‹ Mélanges de critique bibliqueChapitre 19 sur 106 · DEUXIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME

(GENÈSE, CH. II, 5 — cn. III, 24).

Ce serait un intéressant travail que de comparer le Premier et le Deuxième récit de la Création sous le rapport des doctrines qu'ils représentent et de l'influence qu'ils ontpuet peuvent encore exercer. Mais un pareil sujet n’est pas à traiter d'une manière accessoire; nous nous bornerons donc à donner ici, avec quelques notes, le texte bien conservé du Second récit, en indiquant les différences matérielles et morales qui le séparent du précédent.

Il y a d'abord la différence du nom divin, déjà signalée au commencement de ce Mémoire : ELouim (Dieu) dans le Premier récit, lanven ELonm (Tahveh Dieu) dans le Second. Puis le sujet traité n’est pas exactement le même : d’une part, c’est la création du ciel et de la terre et des êtres qu'ils renferment ; de l’autre, c’est la création seulement de l'homme, des plantes et des animaux.

Mais même sur ce terrain commun, les deux récits ne se rencontrent point. |

Selon le premier, les plantes et les animaux sont créés avant l’homme, et l'homme est créé mâle et femelle. Selon le second, les plantes et les animaux sont créés après l'homme, celui-ci d’ailleurs est d'abord créé mâle, et c'est seulement lorsque Dieu a reconnu « qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul, et qu'il lui faut un aide qui

soit son pareil », c'est alors seulement que la femme est formée d’une côte de l’homme, que Dieu lui a enlevée pendant son sommeil.

L'habitation de l’homme, selon le premier récit, est la terre elle-même, dans toute son étendue; selon le second, c’est un jardin (paradis) planté au pays d’Eden, c'est-àdire au pays de délices.

Cependant, ces différences sont peu de chose en comparaison de celles qui existent dans la destinée assignée à l’homme de part et d'autre.

D'un côté, nous l'avons vu, le couple appelé à régner sur la nature doit, pour remplir sa mission, développer

toute son énergie physique et morale. De l’autre, il est

soumis à une loi tyrannique qui lui interdit tout progrès, puisqu'elle lui défend de goûter le fruit de l'arbre qui figure la science du bien et du mal. Cependant la femme, séduite par le serpent, désobéit et entraîne l'homme à la désobéissance. Un cruel anathème est le châtiment de leur faute. La femme est condamnée à enfanter dans la douleur ; l'homme doit travailler à la sueur de son front, et la terre est maudite à cause de lui. Le serpent, qui auparavant pouvait parler et marcher, est privé de la parole, condamné à ramper sur le ventre et à se nourrir de LELEE

Dans le Premier récit, une fois admise la donnée de la création, tout est posilif; dans le Second, nous sommes en plein mythe.

Ainsi nos deux récits ne sont pas seulement divers; ils sont contraires, ils s’excluent l’un l'autre. Ce n’est que par un assemblage forcé, par la combinaison d’une Genèse élohiste avec une Genèse jéhoviste, comme l'avait bien vu Astruc, et sous l'empire de préoccupations religieuses toutes particulières, que ces deux documents ont pu se trouver réunis.

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