‹ Mélanges de chirurgie étrangèreChapitre 18 sur 21 · TRADUIT DE L ANGLAIS · texte numérisé non relu

TRADUIT DE L ANGLAIS

par Ch» Th. Maunoir ? Doct.-Chirurg. Prof,

Les maladies de la glande lacrymale ne sont pas aussi fréquentes que devrait le faire supposer la considération de la structure et des fonctions de celte glande , et la connaissance de l’influence inexplicaÎDle, que les différentes affections du corps , et les émotions de Fâme^ exercent sur cet organe.

Ce degré de susceptibilité, par lequel les fonctions de celte glande sont plus ou moins exaltées , dépend de causes qui sont obscures, eu grande partie; d est particulier à celle glande, et il varie selon i âge , le sexe, et le tempérament. Aussi a-t-on considéré comme un phénomène extraordinaire , qu’un organe , dont la structure est, en apparence, aussi délicate que celle des glandes de la meme classe, qui a des relations directes de communication nerveuse avec d’autres sens , qui est doué de sympathies très-étendues, soit moins sujet aux affections morbides, que des organes de structure semblable, qui, si on les compare, sont isolés par rapport à leurs connexions sensitives, et qui ne sont point soumis à l’influence des stimulus de l ame.

On ne peut nier l’exactitude de cette observation. Cependant , ayant vu plusieurs cas de maladies de cette glande, je suis porté h croire, qu’elles ont lieu plus fréquemment qu’on ne l’a soupçonné. C’est le résultat de mon expérience sur ce sujet, que je vais présenter dans cet opuscule.

Inflammation aisiie.

La glande lacrymale est sujette à l'inflammation aigiie ; quelquefois celle-ci est idiopathique, mais clans la plupart des cas que j’ai observés , l'inflammation s’est développée à Ja suite de celle de la conjonctive, ou de quelqu’autre forme cl’ophthalmie. J’ai vu l’inflammation de cette glande, accompagner la psorophihalmie des nouveau-nés, lorsque cette maladie étoit intense, ou aggravée par négligence, ou par l’usage inconsidéré des applications stimulantes ou astringentes. Il est même probable que , dans quelques cas , l'inflammation de cette glande dans les ophlhalmies ordinaires , précède ou produit les symptômes , qu’on attribue généralement à l’i iifla Himation de l'œil seul.

Les malades, atteints d oplithalmie, conviennent souvent que les premiers symptômes de leur affection se sont déclarés par une violente douleur au front et à la tempe , par un écoulement abondant de sérosité , et par un sentiment de plénitude dans la paupière supérieure ; que ces symptômes ont bientôt été

suivis par l'impossibilité de soutenir la lumière,, et par l’inflammation du globe de l’œil.

Dans d’autres cas, la douleur de l’orbite, la sécrétion plus abondante des larmes, la sensiloili té morbide de l’œil , ont duré pendant plusieurs jours , sans grande inflammation aux membranes superficielles, ce qui semble donner à la maladie quelques-uns des caractères d’une ophthalmie profondément située.

Les symptômes de l’inflammation aigüe de Ja glande lacrymale sont une douleur intense dans l’orbite, particulièrement sous l’extrémité temporale du sourcil ; cette douleur s’étend jusqu’à la tempe et aux joues , en arrière dans l’orbite, et meme jusqu’au crâne; les larmes sont supprimées, ou bien leur sécrétion est fort augmentée , mais le dernier cas est le plus fréquent ; alors le malade se plaint de leur chaleur , et de leur âcreté ; au bout de quelques jours, les paupières et les joues s’excorient dans une certaine étendue, les paupières, mais surtout la supérieure, se tuméfient, sont rouges el tendues , l’inflammation s’étend jusqu’à la conjonctive, et aux autres membranes de l’œil, l’ophthalmie prend alors une forme fâcheuse, et opiniâtre. Il arrive cependant plus fréquemment que l’inflammation commence par la

conjonctive > el que de là elle passe à îa glande.

