DE L’INFLAMMATION AIGUE
Par Thomas DÀWLER, Esq.%
Communiqué pur Sir Astley COOPER, Bar- le
Novembre 1821.
Tiré du Vol . xu des Transactions de la Société Médico - Chirurgicale de Londres .
Traduit par Charles MAUNOÏÏL
L’excellent ouvrage de Hunter , sur l’inflammation j renferme des opinions relatives à la nature des produits auxquels elle donne naissance ; et les conclusions que cet auteur infatigable en tire sont, pour les parties qu’il a traitées, presque toutes exactes; cependant les produits qui sont mis sous les yeux de la Société n’avoient pas fait directement 1© sujet de ses expériences.
Les différens noms qu’on a donnés à ces différentes substances animales prouvent qu’on ne s’est jamais entendu relativement à leur nature. Ainsi , celle à laquelle nous donnons communément le nom de lymphe coagulable , a été souvent prise pour de Y albumine coa~
gulée. Le nom de lymphe coagulable , appliqué à ce que nous prenons pour de la fibrine * est évidemment un nom impropre , car le mot
de lymphe , considéré seul , a été employé pour désigner la partie albumineuse du sang, et Ton sait qu’elle est coagulable ; ainsi, Yalbu mine coagulée et la lymphe coagulable peuvent très-bien être prises l’une pour l’autre, quoiqu'il y ait de grandes différences dans quelques-unes de leurs propriétés. La lymphe est aussi le nom qu’on donne au fluide contenu dans les vaisseaux absorbons ou lymphatiques; on l’appelle coagulable , quoiqu’elle ne le soit pas par elle-même, comme la fibrine.
Je ferai mes efforts pour prouver que c’est cette dernière substance, la fibrine , qui, réunie ou sérum , est destinée à opérer l'inflammation adhésive. La chimie ne nous donne , jusqu’à présent, aucun moyen assuré pour distinguer la fibrine de l’albumine, dans son état solide , en sorte qu’il est indispensable d’avoir recours à ses propriétés physiques. C’est de Fane d’elles qu’est tiré son nom de fibrine , parce qu’elle se présente toujours avec une texture fibreuse ou ligamenteuse; l’albumine ne peut jamais acquérir cette propriété , lors même qu’on la rend solide par la chaleur, les acides , l’alkool ou le fluide galvanique. Lorsque l’albumine est coagulée en masse , elle se rompt facilement entre les doigts , et se
réduit en pulpe; la fibrine , au contraire, pat sa solidité et son élasticité , résiste à une pression considérable. Mais la principale distinction à faire entre ces produits animaux consiste en ce que la fibrine devient spontanément solide , lorsqu'on la retire de vaisseaux vivans, tandis que l’albumine ne possède point cette propriété. Lorsque l'inflammation adhé» sive commence , la fibrine et la sérosité du sang réunies paraissent être sécrétées des vaisseaux, dont elles s'échappent sous forme fluide; mais la fibrine , par une propriété qui lui est propre , devient promptement solide , lorsqu’elle n’est plus sous l’influence des vaisseaux ; elle enveloppe ainsi entre ses fibres la sérosité qui a été sécrétée avec elle. Ce changement commence à s’opérer très-promptement, après que la sécrétion s’est faite , c’està-dire après que ces fluides sont sortis du système de la circulation , et il continue longtemps après qu'ils ont été séparés du corps* Appliquez un vésicatoire à la surface de la peau, de manière à exciter une forte inflammation, il se fera alors au-dessous de l’emplâtre une sécrétion plus ou moins abondante de matière adhésive. Cette matière se réunira
généralement dans la partie la plus déclive ,
ce qui prouve qu’elle est sorlie fluide de la circulation, et qu’elle est arrivée dans le lieu qu’elle occupe par sa pesanteur : c’est 1 à qu’elle revêt graduellement une forme solide. Pendant celte transformation , elle retient entre ses fibres, en apparence applaties et allon* gées , la sérosité , qui se dépose en même temps que la fibrine. Il arrive fréquemment que la fibrine est en assez grande quantité pour envelopper tout Se sérum , et former avec lui une masse solide et opaque. Mais lorsque la fibrine n’est qu’en petite quantité, la niasse solide qui résulte de son mélange avec le sérum est demi-transparente, et se présente sous forme gélatineuse. Cette apparence a fait donner au vésicatoire qui l’a produite le nom de gélatineux .
