‹ Mélanges de chirurgie étrangèreChapitre 10 sur 21 · DILATATION ARTIFICIELLE · texte numérisé non relu

DILATATION ARTIFICIELLE

DE L'üRÈTRE CHEZ LA FEMME >

Par H. T. Thomas, membre de ia Société

Royale.

Extrait des Transactions médico-chirurgicales , yoh i„

TRADUIT DF. l’àNGLAIS,

Par J. P. Dupin, Docteur-Chirurgien.

Le dimanche , 26 Avril 1807 , je fus appelé à voir, dans la campagne, une dame âgée de 34 ans , et mère de plusieurs enfans. Le matin du même jour elle avait été , sans cause connue , affectée d’une rétention d’urine ; privé de tout secours médical prompt, son mari (qui avait passablement lu sur ce sujet), prit sur lui de la soulager. Dans ce but, il introduisit un cure oreille d’ivoire dans le méat urinaire, et burine coula sur le champ ; mais comme la quantité évacuée ne répondit pas entièrement

à son attente, il introduisit une seconde fois l’instrument, qui alors échappa de ses doigts , et glissa tout-à-coup, suivant son expression, avec secousse dans le corps. Lorsque je vis la malade, six heures après, je la trouvai sans douleur , et sans autre inconvénient que celui d’une grande agitation morale. En sondant , je découvris promptement le corps étranger, et je le saisis avec la même facilité , au moyen d’une petite pince à polype ; mais toute tentative pour l’extraire était accompagnée d’une douleur considérable, et suivie d’un léger écoulement de sang , ce qui me fît juger que l’instrument était placé en travers, dans la vessie, et que ses extrémités étaient engagées dans les faisceaux des fibres musculaires, en sorte que toute tentative ultérieure d’extraction ne pourrait qu’être nuisible. Je me contentai , en conséquence, de faire administrer un lavement, et de prescrire l 'usage de boissons délayantes et mucilagineuses abondantes ; je conseillai aussi de donner au corps , en urinant, une posture telle que l’orifice de la vessie fût la partie la plus déclive.

Le lundi à deux heures, je trouvai la malade fort indisposée, et ayant passé une mauvaise nuit ; le pouls était fréquent , la facei

vuîtueuse, la langue chargée ; un léger degré de sensibilité commençait à s’emparer de Sont l’hypogastre. Ces symptômes indiquaient évidemment la convenance d’enlever promptement la cause de l’irritation; et comme j’étais arrivé muni d’un bistouri cadré , je proposai d’inciser la vessie immédiatement ; mais le mari s’y opposa absolument , parce qu’il avait eu connaissance d’un cas de taille chez une femme, qui depuis avait été pour toujours atteinte d Incontinence d’urine.

Apr ès quelque hésitation, et, je dois l’avouer, avec peu d’espérance de succès , j’introduisis dans l’urètre une tente d’éponge, de il trois pouces de long , et un peu plus épaisse | qu’une grosse sonde de femme, recommandant de la retirer au bout de deux heures, ou même plus tôt , si elle venait à causer beaucoup de i douleur ou d’inquiétude. J’eus soin de ra’oppoi ser à ce que quelque partie de l’éponge, venant ; à se séparer, ne glissât dans la vessie , en la ; traversant dans toute sa longueur d’un fort r cordon assujetti aux deux bouts par un double nœud.

Dans la soirée, on m’apprit que la malade ; avait supporté la tente près de six heures , sans trop d irritation , et que pendant tout ce

temps burine avait coulé peu à peu. l'envoyât une autre tente un peu plus grosse que la première ; avec le conseil de l’introduire le lendemain à midi , et de la laisser en place jusqu’à ma visite, à deux heures. En arrivant je trouvai la malade assez bien, et après avoir retiré la tente , je passai le doigt indicateur de ma main gauche dans la vessie, où je sentis le cure oreille placé en travers du col. Il me parut d’abord impossible de le dégagerons déchirement, de la position dans laquelle il semblait si solidement fixé ; mais en tournant la main, et glissant le bout du doigt au-dessous , et vers l’extrémité obtuse de 1 instrument , je le délogeai promptement , et il s’échappa au travers de l’urètre , îe long de mon doigt. Il avait trois pouces de long ; un des bouts était beaucoup plus pointu que l’autre. Je laissai mon doigt dans la vessie , à ce que je peux présumer , pendant l’espace de cinq minutes, uniquement dans le but d’examiner la force de contraction de ce viscère. Les sensations que j’éprouvai ne répondirent en aucune manière aux idées que je m’étais formées , car au lieu de la compres sion que j attendais de la part du sphincter e de la vessie , je ne rencontrai par tout qu’une: substance pulpeuse , rf offrant aucune résis--