Lorsque l’inflammation de cette glande est portée au plus haut degré, on remarque une fièvre symptomatique très-forte , le malade perd le sommeil, la face est rouge, surtout du côté affecté; des douleurs aigries se font sentir dans toute la tête et l’orbite, elles sont quelquefois accompagnées de délire, de strabisme, d’altération dans la vue , et d’une saillie du globe proportionnée à l’étendue du gonflement.

Les remèdes sur lesquels on doit le plus compter, dans le traitement de cette affection, sont la saignée générale, l’application des sangsues sur les surfaces voisines , l’évacuation du sang par les ventouses au front, et à la tempe, 3es fomentations chaudes , les purgatifs inercuriaux , salins et antimoniaux. Mais si l’inflammation s’étend jusque dans l'intérieur du crâne , ce que l’on connaîtra par le délire , et un violent mal de tête, on aura recours aux moyens qu’on emploie avec succès dans les cas de frénésie; qui dépendent de toute autre cause.

Inflammation chronique »

L’inflammation chronique de la glande lacrymale est une maladie qui n’atteint presque que les enfans ; elle dépend probablement d’une indisposition scrofuleuse, La glande est fortement tuméfiée, la paupière supérieure offre une enflure œdémateuse occasionnelle ; le malade se plaint rarement de douleurs , mais il éprouve, en général, une sensation pénible de plénitude , au-dessus du globe de l’œil , une difficulté à le mouvoir aussi facilement que celui du côté opposé, cette disposition produit le strabisme, une vision double ou peu distincte, Lorsque la tumeur est grosse , ce qui arrive rarement , l’œil est projeté.

Les personnes atteintes d’inflammation chronique a la glande lacrymale , sont exposées h des attaques d’ophîhalmie scrophuîeuse ou pustulaire. J’ai eu dernièrement à soigner celle forme d’ulcère de la cornée , à la quelle M. Travers a donné le nom d’ulcère chronique des interstices des lames de la cornée , dépendant en apparence de {inflammation chronique de la glande lacrymale , ou d un état morbide de la sécrétion de cet organe.

Dans celle maladie , ce qui réussit le mieux, c’est l’application de quelques sang-sues dans le voisinage de la glande , lorsque l’affection est récente, et une succession de petits vésicatoires au front, ci la tempe, et derrière Poreille; ce sont de petites doses de calomel , de pilules bleues , ou de quelqu’autre préparation mercurielle douce , et occasionnellement des purgatifs salins , et autres laxatifs indiqués, lorsqu’il y a dérangement des fonctions digestives. Les applications locales sont inutiles, à moins que la conjonctive ou les paupières ne soient enflammées, ou qu’il n y ait quelque ulcère a la cornée, dans ce cas même, l’avantage qu’on en relire est bien faible, et de peu de durée , à moins qu’on ne réussisse h rétablir la glande dans un état parfait de santé.

Indépendamment de l'inflammation chronique de la glande lacrymale , dont la nature spécifique est toujours douteuse, cet organe est: sujet à un développement, dont la nature scrofuleuse est plus évidente encore; ü est alors caractérisé par des progrès lents, quoique dans quelques cas, la tuméfaction devienne considérable , par l’absence de la douleur, et par une tumeur, dont la. surface est plus ou moins lobu-

lée , par la constitution et Fâge du malade; dans quelques cas , cette affection , après un certain période , est stationnaire pendant quelques mois, pendant des années, tandis que dans d’autres, la tumeur prend la forme d’inflammation suppurative, particulière aux glandes scrofuleuses, alors la maladie se prolonge* et devient douloureuse.

