TRADUIT DE L?ANGLAIS
par Charles G. Pes chier , Doct. -Chirurgien.
Thomas Dennis, âgé de vingt-un mois, me fut apporté, le dix Juin 181 1, pour une affection du testicule gauche» 5a mère me raconta
Vol. IL 56
ainsi 1 origine et les progrès de cette maladie.
L’enfant avait environ un an , lorsqu’il fut pincé par sa sœur qui le gardait ; il pleura beaucoup, mais on n’y fît pas grande attention. Environ quinze jours après, la mère s’aperçut que le testicule gauche était plus gros que le droit. D es ce moment, il grossit continuellement, jusqu’au point d’atteindre le volume qu’il avait lorsqu’on me consulta. La mère s’était adressée h plusieurs Chirurgiens , qui avaient conseillé des sangsues , des cataplasmes , des frictions mercurielles , etc. , etc. , sans produire aucun amendement sensible. Deux fois on avait pris la tumeur pour une hydrocèle , et on l’avait piquée avec un trocar, sans qu’il en sortît aucun fluide. L’inflammation, qui avait suivi ces deux opérations , avait été légère , et il ne parut pas que la maiadie en eût été aggravée.
Lorsque je vis l’enfant, son testicule dépassait la grosseur d’un œuf d’oie , et lorsqu’il n’était pas supporté, il atteignait le condyle interne du fémur. La figure en était ovoïde , et la surface polie ; la pression y faisait sentir une sorte d'élasticité , semblable h la sensation que ferait éprouver un fluide contenu dans un
kyste; cette sensation était si trompeuse, qu’un, praticien, qui a la plus grande habitude de traiter des hydrocèles , n’hésita pas de prononcer que l’enfant en portail une. IS vrai que cette tumeur n’était pas du tout diaphane* et qu’elle était plus pesante qu’uu pareil volume d’eau. On ne pouvait distinguer, a la partie inférieure ou postérieure de la tumeur, ni le testicule, ni l’épididyme.
L’habitus de l’enfant était tout-à-fait mauvais; la peau était d’un jaune verdâtre , et recouverte d’une transpiration visqueuse ; les muscles flasques et rapetissés ; la tête grosse, le front proéminent ; les yeux pesans , les papilles dilatées, l’iris avait une couleur foncée peu ordinaire, qui ne permettait qu’avec peine de le distinguer de la pupille. La respiration était angoissée ; il y avait de la toux , et le pouls était fréquent et dur. L’abdomen était gros et tendu, et l’enfant continuellement constipé.
J’ordonnai; Calomel trois grains , et Jalap six grains , de deux en deux jours , et un iavage avec Esprit de Mindererus , Eau de fontaine a a quatre onces , qui devait être constamment appliqué sur l’organe malade pendant le jour , tandit qu’on le recouvrirait d’un cataplasme pendant la nuit.
On continua ce traitement pendant une semaine, sans aucun changement dans l’état du testicule; mais la toux diminua , et le ventre s’amollit. Comme la maladie existait depuis neuf mois , et avait résisté à toutes les applications , je pensais qu’on ne retirerait aucun bénéfice de la continuation de ce traitement , et qu’il pourrait résulter beaucoup de mal du délai qu’il occasionnerait nécessairement. Je crus donc de de mon devoir de proposer une opération, quoique le mauvais aspect de l’enfant, et les fâcheux résultats obtenus dans des cas pareils , me fissent concevoir peu d’espoir de succès; cependant il m’en restait encore, parce qu’on sentait distinctement le cordon spermatique sain, environ un pouce au-dessus de la tumeur , et parce que les glandes inguinales étaient parfaitement saines, et dans leur état naturel.
Le 22 , je pratiquai l’opération; après avoir découvert la tumeur dans toute son étendue , je passai auiour de l’artère une ligature au moyen d’une aiguille , près de l’anneau de l’oblique externe , puis je divisai le cordon, dans lequel il n’y eut pas de disposition à la rétraction. Le reste de l’opération fut pratiqué selon le procédé ordinaire. La tumeur offrait une
niasse pulpeuse grise , dans laquelle il ne restait aucun vestige de la structure naturelle au testicule ; après l’avoir lavée pendant quelque temps , l’eau devint trouble , par la dissolution d’une partie de la masse, matière semblable au cerveau dans l’état de putréfaction. La surface de la partie coupée était inégale et fibreuse en apparence , semblable à de la limphe déposée d’une manière irrégulière. La maladie n’atteignait pas le cordon ; l’artère était considérable , et le corps pampiniforme avait un volume surnaturel. La nature de cette affection était évidemment celle qui a été décrite sous les noms de testicule pulpeux , sarcome médullaire , et Jbngus hœrnatode.
