‹ Mélanges de critique bibliqueChapitre 100 sur 106 · ITI · texte numérisé non relu

ITI

ÉHEIÉ ASCHER ÉHEIÉ

Définition métaphysique de la divinité.

Dans le passage de l’Exode (II, 1-16), qui raconte la vocation de Moïse, IAHVEN adresse ainsi la parole à celui qu'il envoie à la délivrance d'Israël : « Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob... J'ai vu l’affliction de mon peuple qui est en Égypte, et j'ai entendu son cri devant ses surveillants ; j'ai reconnu ses douleurs et je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens. maintenant donc viens, et je t'enverrai vers Pharaon pour que tu fasses sortir d'Égypte mon peuple, les fils d'Israël. » (Ex. II, 2-10.) Moïse s'excuse sur son indignité. « Qui suis-je pour aller vers Pharaon, et pour faire sortir d'Égypte les fils d'Israël? » Dieu lui répond : «Je serai avec toi, et ceci

sera pour toi le signe que je t'ai envoyé : quand tu auras fait sortir d'Égypte les fils d'Israël, vous adorerez Dieu sur cette montagne (1). » (IL, 11-12.) Après cette réponse, il semble que Moïse doive se sentir rassuré, et qu'il n'ait plus qu'à s’acheminer là où Dieu l’envoie. Cependant un nouveau sujet d'inquiétude l’arrête. « Quand j'irai, dit-il à Dieu, vers les fils d'Israël, et que je leur dirai : le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous, s'ils me disent : Quel est son nom? que leur répondrai-je ? »

Avant d'aller plus loin, remarquons ce qu'il y a d’étrange dans cette question et dans le souci qui la motive. Moïse sait que le Dieu, avec lequel il converse, est le Dieu de ses pères, le Dieu de son peuple; il va dire aux Israélites que c’est leur Dieu qui l'envoie vers eux. Est-il admissible qu'il ne connaisse pas le nom de ce Dieu? Les Israélites aussi ne doivent-ils pas le connaître? Quelle raison peuvent-ils donc avoir de demander à Moïse quel est ce nom, à moins que ce ne soit pour le mettre à l'épreuve, et dans ce cas, Moïse peut-il être en peine de la réponse à leur faire? Veut-on cependant supposer, contre toute raison, que ni Moïse ni les Israélites ne connaissent le nom du Dieu national? S'il en est ainsi, à quoi peut servir à Moïse la connaissance qu'il aura obtenue de ce nom? comment pourra-t-il s’en prévaloir comme d’un titre à la confiance du peuple? comment ce vocable inconnu pourrait-il servir de sanction à sa mission ? La remarque n'est pas de nous; elle date de plus loin. Elle figure déjà dans le Livre de Maïmonide (2), et ce qui précède ne fait qu'en reproduire la substance. On verra tout à l'heure comment l'illustre Rabbi croit pou-

(1) Le sens probable est que la vérité de la promesse sera démontrée par le fait même de la délivrance.

(2) Le Guide des égarés, traduction de Munk. T. I. Chap. zx,

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