Il y a plus de deux ans que je fus consulté pour une jeune demoiselle, âgée de treize ans* scrofuleuse , atteinte d’une tumeur entre le globe de l’œil droit , et l’extrémité temporale du sourcil ; elle dépassait alors un peu le bord de l’orbite- quoiqu’elle ne fut pas douloureuse, cependant lorsqu’on la touchait, il se faisait un écoulement abondant et immédiat de larmes. L’exposition au froid déterminait régulièrement une attaque d’inflammation pustuleuse à la conjonctive, qui durait huit ou dix jours, avec des accidens graves. Les remèdes énoncés ci-dessus, l’air de Sa campagne, lesbains d’eau douce , pendant l’été, dissipèrent toutes les traces de la tumeur, les attaques d’ophthalmie devinrent moins fréquentes, moins fortes que précédemment; on doit observer que la glande lacrymale gauche était dans un état sain, et qu’il n’y eut jamais d’ophlhalmie de ce côté.

Un enfant robuste , âgé de six ans, dune coin p le xi o n fleurie , ayant les cheveux clairs , fut envoyé à Dublin, au mois de Juin î 809 % atteint d’une opht liai mie scrofuleuse , accompagnée d’une grande irritation sur les deux yeux; au bout de quelques jours, les symptômes locaux se calmèrent, par l’effet de la saignée locale, des fomentations tièdes, de petites doses de rhubarbe et de calomel , et en introduisant quelquefois une goutte de solution de nitrate d’argent entre les paupières. Cependant le gonflement des paupières supérieures persistait, et le malade était dans lim possibilité d élever les paupières assez, pour exposer entièrement la cornée transparente , lorsqu’il regardait eu avant. L’application du doigt sur la région de la glande lacrymale causait de la douleur , et les yeux se remplissaient a l’instant de larmes.

On traita le malade par une succession de petits vésicatoires derrière les oreilles , et au front, en administrant tous les soirs trois grains de mercure , avec de la crave , et une dose d’apéritif amer, tous les matins, pendant environ quinze jours. Alors on eut recours aux bains de mer , que l’on continua pendant trois mois ; pendant ce traitement le gonflement

( 4oo )

cessa , les attaques d’ophthalmie devinrent moins fréquentes , et moins fortes ; il n y en eut qu’une l’année suivante, l’inflammation fut alors produite par une exposition à un vent frais , pendant trois heures, dans une voiture ouverte.

Abcès .

Les abcès de la glande lacrymale s'observent fréquemment après qu’elle a été atteinte d’inflammation aigiie. Alors la suppuration marche rapidement , et elle est accompagnée de beaucoup de tension et de douleur, A mesure que le pus se forme et se rassemble , la tumeur devient saillante, la paupière prend une couleur rouge brillante , enfin la fluctuation est évidente.

Le peu de résistance qu’opposent les parties contenues clans l’orbite, l’extension de l’abcès de la glande dans la partie postérieure de cette cavité, le voisinage du pus vers l’apophyse orbitaire du frontal , l’extrême délicatesse, et les connexions importantes de celle portion de l’os , sont sans doute , des considérations suffisantes, pour faire de bonne heure l’ouverture de ces abcès , et donner issue au pus.

( 4oi )

Oo a conseillé d ouvrir l’abcès de la glande lacrymale , en faisant une piqûre, ou une petite incision avec un bistouri étroit et re-» courbé, porté sous la paupière supérieure, jusque clans le kiste. Cette méthode a, sans doute , été recommandée dans le but de prévenir la difformité , que pourrait occasionner une ouverture extérieure; mais oo trouvera que celte opération n’est pas toujours praticable et efficace. Lorsque l’abcès est considérable , la paupière supérieure est tellement tendue , et

le tarse est tellement serré contre le globe de l’œil , qui fait saillie , que l’on ne peut , avec sécurité , introduire sous la paupière une lancette ou un bistouri. Le relâchement de cette portion de conjonctive , que Ion doit piquer, est aussi une objection contre ce procédé ; car lorsque l’abcès a été vicié en partie, la position relative de l’ouverture de la conjonctive et du kiste, peut être changée, de manière à empêcher l’évacuation complète de la matière j purulente, et dans ce cas, si ion tente la corni pression, le pus pénétrera de force dans les * cellules du repli de !a conjonctive ; et en supposant que le pus s’évacuât aisément, il pourrait résulter de son passage fréquent sur 1s

globe de l'œil , une irritation , et une inflammation considérable.