Il ne se présenta rien de remarquable dans le traitement subséquent ; la surface de la plaie se couvrit de bourgeons charnus, et elle guérit avec lenteur, exigeant d’être souvent stimulée avec le précipité rouge ou le nitrate d’argent* En six semaines, elle fut complètement cicatrisée. Le malade , pendant cet intervalle, prit plusieurs médicamens toniques, avec addition de solution d’oxi muriate de mercure, qui rétablirent graduellement sa santé.
Alors la peau prit une couleur plus naturelle , et le teint commença à se colorer ; le
malade prit de la vivacité , ses intestins fonctionnèrent avec régularité, et l’abdomen diminua de volume et de tension. Au fait, tout alla si bien , que je conçus l’espoir que la guérison serait durable. Le 26 Août , je cessai de le visiter , et je recommandai qu’on l’envoyât à la campagne, en prescrivant qu’on lui donnât une décoction de Gentiane , et de Séné , dans laquelle on ajouterait du Mercure broyé avec îa craie, et qu'on apportât la plus stricte attention à son régime.
Je n’appris rien de cet enfant jusqu’au douze Novembre , où sa mère me l’apporta de nouveau. Elle n’avait pas pu l’envoyer à la campagne, et avait discontinué les remèdes lorsque j’avais cessé de le voir. Elle me dit que l’enfant avait continué à être bien , jusqu’à la fin de Septembre , où, pour me servir de son expression , il avait commencé à dépérir. Il était alors dans un état pire que la première fois que je le vis ; tous ies mauvais symptômes s’étaient aggravés ; il avait de la somnolence , etfde l’aigreur quand on le reveillait , il désirait sans cesse de reposer sa tête , qui avait évidemment grossi , quoique toutes les sutures en fussent fermées, et il y portait souvent a main pendant le sommeil ; il faisait cons-
laminent entendre une voix plaintive , et avait une aversion prononcée contre toute espèce de mouvement; ses pupilles était dilatées, mais sensibles à l’impression d’une forte lumière. Je ne pus observer sa respiration , parce qu’il criait toutes les fois que je l’approchais , son pouls était fréquent et irrégulier ; l’abdomen était plein, et les intestins constipés; il répugnait h prendre de la nourriture.
Je soupçonnai de suite que Faction morbide qui avait existé dans le testicule se montrait au cerveau , et j’annonçai la fâcheuse terminaison du cas. Je prescrivis du calomel et du jalap , qu’il fallut répéter deux fois , et qui produisirent alors plusieurs selles copieuses , fétides et foncées en couleur.
Le lendemain i3, on appliqua des sangsues aux tempes, et on plaça un séton à la nuque; i on donna, soir et matin, du calomel et de ! Fexîrait de coloquinte.
Le n, IVnfant paraissait plus vif; on répéta les sangsues et les purgatifs.
Le i5, il n’était pas si bien, avait de la sonti noîence, et un léger strabisme ; j’ordonnai une friction sur le corps avec l’onguent mercuriel soir et matin, et la continuation des purgatifs;
on appliqua un cataplasme sur le séton qui commença h suppurer.
Je ne vis Penfanl nue le 18; il n’y avait point de changement ; sa mère avait été malade, et ne l’avait frictionné que deux fois. Je l’engageai à l’apporter à l’hôpital le lendemain , parce que je désirais fortement suivre de près les progrès de la maladie. Elle négligea de le faire , et comme elle avait changé de logement , je ne pus la revoir que le 28.
