TRADUIT DE ^ANGLAIS
Par J. P. Dupin p Bocté Chirurgie»,
Tout chirurgien exercé conviendra que îa tuméfaction de îa glande thyroïde produit souvent , indépendamment de îa difformité , des accidens graves et quelquefois funestes , par l’obstacle qu’elle apporte à îa déglutition et à la respiration. Les fonctions et Futilité de cette glande, dans l’économie animale, étant enveloppées d’une grande obscurité ; les iraUeme&s
( î GG )
adoptés jusqu’à ce jour pour îa guérison cîu goitre, n’ont pu être ni généralement heureux, ni basés sur des théories satisfaisantes.
Lorsque j’entendis , pour la première fois , lire le mémoire du docteur Quadrï sur le traitement du bronchocèle, je fus vivement frappé du nouveau moyen proposé par ce médecin , pour la guérison de cette maladie, et je résolus de saisir la première occalion favorable , pour soumettre ce procédé à l’épreuve de mon expérience (i).
Le 21 Septembre 1819, Sara Ellis, âgée de 55 ans , Irlandaise , demeurant alors au n.° 2 , place de Maîborough , s’adressa à moi, au dispensaire , pour un goitre du volume environ d’une grosse orange, d’un tissu dur et résistant ; le lobe gauche de îa thyroïde étant plus volumineux , la tumeur s’étendait davantage à gauche qu’à droite; elle était accompagnée de douleur et de malaise dans l’oreille gauche, elles parties voisines delà face ; d’ail-
(1) La méthode de traiter le goitre en passant un selon au travers de la glande thyroïde, proposée par le docteur Quadri, n'est cependant pas nouvelle ; car elle a été recommandée par Fodéré , et d’autres, il y a cinquante ans.
leurs elle n’apportait aucun obstacle à la déglutition et a la respiration.
Treize ans auparavant , étant à Dublin , Sara Eilis était accouchée , et quelques jours après elle avait été exposée à un vent froid , soufflant directement sur son cou et sa gorge , et , pour se servir de ses propres expressions, paraissant traverser ces parties. Immédiatement après , elle avait été saisie d’une fièvre qui n’avait duré que peu de jours , au sortir de laquelle elle avait remarqué , pour la première fois , le gonflement de la glande thyroïde.
Le jour même qu’elle se présenta au dispensaire , je passai au travers de la glande,
I depuis le lobe gauche, obliquement en haut, une aiguille a séton longue , étroite et enfilée d’un demi écheveau de fil de soie, qui laissait i un espace d’environ deux pouces entre l’entrée et la sortie de l’instrument. Les artères thyroïdiennes supérieure et inférieure étant situées profondément dans la glande, tout près de la trachée , l’on évita leurs principales divisions, en repoussant celle-ci en arrière sur l’œsoi pliage , pendant l’introduction de l'aiguille , qui passait au travers du corps de la tumeur, c'est-à-dire, à égale distance des tégumeris et de la trachée. Nonobstant ces précautions, l'o-
pérâlion fut suivie d 'une légère hémorragie , incapable de donner de l’inquiétude à aucun chirurgien. Peu de jours après , il survint une inflammation érysipélateuse légère, a laquelle succéda un écoulement abondant de matière âcre et ténue. Dès que l’action inflammatoire eut cessé, la suppuration fut entretenue en enduisant le séton d’onguent de Sabine , qui fournit le stimulus nécessaire pour remplir le but qu’on s’était proposé.
La tumeur ayant considérablement diminué
dans le voisinage immédiat du séton, on le supprima, le 5 Décembre, pour en introduire un nouveau dans une direction opposée; il traversait obliquement le lobe droit de la glande, et croisait le trajet du premier. Ce nouveau séton fut pansé précisément de la même manière, et l’écoulement continua avec une diminution pro-portionée de cette portion de la glande. Pendant les rigueurs et les intempéries qu’on eut à supporter dans le mois de Février suivant , cette femme fut atteinte de fièvre , et en levant l’appareil l’on trouva que le séton était tombé ; toutefois l’on ne jugea pas nécessaire de le replacer, l’écoulement et la réduction graduelle de la tumeur ayant continué de la manière la plus heureuse.
