De la tendance du cancer à infecter toute
T économie.
S’il était prouvé que le corps entier peut être infecté par l’absorption du fluide provenant d’un ulcère cancéreux , de la même manière que la chose a lieu pour un ulcère vénérien , le traitement devrait en être considérablement modifié. Cependant , à juger de la théorie par la pratique , il semble probable que la plupart des chirurgiens considèrent le cancer comme une maladie locale , puisqu’ils en conseillent généralement l’extirpation , lorsque sa situation le permet. Il est encore incontestable , que le cancer est souvent solitaire, qu’il peut rester indolent pendant plusieurs années , qu’un ulcère cancéreux de la lèvre ou du sein peut être enlevé , à une époque éloignée de sa première apparition , et le malade être pour toujours à l’abri d’une
récidive. Le cancer peut, h la vérité , exister dans deux différentes parties du corps , eu meme temps; mais l’on en peut dire autant de tout autre ulcère. Quelle qu’ait été la théorie proposée sur ce sujet, elle a eu peu d’influence sur la pratique, et c’est avec raison; car ce n’est pas par des argumens tirés de l’analogie, mais par un exposé fidèle des faits , que la question qui nous occupe peut être exactement résolue. Je crois qu’en général les poisons morbides qui tendent & se propager euxmemes, portent à la constitution une atteinte d autant plus profonde , que leur action sur elle a été plus prolongée. Mais le temps de la durée d une maladie cancéreuse ne peut , en
a ^ ^ servir h calculer la probabilité d’une récidive.’
J-jOin que i extirpation précoce d’un cancer doive inspirer une sécurité suffisante contre le retour delà maladie, je pencherais à croire que , de deux malades affectés de cancer , l’un depuis sept mois et l’autre depuis sept ans, et chez lesquels l’ablation des parties malades aura été également complette , les chances d’une recliûte seront moindres pour le second
que pour le premier (i). Ma raison en faveur d’une opinion que quelques personnes pourront trouver extraordinaire est celle-ci : c’est que lorsque le sein , par exemple , est le siège d’un cancer , des portions de la glande éloignées du centre peuvent être affectées dans le même temps , sans que la maladie se développe chez toutes également , desorte que les unes ont acquis un volume considérable , tandis que les autres fixent à peine notre attention. Dans ce cas , l’on emportera les parties les plus évidemment malades ; mais comme la maladie est encore dans son augment , on ne peut être certain , à moins d’enlever la totalité
(1) M. Bell, qui a professé une opinion contraire, et qui attribue le défaut de succès a ce qu’on diffère l’opération jusqu’à lepoque de l’infection générale, s’exprime assez singulièrement en ces termes : « Nous » devons par conséquent recourir à l’opération dans le )> principe de la maladie, à une époque où, en gé- » néral , il n’y a probablement pas beaucoup de chance n de non-réussite. »
TVlais lorsque, conformément à son hypothèse, « l’infection a gagné tout le système, nous devont plutôt être surpris que l’opération réussisse aussi fréquemment qu’on le trouve dans le cours ordinaire de la pratique. »
du sein , de ne pas laisser quelque chose en arrière. Si , au contraire, la maladie s’est prolongée pendant plusieurs années sans faire de progrès, l’on en peut inférer, en général) que les limites en sont plus exactement déterminées»
Ce n’est donc ni d’après des raisonnemens fondés sur la supposition d’un virus en circulation dans tout le système , ni par quelques idées d’une irritation spécifique, que nous devons chercher à déterminer l’étendue d’un cancer , mais plutôt par un examen attentif des parties contiguës.
L’altération morbide n’est pas toujours bornée à la partie malade qui mérite strictement le nom de cancer; l’induration, ou l’ulcère primitif, n’est probablement que le centre d’un cercle , dont aucun signe extérieur évident n’indique exactement l’étendue. L’importance pratique de ce fait lui mérite toute notre attention ; il peut aussi servir à nous expliquer pourquoi nous sommes si souvent réduits a déplorer nos revers, après l’extirpation d’une partie affectée de cancer.
Lorsqu’un cancer a son siège dans la lèvre, l’excision complète de la par t ie malade est une opération , pour l’ordinaire , simple et facile , et réussit généralement» Mais Je succès
Yol. II. ' 4
est moins assuré lorsqu'on opère sur le sein, partie dont l'organisation e st plus compliquée, et dont les rapports sont plus étendus. Cette différence dans le résultat peut être, en partie, expliquée, parce que la maladie a souvent plus d’un centre, que nous ne pouvons reconnaître toutes les portions affectées, et que, d’un autre côlé , nous trouverions souvent cruel et inutile d’enlever une masse assez considérable pour assurer le succès de l’opération.
