade décline. Sans cela un chirurgien pourrait attribuer aux remèdes qu’il emploie , des effets qui ne sont que des conséquences de causes naturelles. La partie supérieure de la cicatrice, du côté opposé , s’était durcie et ulcérée, dans une étendue peu considérable. On ne me permit pas d’examiner le corps , ce que j’aurais fort désiré , parce que je pense que la grande difficulté de respirer ne pouvait avoir été occasionnée , que par une maladie organique des poumons. Cependant j’ai ouvert les corps d’individus qui, atteints d’un mal cancéreux, avaient éprouvé , avant de mourir , beaucoup de difficulté de respirer , et chez lesquels je n’ai
découvert aucune affection organique de la poitrine.
Les symptômes subséquens à Fopération étant le résultat de Fexcitement que produisent et la perspective , et la douleur de l’opération , offrent souvent , d'une manière frappante , la disposition morbide de Sa constitution. Je eroiâ utile de rapporter en peu de mots ceux qui se sont présentés après l’ablation d’une tumeur, dans un cas tout récent' La malade , très-cou*rageuse , jouissait d’une constitution quoa peut appeler bonne; elle supporta Fopération i sans pousser une plainte. Mais le jour qui la i précéda elle éprouva un léger lombago, c’est i ainsi qu’elle appelait une douleur, qui était , jej pense , l’effet de Fanxiété que produFsait la i pensée de Fopération qu’elle devait supporter. Dans la soirée du jour où la tumeur fut em-
I portée , elle se plaignit de ne pouvoir satisfaire le besoin d’uriner ; elle avait aussi des sensations comme hystériques dans la gorge ; son pouls battait 80 par minute. Pendant la nuit: elle ne dormit point , mais elle évacua une den mi pinte d’urine, qui n’offrit aucune apparence ii particulière. Jusque là, on lui avait donné des h potions salines, mais on lui fît prendre ensuite,
; toutes les quatre heures , ua gros d’huile de
ricin , mélangée avec du mucilage et de l’eau de candie , jusqu’à ce qu’il eut paru une selle. EHe en prit sept sans aucun effet ; la douleur du dos augmenta , et fut si forte, la seconde nuit 9 que la patiente ne cessa de se plaindre.
Le troisième jour, je la trouvai très-malade, quoique son pouls ne battît pas plus de 90 , et que sa peau ne fût pas chaude. Elle n’avait point évacué d’urine depuis trente heures ; la douleur continuait depuis le dos jusqu’aux cuisses; mais l’absence de la fièvre me donnait la conviction que la douleur dorsale , et la suppression de î urine ne pouvaient pas être l’effet de la néphrite. Pensant , comme je l’avais fait dès le commencement, que les reins étaient affectés sympathiquement par l’état des intestins , et que la douleur du dos dépendait de l’affection de ces organes , je iis prendre une pilule d’extrait de coloquinte, et une solution de sel d’Epsom , toutes les quatre heures , en place d’huile de Castor. Le soir, la constipation cessa; la malade eut cinq selles, et la douleur du dos disparut presque entièrement. Se sentant très- faible, et n’a vaut joui d’aucun sommeil pendant les précédentes nuits , elle prit vingt gouttes de laudanum , avec un peu d’é-
( 5it )
ther nitreux dans de l’eau. Ce remède produisit beaucoup de chaleur et de mal aise dans l’estomac 3 et quoiqu’il fil un peu dormir , le sommeil paraissait être accompagné de plus de trouble que de repos. Il y eut quelques évacuations d’urine semblable à de beau bourbeuse. Comme les selles avaient cessé , et ne semblaient pas prêtes à reparaître , îa malade recommença à prendre des gouttes d’huiles de castor, qui procurèrent une déjection dans le cours de la journée ; la sécrétion de burine continua, et la quantité s’en augmenta. Comme i les selles n'offraient aucune teinte bilieuse, on prescrivit trois grains de pilules mercurielles de deux en deux jours. Alors les symptômes de dyspepsie et de Oatuleuce réclamèrent sé- : rieusement noire attention,, La malade se plai-
■ gnit d’une grande aigreur dans l’estomac ,
I d’une sensation de distension et de sensibilité la partie inférieure de la région épigastrique. Elle prit, en conséquence , une mixture avec Teau de chaux , et une confection aromatique , I et ensuite de la magnésie; cette dernière parut j suffisante pour maintenir les intestins dans irn l état de relâchement Au bout de quinze jours, ti les fonctions intestinales furent rétablies comme ; dans bétat de santé , et trois semaines après ,
l’urine reparut claire , et sécrétée en quantité convenable.