Les ouvertures des sétons ont fourni pendant une année , depuis l’opération , un léger écoulement de pus louable; mais cette circonstance n’a été suivie d’aucun inconvénient. La femme est bien portante actuellement ; la tumeur est à peine sensible , et la peau cjui la recouvre a repris sa couleur naturelle.
Tout bien examiné, le traitement du goitre par le séton ne doit pas être, généralement parlant, considéré comme dangereux, lorsqu’il est confié à un chirurgien judicieux , quiconnait la disposition anatomique des parties ; cependant, l’on doit procéder avec quelque circonspection , dans les tempéramens délicats et irritables , surtout avec celles de ces tumeurs qui sont dures et tabulées. Pour de telles constitutions, un praticien prudent fera mieux de différer l’opération, jusqu’à ce que des symptômes de suffocation , et l’obstacle apporté à la déglutition , en rendent la nécessité indispensable.
Le goitre présente deux états, qu’il est nécessaire de distinguer dans l’emploi du séton; dans l’un la tumeur est dure et divisée en lobes ; dans l’autre elle est molle et plus élastique. La première espèce a des adhérences plus intimes avec la trachée , et il serait peut-être alors
plus sage de comprendre dans le trajet de l'aiguille une plus petite portion de la glande malade , et de réitérer plutôt l’opération sur d’autres points, suivant que les circonstances l’exigeraient ; quoiqu’il soit probable qu’on pourrait, par des précautions convenables , éviter le danger de la communication de l’inflammation à la membrane muqueuse de la trachée. Mais dans le goitre plus mou et plus élastique , je pense que l’opérateur peut hardiment pousser son instrument au travers de îa tumeur, avec la plus grande sûreté. Dans l’un et l’autre cas, cependant, l’action inflammatoire doit être soutenue, lorsqu’elle est languissante, par l’application sur le séton d’onguents stimulans , ou de substances plus irritantes encore, s’il est nécessaire.
Indépendamment du danger d’enflammer la membrane interne de la trachée, l’on présente comme une objection sérieuse à 1 opération, la difformité qui subsiste après que le séton a été retiré ; mais si l’on doit ajouter une entière confiance à l’observation du docteur Quadri, cette difformité disparait pour l’ordinaire en quelques mois. Sara Eilis a été vue par l’auteur, le 4 Février 1821 , et l apparence de son cou confirme pleinement Fassertioa de ce mé-
decin. D'ailleurs, lorsque la respiration et la déglutition seront menacées , toute autre considération de cette nature cédera a un pareil danger , et l’opération devra être pratiquée.
Dans cette opération, comme dans un grand nombre d’autres, le succès dépendra beaucoup du traitement consécutif. Ainsi, lorsqu’une inflammation érysipélateuse se développe avec violence , on la combat par la suppression du séton , l’application des sangsues sur la tumeur , et l’emploi raisonné des moyens antiphlogistiques. L’excitation au contraire se trouve- 1- elle insuffisante ? il faut recourir aux moyens déjà mentionés , sans quoi l’on ne pourrait espérer une cure complète.
La guérison du goitre par le séton me parait s'opérer de deux manières ; premièrement, par la suppuration qu’on détermine , et qui détruit peu à peu l’organisation morbide ; secondement, par l’excitation que communique le séton aux vaisseaux absorbans de la partie, dont l’action augmentée entraîne dans la circulation une portion de la tumeur (i).
