‹ Mélanges de chirurgie étrangèreChapitre 19 sur 21 · TRADUIT DE 1/ ITALIEN · texte numérisé non relu

TRADUIT DE 1/ ITALIEN

par Ch. G. Peschiek, Doct.-Chirurgien.

J’AI été porté à vérifier l'existence, et la forme du muscle lacrymal , découvert par le docteur Hermer de Philadelphie, par une annonce que j’ai lue dans l Observateur Médical de Naples; et en le cherchant , je n?ai pas tardé a découvrir deux nerfs qui s'y rendent; j’cn donne ici la description , avec quelques idées sur les fonctions du muscle , sur son état pathologique , sur Ses moyens que la chirurgie peut employer contre les maladies qui lui sont propres, et sur le procédé de dissection convenable pour le trouver, ainsi que les nerfs qui s v rendent.

Avant d'entrer en matière , il convient de faire remarquer que PiiCHTER, en parlant de la fistule lacrymale , avait entrevu le besoin qu’avaient les voies lacrymales de fibres musculaires , pour absorber les larmes, et les faire passer dans le nez.

« Les points lacrymaux, avait-il dit , ont , « sans contre dit, la propriété de se contracter

« et de se fermer . O11 voit clairement que

« les points et les conduits lacrymaux se re- « tirent et s’accourcissent, lorsque les paucc pières se ferment ; ce qu’ils ne peuvent « exécuter sans fibres musculaires . »

Il le repète en plusieurs endroits, surtout là où il dit : « Sans force musculaire, le sac îacr}f- « mal ne peut faire passer dans le nez les « larmes qui s’y sont accumulées; par consé- « quent, le sac lacrymal est lui-même , sans « aucun doute, pourvu de fibres musculaires. »

Il semblait qu’après s’être autant approché de la vérité , il aurait du chercher et trouver ces fibres ; mais il ne l’a pas fait , et s’est contenté de mettre en avant celte idée , si juste, et si conforme à la cause mécanique des fonctions de ces organes.

L’immortel Bichat , en traitant des Sécrétions, a pensé de même, quant à la présence

des fibres musculaires, mais il a fait dériver de T influence des propriétés vitales, l'écoulement des larmes, partant du globe de l’œil, jusqu’à la cavité nasale, et il a cru que l’absorption des larmes était singulièrement favorisée par le mouvement continuel , et le rapprochement réitéré des paupières, sans considérer cpie ce mouvement n'a pas lieu pendant le sommeil , et que l’absorption des larmes se fait néanmoins.

Enfin , le célébré RicherAnd, loin de soupçonner la présence du muscle d’HERMER , en a attribué les facultés à un orgasme ou une érection vitale.

Ce muscle est situé à la partie interne de la cavité orbitaire , entre le bord postérieur de î'os unguis , et les points lacrymaux. Il naît d’une ligne aponévroiique , qui adhère h l’os unguis dans une direction verticale, commence à l’angle supérieur du dit os, et se termine inférieurement à quatre lignes de distance. Les fibres musculaires se portent parallèlement en avant, en passant sur la portion correspon- ; dante du sac lacrymal. Arrivé au point où se • réunissent les conduits lacrymaux, ce muscle se i divise en deux portions égales, qui couvrent i exactement ces conduits ; de manière qu’il

présente un corps et deux extrémités ; le corps a une direction droite d’arrière en avant, et les extrémités sont légèrement courbées pour s’adapter à la situation des conduits lacrymaux; lin tissu cellulaire très-mince l’enveloppe , et en contient toutes les libres. On peut y considérerdeux faces, une externe qui adhère d’une part à l’os unguis, et à une portion du sac lacrymal, et de l’autre aux conduits lacrymaux , l’autre interne, qui est recouverte, au corps, par beaucoup dégraissé, et aux extrémités, par la conjonctive (i ). A l’angle formé par la division des deux extrémités , se trouve la membrane sémilunaire , et la caroncule lacrymale.

Deux nerfs se portent à ce muscle ; ils proviennent du rameau nasal externe , branche du nerf ophlhalmique , portion des trijumeaux.

On sait que ce nerf ophthalmique donne le rameau lacrymal, le frontal , le nasal ; que ce dernier se divise en nasal interne , qui pénètre dans la cavité nasale par le trou orbitaire interne antérieur, et nasal externe, que jusqu’à

(i) Ces mots interne ex externe paraissent être, chez Faiileur, rotatifs à la cavité orbitaire.