Au huitième jour, lorsque les symptômes de dyspepsie étaient violens, la malade avait eu la goutte aux doigts et aux orteils , affection à laquelle elle était précédemment sujette. Il est juste de rapporter qu’avant l’opération , la sécrétion de Tonne ne lui avait jamais paru irrégulière, soit en quantité, soit en qualité, et que ses intestins s’étaient montrés sensibles à la moindre dose de purgatif. Les mêmes circonstances se reproduisirent lorsque les désordres causés par l’opération se furent appaisés, 3’ai la satisfaction d’ajouter que quoique la plaie ait souffert du trouble apporté dans la constitution , elle a guéri ensuite avec rapidité , ensorte qu’au bout de six semaines elle avait l’apparence d’ooe cicatrice parfaitement saine.
Si le Cancer est une maladie constitution Belle ; si les malades qui en sont affectés , ont occasionellement d’autre maladies de nature fâcheuse ; si dans quelques cas , ou il n’existe pas de maladie organique le système nerveux, est si irritable , et les organes digestifs dans un tel désordre , que toute opération serait dangereuse ; ces circonstances doivent engager tout chirurgien qui les reconnaît , à refuser d'opérer ? à cause de rincer lit ude de ia ter-î
minaison du cas ; elles montrent aussi la nécessité d’apporter , après une opération , les soins les pins attentifs a la constitution du malade, dans le but d’empêcher le retour de la maladie , ou sa formation dans quelque autre partie ; elles expliquent comment il arrive que l’opération accélère fréquemment la mort du malade. J’en ai connu un, qui mourut trèspeu de temps après l’ablation d’une tumeur cancéreuse, qui n’était pas considérable, seulement en conséquence de la secousse générale causée par l’opération. J’ai connu d’autres cas dans lesquels l’état morbide du lieu opéré , paraissait avoir été la principale cause de la promptitude de la mort du malade. Je partage donc l’opinion des chirurgiens , qui pensent que, dans un grand nombre de cas , une opé^ ration destinée à emporter le Cancer , serait inconsidérée et impossible à justifier. Cependant , quelque nombreuses et importantes que soient les raisons qui en éloignent, je pense que, dans bien des cas, elles ne devraient pas nous empêcher d’opérer. Si l’on peut emporter la totalité des parties malades , et celles qui, par leur contiguilé , peuvent être disposées à le devenir , on devra certainement le tenter , pourvû que la constitution ne soit pas telle- Vol. IL 35
mont affectée , que l'operation ne puisse se pratiquer. Nous devons donc nous attacher , avec le plus grand soin , à découvrir les signes caractéristiques du Cancer , de manière à le bien reconnaître, tandis qu’il est dans son premier période , que la maladie occupe un petit espace , et qu’en conséquence l’opération est moins formidable. Défendre d’opérer alors, c’est condamner le malade a l’état le plus malheureux, et qui laisse le moins d’espoir.
Les fumigations de gaz acide carbonique, les acides affaiblis , le suc des végétaux frais, corrigent la fétidité ; les infusions d’opium diminuent la douleur ; les préparations d’oxides et de sels ferrugineux semblent hâter la chute des parties malades, et nettoyent l’ulcère; niais je n’ai encore vu aucun de ces effets locaux , qui ait pu me conduire seulement à espérer qu’on en découvrirait un capable d’amener la guérison de la maladie locale (i).
L’ulcération et la destruction spontanées du Cancer sont si horribles, qu’on peut les donner comme un argument en faveur de l’opération. La malade souffrira plus volontiers d’être délivrée de la partie affectée, par le secours de
(1) "Voyez Note II.
imsîrumènt tranchant , que de la voir tomber par la marche naturelle de ceüe cruelle affection. Quand la cicatrice ou la surface d’une plaie, après une opération, devient dure et cancéreuse, le malade éprouve moins de douleur, et il y a moins de fétidité à la maladie qui se montre ainsi; ensorte que les souffrances sont , en tout, beaucoup diminuées. Mais lorsque la constitution du malade est passablement bonne , et que l’opération est pratiquée assez à temps , j’ai vu quelquefois la vie se prolonger cinq à six ans , et même davantage; et lorsque , après ce laps de temps, la cicatrice a passé a l’état malade , l’affection morbide , qui en a résulté , a été beaucoup moins douloureuse, et les patients ont dépéri par degré , et sont morts, plutôt ensuite de circonstances qui avaient quelque connexion avec l’état de la santé générale, que par l’intensité de la maladie locale.