Pendant ces dix jours, le mal avait fait de rapides progrès ; la tête avait beaucoup grossi , et les veines des tégumens de cette partie avaient acquis un volume considérable. Les pupilles étaient dilatées , et la figure de l’enfant annonçait une grande angoisse. Il était encore sensible , et lors que j’entrai dans la chambre , il se mit à crier et à se jetter sur sa mère , comme il avait coutume de faire depuis l’opération ; les extrémités inférieures étaient paralysées , et les excrémens passaient involontairement ; le pouls était lent et irrégulier, avec une sorte de plénitude. La mère me dit qu elle l’avait frictionné huit fois, et qu’alors la bouche avait été affectée , que les intestins avaient fait régulièrement leurs fonctions; que le 21 , il avait commencé à perdre l’usage de
ses jambes ; symptôme qui s’était graduellement accru jusqu’à ce que le bassin Fut paralysé. La veille , l’enfant avait rendu un petit calcul d’acide urique. Dans cet état désespéré, il était inutile de tenter aucun traitement ultérieur.
Je le vis le lendemain de bonne heure. Les muscles de la face et des yeux étaient dans un état de convulsion continuelles derniers étaient agités d’un tremblement , et restaient grandement ouverts. Les extrémités supérieures et tous les muscles du tronc étaient paralysés. La respiration se faisait avec peine, elle était gênée par des mucosités qui remplissaient la trachée. Le pouls était trop fréquent pour être compté, ïl mourut le soir même à huit heures , et le lendemain je procédai à l’examen du corps.
Après avoir enlevé le crâne , je ne vis rien de particulier à la dure-mère. J’ouvris le sinus longitudinal, et je trouvai les glandes de Pacchioni malades , et semblables à des grumeaux de sang. Au-dessous de la dure-mère, les circonvolutions du cerveau étaient affaissées , au point que les sillons de cet organe avaient presque disparu , et que la surface cérébrale était toute unie. Les vaisseaux de la pie mère étaient vides. Dans le lobe antérieur
droit , une fumeur assez grosse se présenta immédiatement au-dessous de l'arachnoïde ; sa surface était rude et d’un rouge obscur. Deux autres tumeurs , bien distinctes , existaient dans la substance du cerveau , l une dans le lobe postérieur droit, l’autre dans l’hémisphère gauche , et se laissaient apercevoir au tact avant qu'on eut fait aucune incision. En faisant une coupe horizontale au niveau du corps calleux , on découvrit quatre autres tumeurs , et on divisa les trois premières. La plus grande avait le volume d’une orange , la plus petite celui d’une noisette. Elles avaient une consistance ferme , une teinte rouge foncé , avec des stries blanches à l’intérieur L’une d’elles avait une couleur obscure h sa surface , et ressemblait à un caillot de sa ne' veineux. La
substance cérébrale qui les entourait était ramollie et pulpeuse ; elle avait une teinte jaune particulière, qui ne s’effacait point en y jettant de l’eau ; ces tumeurs étaient unies au cerveau d une manière si lâche , qu’on eut beauconp de peine h les maintenir dans leur situation. Les ventricules étaient sains , et les plexus choroïdes pales et vides de sang. Le cervelet n’offrait aucun désordre; la moëlie alongée
était remarquablement ferme , et les tubercules très-saillans.
Dans le thorax , on trouva un grand nombre de tubercules dans les poumons; dans quelques places,, ils en occupaient toute l’épaisseur d’une surface à l’autre. Vus au travers de la plèvre pulmonaire, ils avaient une apparence gris-blanchâtre , et étaient irrégulièrement radiés à leur circonférence ; pressés , ils donnaient la sensation d’être fermes sans être élas-
tiques ; ouverts , iis montrèrent une texture serrée égale , tout- à-fait dissemblable à celle du testicule ; quand on les serrait fortement , il en sortait une petite quantité de fluide blanchâtre ; lorsqu’on en ouvrait un , il ressemblait à un cerveau ferme , déchiré ou disséqué avec le manche d’tm scalpel. Il n’y avait rien qui ressemblât à une capsule propre à chacun d’eux ; ils étaient contenus dans la substance du poumon, et leur périphérie n’était pas bien circonscrite. Les glandes bronchiales avaient participé à la même action morbifique, et étaient prodigieusement tuméfiées , leur structure interne était analogue à celle du testicule , quoiqu’elles fussent d’une texture plus ferme , et qu elles ne fussent pas élastiques avant d’être incisées.