En pressant fortement ce composé solide dans un linge, on en exprime le sérum, tandis que la partie fibreuse n’abandonne point le linge. Ceüe fibrine, examinée chimiquement, et comparée avec celle du sang, ne présente pas la plus légère différence, La sérosité ainsi séparée contient encore une petite quantité de fi b rine , qui, en se coagulant plus tard, donne au sérum une apparence gélatineuse. Il est pro*» fiable que le corps gélatineux, qu’on rencontre
quelquefois sur les couches externes de fibriné, dans le sac clés anévrismes , se forme de la même manière.
La substance solide , séparée par l’action d’un vésicatoire , ressemble beaucoup à la croûte inflammatoire du sang; mais il ne paraît pas que la nature de cette substance ait été bien reconnue. M. Deyeux suppose que c’est de la fibrine altérée dans sa nature , de manière à lui donner beaucoup de rapport avec la gélatine. Fourcroy ne regarde point comme démontré que la croûte inflammatoire du sang naisse de la fibrine ; il lui paraît plus naturel de la considérer comme de l’albumine coagulée , chargée d’une petite quantité de fibrine qui lui donne la faculté concrescible.
Le D.r Thomson , dans son ouvrage sur l’inflammation , observe que la croûte inflammatoire, soumise à l’ébullition dans l’eau, n’y fut point dissoute ; ce changement aurait eu lieu , si elle eut été formée de gélatine. Elle ne présenta aucune propriété différente de celles qu’on rencontre ordinairement dans la lymphe du sang*
J’ai été conduit h avoir une opinion différente de celle des auteurs précédons , d’après
les résultats de quelques expériences faites dans l'intention de bien reconnaître la composition de la croûte inflammatoire du sang.
J’ai suivi le procédé suivant , sans faire usage des réactifs chimiques , que Ion regarde dans ces cas comme donnant des résultats incertains. On tira huit onces de sang h un homme atteint de rhumatisme , et on reçut ce fluide dans deux vases de la même contenance. On laissa reposer le sang dans l’un d’eux, pour permettre la formation de la croûte inflammatoire, tandis qu’on agita le sang du second pour s’y opposer ; vingt-quatre heures après, on lava le sang qui avait été agité pour en extraire la fibrine ; il y en eut douze grains après qu’elle eût été desséchée (i). Les quatre onces de sang contenues dans l’autre vase ayant été lavées, la fibrine, réunie et desséchée par le même procédé , ne pesait que six grains ; en sorte qu’il était h présumer que les six grains de déficit existaient sous quelque forme dans la croûte inflammatoire. C’est ce qui eut lieu ; celle-ci ayant été pressée, il
(i) La proportion de la fibrine varie beaucoup dans le sang des différentes personnes, elle varie aussi ches le même individu à différente? époques.
en sortit une grande quantité de fluide , et le restant avait évidemment une structure fibreuse. Après la dessication , on en retira exactement six grains , qui , réunis aux six grains déjà obtenus , formaient un nombre équivalent à la somme de la fibrine retirée du premier vase. Le fluide extrait par la pression devint solide par l effet de la chaleur; c’était du sérum ordinaire.
Il paraît, d’après cette expérience , et d’autres analogues , que la croûte inflammatoire du sang n’est point de la fibrine altérée, comme le pense M. Deyeux ; ce n’est point non plus de l’albumine coagulée , comme le supposait: Fourcroy. Elle n’est point uniquement formée par la lymphe coagulable , suivant l’opinion du D.r Thomson; mais elle est formée par un tissu de fibrine , contenant entre ses fibres une grande proportion de sérum fluide. Un globule de sang rouge est formé d’un globule plus petit , enveloppé d’une vésicule de matière colorante , qui peut aisément être entraîné par l’eau, La particule restante est précisément de la même grosseur que celle du pus ; elle est douée de propriétés telle ment analogues, que quelques physiologistes les ont considéré comme identiques. Si le fait était
bien constaté, on pourrait aisément expliques* les phénomènes de l’inflammation aiguë ordinaire , lorsqu’elle n’attaque pas des parties glandulaires.