Il est bien peu de chirurgiens qui n’ayent fréquemment ouvert des abcès à la paupière supérieure, par une incision ou une piqûre extérieure, sans qu'il en soit résulté de difformité. J'ai même remarqué que, lorsque après relie opération , il reste une grande cicatrice , on peut, en général, l’attribuer a ce que l’ouverture de l'abcès a été différée , jusqu’au moment où les tégumens sont affectés, et prêts de tomber en escarres. Il est a peine nécessaire de dire, qu’en faisant l’ouverture de ces abcès de la glande lacrymale, on doit donner a l’incision une direction parallèle au bord supérieur de l’orbite ; on ne coupera ainsi qu’un très- petit nombre des fibres de l’orbiculaire des paupières , et la cicatrice , se trouvant dans le sens des plis de la paupière , sera

cachée.

Lorsque l’ouverture de l’abcès a été trop longtemps renvoyée , ou lorsqu’elle s’est faite spontanément , i’onlice dégénère quelquefois en fistule , d’où il sort un fluide clair, appartenant, sans doute, a la sécrétion de la glande. On la traitera, en détruisant les bords calleux* avec le nitrate d argent, ou quelque autre esca-

fotîqne actif. Lorsque l'abcès succède a une inflammation chronique de la glande, les progrès en sont lents, ei le caractère en est près** que toujours scrofuleux. Ces abcès doivent, en thèse générale, être abandonnés à eux-mêmes, mais s’ds acquièrent un développement qui menace la santé, ou qui nuise aux fonction» des parties voisines, si la peau des paupières se tend , s'amincit , si elle prend une couleur livide , je crois qu'il est plus prudent de favoriser la sortie du pus , par une petite incision. Il est vrai que l’ulcère qui en résultera sera long a guérir , mais il ne le sera pas plus, que si l'abcès s’était rompu lui-même, et la cicatrice en sera moins apparente.

Ï1 n’est pas de maladie plus fâcheuse, pour la glande lacrymale , que le squirrhe ou Se caris cinome. On a généralement regardé cette af- I feclion comme dépendante du cancer de l’œil,

I et d’après cela peu d’auteurs l’ont considéré i comme une affection primitive. Cependant, V Wamer déclare avoir vu la glande lacrymale 1 tellement développée et altérée dans sa tex-

lure naturelle, qu'elle a nécessité l’extirpation. L’état squirrheux de la glande peut exister comme une maladie distincte , c’est un fait important que confirme l’observation suivante.

Jane Worthington, âgée de soixante-et-dix ans , fut admise fi l’hôpital chirurgical de Richmond* le 26 Août 1821. La glande lacrymale formait chez elle une tumeur irrégulière* étendue * placée a la partie supérieure de l’orbite , et faisant une saillie de plus d’un demi pouce en dehors de l’arcade sourcilière. Elle était recouverte par la paupière supérieure * à travers laquelle on apercevait les éminences tuberculeuses dont elle était formée. La tumeur était dure , légèrement mobile transversalement. Quelques-unes des personnes qui l’ont examinée, pensaient qu’elle adhérait fila voûte de l’orbite.

Le globe de l’œil n’était pas développé, mais îi était chassé en dehors par la tumeur, et tellement bas , que la cornée transparente était presque sur la même ligne que le bord de l’aile du nez. La paupière inférieure était renversée, et paraissait en traînée en bas par le globe; il y avait un cbérnosis et une turgescence considérable des vaisseaux superficiels de l’œil.

La transparence de la cornée n’était que lé-

gérement obscurcie , et quoique la vision fâl détruite par la pression de la tumeur , et l’extension du nerf optique, cependant il ny avait aucune maladie apparente de l’intérieur du globe. Les douleurs étaient intenses , lancinantes, s’étendaient de la tumeur a l’œil, avec sensation de chaleur, et écoulement de larmes brûlantes.

Les douleurs étant plus intenses la nuit, la malade ne goûtait aucun sommeil , malgré cela la santé générale n’étak point altérée , et l’apétit se maintenait bon.