Il y a des Tumeurs dont la structure ne correspond à aucune de celles dont j’ai donné la description. Cependant, je me sens dans 1 impossibilité , d’après mes propres observations, d’en dépeindre aucune autre espèce. Ces maladies me semblent avoir quelque rapport avec
les couleurs, dans ce sens , qu’un petit nombre des principales peuvent être distinguées et exprimées par le langage, tandis que les nuances intermédiaires , quoique susceptibles d’être discernées par une attention précise , et une observation de comparaison , ne peuvent admettre ni description, ni dénomination spéciale. Il y a des tumeurs particulières, dans la composition desquelles on trouve plusieurs des structures que j'ai décrites, et dont, peut-être, quelques portions ne correspondent à aucune de ces descriptions. Cependant, si Thistoire de ces maladies dissemblables , qui paraissent sousTorme de tumeurs , était soigneusement recueillie , et que leur structure fût observée avec exactitude , on serait peut-être conduit de celle-là , à juger de celle-ci , et parvenir ainsi à une connaissance de leur nature intrinsèque , qui nous mettrait en état de nous diriger avec sûreté dans la pratique.
Tumeurs enkystées.
Dans la Classe des Maladies iocales, et dans l’Ordre des Tumeurs, la coutume semble avoir placé le genre des tumeurs enkystées près des tumeurs sarcomateuses. Cel arrangement pa-
rail , en effet $ convenable ; car elles sont si voisines par leur apparence , et par la sensation qu’elles produisent a l'examen, qu’il n’est pas rare qu’elles soient prises les unes pour les autres; néanmoins les tumeurs enkystées, en général, ont des caractères distinctifs suffisons, pour mettre le chirurgien en état de déterminer leur nature , avant de pratiquer une opération. Les caractères distinctifs sont la régularité de la surface et de la forme, et une consistance qui fait éprouver la sensation d’un corps pulpeux. Cependant un grand nombre de chirurgiens reconnaîtront , je pense , qu’ils ont vu se dissoudre des tumeurs qu’ils avaient pris pour des loupes ; et qu’il leur est aussi arrivé , lorsqu’ils les ont enlevées comme telles , de découvrir que la maladie était un sarcome mou, avec une forme régulière, et qu’elle n’était pas un kyste contenant une substance pulpeuse.
Je n’ai rien à remarquer , quant à la structure des tumeurs enkystées, qui ne soit généralement connu. Les kystes sont le plus souvent composés de lamelles , qui sont quelquefois compactes au point d’être difficiles à distinguer; ils varient considérablement en épaisseur; étant quelquefois très-épais et durs , et d’autres fois minces et tendus à l’excès; ils ad-
lièrent , dans certains cas , aux parties contiguës avec tant de ténacité , que la séparation en est très-difficile ; et d’autres fois leur connexion est si lâche , que quand on a fait une incision qui met le kyste a nu, toute la tumeur s'échappe au-deiiors sans dissection.
J’estime qu’on ne saurait contre-dire l’idée, que la surface intérieure secrète la matière contenue dans le kyste ; et je crois que cette surface est sécrétoire , parce que quand une loupe s’est ouverte spontanément par ulcération , j’ai vu le kyste produire des granulations par sa surface interne. Quand la partie antérieure du sac a seule été emportée, et que l’on réunit la peau sur lui , il se forme une adhérence entre la peau et le kyste. De même, lorsqu’une loupe s’est rompue ou a été ponctionnée , ensorte qu’il y reste une petite ouverture , par laquelle la matière contenue s’écoule , j’ai vu que le kyste se remplit par une sécrétion de la meme nature , mais plus fluide que celle-là.
On a aussi émis , en dernier lieu , l’idée que ces kystes pourraient bien être de la nature des hydatides ; il ne sera pas hors de propos, à ce sujet , pour mettre le lecteur en état
de former son propre jugement:, de rapporter le cas suivant.
Un homme portait à la joue une loupe qui s’ouvrit spontanément, et. sur laquelle M. Hun- TER appliqua divers moyens stimulans , pour exciter la granulation ou l’adhérence du kyste, afin qu’il ne s’y formât plus de collection. Son entreprise , cependant , ne réussit pas; car lorsque l’ouverture se fût refermée , la cavité du kyste se remplit de nouveau , et la I otipe se reforma aussi complètement qu’auparavant , et prit meme un volume plus grand. Elle était située défavorablement pour être emportée, et le malade s’opposait à toute opération. Elle se trouvait si profondément sur le muscle b uccinateur, qu elle était aussi saillante dans la bouche que sur la joue , et en l’enlevant, on courait grand risque de diviser le canal parotidien. Cependant, la difformité qu’elle occasionnait était considérable, car elle était aussi forte que la plus grosse noix ; aussi le patient était-il fort désireux de la voir diminuer, quoiqu’il se refusât à la laisser extirper. Il avait à cet effet employé du sel et de S’eau, qui avaient enflammé la peau. Ayant été consulté par lui , je lui dis que si des applications stimulantes pouvaient convenir , ce n’était qu’en produi-
sanî une ulcération de la peau 3 et en facilitant l’écoulement de la matière contenue , comme il était déjà arrivé une fois; que cela pouvait se faire d une manière directe et moins désagréable , en ouvrant le kyste avec une lancette , et faisant sortir ce qu’il contenait; je croyais probable aussi que la petite plaie se guérirait , et qu'il faudrait répéter cette minime opération. Le patient accepta la proposition , qui fut mise à exécution. La matière avait la consistance qu’on nomme mélicëris , et une odeur particulière. Il ne s’en suivit point d’inflammation , et îa plaie guérit; mais après lin court espace de temps , elle s’ouvrit de nouveau , et fournit passage a une petite quantité de liquide aqueux, précisément de la même odeur que la matière qui était sortie la première fois , et la piqûre se referma de nouveau. Depuis ce moment jusqu’à présent , c’est-à-dire, pendant plusieurs années, îa plaie s’est ouverte d’elle-même à diverses reprises, et a donné issue à une petite quantité de matière quelquefois fluide , quelquefois semblable au mélicëris ; après cet écoulement l’ouverture se referme ; mais cela n’a lieu que rarement , seulement tous les deux ou trois mois 3 l’ouverture est si petite qu’on peut à peine la dis-
linguer ; on n’v a point placé d’emplâtre, et le malade s’est débarassé d’une difformité considérable , par des moyens qu’il regarde comme faciles, et tout-à-fait satisfaisans.