On ne trouva pas beaucoup de mal dans l'abdomen. Les glandes mésentériques étaient engorgées; mais, partagées, elles ne montraient point de structure morbide. Une chaîne de glandes engorgées existait du côté où le testicule avait été extirpé ; elle cheminait le long de l’aorte , et s'étendait du bassin jusqu’au diaphragme. Les intestins étaient distendus par des flatuosités, mais n’avaient pas l’air malades. Le rein droit était volumineux , et l’urètre de son côté avait un diamètre sur-naturel occasionné par le passage récent d’un calcul.
Quoique ce ne soit pas là une maladie très-rare du testicule, il semble que les symptômes diagnostics n’en soient pas parfaitement bien définis, et que la nature n’en soit pas trèsbien connue , puis qu’on peut citer plusieurs cas, où des Chirurgiens, d’une réputation aussi étendue que méritée, ont plongé, par méprise, leur trocar dans la substance de la tumeur. Fort heureusement, il n’en est pas résulté pour le patient de surcroit matériel de mal; mais le chirurgien qui s’en rend coupable n’en est pas moins digne de reproche (i).
(i) C e.st im fait très-remarquable eu pathologie que
Il est certainement difficile de déterminer la nature de quelques cas , mais il existe cependant assez de signes caractérisques pour mettre un praticien en état de porter un jugement sûr. La forme ovale régulière , l’élasticité particulière , le manque total de transparence, sont de ce nombre..... Et il y a dans le diagnostic quelque chose cjui r>e saurait se rendre par des mots, mais qui résulte nécessairement de l’expérience; l’histoire de la maladie , Fêtai général de la santé , qui en est toujours plus ou moins affectée , seront du plus grand secours pour se former une opinion.
le peu de sensibilité que manifeste le testicule lorsqu’il est percé d’un trocar, dans l’état même le plus grave de maladie ; il est rare que l’affection qui a donné lieu à cette fausse opération en soit aggravée, et les malades ne donnent pas des signes d’une forte douleur. PS usieurs chirurgiens de la plus haute renommée, ont en France, ainsi que l’Auteur le dit de l’Angleterre, plongé mal-à-propos leur trocar dans cet organe, sans trop s’inquiéter des suites , et plusieurs ont employé , avec beaucoup d’indifférence, ce moyen, pour s’assurer de la maladie à laquelle ils ont affaire. Le testicule serait-il moins susceptible d’inflammation à la suite de la piqûre, qu’après une compression?
( Note du Traducteur.)
On a donné à cette maladie le non de Jongus hématode , mais je ne saurais dire d’après quels principes ; caron n'y aperçoit aucune disposition à la production d’un fongus , ou à un écoulement de sang quand on y fait une blessure. On n’a pas encore bien déterminé , que je sache , ce que deviendrait la maladie quand elle se bornerait au testicule. En général , elle atteint les parties essentielles a la vie, et elle est suivie de la mort, avant d’avoir passé à l étal d’ulcération.
Il faut peut-être aussi rejeter le terme de Sarcome médullaire , car il ne donne pas une idée delà maladie telle qu’elle se présente dans différentes parties du corps. Dans le cerveau , par exemple, où nous avons la circonstance la plus favorable pour faire la comparaison, cette affection n’offre pas d’analogie avec la matière médullaire qui l’environne.
Il est, sans contredit, plus facile de faire une objection qu’une correction , et il serait mal de condamner une expression sans en offrir une meilleure ; mais le premier pas vers le perfectionnement est l’exposition de l’erreur. Toute dénomination fondée sur l’apparence qu’offre une maladie dans une partie du corps , doit nécessairement ne plus convenir
à sa nature clans d ’autres parties ; car elle est toujours modifiée par sa situation.
J’ai considéré ce cas comme intéressant ,
parce qu’il montre , d’une manière frappante, quel degré d’extension une maladie organique peut atteindre dans un organe aussi important que le cerveau , sans déranger matériellement Ses fonctions , pourvu que ses progrès soient graduels. Celte circonstance est surtout surprenante , si l’on considère qu’une suspension totale des fonctions du cerveau , et même la mort , résultent quelquefois d un si léger dérangement dans sa structure , qu’il échappe presque aux recherches les plus minutieuses de l’anatomiste. J’ai eu occasion de faire la
même remarque , dans un cas de vaste abcès du cerveau , qui n’avait pas du tout été soupçonné pendant In vie.