(1) M. Nermann, Suédois, étudiant distingué en médecine, m’a appris, l’armée dernière , qu en Dannema< k il est très'ordioaire de traiter le goitre, par des incisions
Ce serai* perdre son temps que de faire Fénumération des différentes causes que les auteurs ont assignées avec plus ou moins de probabilité à cette maladie , ainsi que des remèdes internes et externes non moins variés qui ont été recommandés pour son traitement. Il me pa rait, cependant, que nous ne pouvons raisonnablement espérer d’arriver aux causes des maladies de la glande thyroïde , qu’après avoir cherché à en découvrir les fonctions. Ce point important une fois obtenu, nous serons d’autant mieux en état de découvrir un moyen plus sûr et moins douloureux que le séton ; il serait fort à désirer dans ce but , que lorsqu’une personne vient a mourir avec un goitre , Ton ne négligeât pas l’occasion de disséquer avec soin la tumeur , et de rechercher attentivement
faites dans le tissu de la glande malade , et que celte opération réussit fréquemment. Le docteur Baillie m a affirmé, que feu le docteur William Hunier avait coutume de citer un cas de ce genre, ou la guérison fut obtenue par une incision faite dans la tumeur. Je îBaï pu m’assurer si dans ces cas l’on avait fait usage d’applications stimulantes sur les incisions ; quoiqu’il en soit, nous sommes fondés à admettre que ce procédé peut guérir le goitre, de la meme manière que le selon.
quelles peuvent être les fonctions et Futilité de la glande thyroïde. Les organes malades et les monstruosités donnent quelquefois lieu à des découvertes, par le développement de vaisseaux, etc. que leur petitesse et leur peu d’apparence dérobent, dans l’état ordinaire, aux recherches les plus scrupuleuses. Le docteur Barton parie, sur l’autorité de M. Fodéré , d’une communication entre le larynx et la thyroïde , prouvée par le gonflement de celle-ci , lorsqu’on soufflait de Fair dans le Larynx préalablement fermé par des ligatures, ce phénomène est-il dû à quelques vaisseaux qui établissent la communication, ou au passage de Fair dans le tissu cellulaire de la partie? c’est ce qui n’est pas décidé. Voyez un mémoire sur la maladie appelée goitre , que Fon observe dans diverses parties de FAmérique-Septentrionale, par B. S. Barton. M. D.
Afin de mettre les praticiens en état de porter un jugement sur cette méthode de traiter le goitre , je vais rapporter quelques cas qui m’ont été communiqués par MM. Gunïiing , A. T. Thomson , du dispensaire de Chelsea , et James de Fhôpitai de Devon et d’Exeter. Toutefois ie saisis cette occasion de déclarer, que je suis décidé à mettre en usage
ce traitement , dans tous les cas où les chances de succès me paraîtront proportionnées aux hasards de l’opération. Le président de celte Société, et plusieurs autres personnes de l’art ont vu dernièrement Sara Ellis , et ont été témoins du résultat heureux de celte opération.
Je ne peux terminer ces remarques sur le goitre , sans insister fortement auprès des praticiens , sur l’utilité qu’il y aurait a employer plus fréquemment le séton par la suite, dans le traitement de cette maladie.
Ce travail me fournit l’occasion d’ajouter une note , concernant un mémoire du docteur Coindet de Genève , sur la guérison du goitre par une solution ou teinture d’iode; ce remède, a ce qu’il parait, a eu des résultats très-heureux dans la pratique du docteur Coindet ; mais quant au rapport détaillé de ses avantages, et à la manière de le préparer, je renvoie au mémoire original dans la Bibliotèque universelle, pour Juillet 1820 , ou à un extrait inséré dans le journal des sciences, de la littérature et des arts , n.° 19.
Le docteur Straub, d’Hofwyl, a inséré dans un journal allemand , pour Février 1820,1m mémoire dans lequel il rapporte avoir découvert l’iode dans l’éponge et d’autres corps
marins, qu’il considère comme la source naturelle de ce principe, et il affirme qu’on peut s’en servir avec avantage, dans toutes les maladies contre lesquelles on a employé l’éponge préparée ou brûlée. Son mémoire a été traduit en français , et inséré dans la Bibliolèque universelle de Genève, en Août 1820, mais il est probable que le docteur Coindet, lorsqu’il publia le sien, en Juillet, ignorait cette circonstance, que, dans le cas contraire, il n’aurait pas manqué de signaler.
Cas de M. Gunning.
