‹ Mélanges de chirurgie étrangère (volume 2)Chapitre 7 sur 34 · PRÉFACE DE L’AUTEUR · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE L’AUTEUR

ELUI qui désire porter sur l'issue des maladies un pronostic assuré, et qui attache plus de mérite à un secours efficace , qu’à des spéculations plus ou moins ingénieuses ou subtiles , doit s’habituer de bonne heure à un examen exact et sévère de l’origine , des progrès et des effets des altérations morbides. La découverte d’un remède nouveau , l’invention ou le perfectionnement d’une opération chirurgicale peuvent être, à juste litre, regardés comme d’importans services rendus à la société ; mais si l’auteur néglige de décrire avec exactitude les maladies auxquelles s’applique avec succès son traitement particulier , il peut rendre nuis pour les autres les avantages qu’il avoit l’intention de leur procurer. Une application maladroite des meilleures méthodes peut, tout à la

fois, nuire an malade et décréditer l’inventeur £ et c’est aux descriptions inexactes , à l'obscur laconisme des auteurs . que nous devons attribuer le rejet, et peut être la perte irréparable de plus d’un remède précieux. C’est donc en perfectionnant l’histoire des maladies , en établissant avec netteté et précision leurs signes diagnostics , que nous parviendrons à donner aux découvertes , faites ou à faire , dans la partie pratique de la médecine, une utilité permanente. Les travaux d’anatomie pathologique auxquels se sont spécialement lu rés plusieurs hommes distingués, dans le but de rechercher, sur le cadavre, le siège et les causes des maladu s , ont été la source d’un grand nombre de découvertes , aussi importantes que curieuses; mais comme la description des signes extérieurs, et des symptômes caractéristiques de ces changemens morbifiques , ne nous a pas été transmise avec la même exactitude et les mêmes délads, l’art de guérir n’a pas retiré de ces recherches tout i’avantage qu’on aurait pu en attendre.

La chi rurgie moderne s’est, sans cloute , enrichie d’un grand nombre d’observations précieuses , dont on ne peut mer l’excellence intrinsèque , mais aussi long-temps que ces

matériaux continueront à rester épars, et tels qu’ils nous ont été donnés, simplement comme des exemples détaillés de cas particuliers, leur application à la pratique sera nécessairement difficile et bornée. Pour tirer de semblables collections tout le parti dont elles sont susceptibl es, il faut les généraliser, les disposer dans un ordre systématique et régulier, déduire les conséquences pratiques d’un nombre suffisant de laits bien authentiques, et déterminer avec exactitude les traits de ressemblance des maladies décrites, et leurs différences d’avec d’autres qui , quoique séparées par leur nature intime, s’en rapprochent cependant par leurs phénomènes sensibles.En effet, le récit d’un cas particulier, quelqu’exact qu’on le suppose, peut bien passer pour une copie fidèle de la nature, partiellement considérée dans un individu; mais ne saurait nullement prétendre a donner de toute îa maladie une idée complète.

Le corps animal est un tout clans lequel plusieurs systèmes différens sont combinés ensemble ; chacune de ces parties constituantes, considérée soit d’une manière absolue , soit dans ses rapports avec les autres, varie dans les divers individus , et de plus, est , chez le nicme, susceptible de changement à différentes

époques; d’où il suit, que l’application d’une même cause n’est pas toujours suivie des mêmes effets , et que des maladies semblables ne revêtent pas toujours les mêmes apparences» La forme d’une maladie peut encore être altérée par plusieurs circonstances locales et temporaires, parmi lesquelles on doit compter le mode de vivre et les remèdes administrés , comme très-capables de faire varier l’aspect et la succession des symptômes. Pour donner toute son utilité à la masse volumineuse et confuse des matériaux que nous possédons , il serait nécessaire de rejeter dans l’histoire des cas particuliers ce qui est commun à plusieurs, de séparer ce qui leur est étranger , de réunir les caractères essentiels , de distinguer les va- 5'iétés des différences génériques, et d’établir les ressemblances et les analogies naturelles. Celte manière régulière de procéder nous fournirait, avec le temps , un tableau fidèle , que l’observation future pourrait perfectionner , mais non dénaturer.

Tant que nous sommes privés de modèles authentiques auxquels on puisse rapporter toutes les observations , nous ne devons pas être surpris que deux maladies , dont les descriptions ne s’accordent point entr’elles ,

soient désignées par le même nom , tandis que d’autres seront, sous une dénomination semblable , combattues par des méthodes de traitement opposées. Ce défaut de principes fondamentaux peut servir à expliquer comment des faits simples ont été souvent embrouillés par de subtiles et spécieuses distinctions, et comment l'esprit a été égaré dans de minutieuses divisions de genres et d’espèces ; c’est aussi à la même cause que l’on peut attribuer comment on a cru découvrir des affinités et trouver des analogies , là où la nature avoit établi des différences incompatibles.

Dans tous les temps on a convenu , et Fou s’est plaint, des obscurités et de l’incertitude de Fart de guérir ; la satyre en a fait souvent son profit, d’autres y ont vu un motif de doute et de dégoût. L’on a attribué à diverses causes la lenteur des progrès et l’imperfection de cette branche imporlanté des sciences naturelles; niais parmi les divers obstacles dont il a été fait mention , je ne me rappelle pas qu’aucun auteur ait signalé la presque impossibilité de transmettre la science du médecin. Ceci doit

être pris dans un sens restreint , comme signifiant non pas que la science soit en elle- même mystérieuse et inaccessible, mais que Fétu'

(.liant ne peut saisir qu’avec difficulté et d’une manière imparfaite, les données sur lesquelles se fonde l’expérience du praticien. En décri» vaut les signes des maladies, nous sommes

obligés d’exprimer nos idées par des termes qui ne représentent pas exactement l’objet, La valeur et la signification des mots ne peuvent être pleinement comprises et clairement perçues que par ceux qui, comparant l’archétype avec le signe , peuvent ainsi acquérir les notions précises avec lesquelles ils s’associent dans l’esprit du maître.