J’ai rapporté ces circonstances pour faire connaître les fonctions de la surface interne des kystes ; et pour montrer ce qu’il convient de faire dans certains cas, pour opérer la cure palliative. Cependant je n’ai pas l’intention de recommander une semblable pratique ; car, au contraire , je montrerai plus bas , qu’il est dangereux d’irriter les tumeurs enkystées ; je n’aurais réellement pas bazardé ce traitement palliatif , dans le cas que je viens de rapporter , si les effets de ce qui avait eu lieu auparavant, ne m’avaient pas appris que le kyste et les parties contiguës étaient d’une nature indolente, et n’étaient pas disposés à réagir , en conséquence de la violence qui leur était faite.
La matière contenue dans les tumeurs enkystées, a été nommée, d’après sa consistance, stéatomateuse , athéromateuse et mélicéris . À ces anciennes dénominations il faut en ajouter une autre; le kyste sécrète quelquefois une substance semblable h la matière des ongles ou de la corne ; qui est chassée au- dehors lors-
que la peau s’ulcère , durcit , et dont la quantité visible su-dehors , est en proportion de ce que le kyste en sécrété d’avantage , c’est alors qu’elle vient a ressembler à de la corne.
Il y a aussi une autre circonstance curieuse qui mérite d’être citée a l’occasion des kystes; c’est qu’on y rencontre quelquefois des poils qui ont crû à la surface intérieure. Cela se voit dans les kystes qui se trouvent souvent sur les ovaires (i). Mais quoique les kystes des tumeurs enkystées, doivent être considérés comme
(i) Quelques- mis des tubercules qui affectent les viscères, semblent être le dépôt de différentes substances sécrétées, opéré par la surface même d'un kyste, qui parait être formé le premier, et constituer la partie essentielle de la maladie.
Une jeune fille fit une chute légère, et se frappa le front à la région du sourcil ; aucun accident notable ne résulta de ce coup; mais en grandissant, elle s’aperçut d’une petite tumeur qui se formait sous le sourcil , et dans ce lieu les poils manquaient ; la tumeur , qui était mobile sons la peau, fut enlevée; comme on lavait pensé , c’était un kyste, du volume d une noisette; on l’ouvrit, et au milieu d’une matière, semblable au mélicèris , se trouvèrent les poils qui manquaient h la surface de la peau. {Note du Traducteur.)
possédant l’organisation cTautres parties , et comme surfaces sécrétantes et absorbantes, cependant leurs vaisseaux sont extrêmement petits , et ne sont pas doués d’un degré de force propre a réparer les lésions qui leur sont fades. S’ils produisent des granulations , elles sont molles , et les ulcères ne sont pas disposés à se cicatriser.
Ce n’est pas une circonstance rare que de rencontrer des loupes qui se sont ouvertes spontanément , et ont donné naissance à un fongus , qui , comme un corps étranger; empêche les tégumens de se cicatriser.
Presque toutes les parties qui sont faibles ; sont irritables lorscpi’on les excite ; et disposées a se laisser attaquer par les action morbides. C est ce qui arrive fréquemment, d’une manière frappante , dans les kystes de ces tumeurs; comme il se peut que des chirurgiens ne soient pas assez en garde contre les fâcheuses conséquences qui résultent de l’inflammation des loupes , et qu’il est convenable de montrer les dangers qu’on court en irritant ces tumeurs , je rapporterai quelques cas pour éclaircir ce fait.