Anne Smilh , âgée de 48 ans, fut reçue dans l’hôpital de St. George, le 26 Avril 1820, affectée d’un goitre datant de huit l\ neuf mois. La consistance en était dure, le lobe gauche de la thyroïde égalait le volume d’une petite orange; le droit éiait presque double; une grande partie de la surface inférieure de la tumeur adhérait solidement au sternum , et la gêne de la respiration en était venue au point de rendre quelquefois la fuffocation imminente.
Depuis son entrée à hôpital, la malade avait
éprouvé un de ces spasmes violons des muscles respiratoires , qui la menaçaient d une mort prompte , mais dont elie avait été soulagée par l’application des sangsues à la tumeur,
Comme les remèdes communément employés en pareil cas n’avaient obtenu aucun avantage , et que la vie de la malade avait plusieurs fois couru un grand danger , il fut décidé, dans une consultation entre les chirurgiens de i’hôpital , que I on essaierait l’application d’un séton. En conséquence , le 6 Mai , M. Gunning , en la présence de ses collègues et de moi, passa au travers du lobe droit de la glande , dans une direction dsrecte en haut, la même aiguille à séton que j’avais fait construire , et dont je m’étais servi dans Je cas précédant; elle portait un écheveau de soie blanche.
L’opération ne fut suivie ni d’irritation , ni d’aucune circonstance défavorable , en sorte que M. Gunning , pendant plusieurs jours , pensait à répéter l’opération sur l’autre lobe de la glande.
Le 10 Mai, il y eut quelque irritation, et un sentiment de malaise ; les parties contiguës au séton avaient un aspect gangreneux.
Le t 4 , le séton fut retiré , le lobe droit de la glande étant considérablement diminué. Le 20, nouvelle attaque d'irritation dans îa trachée, avec beaucoup d’anxiété et de dyspnée , au point de s’opposer à la situation horisonîale ; l’inflammation externe très- légère. 'Le 5o, escarres détachées , les parties présentant une très-belle apparence. Peu de jours après , la toux devint très- inquiétante , et la malade continua à baisser peu à peu jusqu’au 24 de Juin , qu’elle mourut après une violente attaque d’irritation , telle qu’on les a décrites cidessus ; il y avait six semaines qu’on avait retiré le séton.
À l’examen du cadavre , on trouva le reste de la glande thyroïde dans un état gangreneux, et quelques traces légères d’inflammation sur la membrane interne de la trachée. Les bronches et toutes les autres parties du corps étaient a l’état sain.
Le peu d’irritation que le séton a causé dans ce cas, l’état de la gangrène et de la suppuration, qui n’ont jamais été assez considérables pour donner des craintes sérieuses , l’époque ! de la mort survenue à une distance aussi éloignée de la suppression du séton, et dans une ie ces attaques spasmodiques qui , plusieurs
fois auparavant, avaient mis la vie en danger, m’autorisent à déclarer , d’après M. Gunning, que malgré ce revers, il na point pris mauvaise opinion de l’opération du seton dans cette maladie.
Spring-Gardens , 28 Octobre 1820.
Cas de J\L Thomson .
Sloans-Street, 20 Septembre 1820.
Monsieur.
Je regrette qu on n’ait conservé aucun détail sur les cas de goitre que j’ai traités par le séton, au dispensaire de Chelseaet Brompton ; je suis par conséquent obligé de tirer de ma mémoire tout ce que j’ai à vous communiquer à ce sujet.