tance, et totalement insensible à la stimulation que je cherchais à produire avec l’ongle ; cette inaptitude à la contraction était due peut être à la distension partielle de la vessie exercée pendant si longtemps parle cure oreille. La même cause ne peut cependant rendre raison du relâchement général, qui avait eu lieu dans l’urètre, et qui était tel qu’avant que je retirasse mon doigt , je pense que , si le cas l’eut exigé, le pouce et l’indicateur auraient pu passer à la lois dans la vessie, sans la moindre difficulté.

Le jour suivant, 3a malade était si bien, qu’il n’y avait pas de raison pour demander un nouvel examen des parties ; l’on me donna à entendre que l’incontinence d urine n avait duré que six heures , et que cette dame jouis¬

sait maintenant de l’entière faculté de la rendre, sans éprouver d’autre incommodité qu’une légère cuisson dans son passage le long de l’urètre.

Mon intention, en publiant ee cas, est de montrer avec quelle promptitude , et combien peu de douleur, l’urètre peut être dilaté chez les femmes. Le procédé employé pour opérer la dilatation n’offre rien de nouveau. Il a été proposé, il y a près d’un siècle, par Douglas, qui conseille non-seulement l'éponge, niais

encore la racine desséchée de gentiane, comme susceptible d’une expansion plus graduelle , et plus propre au but désiré.

M. Broomfield a rapporté le cas d’une jeune fille, chez laquelle il opéra la-dilatation , en introduisant dans la vessie le cæcum vide et plissé d’un petit animal, le remplissant ensuite d’eau tiède avec une seringue, et le retirant peu a peu, à mesure que le col s’ouvrait pour lui livrer passage. Dans peu d’heures, la dilatation fui amenée au point de permettre l’extraction d’un calcul.

Je ne saurais dire pourquoi quelqu’un de ces procédés n’a pas été plus généralement adopîj ; l’incontinence d’urine, que Son a vu quelquefois succéder à une grande distension de l’urètre, est peu-être la raison qui les a écartés de la pratique. Je crois cependant que la méthode actuelle ordinaire , pour l’opération de la taille , n’expose pas moins a ce fâcheux accident.

Il existe plusieurs cas bien constatés, où des calculs plus gros que des œufs de poule , ont été chassés de la vessie par les seuls efforts de ce viscère. Heister rapporte d’après de bonnes autorités plusieurs exemples de ce genre; u.' autre très-remarquable est consigné , par le

docteur Molîneux, dans un des premiers volumes des transactions philosophiques ; Ton y voit une femme faire passer par rare ire une pierre qui mesurait 7 ~ pouces, dans sa plus grande circonférence, 5 f pouces autour de sa plus forte épaisseur, et qui pesait 2 fonces, poids de troy.

Si Ton doit ajouter foi à ces récits , et il n’y a pas de raison pour en douter , je conçois a peine que chez une femme jeune et bien portante , dont la vessie est saine , il se présente un cas, où une pierre d’un volume considérable ne puisse être extraite avec sûreté , sans le secours d’aucun autre instrument que les tenettes , en ayant préalablement dilaté l’urètre avec des tentes d’éponge. Il n’est pas nécessaire que les mors des teneltes soient aussi épais , et aussi forts que ceux dont on se sert ordinal- : rement.

L’on a pu remarquer souvent que les fibres ; musculaires, une fois distendues jusqu’à un cer- ; tain point, c’est-à-dire, au-delà de leur puisj sance de réaction immédiate, permettent un

I allongement sans se rompre , et cependant ,

II lorsque la cause cesse , recouvrent en entier et

1 très-promptement leur faculté contractde première. Lorsque la luxation du fémur a lieu en

Page 1