BLESSURES DES NERFS
Plaie au nerf radial , suivie de symptômes ressemblant à ceux du tic douloureux , par Alexandre Den mark , Esq., chirurgien de I hôpilal Ilaslau .
Observation tirée des Transactions de la S. méd.-ebir.
de Londres , vol, jv.
TRADUIT DE i/àNGLAIS ,
Par Ch. Th. MAUNOIR , D. C. et Prof,
Henri Croft , jeune homme d’une belle santé, appartenant au second régiment, fut blessé, la nuit clu 6 avril 1812, ausiége de Badajos. Une balle de mousquet pénétra dans le triceps brachial, un pouce et demi au-dessus du coudyle interne de 1 humérus; en rasant la partie interne de cet os, elle passa obliquement en bas , le long du brachial interne , et se ht jour antérieurement près du pli du bras»
La plaie se cicatrisa promptement , sans offrir aucun symptôme fâcheux pendant le traitement. Lorsqu’il entra à l’hopitai, il éprouvait des douleurs si vives , qu elles ne purent être calmées par les plus grandes doses d’opium, et qu’il était dans un état de veille presque continuel; s’il s’endormait un moment, son sommeil était bientôt interrompu par des songes effrayans et par des soubresauts. L’avantbras était toujours fléchi dans la supination, supporté clans cette attitude par l’autre main; le poignet était aussi fléchi , sans qu’il put prendre une autre position par l’action volontaire des muscles. En faisant l’extension forcée de la main la douleur augmentait, il en était de même lorsqu’on amenait la main à l’état de pronation. On sentait une petite tumeur sur le côté de la plaie , à la partie antérieure du bras ; l’attouchement de cette partie y déterminait les douleurs les plus vives ; la sensation pénible commençait à l’extrémité des doigts , sauf le petit, et s’étendait jusqu’à la partie blessée. Elle était brûlante, et si forte qu’elle occasionnait une sueur continuelle à la face. La paume de la main excoriée laissaitexsuder un fluide ichoreux; le malade croyait devoir en attribuer la cause à la force qu’il avait era-
ployée à rouler une bombe. Ses souffrances insupportables ne lui permettaient nullement de dormir, et lui ôtaient le plaisir qu’il aurait eu h prendre sa nourriture , quelque fut son appétit. Enfin il ne voulut absolument pas les supporter plus long-temps, et il demanda instamment qu’on le débarassât du bras. Avant que d’en venir à aucune opération , je lui conseillai de faire usage des bains et de la vapeur d’eau chaude, des frictions anodynes, etc.; mais aucun de ces remèdes n’allégea ses souffrances.
Les symptômes de la maladie étaient assez clairs ; il était question d’établir un prognostic assuré. La partie blessée, la nature de la douleur , son trajet depuis les doigts , à l’exception du petit doigt, témoignaient assez que la blessure était au nerf radial. L’exaspération de la douleur, pendant la pronation, donnait du poids à cette supposition, en raison de la pression exercée sur ce nerf par le rond pronateur.
Cet homme avait perdu abondamment de sang après sa blessure , cependant les pulsations de l’artère radiale étaient aussi fortes d’un côté que de l’autre. Il était difficile de supposer que l’artère brachiale n’eût pas été intéressée dans la blessure du nerf, cependant l’examen prouva que la chose s’était passée ainsi.
Je Us entrevoir au malade la possibilité de sauver le membre , en coupant le nerf et en eo retranchant une partie au-dessus de la plaie ; il y aurait consenti , s’il n’avait pas préféré avoir le bras coupé , plutôt que de courir la chance d une seconde opération. Enfin , après une consultation , dans laquelle on ko if dans la balance l’incertitude du succès , l’étal du bras et sa contraction, il fut décidé qu il y avait convenance de procéder à l’amputation : elle fut laite sur-îe-champ , et le malade fut instantanément soulagé. Il sortit de l’hôpital bien guéri , au bout de trois semaines , pendant lesquelles il récupéra sa santé et ses forces.
En disséquant le bras , je suivis le nerf radial à travers les parties blessées ; confondu avec elles il leur était intimement attache dans
l’étendue d’un pouce. A l’endroit où il avait été blessé , le nerf avait pris une épaisseur double de l’état naturel , il semblait qu’il se fut contracté dans sa longueur. Cette contraction expliquait la position fléchie de l’avantbras , ainsi que les douleurs causées par son extension forcée. En poursuivant la dissection du nerf, et en divisant ses fibres dans sa partie postérieure, je trouvai qu’elles recelaient une
petite portion de balle, qui s’était détachée en passant sur l’os. Il n’en fallait pas davantage pour rendre raison des douleurs aigues que le malade avait éprouvées. L’humérus avait pris une couleur pâle, dans l’endroit où il avait été touché par la balle; l’artère brachiale était intacte. Le volume du nerf était évidemment augmenté au-dessus et au-dessous de l’endroit qui avait été atteint. Devait-on attendre quelque succès de la division , et de l’ablation d’une portion du nerf ?