Le pemier cas était celui d une jeune femme, nommée Sara Waller, âgée de 22 ans , qui vint de la campagne , et s’adressa au dispensaire , le 25 Décembre 181 5, après avoir vû une de ses amies guérie du goitre dans cet établissement. Autant que je puis me rappeler, la tumeur bornée à la partie antérieure du cou approchait de la grosseur du poing d’un
homme, et faisait en avant une saillie d'un pouce et demi ; la peau était tendue, un peu élastique et d’apparence naturelle. Il n’y avait ni douleur, ni dyspnée; mais je me souviens que la malade se plaignait d’un sentiment désagréable de distension de la peau, et de pression sur la trachée, toutes les fois qu’elle prenait froid. La maladie fut d’abord traitée par l’éponge brûlée , les pilules bleues et les frictions ; ce plan de traitement, auquel on joignit de temps en temps l'application des vésicatoires, fût continué jusqu’au trois Octobre 1816; la malade désirant alors aller à la campagne , fût renvoyée avec recommandation de continuer l’usage des frictions , et de se montrer de nouveau à moi lorsqu’elle reviendrait à la ville. La tumeur , à cette époque 3 était certainement plus petite que lorsque la malade fut admise au dispensaire : mais Famélioratioa n’élail pas assez marquée pour faire espérer que la maladie céderait entièrement aux moyens employés jusqu’alors. Environ six mois après, cette femme se plaça de nouveau sous ma direction, et comme dans l’intervalle j’avais lut dans quelque ouvrage périodique (je crois que c’était un journal de médecine américain ) , qu’un cas de goitre avait été guéri par le
ton , je résolus de tenter ce moyen dans cette occasion. Le 8 Mars 1817, je passai un séton obliquement de liant en bas au travers du corps de la tumeur. L’extraction de l’aiguille fut suivie d’une hémorragie considérable qui amena une syncope ; mais quoique le sang continuât de suinter pendant deux ou trois jours , il n’en résulta cependant aucun autre inconvénient. Pendant plusieurs jours la tumeur s’enfla considérablement ; il s’en suivit quelque accélération dans le pouls , qui céda aux purgatifs; mais le séton causa peu de douleur et d 'inquiétude ; dans l’espace de dix jours il s’établit ur écoulement peu abondant d’une matière ténue , ressemblant davantage à un mélange de lymphe et de pus, qu’a du pus véritable. Le séton fut retiré au bout de deux mois ; la tumeur était alors réduite à un peu plus du quart de son volume primitif; la malade retourna à la campagne, avec recommandation de m’informer si le goitre venait à croître de nouveau. Je présume que cela n’a pas eu lieu, n’en ayant point eu de nouvelles depuis son départ de Londres.
La même méthode fut employée dans un autre cas, ou dispensaire, en 1818; mais comme le malade montra de l’irrégularité , efc
fut perdu de vue , une semaine après Fapplicalion du séton , je ne vous en parlerai pas.
Le troisième cas était celui d’on vétéran , nommé Godwin, actuellement homme du guet âgé de 61 ans , qui s’adressa au dispensaire le 22 Juin 1820. La tumeur n’occupait que le côté droit du cou , et s’étendait en haut jusqu’à l’angle de la mâchoire; elle était molle, divisée en lobes ; la peau était douloureuse , et plus rouge que dans l’état naturel ; la respiration était un peu gênée. Le séton fut introduit par une incision faite avec une lancette h abcès , un peu au-dessous de l’angle de la mâchoire , et poussé plus loin au moyen d’une sonde d’argent solide et pointue, qui rencontra peu de résistance , et sortit à une contr’ouverture faite à la partie inférieure de la tumeur. Une petite quantité de matière semblable à du pus, et fort peu de sang , suivirent l’extraction delà sonde; au bout de trois jours il s’établit un écoulement abondant. Trois semaines après , le volume de la tumeur était fort diminué ; à celte époque le malade se plaignait vivement de douleurs dans le trajet de la plaie , on supprima le séton, et le malade lui-même fut renvoyé la semaine suivante , comme il en avait manifesté le désir , quoiqu’il y eut encore un léger subi-
renient de pus par l’ouverture inférieure. J’attribue la rapidité avec laquelle la tumeur diminua. dans ce cas, à fa mollesse de son tissu; et je suis porté a croire que le séton pénétra plutôt entre les lobes que dans la substance propre de la glande. Quoiqu’il en soit , la quantité de l’écoulement fut à peine suffisante pour rendre compte de 1 effet obtenu , et je suis en conséquence disposé a en attribuer la plus grande partie à l'irritation excitée , et à l’absorption qui s’en est suivie , plutôt qu’à une fonte de la substance de la glande tuméfiée.
