TROIS CAS DE CALCULS
Extraits de T urètre , sans emploi d’ ins t rumens tranchons , par Asiley Cooper 5 membre de la Société Royale ; chirurgien de V hôpital de Guy.
Extraits des Transactions médico-chirurgicales, v. "VIII.
TRADUIT DE l’aNGLAIS ,
par J. P. Dupin ? Docteur Chirurgien,
Le premier volume des Transactions médicochirurgicales , renferme un mémoire très-intéressant de M. Thomas , sur la dilatation du méat urinaire. À la lecture de ce mémoire , je résolus de saisir la première occasion qui se présenterait , d’appliquer le même principe à Texlraciion d’une pierre de la vessie ; et ayant donné a connaître dans mes leçons l’heu-
reuse issue d’un cas de ce genre , deux de mes
amis, M. Wright.de Nottingham, M. John Okes de Cambridge, employèrent les mêmes moyens avec un succès égal.,
Premier Cas .
Phillis Keen ne pouvait garder son urine , depuis son dernier accouchement, qui avait eu lieu dans l’été de 1809; elle fut admise le ^o Mai 1810, dans rhôpilal de Guy , ayant les symptômes de la pierre. Le jeudi 21 Juin, à midi , un morceau d’éponge fut placé dans Furètre , et retiré le lendemain à une heure ; des tenettes moyennes furent alors introduites dans la vessie, et l’on fit l’extraction d’une pierre, de plus d’un pouce de long, sur trois quarts de pouce de large. Le 27 Juin, cette femme fut renvoyée guérie , et débarrassée des acciclens de la pierre ; mais l’incontinence d’urine subsistait, lorsqu’elle quitta l’hôpital, comme avant l’opération.
Second Cas .
M. John Wright de Noltingham , ayant eu connaissance du cas précédent , pratiqua l'opération , et m’adressa la lettre suivante *
Monsieur.
J'espère qu’il vous sera agréable de recevoir communicâlion du cas suivant , d’extraction cie la pierre chez une femme , et vous prie en même temps d’accepter le calcul.
Je suis, etc» John Wright*
Elisabeth Nuit, enfant foibîe et de petite taille, âgée de six ans, était affectée des symptômes de la pierre depuis quatre ans, lorsqu’elle entra dans l’hôpital général de Nottingham le 28 Avril 1812. L’urètre delà malade fut dilaté par le moyen dîme tente d’éponge jusqu’au 5 Mai, et l’on put alors extraire avec une pince à polype une grosse pierre pesant une once et demie (avoir du poids). Cette petite fille quitta la maison , délivrée de la maladie , le 9 du même mois , quatre jours seulement après l’extraction.
Nottingham, 12 Mai 1812*
J’ai reçu aussi la lettre suivante de mon ami
et élève M. Okes :
Monsieur.
Permettez moi de vous exposer avec détail un cas d’extraction de calcul de la vessie uri~
ïîaire après la dilatation artificielle de l’urètre» Je suis, etc. John Okes.
Ce n’est pas sous le rapport de la nouveauté, que je mets sous vos yeux le cas actuel, mais plutôt comme une preuve nouvelle de la dilatabilité , et de la contractilité de l’urètre chez; la femme. Les orifices de la matrice, du va "in,
et du rectum sont susceptibles d’une dilatation prodigieuse , et M. Thomas a rapporté, dans, le premier volume des Transactions médicochirurgicales, un fait qui démontre que l’urètre de la femme peut non-seulement acquérir un de "ré de dilatation très-étendue, niais encore» après une semblable extension, recouvrer sa. tonicité , de manière à mettre la malade à
l’abri de l’incontinence d’urine , accident qui résulte presque inévitablement» de l’incision du sphincter de la vessie.