Celle-ci ne doit jamais être tentée , lorsque l’on n’est pas assuré de comprendre dans l’incision la moindre fibre altérée ; mais si l’étendue de la maladie est exactement déterminée , l’excision complète de la partie qu’elle intéresse trompera rarement notre attente.
De la délitescence du Cancer.
L opinion commune , chez les auteurs les plus recommandables , est que le cancer est en général produit, ou du moins entretenu, par un vice particulier de quelque humeur. De îè aussi l’opinion, chez quelques-uns , qu’un cancer ouvert était une sorte d'égout a l’humeur morbifique , et que lorsque l’affection locale
avait été enlevée et la plaie cicatrisée , celte humeur devait se déposer sur quelque autre partie , ou produire quelque dérangement général , en se répandant par la circulation. Mon dessein n'est pas, pour le moment, de m’engager dans la discussion de ce point de pathologie ; mais sans rejeter ni admettre for-» mellement l’hypothèse, je vais rapporter quel» ques faits remarquables, provoquant d’ailleurs l’attention des praticiens qu’une expérience plus étendue et plus précise peut seule mettre en étal de prononcer dans cette recherche , comme dans toute autre essentiellement pratique.
Il peut paraître étrange de parler du cancer comme d’une maladie mobile , susceptible de se porter d’une partie sur une autre ; cette opinion n’est cependant ni nouvelle , ni Iota» lement dénuée de fondement (r). Richard Wiseman a plus d’une fois donné l’idée de celle tendance du cancer à la métastase. Je me con-
(1) Aliis aulern sanato in mamillâ cancro , o cutis obvio , non mulbi post obortus in uterù latens est y qui miserrime patientes usque ad interitum excruciavit. ~-~ I^ab. a b Aquapend. , de Chirurg. opérai k p. 5o5,
tenterai de citer à ce sujet un seul fait extrait de ses ouvrages.
Sixième Cas (i).
Une dame , âgée de cinquante ans , d’une constitution très- mauvaise et scorbutique , portait une glande douloureuse dans le sein gauche Les sangsues, les cautères, et quelques onguens particuliers procurèrent du soulagement; mais la disposition mélancolique de la malade lui faisait toujours appréhender quelchose de sa tumeur, celle-ci cependant diminua et se dissipa. Quelque temps après, cette dame se plaignit de ressentir de la douleur dans le dos, et rendit de l’urine sanguinolente; ces symptômes qui s’aggravaient la déterminèrent à se rendre à Londres. Les médecins soupçonnèrent un ulcère dans les reins , la traitèrent en conséquence et l’envoyèrent à Tunbridge , d’où elle revint à-peu-près dans le même état. Elle se retira alors à la campagne, où elle jouit d’une santé passable. Je présume que la maladie des reins était due à la métastase de quelqu’une de ces humeurs acrimonieuses qui avaient affecté le sein.
(l) WlSEMAN; p. 106.
Septième Cas (i).
Une dame de qualité , affectée de cancer dans le sein droit, se soumit à l’extirpation de la partie malade avant qu elle s’ulcérât. Environ une année après, l’opération fut répétée sur le sein gauche, atteint de la meme maladie. Dès lors la santé de cette dame déclina rapidement, et elle présenta tous les symtômes d’un cancer de matrice, dont les douleurs atroces mirent enfin un terme h son existence.
Huitième Cas (2).
Une femme , qui portait dans le sein droit un cancer du volume de la tête d’un adulte, fut soumise à un traitement mercuriel , pendant lequel la tumeur diminua considérablement; mais en même temps il se manifesta une douleur violente et fixe dans le milieu de l’ humérus droit.
En examinant le bras , après la mort , on trouva le périoste séparé de l’humérus dans une petite étendue , h l’endroit même où la malade avait rapporté la douleur , et au dçs-
(1) Wan Swieten. Commentaria , rtc. $ 49 3.
(2) Sauvages. Nosologia method. , T. IL p. 27. Osteocopus cancrosus .
sous , une goutte d’un liquide ténu et l’impide ; i! n’y avait d’ailleurs pas d’autre changement apparent. L’auteur demande si l’on ne doit point attribuer cette érosion au virus cancéreux déposé sur ce point , et finit par remarquer que , quoique 3e fait soit rare , il ne faut cependant pas considérer ce cas comme uni-
BertrANDI pensait qu’on devait rarement pratiquer l’extirpation d’un sein cancéreux , lorsque les glandes axillaires sont malades. II craignait que l’humeur ne se transportât, particulièrement sur les articulations, où il l’a vue souvent produire une goutte cancéreuse formidable.