Les perfecîionnemens modernes du microscope et l’invention du micromètre permettent de mesurer avec exactitude les plus petits objets. Sir Everard Home a découvert que les particules de l’albumine, de la fibrine, du pus et les globules rouges, diffèrent considérablement par rapport à leurs grandeurs relatives (i). Or, comme ces substances, mélangées avec certains sels et une proportion considérable d’eau , forment le sang, et comme leur sécrétion a lieu dans l’ordre que je viens d’indiquer, lorsque l’inflammation se déclare, on doit conjecturer que le dépôt de chacune d’elles dépend du diamètre du vaisseau dont il est chassé. Lorsque l’inflammation se fait avec épanchement , la substance qui s’échappe îa première est du sérum ; mais si l’inflamm a lion augmente graduellement , et qu’en même temps le diamètre des vaisseaux s’élargisse , le sérum est suivi par îa fibrine , le noyau des globules rouges ou le pus , et enfin
(i) Tl ans. Fini, 1818»
par du sang pur , comme on le voit dans îa formation des abcès ordinaires.
Lorsque l’inOammation commence, ou lorsqu’elle n’est que très-légère , il ne se répand que de la sérosité; c’est ce qui s’observe dans l’hydrocèle. Mais lorsque le sérum a été extrait par la ponction , et qu’on a injecté un fluide irritant dans la tunique vaginale , les vaisseaux s’élargissent par l’effet de l’inflammation , et le sérum s’épanche alors accompagné de fibrine. Lorsqu’on applique un vésicatoire à îa surface du corps , il irrite et cause de l’inflammation ; si elle est légère , il ne se fait qu’un épanchement de sérum ; lorsqu’elle est intense , la matière adhésive s’écoule avec le sérum ; et si 1 inflammation est plus violente encore , il se fait un épanchement puriforme.
Les circonstances suivantes semblent confirmer ces observations. Lorsqu’une partie fournie de vaisseaux , dont le diamètre est grand, est atteinte d’inflammation, le pus se forme promptement , si on n’en arrête les progrès par un traitement convenable; mais lorsque la partie enflammée n’a que des vaisseaux très-petits, dans l’état de santé, leur diamètre se développe rarement assez, pour permettra
Je passage des particules du pus ; d’où il résulte que l’inflammation de ces vaisseaux se termine ordinairement par l’effusion du sérum ou de la matière adhésive. Dans l’inflammation des membranes séreuses, les produits ordinaires qui sont sécrétés semblent indiquer que ces parties n’ont point une structure glandulaire en partage; mais le diamètre des vaisseaux étant naturellement petit , l’inflammation s’étend rarement au-delà de celle qui se termine par adhésion.
Je me suis servi du mot de sérum pour exprimer l’un des produits de rinflammalion , afin de simplifier ce que j’avais à en dire; mais les parties qui le constituent varient beaucoup dans leurs proportions ; car lorsqu’il est produit par un grand accroissement d’action , il contient une plus grande quantité d’albumine que lorsque celle action est plus modérée. Cela se remarque dans les épanchemens séreux , dans lesquels la proportion de l’albumine diffère suivant le degré de l’inflammation actuelle.
toaipf nr*am-»n-. inorl*
2V ote sur le Mémoire précédent , par le D.r John B os loch , membre de la Société royale , et Vun de ses vice-présidens.
Je désire qu’il soit constaté h la suite de ce Mémoire intéressant, qu’en 1807 et en 1808, j’ai fait quelques expériences sur la croûte inflammatoire du sang. Le procédé que j’ai suivi a consisté a en séparer la couche de la surface du coagulum , en l’exposant h un courant d’eau qui entraîne les matières solubles , sans altérer le tissu de celle qui ne l’est point. L’eau entraîna une grande quantité d’albumine, et laissa une substance qui avait la texture fibreuse, que je considérai comme étant formée, en grande partie, par de la fibrine. Mais en même temps, son apparence et Faction que les réactifs chimiques exercèrent sur elle , me firent douter qu’elle fut entièrement semblable à la fibrine du sang , et je crus qu’elle était unie à une certaine portion d’albumine coa- . La difficulté que j’ai éprouvée à me satisfaire moi- même sur ce point a été un obstacle a ce que je misse mes expériences sous les yeux de 'a Société. Je n’ai d’ailleurs point eu depuis ce temps l’occasion de les reprendre.