La malade rapporta cette affection à un coup qu’elle avait reçu , il y avait environ sept ans; depuis ce moment elle avait été sujette à i un larmoiement abondant, mais elle n’avait ! éprouvé aucun autre inconvénient jusqu’à l’an passé, époque à laquelle la tumeur s était projetée sous l’extrémité temporale du sourcil,

’ Dans les premiers temps elle n’avait éprouvé i! aucune douleur, aucun mal de tête , mais dei puis , et à mesure que la tumeur avait fait des progrès , les accidens avaient tellement augmenté , qu’elle était très-impatiente de se soumettre à une opération qui lui présentât quelque espérance de soulagement.

Le 2C) Août ^ à la suite d’une consultatioa

avec M. Carmichael , on décida de faire îa tentative de l’extirpation de la glande sente , et dans le cas où on la trouverait impossible,, soit par les attaches , soit par la situation trop profonde de ce! organe, on résolut d’enlever toutes les parties contenues dans l’orbite. L’intensité des douleurs , la nature probable de îa maladie , et l’i nui dite de l’œil, semblaient rendra cette alternative d’une nécessité absolue.

Le 5o Août 5 l’opération fut faite de la manière suivante : La malade couchée sur une table, la tête un peu élevée, et soutenue par des aides, je fis une incision transversale aux iégumens , et parallèle au bord supérieur de l’orbite, d’une extrémité à l’autre de îa tujrneur , et après avoir coupé i’orbiculaire des paupières, et le ligament du tarse, je disséquai attentivement la surface antérieure de la tumeur. La glande se trouvait profondément engagée dans l’orbite, et ce ne fut pas sans peine que le manche du scalpel fut introduit entre elle et le bord surciliaire, pour détacher la glande de i’apophise orbitaire du frontal. La surface de la glande, du côté de l’œil, présentait des lobes irréguliers, qui s’étaient insinués entre les muscles et les autres parties contenues dans l’orbite, de manière a en rendre îa séparation

très-difficile et dangereuse; cependant, en déchirant avec précaution les attaches celluleuses avec le doigt, le manche du scalpel et l’extrémité mousse d’une sonde , en coupant sur le doigt , avec un bistouri boutonné , les adhérences membraneuses, qu’on ne pouvait pas rompre aisément, je réussis en quelques minutes a extraire la tumeur tonte entière. Il fut impossible de découvrir dans l’orbite quelqu’autre partie malade; comme il n’y avait pas d’hémorrhagie, on ramena doucement le globe de l’œil dans sa situation naturelle, la plaie fut pansée , et le tout fut contenu au moye’a d’une compresse et d’une bande ; puis on mit la malade au lit , en lui recommandant !v pjus j parfait repos.

En examinant la glande , on la trouva plus : grosse qu’une noix ; elle présentait , à la face tournée vers l’œil , plusieurs éminences , ou I lobes, qui étaient séparés par des interstices | profonds ; elle était presque aussi dure et éïas- I tique qu’un cartilage. La section de celte glande ! mit à découvert plusieurs petits kistes , con- I tenant un fluide glaireux, les interstices étaient j remplis par une substance graisseuse , traversée par quelques bandes membraneuses»

Deux heures après l’opération; il survint une

foérrrorrhagie allarmante; ce ne fut qu ave© beaucoup de peine que M» Benson put s’en rendre maître avec le doigt , à cause de la situation profonde dans l’orbite du vaisseau ouvert^ et de l’extravasion du sang dans le tissu cellulaire. Ii fallut introduire des tampons de çharpie dans la plaie ; l’hémorrhagie cessa alors, la malade dormit tranquillement pendant la nuit, et goûta , pour la première fois* un repos , dont elle n’avait pas joui depuis plusieurs semaines.