En terminant ce rapport incomplet, je crois nécessaire d’ajouter, que quoique l’application du séton m’ait été suggérée par les circonstance dont j’ai parlé , je me serais aussi facilement déterminé à i’empîoier , si fopinion de son efficacité probable , lorsqu’on peut l’introduire en évitant la blessure des gros rameaux artériels , n’avait pas été appuiée par le souvenir de la guérison radicale du goitre le plus volumineux que j’aie jamais vu, obtenue par un traitement empirique. Je mç permettrai de vous exposer maintenant ce cas en peu de mots.
Madame Todd , femme de l’intendant de
feu le marquis Townsend , s’etait souvent adressée à moi pour une dyspnée causée par un goitre, qui occupait toute la partie antérieure du cou , s’étendant latéralement jusqu’à l’une et l’autre oreille , et descendant d’autre part jusques sur la partie supérieure de la poitrine ; la surface en était parsemée de très-grosses veines , et il formait une tumeur pour le moins aussi volumineuse que îa tête d’un homme ordinaire. Après la mort du marquis et de son mari, madame Todd vint demeurer en Queen-Street, près de Paddington- Hoad ; et ce fut là , le 22 Juin 1 8 1 1 , que je fus appelé pour la voir , à cinq heures du matin. A mon arrivée je la trouvai dans son lit, poussant des gémissemens , comme si elle eût été soumise à la plus cruelle torture , et entourée de plusieurs femmes , qui m’apprirent qu’elle était aux portes du tombean. En en demandant la cause , j’appris qu’une voisine lui avait conseillé d’appliquer sur toute la tumeur un emplâtre , principalement composé de chaux vive, et que c’était ce qui avait amené toutes les douleurs et l’inflammation dont j’étais témoin. La malade avait eu du délire ; et quoique l’emplâtre eût été enlevé deux heures avant que je la vise , elle était dans ce moment in-
capable de répondre à mes questions. L’examen de la tumeur me convainquit que la violence de ses douleurs était proportionnée à la manière dont elle les manifestait. L’in fl animation s’étendait en bas sur la plus grande partie
d la poitrine. y compris les seins, et en haut sur mute la tête ; tandis qu’on appercevait évidemment la formation d’une large escarre, qui embrassait Soute S’étendue de la tumeur. Après une copieuse saignée , je prescrivit le calomel et l’opium ; des cataplasmes furent appliqués sur la tumeur , et les aulres parties enflammées furent cotinuellemenl humectées par une lotion réfrigérante.
En peu de jours, une énorme escarre se forma , et se détacha peu h peu, laissant à nud tous les muscles du cou. La suppuration était effrayante, et je craignis chaque jour de voir ma malade y succomber, nonobstant l’usage du quinquina, de l’acide suîphurique , du via et de l’opium. Elle se rétablit cependant , et le i/j Octobre, cinq mois après l’application du caustique, je pris congé d’elle; l’ulcère était alors cbmplclement cicatrisé , et à pein® restait-il quelque trace de la tumeur (i).
(1) M, J. Builiie Truler , parlant, dans le récit de ses
Croyez-moi , Monsieur, votre très-clévoué ,
Antoine Todd Thomson.
Cas de M. James .
Exeter, cours de la cathédrale, 8 Octobre 1820. Monsieur.