Une femme d’environ quarante ans , fut admise à l’hôpital, portant un effroyable fongus
situé sur l’abdomen , un peu au-dessous et a droite de l’ombilie. Elie avait été forte et Lien portante , mais sa santé était dérangée par la douleur et l’irritation que celte tumeur produisait. Elle la décrivait comme étant une loupe qui s’était ouverte, et la dissection prouva plus tard l’exactitude de son récit. Le fongus était saignant, et la malade pouvait à peine supporter sur lui les applications les plus douces. Bien ne diminuait mieux ses douleurs que des compresses trempées dans une solution d’opium , "et entretenues humectées au moyen d’une éponge imbibée du même liquide qu’on y exprimait. Pneu non plus ne soulageait l’irritation générale que de grandes doses d’opium. La malade mourut épuisée au bout de quinze
jours.
J’emportai le kyste de dessus l’aponévrose du muscle externe, la où elle recouvre le muscle droit, laissant les expansions tendineuses absolument nettes et saines. Le kyste s’était ulcéré en deux petites places , de sorte que le fongus qu i! contenait partait lisiblement de la partie postérieure.
Un homme d’environ cinquante ans , reçu a l’hôpital , portait sur le dos une loupe qui s’ulcéra, donna issue a une substance athéro-
matense , s’enflamma ensuite, et produisit un fongusqui en sortit. Une inflammation érésipélateuse s’étendit fort au loin sur les légumens voisins, et la santé du malade fut fort dérangée par la fièvre et l’irritation. Le malade en était à-peu-près épuisé, et on n’avait encore pu lui procurer aucun soulagement, lorsqu’une loupe de la même nature , qu’il portait à la cuisse droite , s’ulcéra , ce qui fut suivi des memes conséquences fâcheuses ; ces deux ulcérations emportèrent bientôt le malade.
Un liomme de condition , d’une forte constitution, âgé d’environ quarante ans, portait une tumeur, présumée sarcomateuse, qui s’était formée sous les tégumens , sur le bord inférieur du muscle grand pectoral. Elle était accompagnée d’une grande douleur ; elle s’accrut tout d’un coup, avec rapidité, et produisit beaucoup de fièvre et d’irritation (i), ce qui
(1) Dû pareilles circonstances méritent, je pense, d’être observées avec soin dans l’histoire des tumeurs \ car elles sont, peut-être, propres à caractériser la maladie dans laquelle elles ont lieu. Des tumeurs d’une nature innocente croissent avec régularité, et n’excitent point d’irritation dans les parties contiguës, ou dans la constitution. Ceci , cependant, considéré comme règle
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lui donna un habitus très-malade, l’amaigrit considérablement , et fit juger par plusieurs personnes sa maladie comme cancéreuse.
Quand la tumeur eut acquis la grandeur d’environ quatre pouces en longueur, et trois soit en largeur , soit en épaisseur, le malade consentit à ce qu’on l’enlevât ; les tégumens furent divisés et détachés , et la tumeur fut disséquée de dessus la surface, et en quelque sorte de dessous le bord inférieur du muscle grand pectoral.
Lorsqu’elle fut examinée , on trouva qu’elle était composée d’une substance stéatomateuse contenue dans une capsule mince, qui ressemblait à celle que j’ai décrite , comme se rencontrant quelquefois dans des kystes du testicule, ou mêlée avec l’organisation pathologique de cet organe ; elle était ferme , et ressemblait à du fromage par sa couleur jaune et son apparence onctueuse ; mais elle n’était pas onctueuse au toucher.
générale, souffre des exceptions, dont quelques-unes ont été indiquées, dans le chapitre du Sarcome pancréatique, qui se porte dans la glande ou sur la glande mammaire.
La plaie * résultant de Lopération , guérit promptement , et la santé du malade se restaura au point d’être aussi bonne , et même en apparence meilleure qu’avant la formation de la maladie ; aussi le malade reprit-il ses formes athlétiques. Mais , moins de trois mois apres sa guérison , deux nouvelles tumeurs se formèreut, l une au-dessus, et l’autre au-dessous de la cicatrice de la plaie. Le patient n’y fit pas une grande attention , avant qu’elles eussent acquis le volume d’une grosse noix. Disséquer l’une et l’autre tumeur , les emporter assez complètement pour s’assurer qu’il n’en reviendrait pas d’autres, paraissait être une formidable opération; comme on connaissait la nature de la première , et qu’on supposait que celles-ci étaient de la même espèce > on arrêta de ponctionner la supérieure, pour en faire sortir le contenu , et d’attendre l’évènement. Cela fut exécuté au moyen d’une lancette à abcès , qui fit une ouverture d’un demi pouce de longueur ; la matière de la tumeur était exactement semblable à celle de la première.
Une violente inflammation érésipélateuse se manifesta ^ avec destruction gangréneuse des parties malades ; cette inflammation s’étendit
rapidement au coté opposé du thorax , puis le long des tégumens abdominaux, jusqu’à l’aine. Le dérangement de la santé fui aussi violent que la maladie locale , et au bout d’environ une semaine, le malade mourut.