Dans trois cas de cancer du sein , les ma» Jades, après l’extirpation, jouirent, pendant deux ou trois ans, d’une bonne santé, mais succombèrent à la fin à une goutte cruelle, accompagnée de contracture des membres. Une quatrième femme, a qui il enleva un tubercule cancéreux au visage , se porta bien pendant trois années ; mais au bout de ce temps, elle fut saisie de douleurs violentes dans les articula fions (i).
(\) Opéré ai Âmbr. BertrAndi, lom. Il, p. 167,168.
Feu le docteur FoTHSïtGïLL , dans son histoire d’une affection douloureuse de la face , a manifesté l’opinion que cette maladie , de même que plusieurs autres cas de douleurs anomales, pourraient bien être liés a une disposition cancéreuse. Dans quatre cas d’affection douloureuse de la face, le docteur Foth- ERGiLL a découvert en même temps dans le sein des tumeurs dures, persistantes et douloureuses ; et dans deux de ces cas, les tumeurs devinrent moins douloureuses , lorsque le visage fut affecté. Ma propre pratique m’a aussi fait observer quelques cas assez semblables à ceux dont je viens de parler. J’ai connu des malades affectés de tumeurs du sein , ressemblant à des squirres, qui se plaignaient de douleurs erratiques et de symptômes fort semblables à ceux de la goutte irrégulière. Dans ces cas, dont j’ai été témoin, le squirre ne revêtait pas sa forme la plus fâcheuse , et les malades paraissaient succomber, moins h la maladie originaire, qu’aux accidens qui se déployaient consécutivement. La maladie du sein disparaît quelquefois spontanément, et au bout de quelques mois , la malade éprouve de \iolentes douleurs à la tête; d’autresfois l’estomac, les intestins ou les reins seront affectés. J’ai vu
un écoulement abondant de mucus provenant de la vessie , avec prurit et aphtes à la vulve , survenus dans l’espace de peu de mois , après la disparition subite d’une maladie suspecte du sein. Je ne prétends pas tirer quelque induction des faits que je viens de rapporter : ils sont en trop petit nombre, et leur description n’est pas faite avec cette scrupuleuse exactitude qui peut seule nous autoriser a en tirer des conclusions générales. L’expérience des praticiens éclairés, en ajoutant à la masse des faits bien authentiques, peut seule nous mettre en état de déterminer des principes d’une uti-^ lité très-étendue. Je me contenterai d’appeler l’attention du lecteur sur la circonstance dont j’ai parlé , savoir la disparition spontanée de tumeurs d’apparence squirreuse ; car ceci peut nous aider à rectifier notre jugement sur le mérite d’un grand nombre de remèdes , dont l’efficacité semble reposer sur les preuves les plus incontestables.
Des maladies cancéreuses en particulier ■.
i. Cancer du sein .
Le cancer attaque le sein des femmes , plus fréquemment peut-être qu’aucune autre partie du corps; mais comme cet organe est exposé à des maladies de nature beaucoup moins formidable, il devient d’une haute importance d’établir une distinction entre le cancer et ces maladies , qui lui ressemblent en quelque chose , mais qui en diffèrent toutefois essentiellement ; par leur marche et leur terminaison,
i . Le sein se tuméfie quelquefois graduellement et uniformément dans toute son étendue, jusqu’à ce qu’il ait acquis un volume énorme; cet engorgement n’est pas toujours accompagné d’une douleur aiguë ; mais pour l’ordinaire, la malade ne se plaint que d’un accroissement de sensibilité dans la partie , qui l’incommode surtout par son poids et son volume (i).
(i) Cette maladie a été signalée par Forestüs, Sen^ nert, Ludovigus Merc at us et autres,
J’ai vu cette maladie causer beaucoup de chaleur et de rougeur , un sentiment douloureux de distension, et une affection symptomamalique de tout le système ; d’autresfois la peau du sein ne change pac de couleur. Les femmes vouées au célibat y sont exposées comme celles qui ont eu des enfans, et elle ne paraît pas dépendre d’un état spécial de la constitution.
Lon obtient , en général , du soulagement, et quelquefois une guérison parfaite , des saignées locales fréquemment répétées , par le moyen des sangsues ou des ventouses. Il convient d’administrer un purgatif, une ou deux fois par semaine, et de prescrire un régime sévère; car sans une sobriété exacte et soutenue, toute espèce de remède sera inutile. Il devient quelquefois nécesssaire d’amputer le sein, non qu’on en ait à redouter la dégénérescence cancéreuse, mais pour débarrasser là malade d’un fardeau incommode, qui gêne les mouvemens et rend l’existence insupportable. En pratiquant ceîte opération dans ces circonstances , il y a lieu de croire que le succès en sera permanent.