John Brown , âgé de 35 ans , entra comme malade dans l'hôpital de Devon et d’Exeter , sur la fin de l’été de l’année 1819, sous les soins du docteur Daniels , pour un goitre , et fut traité par lui , et par le docteur Blackall (pendant son absence pour cause de maladie), par les moyens qui ont été reconnus utiles
voyages aux montagnes Himâlà , du bronchocèle ou | goitre très-fréquent dans les vallées de ce pays montueux, | fait la remarque suivante : « Nous fumes informés qu’on « » le guérissait quelquefois en s’y prenant de bonne j » heure; le moyen employé consiste dans l’extirpation 3> d’une portion de la tumeur avec l’instrument tran- 3> chant. Nous vîmes quelques personnes qui portaient 3) sur la gorge des cicatrices , résultat de ce mode 3) de traitement qui avoit parfaitement réussi dans ce i 3> cas. »
dans cette maladie ; vous faire connaître les personnes aux soins desquei-es il fut confié , c est ne laisser aucun lieu de douter qu’il n’ait reçu tous les secours que Fart peu donner. Il était néanmoins évident que la tumeur augmentait, et par son accroissement mettait la vie en danger; le malade lui-même en était persuadé, et par conséquent désirait ardemment qu’on eût recours à un traitement plus efficace. Ayant vu récemment le mémoire du docteur Qnadri, publié dans le dixième volume des transactions médico- chirurgicales , je fis sentir au docteur Blackali , qui dirigeait alors le traitement, là convenance d’essaier la méthode recommandée par le médecin italien ; il fut de mon avis , et le malade avant aussi donné son consentement, je procédai à l’opération, le 18 Décembre, en présence de mes collègues, MM. Barnes et Harris.
Le volume de la tumeur égalait celui d’une grosse orange applatie ; elle était tendue , élastique, descendait jusqu’au sternum, était surmontée de chaque côté par les bords des muscles sterno-mastoïdiens, et si solidement fixée, par ceux-ci et par le paucier, qu’elle exerçait évidemment sur la trachée une pression très-forte. Son étendue était presque égale à droite et à gauche.
Une aiguille troicar (i) garnie de soie, fut passée au travers de la tumeur obliquement de haut en bas , et de gauche à droite , en la dirigeant aussi près de son centre qu’il me fut possible. Il s’écoula un peu de fluide glaireux, provenant probablement d’un Liste rompu; le malade éprouva un soulagement immédiat par la diminution dans le volume de la tumeur, qui fut à peu près d’un tiers ; il respira librement, et avec facilité.
Le lendemain , l’obstacle à la respiration était de nouveau manifeste , et le visage vultueux ; je fis saigner et purger le malade; le pouls était fréquent et souple.
Les jours suivans , la dyspnée s’accrut, elle était accompagnée d’une toux Irès-fatiguante, d’aphonie , comme dans l’inflammation du larynx, il survint une expectoration copieuse, un air hagard avec un pouls fréquent, petit et faible. Dans ces circonstances je crus devoir retirer le séton à la fin de Décembre.
Ces symptômes ne diminuèrent que faiblement après la suppression du séton; il paraissait fort à craindre que la trachée et les bron-
(1) L'aiguille communément employée pour placer le séton dans l’hydrocèle.
ch es ne fussent frappées d’une gangrène mortelle. Vers ce temps là le malade expectora une certanie quantité de lymphe transparente et solide, ressemblant à de la gelée de pieds de veau, et bientôt après des lambeaux qui avaient l’apparence de fausse membrane, on retira aussi une substance semblable, par les ouvertures du selon qui s’étaient ulcérées. 11 y avait en même temps une expectoration de mucus puri for me, et une forte orthopnée; néanmoins, un mois après l’opération , ces symptômes avaient beaucoup diminué, et le volume de la tumeur était considérablement réduit. Le 29 Janvier , l’irrita lion de la trachée, la toux , et les symptômes généraux éteient dissipés , et le 6 de Février, le goitre avait disparu, au point de ne laisser d’autres traces de son existence, que les cicatrices de l’aiguille à séton employée pour le traitement. Le malade recouvra une santé parfaite, et plusieurs mois après il se rendit à Londres ; je saisis cette occasion pour le prier de se montrer à M. Abrneethy , qui a bien voulu vous donner communication de ce cas .
Remarques sur celle maladie .
i.° Avant l’opération, l’accroissement de la
tumeur et la difficulté de îa respiration, rendaient très-probable une terminaison funeste par suffocation , le malade lui-même en était convaincu.
2.0 Les moyens ordinaires ne pouvaient être d’aucune utilité.