Je considère la terminaison de ce cas comme une excellente exposition de la perte graduelle des fonctions du cerveau, lorsque cet organe est sous l’influence d’une maladie locale. Il est d’abord incapable de transmettre son action aux extrémités ; à mesure que la maladie fait des progrès , le pouvoir du cerveau diminue graduellement, et les parties du corps qui en sont influencées les dernières sont les plus
rapprochées de la tête. Il est probable qu'une maladie moins forte du cerveau produirait une torpeur , ou même la paralysie des extrémités inférieures. Cette analogie d’action entre le centre du système nerveux et celui du système sanguin ne me parait pas avoir été suffisamment signalée par les Nosologistes , et servira , peut-être , à expliquer divers phénomènes morbides restés jusqu’à présent dans l’obscurité.
On a proposé cette question, la maladie , qui fait le sujet de cette observation , s’est-elie communiquée par absorption ou était-elle eonstitulionelle ? Le cas que je présente me parait favoriser cette dernière opinion. L’apparition de la maladie dans des parties aussi éloignées , tandis que les intermédiaires notaient que légèrement affectées , prouve , à mon avis, qu’elle dépend d’un état particulier de la constitution , et d’une prépondérance de la même action morbifique.
.Remarques de M. Lawrence.
La présence d’une meme maladie dans plusieurs organes d’un sujet , est un point si important en pathologie , et la combinaison d’affections des parties internes avec des désorganisations externes, offre une conséquence pratique si grave , particulièrement quant au jugement que nous devons porter sur la convenance de pratiquer ou de ne pas pratiquer une opération, et sur le pronostic de la maladie , que je crois utile de transcrire ici quatre cas, qui se sont présentés a mon observation dans un court espace de temps ; ils formeront une suite naturelle au récit tout-à-fail intéressant de M. Earle.
Premier Cas.
Lambertini , âgé d’environ quarante-cinq ans , s’était aperçu d’une tumeur dure sur le sein droit, environ quinze mois avant sa mort. Après avoir duré près de douze mois, elle s’ulcéra, et il s y forma un fongus. Je le vis à-peu-
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près trois semaines avant sa mort ; il portait alors une surface ulcérée et fongueuse, de deux pouces de circonférence , au côté externe du mamelon droit, qui était sain. Une protubérance considérable sur cette surface était ulcérée, elle était presque unie et rouge, le reste était irrégulier , tuberculé et recouvert en grande partie d’une cuticule malade ; l’écoulement était léger , mais âcre ; quelquefois il était sanguinolent. Une masse dure occupait presque toute la surface antérieure du côté droit de la poitrine ; la peau était dure et adhérente , et Ton sentait de petits tubercules tout autour et à quelque distance de la partie fongueuse, La tuméfaction et la dureté de la peau atteignaient et même remplissaient baisseile ; elles s’étendaient jusqu’à la clavicule et au milieu du sternum , et jusqu’au bord inférieur du muscle grand prectoral. On sentait des tumeurs dures par-dessus la clavicule , les glandes axillaires de l’autre côté du corps étaient aussi tuméfiées. Le bras commençait à
devenir œdémateux, la respiration était génée, et le malade était remarquablement enroué. Le pouls n’était pas affecté , l’appétit était très boa , et il n’y avait encore que peu de maigreur. L’œdème et la dyspnée allèrent gra-
duellement en croissant, il survint de la faiblesse , et la mort eut lieu sans aucun changement notable dans la maladie locale , qui n’avait jamais fait éprouver beaucoup de douleur.