Je rapporte ces cas pour montrer le danger d’irriter des loupes , ou d’une nature irritable, ou qui se rencontrent avec des constitutions qui le soient, et parce que je n’ai pas rencontré de cas pareils décrits dans les livres d’une manière correspondante à leur importance.
Il est bon de remarquer que la disposition à la formation des loupes se montre souvent en plusieurs parties du corps à la fois. Il n’est pas rare d’en voir, sur le même sujet, vingt ou trente pareilles , quant à leur structure et à leur contenu. 11 semble même que cette disposition soit quelquefois héréditaire, et se transmette des parens à leurs enfans.
Je croirais avoir traité cette matière d’une manière incomplète , si je ne parlais pas de la formation de cavités, qui contiennent des substances différentes , et qui ne peuvent être placées ni parmi les tumeurs enkystées, ni parmi les abcès. Ces cavités ressemblent à celles des abcès; ce sont des surfaces sécrétoires, d’une forme irrégulière, qui varie suivant celle des
parties au milieu desquelles elles sont produites; elles adhèrent aussi > comme les parois des abcès, aux parties contiguës, et comme les kystes des loupes, sont difficiles à en séparer. Ces cavités contiennent quelquefois une sorte de sérum , et des hydatides, comme les kystes for» mes dans le foie, et dans d autres viscères, D autres fois elles renferment un nombre de substances granulées de couleur blanche , ayant une surface polie, une figure en général ovale , qui ressemblent a de forge perlé, mais qui sont plus petites. J ?as vu ces cavités contenant des hydatides au dos, à la hanche, à !’ épaule et au pli du coude. Je n’en ai rencontré qui continssent des corps granulés qu’à l’articulation ilio fémorale , et sur les enveloppes des tendons ; ce qui m’a fait supposer qu elles ne sont que des développemens des membranes synoviales.
Ces cavités sont , en général, très-irritables. Si on les maintient ouvertes pendant un certain temps , leur action vitale parait subir une altération , et elles cessent de sécréter la matière qui forme les granulations que j’ai décrites , ou le fluide dans lequel on trouve les hy~ datides. Comme ces tumeurs ne se rencontrent pas assez fréquemment , pour être bien cou-
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pues îles chirurgiens, dont la pratique n*est pas fort étendue, je vais rapporter deux cas qui en indiqueront la nature et le traitement.
Une jeune dame portait une collection considérable de fluide , sous le muscle biceps brachial' , elle faisait saillie de chaque côté du muscle, et armait à trois pouces au-dessus du pli du coude. IVn lis la ponction avec une iancetie à abcès, et il en sortit environ six onces de fl unie séreux contenant un petit nombre d’hydalides. La plaie, qui avait un pouce de longueur, lut pansée avec du cérat de sperma-ceti et un cataplasme ; le bras fut supporté avec une écharpe. Pendant un petit nombre de jours , il suinta par l’ouverture un fluide, lorsque la plaie extérieure se fut fermée au point d’en empêcher l’issue facile. J’introduisis une sonde dans la cavité, et ensuite une petite tente , pour empêcher que l’ouverture, faite au kyste , ne se fermât. Celte légère irritation causa dans la partie un trouble considérable , à une grande distance; le bras se tuméfia , prit de la chaleur , et devint si douloureux que je fus obligé de discontinuer l’emploi de ce moyen. La plaie externe se cicatrisa, mais la collection du fluide se reforma. Instruit par l’expérience du passé, j ouvris de nouveau
le kyste avec une lancette , j introduisis un bistouri bouSoné, et dilatai l'ouverture jusqu’à un pouce et demi. La plaie fut pansée à plat ; elle fut trois mois avant de se cicatriser, après quoi aucune collection ne se reforma , et la malade demeura parfaitement guérie.