En outre , l’instruction que nous acquérons par l’examen de plusieurs des apparences simples des maladies est d une nature particulière et bornée; et les idées composées, qui résultent de la combinaison de certains symptômes, étant des notions arbitraires et de purs produits de notre intelligence , f écrivain ou le maître, à moins de définitions parfaites et réelles , ne peut communiquer avec clarté les perceptions et les prémisses d’après lesquelles il a formé ses conclusions. Car comme le langage n’est pas assez riche pour désigner, par des termes précis , toutes les nuances des couleurs, quoique leur différence soit évidemment perçue , de même il y a une espèce de connaissance

pratique, composée d'idées simples provenant de (observation, qui ne peut s'exprimer exactement , ni par aucun terme approprié connu , ni par une périphrase.

Si donc nous considérons le grand nombre et la variété presque infinie des formes de maladie , le mélange des symptômes, leurs différences spécifiques et accidentelles , nous serons convaincus que l’étudiant ne pouvant acquérir des idées fixes que par l’intermède de ses sens, celui-là seul qui compare la description avec la nature meme , peut apprécier la valeur de l’enseignement.

Ün soin exagéré de déterminer les points de ressemblance des maladies , peut devenir à son four une cause d’inattention à leurs différences. Les compilateurs de nos tables synoptiques semblent avoir principalement dirigé leur attention sur ce point ; ils nous ont pourvus de cadres scientifiques des noms et des caractères communs des maladies; mais leurs travaux nosologiques n'ont eu pour résultat que de véritables vocabulaires de définitions nominales. Ces essais d’une ingénieuse classification peuvent avoir leur utilité particulière; mais ils ne nous aident que fotbleme.nl à ac-

quérir la connoissance clés signes diagnostics des diverses affections morbides.

L’application du raisonnement analogique aux maladies est une entreprise difficile et délicate; elle demande beaucoup de pénétration, de sagacité , et n’est pas à la portée d’un observateur ordinaire. Mais en pratique, il est souvent plus important de distinguer les différences que les ressemblances des maladies, et cette espèce de connoissance qui mettrait parfaitement un homme en état d’établir des classes, des ordres , des genres et des espèces serait tout à fait insuffisante pour le conduire à un mode de traitement rationnel et heureux.

Laissant donc aux nosologistes la question de savoir si le cancer doit être rangé dans les cachexies ou dans les affections locales, occupons-nous d’un objet plus intéressant, et tâchons de déterminer quels sont les signes qui le distinguent des autres maladies.

Il y a nécessairement dans toute maladie quelque chose de spécifique et de déterminé, qui lui donne un caractère particulier : le mode d’invasion, la progression, l’ordre successif des symptômes, et même la terminaison sont les moyens par lesquels nous pouvons arriver à la connaissance de ces propriétés essentielles; et

quoique des circonstances étrangères et aeci** dentelles puissent obscurcir et embarrasser cette recherche , il est cependant permis de présumer que les difficultés pourront être surmontées par un travail ingénieux et soutenu» Sydenham était tellement pénétré de l’importance de la recherche sur laquelle j’ai pour but d’insister, qu'il croyait que pourvu qu’il eût l’histoire vérilahie d’une maladie , il ne serait jamais embarrassé dans le choix des remèdes convenables. Sans prétendre discuter la vérité de cette proposition, l’on peut dire qu’il résulterait d’une pareille connaissance l’avantage évident de séparer des faits historiques les erreurs dont les écarts de l’imagination les entremêlent trop souvent, et de mettre les praticiens instruits et consciencieux en état d’agir avec promptitude et hardiesse, en même temps qu’elle tendrait a confondre l’impudence de ces guérisseurs , qui traitent une maladie pour une autre , exercent leur profession à tort et à travers , et dont les bévues même fondent la réputation.

L’ouvrage que je livre maintenant au public est un commentaire d une partie de l’histoire du cancer , telle que je Fai donnée dans

un premier ouvrage , dont iî peut en conséquence être considéré comme un supplément.

J’invite le lecteur qui y rencontrerait quelques faits ou quelques observations qui lui paroîtraient nouvelles , ou contraires aux opinions communément reçues . de les recevoir comme des matériaux destinés à des recherches subséquentes. L’auteur ne s’attache à défendre aucune opinion particulière, et serait plus désireux de voir l’histoire du cancer perfectionnée , quoiqu’il en dût coûter h ses propres observations, que d’acquérir de la réputation par des conjectures hardies ou des spéculations singulières.

Si l’on vient à trouver que l’ouvrage ne répond que très-imparfaitement aux observations précédentes, l’on doit peut-être attribuer ce défaut , en partie au petit nombre de matériaux que fournit l’histoire de la maladie, à riropossibilité de rassembler, au moment du besoin , les faits capables d’éclairer les difiicuîtés, de décider des questions embarrassantes, et a la nécessité de procéder par l’opération lente et précaire du temps et de roccasion , dans une recherche que l’on ne peut abréger par des expériences décisives.

Toutefois si ces motifs d'excuse étoient repoussés avec sévérité , l’auteur ose demander si jamais un ouvrage a été exécuté d’après le plan de perfection que l’esprit s’en était tracé.

Vol. II.

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