M. Bell cite un cas de blessure au nerf poplité, chez un matelot, qu’il était sur le point d’opérer , et qui avait beaucoup d’analogie avec celui de M. DenmARK , excepté que dans l’un les accidens étaient la suite d’une contusion , et dans l’autre l’effet d’une plaie.
OBSERVATION
Sur une blessure de nerf au pouce , suivie de symptômes fâcheux . guéris par la section du nerf , par J. PJ^ARDROP , chirurgien extraordinaire du Roi.
Transactions de la société médico - chirurgicale de
Londres, tom. xij;
J’ai déjà lu à la Société l’histoire d’un cas, où des symptômes d’une nature fâcheuse , à la suite d’une piqûre faite par une épine , h l’extrémité du doigt, furent guéris instantanément et d’une manière permanente par l’amputa, tion. Je communique aujourd’hui un fait semblable a bien des égards, et pour lequel l’opération qui fut faite , quoique souvent proposée, n’est point adoptée généralement. Cette circonstance en rendra, je l’espère, la lecture intéressante pour la Société.
Un jeune homme reçut un éclat d’arme à feu , qui frappa obliquement le bord radial de la dernière phalange du pouce; la plaie avait huit lignes de longueur , elle était assez pro-
fonde pour avoir divisé Tarière digitale. Quoique la douleur fr\t intense , la plaie n’en guérit pas moins promptement , par première intention, ensorte qu’on n’y attacha pas une grande importance ; aussi le malade reprit-il ses habitudes ordinaires, et suivit-il un régime peu convenable. Au bout de quelques jours le pouce devint très-sensible ; des sensations pénibles , accompagnées d’une irritation continuelle, se développèrent avec intensité jusqu’au dixième jour , époque à laquelle je vis le malade pour la première fois. Le pouce paraissait dans un état naturel ; la cicatrice était solide , et cependant le malade se plaignait d’une douleur violente au pouce, à l’indicateur et au bord radial du médius , douleur qui s’étendait jusqu’au bras , au cou et à la poitrine; elle était constante et aggravée par l’attouchement le plus léger au pouce. Le pouls était fréquent et tendu , la face rouge , la langue blanche et écuineuse. Une saignée abondante fut suivie d’un soulagemeut immédiat : la douleur du bras et du dos diminua sensiblement, et le pouce fut moins sensible à l’attouchement. Pendant trois jours consécutifs les accidens locaux reparurent , mais ils cédèrent chaque fois par la répétition de la saignée , par de violens
purgatifs et par un régime antiphlogistique très-sévère.
Dans la suite , les douleurs furent alternativement fortes et modérées, mais le pouls quoique fréquent et agité, ne fut jamais assez plein ou assez dur, pour exiger de nouvelles évacuations de sang. Les redoublemens de douleurs étaient, pour l’ordinaire , produits par une affection mentale , et quelquefois par une trop grande quantité de nourriture animale. L’opium ne soulageait presque point le malade; il n’y avait guères que des purgatifs drastiques, et une nourriture liquide très- simple , qui eussent de l’influence sur la douleur.
Telle fut la marche des symptômes pendant dix jours; à la fin de la troisième semaine , depuis l’accident, le malade avait beaucoup maigri et ses forces étaient considérablement réduites; il devint très-difficile de régulariser les fonctions des premières voies , qui avant l’accident étaient déjà troublées depuis long-temps. Le pouce blessé était constamment douloureux , sensible à l’excès au moindre attouchement, et le malade était assez souvent atteint de paroxismes de douleurs portées jusqu’à la défaillance ; ces douleurs ne se bornèrent pas aux doigts qui reçoivent des rameaux nerveux du
nerf radial, elles s’étendirent sur toute la main, sur le bras , sur le cou , et même tout le !od£ du dos. Dans cet état alarmant , il était urgent de recourir à quelqu’aulre moyen de soulagement. Les effets de l’amputation du doigt, dans le cas dont j’ai fait précédemment mention, semblaient devoir me conduire h adopter le même traitement dans celui-ci; mais 1’apparence de la plaie, la section de l’artère digitale , donnaient assez à connaître le nerf qui avait été atteint , et dont la blessure causait , sans qu’il fut possible d’en douter-, les accidens fâcheux qui l’accompagnaient. En conséquence, j’esîiinai qu’il était indispensable de diviser complètement le nerf au-dessus de la blessure, et c’est ce que je fis immédiatement , avec laide de M. Cline, en pratiquant une incision transversale et profonde dansi' l’endroit indiqué. L’opération fut immédiatement suivie d’une diminution de tous les symptômes alarma ns ; l’attouchement du pouce n’étant plus (louloureux , on put le manier sans ménagement ; les doigts et la main ne furent plus aussi sensibles. Cependant ces symptômes ne cessèrent pa$ d’une manière permanente , car plusieurs semaines après l’opération, toutes les fois que le malade prenait une nourriture difficile a di-
gérer , lorsque les purgatifs n’opéraient pas promptement , ou lorsqu’il avait une trop grande agitation d’esprit , la douleur se faisait sentir, quelquefois très-violemment, à la main et au bras. Mais dans la suite , la santé se rétablit entièrement , et il ne s’était pas passé 20 mois que déjà ce jeune homme s’était livré, h plusieurs reprises, aux exercices les plus violens de la chasse. L’extrémité du pouce conservait de l'engourdissement, mais l’attouchement n’y causait plus de douleur.