Le lendemain de l’opération, î’oeil et les par* lies environnantes avaient un aspect décourageant ; le globe , refoulé par de grands caillots , qui avaient remplacé la tumeur , faisait une saillie aussi grande qu’avant l’opération ; les paupières étaient atteintes d’une échymose très-étendue ; leur lividité , et l’absence de toute chaleur , faisaient craindre que ces parties ne fussent bientôt atteintes de gangrène; Le tissu cellulaire de la conjonctive était distendu par du sang coagulé , dans toutes les parties où il était susceptible de développement. Cependant malgré tout ce désordre, la malade était beaucoup moins souffrante qu’avant l’opération. Elle n’éprouvait aucune douleur ai-

'güe , et l’état inflammatoire n'avait pas agi d’une manière sensible sur la constitution.

Au bout de quelques jours, le sang coagulé, contenu dans l’orbite . commença à se dis--

soudre , et la suppuration s’établit bientôt après. Dès lors le globe de Fœil se replaça lentement dans sa situation naturelle ; la conjonctive et la peau des paupières reprirent une apparence de santé.

Dès le douzième jour , Fœil se trouvait dans une position beaucoup meilleure, mais on ne put prévenir le renversement de la paupière inférieure, à cause du gonflement delà conjonctive, qui s’interposait entre elle et le globe de Fœil. Le nitrate d’argent fut inutile pour en diminuer l’étendue ; il fallut avoir recours à l’excision , après laquelle la paupière reprit sa place naturelle, et le renversement cessa complètement.

Depuis ce moment, le rétablissement de la malade se lit sans interruption, elle put quitter l’hôpital, le io Septembre , sans qu’il y eut aucune apparence de récidive de la maladie ; quoique Fœil parût sain, et que sa position fut presque naturelle , la vue était totalement détruite. J’eus dans la suite des nouvelles de celte malade , par M. W iugïit ; qui eut la bonté de

lui faire une visite ; à cette époque , l’œil du côté opéré paraissait un peu plus gros que 3 "autre , l’iris était contracté de manière à oblitérer presqu'entièrement la pupille ; la vision était absolument détruite, la paupière inférieure était dans la situation naturelle , et la cicatrice de la paupière supérieure était à peine visdide. D’adleurs , la malade n’avait éprouvé aucune douleur depuis sa sortie de {'hôpital, et la difformité de i’œil était peu sensible.

Quoiqu on ait été fréquemment appelé a extirper des tumeurs considérables de l’orbite , qui avaient produit l’exophthalmie , et la perte de la vue, cependant l’extirpation de la glande lacrymale est une opération rare. On en fait à peine mention dans quelques-uns de nos meilleurs traités de chirurgie. M. Wamer rapporte avoir fait celte opération avec succès. M. Travers , dans un de ses derniers mémoires , annonce qui! a extirpé une glande lacrymale , dont le volume était considérable, et dont la dureté était celle d’un véritable squirrhe. Chez ce malade, la vision avait soulfert beaucoup pendant les progrès de la tumeur, mais d’ailleurs il se trouva fort bien plusieurs années après l’opération. RlCHER AND cite le cas suivant : Guérin dit avoir fait l’extirpation

«Tune glande lacrymale squirrheuse , et tellement gonflée , que le globe de l’œil en était entièrement recouvert ; on ne l’apercevait nullement , et l’on aurait pu le croire confondu avec la tumeur, si les phénomènes de la maladie n’avaient appris qu’il devait se trouver sain derrière elle. Guérin sépara la tumeur de l’œil et des paupières , et la disséqua avec tant d’adresse, que le muscle droit externe ne fut pas même entamé. Cette opération est peut-être l’unique dans son genre. D’autres écrivains du continent font allusion à l’opération de Guérin, et parlent en termes analogues h ceux de ÜICHERAND, mais Weller dit, qu’il n’y a aucune guérison a espérer du squirrhe de la glande lacrymale. Bur rejette l’extirpation de cette glande.

Mon ami M. O’Beirne, Fun des chirurgiens de l’infirmerie de Charité , Jenvis-street, m’a communiqué l’observation suivante, par laquelle ye termine ce mémoire.

