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« prêté de l'argent et au blé; allons, remettons-leur cette « dette! Rendez-leur aujourd’hui même leurs champs, « leurs vignes, leurs oliviers et leurs maisons, et remet- « tez-leur le centième de l’argent, du blé, du vin et de « l'huile que vous leur demandez à titre d'intérêt! » Ils répondirent : « Nous voulons rendre et ne rien réclamer « d'eux; nous voulons faire comme tu dis. » Alors j’appelai Les prêtres, et je les fis jurer d'agir selon cette promesse. De plus je secouai le pan de mon manteau, et je dis : « Qu’ainsi Dieu secoue hors de sa maison et de sa « propriété quiconque ne tient pas cette promesse, et « qu'il soit ainsi secoué et vidé! » Et toute l’assemblée dit : « Ainsi soit-il! » Et ils louèrent Iahveh, et les gens agirent en conséquence. »(Véhém. V, 1-13.) C’est donc au nom d’une pensée religieuse et miséricordieuse, ce n’est pas, comme nous l'avons déjà remarqué, au nom d'un texte de loi, que Néhémie obtient des Judéens le sacrifice qu'il leur demande. Sans doute les anciens prophètes avaient déjà tenu un langage pareil, et le peuple ne pouvait l’ignorer. Mais si ces préceptes avaient été l’objet de prescriptions légales, comment Néhémie eût-il pu négliger d’invoquer devantses auditeurs cette suprême sanction (1)?
Après avoir ainsi réglé cette douloureuse question des rapports entre les pauvres et les riches, et entre les débiteurs et les créanciers, question qui tient tant de place dans l’histoire des sociétés antiques, nous voyons Néhémie s'occuper de l'organisation religieuse de là commu: nauté, et cela de concert avec Esdras, qui à ce moment reparait sur la scène.
(4) « Tandis qu'Esdras est partout représenté comme légiste, c'està-dire comme agissant d'après les statuts d'un code officiel, Néhémie n’invoque-jamais ce code, et agit presque comme s’il n'avait à prendre conseil que de lui-même et d’une certaine tradition considérée comme faisant loi. » (Reuss. La Chronique ecclésiastique de Jérusalem. Introd., p. 23.)
L'état de désorganisation et de relâchement religieux dans lequel Esdras et après lui Néhémie ont trouvé la communauté palestinienne s’étendait au sacerdoce luimême; nous l'avons vu tout à l’heure dans la réforme d'Esdras ; nous allons en voir un autre exemple dans la réforme de Néhémie. Ici encore, pour rétablir définitivement le bon ordre, il faut la main du chef laïque.
Arrivé à Jérusalem, Néhémie fait accepter son autorité non seulement du peuple mais aussi des prêtres et des Lévites. C’est à eux qu'il confie d’abord le soin de diriger la reconstruction des murailles. Puis lorsqu'elles sont relevées, de concert avec Esdras, il organise les chœurs des prêtres et des Lévites pour célébrer la fête de la dédicace. (Néhém., XII, 27-43.) |
Cependant pour entretenir un corps sacerdotal, 1l faut des revenus, un trésor, une administration : « Dans ce temps-là, dit le texte, on préposa certaines personnes aux Salles qui devaient servir de magasins pour les offrandes, les prémices et les dîimes, et on les chargea de recueillir, des campagnes et des diverses bourgades, les redevances pour les prêtres et les Lévites. » (XIT, 44.) De même que la description de la fête qui précède, ces lignes sont vraisemblablement extraites des mémoires de Néhémie. Il y a d'autant plus lieu de le croire que nous voyons Néhémie quelques années plus tard, au retour d’un voyage qu'il a fait à Suse, expulser l’Ammonite Tobiyah de la chambre que le grand-prêtre Eliacib, son parent par alliance, lui avait indûment accordée dans le temple, pour faire replacer dans cette chambre « les ustensiles de la maison de Dieu, les offrandes et l’encens ». Alors aussi, apprenant que les redevances dues aux Lévites n’ont pas été livrées, que les Lévités et les chantres qui devaient faire le service se sont retirés chacun dans sa terre, Néhémie réprime ces abus, rétablit
le service des redevances, et remet le soin des magasins à des hommes dans lesquels il à toute confiance : un prêtre, un scribe, un Lévite, un simple israélite. (Véhém., XII, 4-13.)
Les diverses réformes que nous venons de retracer se trouvent en quelque facon résumées dans le Pacte civil et religieux que renferme le chapitre X. Scellé d’abord par Néhémie et par un certain nombre de prêtres, de Lévites et de chefs du peuple, ce pacte est ensuite solennellement accepté par tous les [sraélites, par leurs serviteurs, leurs femmes, leurs fils et leurs filles. « Tous, dit le livre, s’engagèrent par un serment solennel à vivre selon la loi de Dieu, donnée par l’organe de son serviteur Moïse, et à pratiquer tous les commandements de Iahveh notre Seigneur, ses ordonnances et ses statuts. Nous jurâmes encore que nous ne donnerions point nos filles à des étrangers, ni ne prendrions des leurs pour nos fils ; que de plus, quand les étrangers apporteraient leurs marchandises et toutes sortes de denrées le jour du Sabbat, pour : les vendre, nous n’achèterions rien d’eux, ni le jour du Sabbat, ni tout autre jour consacré; que nous ferions remise la septième année, et de même à l'égard de tout prêt sur gage (1). » (Wéhém. X, 28-31.) |
Remarquons en passant que, d’après le témoignage de Néhémie lui-même, il paraît que les conventions du nouveau pacte, en ce quiconcerneles mariages avec les étrangères, ne furent pas mieux observées que ne l'avaient été les engagements pris devant Esdras. «Ce fut vers le même temps, dit Néhémie (2), que je vis des Judéens qui avaient pris des femmes asdodites, ammoniles ou moabites, et la moitié de leurs enfants parlaient l’asdodien ou la langue de tel autre peuple; ils ne savaient pas parler l’idiome ju-
(4) Voy. Deut. XV, 1-11 et XXIV, 1-13.