( Note du 7rad.)

présent on a crû être la seule continuation dit rameau nasal, prolongée dans la paroi interne de l'orbite. Mais à six lignes environ de distance de sa première division , en naît une seconde, qui forme deux ramifications, lesquelles cheminent dans le tissu cellulaire* l’une au-dessous et l’autre près du muscle grand oblique, et se prolongent jusque sous sa poulie. De ce point , la supérieure, après s’être anastomosée avec un filet du rameau frontal, et après avoir produit toutes les petites ramifications des paupières , du dos du nez, etc. , se fléchit, puis avec l’inférieure, qui se fléchit aussi , elle chemine en avant, s’éloigne bientôt de celle-ci, et toutes les deux s’insèrent dans le muscle cTHermer , auquel elles adhèrent au moyen du tissu cellulaire; elles en parcourent les extrémités jusqu’aux point lacrymaux , de manière que la portion qui a passé sous la poulie, se porte à l’extrémité supérieure , et l’autre à l’inférieure.

Il résulte de ces deux descriptions, qu’on ne saurait être de l’avis du docteur Hermer , sur la fonction qu’il assigne à ce muscle , savoir , de fermer les paupières , et de tourner les points lacrymaux vers le nez ; tandis que sa situation, sa figure* ses nerfs, et sa division

en présentent une beaucoup plus intéressante; car étant situé par son corps sur le sac lacrymal, cl par ses extrémités sur les conduits lacrymaux , et recevant ses nerfs de l’ophthalinique , il me semble que c’est sur ce sac et sur ces conduits qu’il exerce son action.

La caroncule lacrymale et la membrane sémilunaire se trouvant placées entre les deux extrémités du muscle , il semble qu'elles soient aussi soumises à son action; en effet, dans les mouvemens de ces deux extrémités, la caroncule est comprimée, ce qui peut favoriser l’excrétion de l’humeur muqueuse que sécrètent ses follicules glanduleux; et la membrane est ou i elachée ou tendue , de manière à diminuer ou augmenter le fond du lac lacrymal.

La découverte de ces nerfs fournit l’explication de quelques phénomènes de la sécrétion el de l'absorption des larmes. Un même tronc nerveux fournit un rameau à la glande lacrymale , un rameau h la cavité des narines , et deux rameaux au muscle lacrymal. Cette disposition assure la communication de ces parties.

Si un stimulus vient accroître la sécrétion de la glande lacrymale , il augmente en même temps l’action du muscle lacrymal, de manière

jr

que îes points, les conduits, et le sac lacrymal, sont disposés à recevoir une plus grande quantité de fluide , et à le décharger dans le conduit nasal. De môme , si un autre stimulus excite l’une des cavités nasales, on voit s’accroître , en môme temps, la sécrétion, l’absorption , et le passage des larmes. Ensorte qu’il règne toujours un certain équilibre dans les forces vitales de ces parties , et que lorsqu’il convient qu’une plus grande quantité de larmes baigne i’œil , une quantité plus grande aussi peut en être reçue dans le sac lacrymal . , et être conduite dans la cavité des narines ; de cette manière, tant le globe de l’cei.1 que cette cavité même peuvent en être baignés dans le même temps. Mais cet équilibre cesse lorsqu’un stimulus excessif, ou l’action de pleurer, augmente la sécrétion des larmes, au poiut que les voies ordinaires deviennent insuffisantes pour les recevoir en totalité, c’est alors qu’on les voit passer par dessus la paupière , et se répandre sur la joue.

Il ne reste à expliquer que la raison pour laquelle les larmes, arrivées dans le sac lacrymal, s’y arrêtent quelque temps, avant de passer dans le canal nasal. Les physiologistes ont supposé à celui-ci l’existence d’un sphincter,

auquel ils ont attribué la faculté d’empêcher le passage perpétuel des larmes.

Mais il me semble que ce phénomène est dû à la colonne de Fair , qui s’introduit continuellement dans ce canal au moyen de la respiration , et quil n’est pas nécessaire de faire intervenir un sphincter.