Un homme de condition souffrait beaucoup, depuis plusieur# années , d’une collection séreuse située sous l’aponévrose du doigt annulaire, la palmaire et l’antibrachiale. Elle paraissait avoir débuté par la paume de îa main , s’était étendue jusqu’à la moi lié de l’aponévrose du doigt annulaire , puis passant sous le ligament carpien , avait cheminé du côté interne des muscles fléchisseurs , et avait poussé l’aponévrose de l’avant-bras entre les fléchisseurs des doigts , et le fléchisseur cubital du carpe. C’est là que le liquide était le plus près de îa surface , et, dans une consultation, l’on convint de l’ouvrir à cette place. J’y lis donc une incision de deux pouces environ , qni n’intéressait que la peau et mit 1 aponévrose à découvert ; j’ouvris celle-ci clans une étendue d’un pouce et demi; je lirai les muscles un peu de côté , et il sortit , avec force , une grande
quantité de fluide, contenant un nom-
bre de granulations plus grandes , que je n’en avais jamais vu dans les gaines tendineuses. Quelques-unes étaient aussi grosses que des petites grains de raisin. En pressant la paume de la main, j’en fis sortir encore beaucoup, et je ne pus acquérir la certitude qu’elles fussent toutes dehors. La plaie fut pansée à plat avec du cérat de sperme ceti et un cataplasme , le bs*as étant soutenu par une écharpe. Trois jours après l’opération, craignant que quelques-unes de ces granulations ne fussent demeurées dans le kyste, j’y introduisis l’extrémité d’une sonde élastique, par laquelle je fis une injection d’eau tiède sous l’aponévrose. Aucune granulation ne vint avec elle, mais celte opération causa beaucoup d’irritation nerveuse dans fa partie malade , et dans la constitution générale. Je ne fis , en conséquence , rien de plus qui pût irriter les parties , et la plaie guérit en six semaines , de la manière suivante. La peau se tuméfia de chaque côté de la plaie , et il s’y forma des bourgeons charnus, h une telle hauteur , qu’un développement , de la grosseur d’un œuf coupé dans sa longueur, se manifesta au-dessus du niveau de la peau • comme les bourgeons des deux côtés se touchaient , ils se réumrenî, et l’aponévrose qui avait été divisée
en fut couverte. Ensuite les bourgeons ayant été absorbés, la cicatrice se montra semblable h celle d’une coupure ordinaire, les tégumens s’affaissèrent , et reprirent leur état naturel. Je vis le malade deux ans après , et il ne s’était formé aucune nouvelle collection de fluide.
Le plus grand nombre de cas de kystes ouverts que j ’ai vus, ont eu une fin heureuse, ruais elle s’est fait longtemps attendre. Cependant, quelques kystes , après avoir été ouverts , ont produit, dans les parties contiguës, une grande irritation , qui quelquefois mémo est devenue fatale. Quelques-uns , comme M. Hey l’a remarqué en dernier lieu, produisent l’apparence à laquelle ii a donné le nom de fongus hé ma tode levais en rapporter un cas, parce qu’il appartient au sujet que je traite.
Une jeune fille d’environ seize aos , portait une collection de fluide sous le triceps brachial, près de l’olécrane. Lorsque je la vis pour la première fois , elle n’était pas plus grande qu’un œuf de poule, mais elle prit du volume, malgré les moyens qui furent employés pour la dissiper; et au bout d’environ une année, ell e se montra au-dessous des tégumens de l’autre côté du bras, dans l’espace qui sépare les extenseurs et les fléchisseurs , un peu au-
dessus du coude. En comprimant les tégumens soulevés, on sentait une fluctuation sous le triceps , à la partie interne du bras, et la collection semblait s’étendre en haut sur la partie postérieure de l’humérus. Gomme les parties qui contenaient le fluide, semblaient plutôt disposées à croître en dimension, qu’à s’ouvrir, et à donner issue à leur contenu , on ouvrit le sac dans le lieu où il pointait, et il en sortit une grande quantité de sérosité. En introduisant le doigt , on fit sortir quelques couches de sang coagulé , auquel il succéda une si forte hémorragie, qu’il devint nécessaire de dilater la plaie pour rechercher les vaisseaux qui donnaient» A mesure que cela s’opérait, et qu’on détachait une plus grande quantité de sang coagulé des parois du kyste , qui avait contenu et le sang et le sérum , l’hémorrhagie augmentait , et le sang coula en telle abondance, de tant et de si grosses artères, qu’il fut impossible d’en arrêter l’effusion. L’amputation parut inévitable; elle fut exécutée aussi haut que possible; mais non pas tout-à" fait au-dessus du kyste, dont il resta quelque portion au milieu des muscles du moignon.
En examinant le membre amputé, on trouva
une couche épaisse et ferme de sang coagulé ,
adhérente aux parois du kyste , lequel s’éten dait depuis un peu au-dessus de l’olécrane , où il offrait le plus de volume , jusqu’à la partie supérieure de l’humérus , où il diminuait insensiblement jusqu’à une petite dimension. La portion supérieure du kyste avait été séparée par 1 instrument tranchant , et était restée dans le moignon. Celui-ci parut d’abord vouloir guérir ; mais bientôt après, les lèvres de la plaie se désunirent, il s’y développa une inflammation considérable , et un fongus s’y forma. Beaucoup de fièvre et d’irritation accompagnèrent cette maladie locale, et la jeune fille mourut»
Nota . Une tendance irrépressible à l’hémor* rhagie parait être le caractère essentiel de la maladie que M. ÏTiS Y a nommé hd malode. Il est évident qu’elle lire sa source de la structure morbide; cependant je l’ai vu se montrer sans qu’aucune production pathologique 1 eut précédée. Je vais rapporter , en peu de mots , un cas de ce genre , parce que le terme de fongus hématode semble être un nom appliqué aujourd’hui communément à tout fondus saignant , tandis que la disposition hématodale, que M. II EY a décrite , se rencontre rarement.