2. La substance glandulaire du sein est souvent le siège d’une inflammation chronique ,
caractérisée pour l’ordinaire , par une tumeur dure, douloureuse , mobile, profondément située, accompagnée d'un sentiment de chaleur, de pulsation et quelquefois de douleurs lancinantes dans le centre de la partie malade. La peau conserve, en général, sa couleur naturelle dans le commencement , mais elle devient rouge et douloureuse lorsque la suppuration doit avoir lieu. J’ai plusieurs fois observé cette maladie chez des jeunes femmes , qui en avaient été attaquées sans cause connue. Je n'ai vu la suppuration que dans un seul cas; et il est probable qu’elle n’aurait pas eu lieu, si la malade avait réclamé à temps les secours de l’art.
Les saignées locales , fréquemment répétées , comme je l’ai conseillé ci dessus , sont ici le meilleur mode de traitement lorsque la maladie est récente. Le sein doit être couvert de compresses imbibées d’eau végéto-minérale, jusqu’à la guérison des piqûres des sangsues ou des petites incisions du scarificateur. Nous devons alors recourir h un résolutif plus puissant, tel que, par exemple, le sel ammoniac, dissous dans un mélange d’eau et de vinaigre. La malade sera purgée une ou deux fois par semaine , et observera un régime sé-
vère. Lorsque l’engorgement et la dureté persistent après que la douleur a été dissipée, de petites doses de sublimé ou de calomel , prises pendant un mois ou six semaines, obtiendront souvent une guérison complète (i). Quelques praticiens sont dans l’usage de joindre au calomel l’extrait de ciguë; mais je ne prétends pas déterminer jusqu’à quel point ce remède peut résoudre la dureté et accélérer la guérison.
3. Le sein peut , dans les deux sexes , être le siège des scrophules ; mais cette partie en est plus fréquemment attaquée chez les femmes
(i) Eschenbacii a rapporté deux cas qui ont cédé à un traitement assez semblable à celui que j’ai recommandé. Il ajoute ensuite : Spurïos mammarum scirrhos
vocavi tumores in observatione narratos , quia farmam
scirrhi iucipientes externarn } aut potins sarcomatis in
mamma oborti et successive in scirrhum , tandemque
in cancrurn de gener antis , perfectè œmuiantur : ratione prognosis ver 6 maxhnoperè ab hisce moi bis chirur -
gicis différant , resolutione nimirum termïnati semper
adeoque omni noxa timenda ulteriori expertes. Signum
eorumdem spéciale subitaneum constituit incrementum y
quod occasione data capiunt.
Eschenjbac(i) * * * * * * * * * 11 . Observata anat. chir. medica rariora}
que chez les hommes. La bénignité des premiers ■symptômes et la lenteur de leur marche, donnent souvent, dans le principe, à cette maladie, un aspect équivoque, qui peut la rendre plus difficile à distinguer du squirre malin , qu'aucune de celles dont il a été question jusqu’ici. Le cas suivant éclaircira celte observation.
Neuvième Cas .
Une femme mariée , âgée de trente ans en» viron , et mère de plusieurs enfans , me consulta pour une maladie du sein , déclarée cancéreuse par un chirurgien, qui avait fait prendre à la malade une telle quantité de mercure , que , lorsque je la vis pour la première fois , elle était en pleine salivation. Je trouvai tout le sein gauche dur , peu volumineux , et fortement adhérent aux parties subjacentes ; des douleurs lancinantes se faisaient sentir au travers de la tumeur, la peau avait pris une teinte d’un rouge- sombre , et une sanie ténue suintait de deux ou trois petites ouvertures. Les glandes de faisselle étaient tuméfiées et dures, le pouls fréquent , la maigreur considérable, la malade, en un mot, paraissait consumée par une fièvre hectique. Mon avis fut que la
maladie n’était pas cancéreuse , que le traitement mercuriel devait être suspendu , et remplacé parle quinquina et autres toniques. L’oa appliqua sur le sein un cataplasme composé de farine de lin et de lait , et Ton adopta un régime plus substantiel. En suivant ce plan de traitement, auquel diverses circonstances firent seulement apporter quelques variations momentanées, la malade fut parfaitement guérie au bout de deux mois.