Il n’est pas douteux que le canal nasal, étant une cavité située dans la partie antérieure de la narine, admet une portion de l’air qui s’introduit dans le nez par la respiration , et que cet air monte dans le canal au moment de l’inspiration. Pour se convaincre de cette vérité, il suffit de réfléchir que dans la fisfuie lacrymale , lorsque le canal nasal est désobstrué , si le malade se mouche , il sort par la fistule non-seulement du fluide purifortne , mais encore de l’air. Il est universellement connu, déplus, qu’une colonne d’air peut soutenir un fluide plus dense que celui-là, pour vu que ce fluide forme une colonne d’un poids inférieur à celui de l’air. Enfin pour connaître la proportion qui existe entre l’air introduit par le canal nasal , et les larmes versées dans le sac lacrymal par les conduits , il faut observer la proportion de capacité entre ce canal et ces conduits ; on la trouvera de huit à

un , à-peu-près. Ayant pose ces principes, on ne pourra nier que les larmes , versées goutte à goutte des conduits lacrymaux dans le sac, seront soutenues par la colonne d’air qui a pénétré dans le canal nasal, et qu’elles ne pourront surmonter cette résistance, avant d’être réunies en quantité suffisante pour vaincre la force de l’air même , et faire agir le corps du muscle lacrymal , lequel , en se contractant, les pousse vers la partie inférieur du sac lacrymal.

L’utilité d’ une colonne d’air ascendante et descendante, pour empêchef l’écoulement perpétuel des larmes, nous donne la raison des angles , et des diverses capacités des récipiens lacrymaux ; si la totalité de ces réservoirs formait un seul tube à-peu-près droit, et de figure conique , dont la base serait à l’orifice inférieur du canal nasal, et le sommet aux points lacrymaux , le mouvement d’ascension de la colonne d’air , ferait sortir les larmes par les points lacrymaux , peu de temps après qu’elles y auraient été introduites, et leur passage par le nez, ne pourrait pas s’effectuer. Il fallait donc que le tube lacrymal, qui se prolonge depuis l’œil jusqu’au nez, eut une dilatation, et y formât un angle presque droit;

cle celle manière l'impulsion de Fair ascendant devait y perdre en partie son effort, soit à cause de l'amplitude du sac, soit par la rencontre de l'angle , ensorte que le courant des larmes qui provient des conduits lacrymaux , ne pût être empêché ou reflué. Il en résulte que les larmes étant un fluide destiné à être en partie expulsé, le canal nasal a été placé, de la manière la plus favorable , près de la narine antérieure , plutôt que de la fosse nasale postérieure , cette situation étant la plus propice à leur écoulement.

Enfin , il résulte un double avantage de ce que les larmes sont versées dans la narine antérieure, savoir , de maintenir humide et lubréfiée la partie de la membrane pituitaire, qui, voisine de la base du nez , est la plus exposée au dessèchement , et de conserver la finesse du sens olfactif dans ce point, qui, placé de manière à recevoir le premier les impressions odorantes, devait être doué de la plus grande perfection.

Le muscle lacrymal , pourvu des mêmes propriétés vitales que le reste du système musculaire, peut être affecté des mêmes maladies que les autres muscles, telles que la paralysie et le spasme, qui en empêchant le pas-

sage des larmes , contribuent à former l’épiphora, et la fistule lacrymale. Il semble , de plus, que ce muscle soit susceptible cle conserver son action dans ses extrémités , et d’être paralysé dans son corps ; on voit, en effet, le sac lacrymal se remplir de larmes , en particulier pendant le sommeil , et comprimé avec le doigt , 1 es décharger dans le nez par le canal nasal; ce qui semble prouver que les points lacrymaux et leurs conduits ont transporté le fluide dans le sac , mais qu’il y est resté par la paralysie du corps du muscle , et non par l’obstruction du canal nasal ; car, dans ce dernier cas, la compression l’aurait fait sortir par les points lacrymaux, phénomène qui s’observe même quand le fluide lacrymal est devenu puriforme , et que sa consistance devrait lui faire parcourir avec plus de difficulté les cavités de ces canaux.

Parmi les cas que j’ai vus, je connais un homme de loi, qui, depuis plusieurs années, souffre de cette maladie. Tous les matins, en se réveillant , il trouve, à l’angle interne de son œil gauche, une tumeur indolente de la couleur de la peau , et du volume d’une petite lève de haricot, il la comprime légèrement , et fait sortir par la narine correspondante , plu-

sieurs gouttes de larmes pures , sans qu'il en sorte la plus petite quantité par les points lacrymaux ; après cela la fumeur disparaît. Il répète trois ou quatre fois par jour la même compression , et toujours avec le même effet. Il a vainement tenté la compression permanente pendant un certain temps, pour obtenir la guérison de cette incommodité; mass comme celle-ci lui ne cause pas beaucoup d’ennui, il a abandonné toute idée de guérison radicale. Il n’est pas hors de propos de remarquer que dans ce cas , et dans d’autres pareils , la compression permanente doit accroître la maladie au lieu de la diminuer; car sans détruire la paralysie du corps du muscle, elle empêche les conduits lacrymaux de décharger librement les larmes dans le sac.