Ce qui prouve encore la sympathie de la partie lésée avec les organes digestifs , c’est que lorsque , par une cause quelconque , les fonctions de l’estomac étaient troublées , la douleur du pouce blessé se renouvellait.
Observations,
Les effets remarquables de la lésion des nerfs m’ont fait connaître les heureux résultats qu’on a droit d’attendre d’une opération semblable à celle que j’ai signalée , et l'expérience de tous les jours démontre qu’on peut couper, impunément et sans danger, les troncs nerveux les plus gros.
Un enfant fut piqué au front avec la pointe
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d'un couteau; la paupière supérieure fut aussitôt saisie de clignotemens convulsifs, qui cessèrent lorsque Portai, eut converti la piqûre en incision. Il est quelquefois arrivé qu’en pratiquant la saignée du bras, la piqûre d’un blet du nerf musculo-cutané ait été suivie d’accidens très-douloureux, qui ont cessé immédiatement* en agrandissant la piqûre de manière à en faire une plaie. J’ai vu le même phénomène se présenter chez un jeune homme, qui, après avoir été blessé au front , voyait les objets doubles , l’œil du côté blessé se tournant en dehors. Trois mois après cet accident , je fis une incision cruciale au front, pour extraire une portion d’os carié , le nerf frontal du côté gauche fut compris dans l’incision; en levant l’appareil, je trouvai que le globe de l’œil avait repris : sa position naturelle, et que la vision simple I était bien rétablie.
L’effet de la ligature des nerfs a fait découjvrir des particularités frappantes dans leurs fonctions et dans leur structure : ces particularités ont déjà été caractérisées par la différence des symptômes produits par la division complète ou partielle d’un tronc nerveux. On a souvent prévenu des accès d’épilepsie , en faisant une ligature autour du doigt, lorsque
V aura epileplica se faisait apercevoir. On connaît assez généralement à Londres l’histoire de
ce chasseur , qui se brisa le pouce en tombant de cheval , et qui , depuis ce moment , était sujet à des accidens nerveux , qui commençaient par le pouce, qui se propageaient au bras et de là à tout le système , et qu’il ne pouvait arrêter qu’en liant le pouce, aussi était-il dans l’habitude de porter un tourniquet dont il faisait l’application à l'approche de l’accès. Tous ces faits réunis démontrent que la division partielle d’un nerf est souvent suivie des accidens les plus fâcheux , et que jusqu’à présent le meilleur moyen d’y remédier, et le plus sûr en même temps , c’est de couper complètement le nerf.
Je ferai aussi observer qu’il est des cas où il n’est pas possible de ne pratiquer que la section du nerf; dans ces cas , si la blessure occupe une des extrémités , on doit recourir à l’amputation Tel fut celui de cette femme dont il fallut couper le doigt ; celui où M. Denmark eut recours à l’amputation du bras à la suite d’une blessure du nerf radial. Ces faits sont rapportés dans le quatrième volume des transactions de la société.
Il arrive aussi quelquefois qu’une division partielle d’un nerf n’est point accompagnée j
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des symptômes fâcheux qui ont été signalés , mais que les accidens qui en sont la suite sont caractérisés par la perte de la force , dans les parties où se distribuent les filets nerveux coupés , et par l’atrophie subséquente des parties molles.
Un officier d’artillerie fut blessé a la partie supérieure et postérieure de la cuisse , sur le trajet du nerf sciatique ; le résultat de cette blessure , fut la perte de l’usage du pied et de la partie inférieure de la jambe , qui s’atrophièrent complètement, sans qu’on pût apercevoir aucun changement dans la partie supérieure de la cuisse. Un jeune homme reçut un coup sur la colonne vertébrale ; le résultat fut i aussi l’atrophie des deux testicules. Ce chan- | gement opéré dans les parties molles , ne devrait-il pas être considéré comme un sympj tome pathognomonique de la lésion d’un nerf?
Une suite d’observations sur les effets variés I des plaies , et sur les combinaisons diverses t des symptômes des maladies des nerfs, et de leurs affections symptomatiques , pourraient non- seulement conduire à d’im port ans rés ullats dans la pratique , elles serviraient encore à expliquer les fonctions des nerfs } d une mai ni ère plus satisfaisante que ne Pont pu faire jusqu ici les physiologistes les plus instruits*;
Quelle est cette action qui s’exerce sur Fextrémité d’un nerf, pour produire la sensation? Comment cette action parcourt-elle le trajet des nerfs et arrive-t-elle au sensorium ? Ces questions sont enveloppées d’un voile impénétrable jusqu’à ce jour.
BRONCHOCÈLE OU GOITRE ,
Traité par Je séton , avec clés remarques , par A. Copland Hutchi son , Esq. Chirurgien extraordinaire de S. A . R. le duc de Clcirence , chirurgien du dispensaire général de JVeslmmster ; etc.
Extrait des Transactions médico-chirurgicales , vol. IL