Thomas Cooke de Lon^ford . airé de trente» deux ans, d’une force athlétique, fut reçu a l’infirmerie , le ai Décembre 1820, atteint de difformité, et de trouble dans la vision de l’œil droit. Le globe dépassait d’un demi diamètre l’œil gauche; il était cependant presqu’entiè^

rément couvert par la paupière supérieure s dont les mouveroens étaient presque anéantis* comme si elle eut été paralysée. La pupille était dilatée * et insensible à la lumière * la cornée transparente était dirigée vers le nez * et les points lacrymaux étaient béants.

La portion supérieure et externe de l’orbite était occupée par la tumeur, dont on ne pouvait tracer exactement toute l’étendue , c’est à son développement qu’on attribuait la saillie de l’œil * et le trouble de la vision , etc. Il y avait beaucoup de douleur au côté droit de la tête, et de ia l'ace ; l’impression de l’air froid , ou de la poussière, donnait lieu à de l’irritation, et à un grand larmoyement ; tous les objets paraissaient doubles ; lorsqu’il se promenait , ou lorsqu’il cherchait à atteindre quelque objet , le pied ou la main ne pouvait arriver au but qu’il se proposait, ensorle qu’il ne pouvait pas même faire le métier de laboureur. Deux ans avant son entrée à l’iiôpital , il s’était aperçu * pour la première fois , d’étincelles, et par fois de brouillards , avec une douleur aigiie, intermittente vers ce côté de la tête et de la face; ce ne fut qu’un an après qu’on pût observer une légère saillie , et un déplacement du globe de

l'œil ; maïs alors les symptômes devinrent graduellement plus fâcheux.

Le 20 Décembre 1820, il fut décidé dang| une consultation , qu’on extirperait la tumeur, mais on ne se doutait pas à cette époque , que la glande lacrymale fût le siège du mal.

On lit d’abord une incision auxtégumens de ia paupière supérieure , passant de l’angle interne à l’externe. Après avoir divisé les libres de l’orbiculaire , on retrancha quelques portions de substance adipeuse. Je pus alors introduire le doigt dans la plaie, et reconnaître que la maladie avait son siège dans la glande lacrymale, qui s’était développée et durcie. La surface antérieure de la tumeur fut disséquée, et je pus emporter celle-ci, après l’avoir détachée avec précaution, en me servant de l’ongle du petit doigt , car il y aurait eu du danger à porter 1 instrument tranchant dans le fond de l’orbite.

La glande présentait des granulations, elle était de couleur brune ; son tissu était membraneux , et cartilagineux, surtout dans le centre, d’où parlaient des cloisons membraneuses, qui arrivaient jusqu'à la circonférence; al. n’y avait aucune sanie. La glande avait au moins six fois sa grandeur naturelle.

La glande enlevée , la pupille reprit sur-lechamp son pouvoir contractile , et le globe revint à-peu-près à sa position naturelle ; la vision fut un peu meilleure , mais le rétablissement n’en fut pas complet ; il n'y eut presque pas de sang* la plaie fut pansée simplement. A l’exception d’un léger érysipèle au cuir chevelu, qui céda aux remèdes ordinaires, le rétablissement se fit sans interruption , et la plaie fut complètement cicatrisée , quatorze jours après l’opération. La vue était bonne, il n’était survenu aucune douleur , aucune incommodité dépendante de l’opération ; celles qui existaient précédemment avaient disparu , et l’œil avait repris sa situation naturelle. La paupière supérieure conservait un relâchement suffisant pour cacher une grande partie de la cornée- cette indisposition cessa lorsqu’on eut passé sur la cicatrice un pinceau trempé dans un mélange d’une partie d’acide sulfurique , sur trois parties d’eau. Au bout de quelques jours , l’escarre produite tomba, et la cicatrisation de l’ulcère détermina la contraction de la paupière. Après quoi le malade quitta l’hôpital complètement guéri , et sans éprouver aucun inconvénient de la perte de la glande lacrymale.

notice

Sur la découverte de deux nerfs de l'œil humain , par Je Doct. Joseph T ras mo n Di , Prof, d’ Anatomie pratique , à Rome .

Page 1