On «avait employé le carbonate de fer à 1 intérieur et à l’extérieur ; il avait rendu l’écoulement moins âcre , et avait resserré le ventre. Une masse très-considérable de substance dure et rude couvrait la poitrine. Elle ne contenait ni cavité , ni cellule , ni aucune portion molle dans sa texture. Le caractère le plus frappant de celte masse était une couleur d’un beau vert jaunâtre , mêlée de rouge plus ou moins foncé; quelques portions étaient presque blanches. Les glandes axillaires formaient une partie de la masse générale , dont elles ne pouvaient être distinguées, ni par la couleur, ni par aucune autre circonstance. Le corion de la peau qui recouvrait la tuméfaction était épaissi jusqu’au-delà de la ligne médiane. La tumeur, dans la plus grande partie, était distincte du muscle pectoral ; mais l’avait tra-
I versé vis-à-vis de l’ulcération , et semblait en avoir complètement converti les fibres dans sa propre substance. Le tissu cellulaire dans l’un et l’autre muscle pectoral , et dans les intercos-
taux, aussi bien que dans toutes les parties qui avoisinaient la région occupée par la tumeur, avait cette même teinte verte, qui me pa* rait très-remarquable. Cette couleur s’étendait le long du tissu cellulaire sous-cutané, jusqu’au côté gauche de la poitrine , et s’observait là dans plusieurs points de la substance du muscle grand pectoral. Une grande masse , entièrement semblable à la tumeur originale, existait au-dessus de la clavicule droite , et s’étendait en arrière jusqn’à l’épine, enveloppant l’artère, la veine et le plexus des nerfs axillaires. La plèvre du côté droit était fort épaissie , particulièrement là où elle couvre le diaphragme , elle était convertie en une substance dure et verdâtre. Sa cavité contenait plus de deux pintes d’un fluide jaunâtre. Le poumon était réduit à un petit volume, et la plèvre en était épaissie, mais il n’offrait pofnt de maladie dans sa substance.
Le péritoine qui recouvrait le côté droit du diaphragme était épaissi et verd , et il avait commencé à subir un changement pareil, dans deux ou trois points derrière les muscles abdominaux.
On trouva dans le pancréas deux masses dures, formées par la substance même de la
glande endurcie et devenue verte ; et un grand nombre de tubercules , ou points, de cette même substance verte étaient dispersés dans l’un et l’autre reins, dont les portions intermédiaires étaient parfaitement saines.
Un peu de tissu cellulaire , derrière l’une des vésicules séminales , était durci , et avait aussi la couleur verte.
Les glandes lymphatiques étaient généralement affectées ; elles étaient tuméfiées a des degrés très-divers, et leur substance était convertie en une masse homogène, dure, de la couleur décrite. Dans quelques-unes celle-ci occupait le centre de la glande , et était environnée d’une couche, plus ou moins épaisse, de substance semblable à la structure naturelle de la glande; dans d’autres, cette couche externe avait une apparence rouge foncé, ou couleur de sang ; d’autres glandes étaient entièrement converties en matière verte. Le lissa cellulaire qui entourait les unes et les autres était lâche et dans Délai naturel. Les glandes axillaires du côté malade ne pouvaient plus être distinguées de la tumeur originale , et celles qui étaient au-dessus de la clavicule formaient une grande tumeur , qui avait une apparence exactement semblable. De celles-ci
un chapelet d@ glandes tuméfiées s’étendait jusqu’à ia trachée, et pénétrait le long de la bronche droite jusqu’au poumon , dont toutes les glandes étaient affectées. Les glandes axillaires du côté gauche étaient considérablement engorgées. Les inguinales droites étaient légèrement affectées; celles qui étaient situées autour des vaisseaux iliaques externes et internes, de l’aorte , de la veine cave , aussi haut que le diaphragme , étaient fortement engorgées , et formaient une chaîne continue ; les plus grosses égalaient des œufs de poule , et avaient extérieurement une couleur de sang. Deux ou trois glandes du mésentère, une voisine de l’estomac , une autre située derrière l’un des muscles droits , et plusieurs du médiastin postérieur étaient légèrement engorgées, et en partie converties en matière verte.
Les gros vaisseaux lymphatiques, qui traversaient celles des glandes abdominales qui avaient une couleur de sang très- foncée , étaient remplis et distendus par un fluide rougeâtre. Le conduit thoracique contenait un fluide semblable , et n’était pas obstrué. Le tronc droit des vaisseaux absorbans était libre jusqu’à sa terminaison. Ni le bras gauche , ni les extrémité inférieures n’étaient œdématiées.
La membrane inlerne de 1 ariere pulmonaire et de ses branches, de l’aorte et de ses premières ramifications, étaient d’an beau rouge et avaient leur épaisseur naturelle.
La membrane muqueuse de la trachée et des bronches offrait un rouge foncé , et était parsemée de petits vaisseaux.