Cet état pathologique du muscle pouvant donc retenir, pendant un certain temps, le fluide lacrymal dans le sac, on peut le considérer comme une cause de la fistule lacrymale; en effet , de même que tout fluide animal , en séjournant plus qu’a l’ordinaire dans un point quelconque de notre corps , y souffre une altération , et devient un stimulant , ainsi les larmes dégénèrent en demeurant trop longtemps dans le sac , elles en irritent les parois ,

ei ies enflamment ; de là l’obstruction du canal nasal , la tumeur, puis la fistule lacrymale.

La récidive de cette fistule, si fréquemment observée , même après l’emploi des procédés opératoires les plus parfaits, peut être produite par l’atome dans laquelle tombe ce muscle , tandis que dure la fistule même , et après l’opération ; car on ne peut nier que toute partie affectée reste quelque temps affaiblie après une opération.

Considérant donc l’action de ce muscle , son état pathologique , et l’origine des nerfs qui s’y distribuent , l’art de guérir pourra en tirer avantage , dans les cas suivons.

t. ° Dans Tépiphora occasionnée parla seule obstruction des points lacrymaux, il suffira de désobstruer ceux-ci avec un siilet très-fin ; car alors, le muscle n’étant pas affecté, les points et les conduits lacrymaux continueront leur action. Jusqu’à présent, on a regardé ce moyen comme inutile , parce qu’attribuant aux seuls points et conduits lacrymaux , la force d’attraction qui y faisait passer les larmes, mi a cru que celte force disparaissait par le seul fait de cette opération.

2.0 Dans l’épiphora causée par la paralysie de ce muscle , ou par sa contraction spasmo-

clique, la connaissance de ses nerfs, qui sont des ramifications de l’ophlhalmique, permettra de porter les remèdes, au coin de l’œil, ou se trouve le muscle lui-même, à la racine du nez , aux sourcils, à la narine correspondante, au muscle frontal du côté affecté , et enfin sur Fos malaire du même côté, endroit où se distribuent les ramifications du nerf ophihalmique.

5.° On pourra arrêter , dès le principe , le développement d’une fistule lacrymale , lorsqu’on verra que les larmes s’arrêtent dans le sac par la seule paralysie du muscle,

4-° Enfin, on pourra prévenir la récidive de la fistule , en agissant après l’opération sur le muscle et sur les nerfs, pour réveiller les forces vitales , qui ne sauraient se restaurer par le repos , puisque Faction du muscle est indépendante de la volonté.

Le muscle lacrymal étant susceptible d’être atteint de paralysie , et de contraction spasmodique, on pourra avantageusement combattre ces affections , au moyen de l’électricité , des douches , des frictions spiritueuses , opiacées, des fumigations, etc. , portées sur les lieux indiqués.

Pour parvenir à la dissection exacte du

muscle , et du nerf lacrymal , voici le procédé que j’ai suivi.

J’ai introduit deux stilets très-fins , par les conduits lacrymaux jusque dans le sac , pour me servir de guides dans ma recherche ; j’ai coupé en deux les paupières, et les ai renversées avec les stilets sur la racine du nez. J’ai divisé la conjonctive à peu de lignes de distance de la membrane sémilunaire , et l’ai renversé de meme sur la racine du nez ; puis portant avec le doigt le bulbe de l’œil vers l’angle externe de l’orbite , et levant avec attention la membrane cellulaire qui couvre l’os unguis , j ai vu le corps du muscle ; en continuant les incisions sur la direction des stilets, j’ai mis à découvert ses extrémités.

Pour trouver le nerf, après avoir renversé la moitié de la paupière et la membrane sémilunaire sur le nez, je me suis abstenu d’en« lever le tissu cellulaire qui recouvre le muscle; mais emportant la voûte de l’orbite, et faisant les incisions accoutumées pour la recherche des nerfs , qui se distribuent aux muscles de l’œil, j’ai remarqué que le rameau nasal, après avoir donné la ramification qui passe par le trou orbitaire interne antérieur , et pénètre dans la narine , forme, comme je l’ai dit plus

haut, fieux autres ramifications, qui se joignant sous la poulie du grand oblique , se courbent , et se portent sur le muscle jusqu’à la pointe de chacune de ses extrémités»

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