En Juin ï8i5 , une fille d’environ onze ans , portant un calcul dans la vessie , me consulta, en m’exprimant la résolution de se soumettre à une opération quelconque, qui lui offrirait la chance d’etre délivrée de ses cruelles souffrances. Il fut décidé qu’on dilaterait l’urètre avec des tentes d’éponge; et comme la santé générale de la malade était bonne, on ne fit d’autre pré-
paration que d’administrer un purgatif avant d’entreprendre l’opération. Le soir même du jour où la médecine avait été prise, un morceau d’éponge préparée lié d*un cordon, et aussi gros qu’il fut possible, fut placé dans l’urètre ; la malade prit immédiatement après quarante gouttes de teinture d’opium; elle passa une nuit assez tranquille , l’urine s’écoulant au travers de l’éponge. Le lendemain matin , on retira celle-ci qui était extrêmement gonflée, on en introduisit de la même manière un second morceau plus gros , et i on prescrivit la même dose de teinture d’opium. Cette seconde tente produisit plus de douleur que la première, mais pas assez pour faire renoncer au plan adopté ; l’éponge fut en conséquence introduite matin et soir, pendant trois jours, en augmentant son volume autant que possible, et administrant par intervalles autant de teinture d’opium qu’il était nécessaire pour appaiser la douleur. L’après-midi du troisième jour, l’urètre paraissant suffisamment dilaté pour permettre une tentative d’extraction, Ton fit passer facilement dans la vessie des tenettes, au moyen desquelles le calcul fut retiré sans beaucoup de difficulté. Celte extraction aurait été encore plus facile, si le calcul ne se fut pas trouvé saisi dans le
sens de son plus grand diamètre; les parties cependant 11e furent pas notablement offensées, et il ne coula que quelques gouttes de sang après l’opération.
La jeune fille eut un bon sommeil pendant îa nuit, et présenta le lendemain quelques légers symptômes fébriles. Ils furent combattus par le traitement ordinaire en pareil cas ; l’urine coula involontairement pendant trois jours ; rincontinence cessa à cette époque , et la malade a toujours dès lors joui de la faculté de retenir parfaitement son urine.
Le calcul, dont je vous envoie la gravure dans ses dimensions naturelles, pesait quatre gros ; il a trois pouces f dans sa grande circonférence , et trois pouces | dans la petite ,
et comme les tenettes le saisirent malheureusement dans le sens de son plus grand diamètre , l’on accordera facilement, en ajoutant l’épaisseur des mors, que la distension de l’urètre égalait un cercle de trois pouces | de circonférence.
Le résultat heureux de cette opération, même avec îa circonstance défavorable de îa manière, dont la pierre a été saisie , est une preuve de plus en faveur de la méthode par dilatation ; il faut aussi observer qu’un avantage parti-
culier à Femploi de l'éponge, comme moyen de dilatation de l’urètre, est de permettre en même temps l'écoulement de l’urine , et de s’opposer ainsi a 1 irritation que causerait la rétention de ce liquide dans la vessie , si l’on se servait de toute autre espèce de tente.
Remarques .
Chez les adultes, il ne sera pas nécessaire de laisser séjourner le morceau d’éponge plus de vingt-quatre heures, pour permettre l’extraction d’une pierre de gros volume sans trop d’irritation; mais chez ies enlans, la dilatalion doit être plus graduelle , parce que leur irritabilité plus grande la leur rend plus douloureuse. La rétention de l’urine, pendant le séjour de l’éponge dans l’urètre, cause aussi une irritation considérable , et il serait en conséquence convenable de pratiquer sur un des côtés de la tente , une gouttière qui permît à l’urine de s’échapper, ou, comme l’a conseillé mon ami M. C. Ilutçhinson , de placer un cathéter dans le centre (i).
(i) Il est assez singulier que M. Cooper se propose
Cette méthode offrira un grand avantage , si l’on vient à constater que, dans la majorité des cas, la faculté de retenir l’urine subsiste après l’extraction de la pierre, car la plus forte objection qu’on peut faire a l’emploi du gorgeret ou du bistouri, dans la taille chez les femmes , est l’incontinence d’urine qui en est la conséquence, et qui, rendant la malade à charge à elle-même , et aux siens , l’expose à des excoriations perpétuelles. M. Hey a conseillé , il est vrai , l’introduction d’une éponge dans le vagin , dans l’espoir que le rapprochement constant des bords de la plaie en provoquera la réunion ; lorsqu’on a recours à Fins trament tranchant, l’on peut, en effet, tenter ce moyen.
Un autre avantage de cette méthode est de pouvoir être employée aussitôt que l’on vient à reconnaître une petite pierre dans
celte difficulté, après avoir vu, dans les cas cités, que îa présence de l’éponge dans l’urètre ne s’oppose pas à un suintement de l’urine suffisant pour prévenir la dis-: tension de la vessie.
Note du Traducteur «
la vessie , alors que l’extraction en est trèsfacile et à une époque où I on oserait à peine proposer une opération plus dangereuse , plus importante , et plus douloureuse.
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