Aucune portion du cerveau ne paraissait affectée ; et les nerfs axillaires droits , qui se trouvaient compris dans le paquet des glandes engorgées, et dans la tumeur première, étaient également exempts de toute apparence morbide.
Second Cas .
Une femme qui avait souffert pendant quelque temps d’une singulière affection du bras, alla de mal en pis , fut prise de dyspnée , de faiblesse générale et mourut. Le tissu cellulaire sous-cutané du bras, depuis le coude en haut, était converti au côté interne, et sur environ la moitié du membre , en une masse solide charnue, d’environ un pouce d’épaisseur , qui soulevait les tégument» sous forme de tubercules. Deux ulcères profonds , dont la surface était sMe , les bords renversés et irré-
guliers , et qui donnaient un écoulement âcre, existaient sur cette masse. Les glandes axillaires, et celles qui sont au dessus de la clavicule , étaient changées en une substance tubercnlée volumineuse , qui ressemblait à la maladie première par sa dureté et sa couleur brunâtre. Le tissu cellulaire du muscle biceps contenait quelques petits dépôts de matière pareille, et on trouva dans le nerf médian , à environ deux ou trois pouces de son origine , quelques particules semblables , qui produisaient à peine des inégalités à sa surface.
De nombreux tubercules étaient répandus à la superficie des poumons et dans leur substance ; ils étaient blanchâtres, et d’une texture homogène ferme. La plus grande quantité se voyait près de la plèvre, et ils y variaient en volume depuis un grain de millet , jusqu’à celui du bout du doigt. Aucun n’offrait l’apparence de la suppuration. Les glandes bronchiales étaient engorgées.
Troisième Cas .
Sur un malade , qui avait été pendant quelques temps soumis à un traitement médical , pour un dérangement des fonctions intesli-
nales , et dont la respiration n avait été affectée que peu de jours avant sa mort , on trouva dans les poumons un grand nombre de tubercules très-gros ; ils étaient de consistance ferme , de couleur blanche , et de nature homogène. Quelques-uns étaient entièrement logés dans la substance des poumons, d’autres se montraient à la surface ; leur volume variait depuis celui du poing, jusqu’à celui d’une noix; ils ne contenaient aucun point de supuration; niais on voyait dans quelques-uns une teinte noirâtre , comme si la substance du poumon s’était imparfaitement convertie dans la tumeur. Dans les interva lies des tubercules le poumon était sain. Les glandes bronchiales étaient fortement engorgées.
On remarqua quatre ou cinq petits tubercules sur le cœur, sous la membrane séreuse.
Une grosse tumeur existait à la face supérieure du diaphragme, avec adhérence du poumon ; et une semblable se voyait sous le bord
le plus épais du foie.
Dans l’épiploon , il y avait aussi cinq ou six tubercules sphériques , durs , de différens volumes, et quelques autres plus petits sous le péritoine dans différentes parties de l’abdo¬
men.
Enfin on en trouva un dans un des reins ; il était blanc, ferme , et du volume d’une noix.
Quatrième Cas.
Le corps d’une femme , dont j’ignore absolument l’histoire , m'a offert une désorganisation remarquable dans le bassin.
Le col de l’utérus était détruit ; les reste de cet organe , la partie postérieure de la vessie , et l’antérieure du rectum formaient les parois d’une grande cavité , dont la surface rugueuse et irrégulière fournissait un écoulement horriblement fétide. La vessie y communiquait par une large ouverture , et le gros intestin par deux ulcères perforants, appartenants l’un au rectum , et l’autre à la courbure du colon. Le fond de l’utérus avait son apparence naturelle , mais la portion de cet organe qui contribuait à la formation de la cavité offrait une matière blanche et molle. Une semblable entourait le rectum , et l’unissait d’une manière ferme (|u sacrum ; elle pénétrait ja texture même de Pos , et l’avait rendu si mou qiUoar pouvait U couper avec le scalpel. Les glandes inguinales du
côté droit étaient converties dans une tumeur de même nature.
A la surface et à l’intérieur du foie existaient des dépôts de matière blanche , molle , de grandeurs variées.
Dans toutes ces parties la texture morbide était pareille. La macération l’amollit considérablement , et la pression la réduisait à une pulpe , qu'on n'aurait pas pu distinguer de la substance du cerveau»