Un jeune homme, dont la santé était faible* se plaignait de rnideur et de douleur dans le bas- ventre , et se mit au lit , disant qu'il était dans l'impossibilité de se mouvoir. Tout d’un coup 3 il se développa une grosseur au-dessus du ligament de Poupart , qui augmenta rapidement, et fit crever la peau qui s'ulcéra. Il partit s’y présenter un effroyable fongus * qui donna lieu à une hémorrhagie qu i! fut impossible d’arrêter. Lorsque le cas fut examiné après la mort * on put enlever , avec le doigt ou avec une éponge * tout ce qui s’était montré au dehors , qu ’on vit alors être du sang coagulé, plutôt qu’un fongus; et au fond de l’ouverture on ne distingua que les muscles abdominaux * qui avaient cette apparence échyinosée et brunâtre que M. Hey a décrite.
Le traitement des fumeurs enkystées res« semble à celui des fumeurs sarcomateuses. En diminuant le sang et la chaleur de la partie affectée * il est probable qu’on en arrêtera l’accroissement, et que la maladie sera rendue stationnaire pour un temps. Elles ne sont pas de nature à être dissoutes, et comme leur étendue s’accroît par le simple délai, que l’ouverture spontanée des kystes laisse , en général, un ulcère fâcheux et intraitable , et s’accom-
pagne quelquefois de conséquences plus dangereuses, l’ablation ou l’extirpation prompte de la maladie, est la meilleure pratique qu’on puisse adopter.
Un autre genre se compose des tumeurs osseuses. Celles qui, pédiculées, sont comme suspendues dans les articulations, sont par fois de cette espèce. Il s’en forme aussi, mais plus rarement, dans d’autres parties ; je vais en présenter un cas.
On admit à l’hôpital une femme, qui portait dans le jarret une tumeur dure , d’environ quatre pouces de longueur , et trois de largeur. Elle portait aussi une tumeur à la partie antérieure de la cuisse , un peu au-dessus de la rotule, d’une grosseur et d’une dureté moindres. La tumeur du jarret , par sa pression sur les vaisseaux et sur les nerfs , avait beaucoup affaibli la sensibilité , et obstrué la circulation de la jambe , ensorte que celle-ci était fort œdémateuse. Comme il paraissait impos- < sible d’emporter cette tumeur , et comme son origine et ses connexions étaient inconnues , on résolut de pratiquer l’amputation. Lorsqu’on fit l’examen du membre amputé, on trouva que la tumeur du jarret ne pouvait être partagée qu’au moyen de la scie ; de cette ma-
niére , on en emporia plusieurs tranches ; lâ tumeur elle- même était une substance coagulable et vasculaire , clans les interstices de laquelle s'était déposée une grande quantité de matière osseuse ; le reste de la tumeur fut macéré , et desséché, et se montra formé d’un dépôt irrégulier et compact de phosphate calcaire. La tumeur située à la partie antérieure delà cuisse était de la même nature que celle du jarret , mais elle contenait si peu de phosphate de chaux , qu’on pouvait la couper avec le scalpel. Le fémur n’était pas du tout affecté, ce que je remarque , parce que lorsqu’une matière osseuse est déposée dans un membre , cela provient , en général , d’une maladie de l’os. Ce cas démontre que les vaisseaux d’une tumeur peuvent sécréter du phosphate de chaux, et la convertir en une substance osseuse , sans qu’il existe aucune cause manifeste propre à exciter une inflammation ossifiante.
Des tumeurs vasculaires peuvent aussi être converties en une substance , qui ressemble au cartilage , comme celles qu’on trouve dans les articulations ; et leur dureté pourrait les exclure du genre Sarcome ; mais je n’ai pas rencontré de cas pareils.
Il résulte de l’examen eide 1 énumération des différens genres de Tumeurs , i.° qu’elles sont toujours formées par une action préternaturelle du système sanguin ; 2.° que plusieurs d’entr’elles sont le résultat d’une action moN bifique particulière ; 3.° que cette action morbifique produit quelquefois des tissus semblables entr’eux , quelquefois des tissus dissemblables ; 4-° clue des tissus qui semblent appartenir à une certaine action morbifique, se montrent quelquefois sans qu’on ait préalablement reconnu l’existence de cette action ; f>.° que Faction morbifique parait exister , dans certains cas , sans qu’on observe la production des tissus qui lui appartiennent. Il en résulte aussi la nécessité d’étudier ultérieurement les unes et les autres , avec l’espoir d’obtenir des lumières plus positives sur leurs rapports mu-* tuels»