La totalité du sein paraissait ici envahie par les scrophules ; mais plus communément , il ne Lest qu’en partie , et Pabcès a son siège dans les tégumens communs. Dans ce dernier cas, il y a , ce me semble , peu de probabilité de confondre les scrophules avec le squirre ; mais il est plus facile de commettre celte erreur, lorsque la maladie a attaqué la substance de la glande , surtout si elle s étend en même temps jusqu à l’aisselle.
Je crois que l’on reconnaîtra, en général , lorsque le sein est affecté de scrophuie , que la maladie est, dans son commencement, p!us également étendue , qu’il y a moins de dureté, que la peau change de couleur de meilleure heure ; que le pus se forme plus rapidement,
et qu’en fm îa partie ulcérée revêt bientôt l’aspect d’im ulcère scropbuleux.
Lorsque le sein se tuméfie uniformément dès le commencement de la maladie , qu’une pression légère cause de la douleur , que la chaleur de la partie est au-dessus de l’état naturel , et que ces symptômes s’accompagnent d’un trouble général plus ou moins grand , la maladie n’a aucune disposition à se terminer par un cancer.
S’il existe dans le sein une ou plusieurs tumeurs , qui aient été , dès leur formation , accompagnées de douleur ou de sensibilité ; et si, en même temps, ces tumeurs paraissent composées de plusieurs autres plus petites, il y aura peu de raisons de craindre qu’elles soient de nature squirreuse. Je terminerai cet article par quelques observations sur l extirpalion du cancer du sein.
L’on conseille généralement l’excision de la partie malade, lorsque la nature de la maladie est évidemment cancéreuse, et c’est avec grande raison, jusqu’à un certain point. Mais il n’est pas aussi facile de déterminer l’époque précise à laquelle l’opération doit être pratiquée» Si , pour s’y prendre de bonne heure , l’on se fonde sur la plus grande facilité qu’on
trouve à extirper une petite tumeur quune grosse , Ion donne un motif plus spécieux que solide ; car une tumeur d’un pouce de diamètre exige une incision aussi étendue qu’une tumeur d un volume double. La plus forte raison, en faveur d’une prompte excision, est déduite du danger probable de l’extension de la maladie et de l’envahissement progressif des parties voisines. Cet argument a quelque chose de vrai ; mais il est peut-être plus populaire que scientifique. La lecture des auteurs nous apprend qu'on appliquait le même raisonnement à prouver la nécessité d’amputer de bonne heure un membre gangrené ; une observation plus attentive a cependant fini par démontrer la convenance de différer l’amputation, jusqu’à ce qu’il se soit établi une ligne de séparation, entre les parties mortes et les parties vivantes.
J’ai déjà montré que, même en extirpant un squirre commençant , le chirurgien 11e peut être assuré d’avoir enlevé du sein toutes les parties altérées, et par conséquent d’avoir mis la personne opérée à l’abri d’une rechûte. La douleur , la fétidité , le poids incommode d’un sein malade , la crainte qu’en le laissant subsister il ne compromette la santé ou la vie,
peuvent en rendre l’extirpation convenable; mais quant à la sécurité contre une reehûte , que Ion croirait trouver dans l’opération pratiquée de très-bonne heure, je pense que toutes les fois que l’on extirpera un vrai squirre pendant la période de son accroissement, la chance du succès sera nécessairement très-incertaine. J ajouterai à 1 appui de cette opinion, qu’il n’est pas rare, pour le chirurgien, de rencontrer, en extirpant un squirre peu volumineux du sein, de petites portions de substance morbide, semblables à des glandes , répandues ça et là dans cet organe , souvent à une grande distance du siège principal de la maladie; et que ces tubercules n avaient probablement point été remarqués jusqu’à ce que l’opération eut mis à découvert l’intérieur du sein.
La fréquence de semblables cas me porta a conclure, que le squirre le plus apparent, que Ion enlève , doit être plutôt considéré comme le premier dans l’ordre d’un développement successif, que comme l’effet unique et solitaire de la maladie; et que l’altération morbide peut être tres-étendue, quoiqu’à peine accessible aux sens de 1 opérateur. Si pour répondre a cette objection l’on proposait d’emporter, dans tous les cas, une portion eonsidé- Vol. II. n
rable du sein , Ton devrait alors abandonner complètement la raison de la petite étendue comparative de la plaie , produite en faveur d’une prompte extirpation. Il est vrai que les altérations morbides de nature cancéreuse présentent souvent une telle variété dans les divers individus qui en sont atteints, qu’il est peutêtre impossible de tracer des règles générales de conduite qui n’admettent pas d’exceptions; mais je suis persuadé , d’après ma propre expérience , que la plus grande sécurité qu’on puisse donner au malade , dans toute opération de ce genre, est d’enlever largement la substance du sein.