(2) C'est-à-dire après son retour de Suse.
déen. Je leur fis des reproches, jeles maudis, j'en frappai quelques-uns, je les tirai par les cheveuxet je les adjurai au nom de Dieu de ne pas donner leurs filles aux fils des étrangers, et de ne pas prendre des filles de ceux-ci pour leurs fils et pour eux-mêmes. Voilà bien, disais-je, comment Salomon a péché! lui, le roi d'Israël, ce roi qui n'avait pas son égal dans la multitude des peuples, qui était aimé de son Dieu, que Dieu avait fait roi de tout Israël, lui aussi, les femmes étrangères l'ont fait tomber dans le péché! Et nous apprenons que vous, vous-mêmes, commettez ce grand crime de désobéir à notre Dieu en prenant des femmes étrangères! » Puis Néhémie ajoute : « L'un des fils de Joyada, fils du grand-prêtre Eliacib, étant devenu le gendre de Saneballat, le Horonite, je le. bannis. Souviens-toi d'eux, Ô mon Dieu! qui ont souillé le sacerdoce et ton pacte fait avec les prêtres et les Lévites. » (Néhém., XIII, 23-98.) |
Il semble aussi que les prescriptions relatives au sabbat ne furent pas mieux gardées que celles concernant les unions prohibées. Nous voyons Néhémie, à la même époque, fulminer contre ceux qui travaillaient au pressoir ou qui amenaient à la ville des provisions de blé, de vin, de figues, de denrées de toutes sortes le jour du sabbat ; il interdit aux Tyriens de venir vendre en ce même jour leurs denrées à Jérusalem. (XIII, 15-22.)
Dans sa première partie, celle que nous venons d’analyser, le Pacte de Néhémie n’est relatif qu'à des devoirs civils, disons, si l’on veut, civils-religieux, puisque dans la loi d'Israël ces éléments ne sont jamais séparés. Les prescriptions qui suivent sont entièrement relatives au culte et au sacerdoce. Ainsi on doit donner annuellement un tiers de sicle pour le service du temple; des prestations en bois sont imposées à chaque famille pour l’entretien du feu sacré, selon ce qui est prescrit par la loi;
puis viennent des ordonnances relatives aux prémices, à la présentation des premiers-nés de l’homme et des animaux, au vin et à l'huile qui doivent être apportés aux prêtres dans les cellules du temple, à la dime due aux Lévites, «les Lévites recueillant eux-mêmes la dime, ajoute le texte, dans tous les endroits où se faisait la culture #:
Dans les versets qui terminent le livre (XIII, 30, 31), Néhémie se montre préoccupé des mêmes soins : « J’ai, dit-il, ainsi purifié le peuple de tout ce qui était étranger, et j'ai établi le service des prêtres et des Lévites selon leurs fonctions respectives, et les prestations en bois, aux époques fixes, et celles des prémices. Souviens-toi de cela, mon Dieu, pour m'en récompenser. » (Néhém. XII, 30, 31.)
Néhémie, nous le voyons par les textes que nous venons de citer, n'exerce donc pas seulement un pouvoir civil, il s'occupe aussi du règlement ecclésiastique, auquel évidemment n’a pas pourvu une législation préexistante. Maisilneluia pas été donné d'achever l’œuyrecommencée; après lui de nouvelles difficultés se sont élevées, de nouvelles luttes se sont produites, etonen trouve la trace dans les versets 38 et 39 du chap. X (1): «Et quand les Lévites recueilleraient la dime, un prètre de la race d’Aharon devait être avec eux et les Lévites devaient porter la dime de la dime au temple (2), aux cellules qui serviraient de magasins. Car c’est dans ces cellules que les Israélites et les Lévites devaient porter les redevances en vin, en grain et en huile; là se trouvent les meubles du Sanctuaire et les prêtres de service, les portiers et les chantres. » Ceci ne peut évidemment avoir été écrit par Néhémie;
(4) Nous donnons ici littéralement la traduction de M. Reuss. (2) Il s'agit de la dime de la dime due par les Lévites. (Voy. Nomb. XVIII, 26.)
c'est simplement une annotation, qui, d’abord jointe au texte, s’y est plus tard incorporée.
Il en est de même des trois derniers versets du chapitre XII, où il est question des fonctions des prêtres, des Lévites et des chantres au temps de David et de Salomon, ainsi que des redevances payées aux uns et aux autres au temps de Zorobabel et de Néhémie (1). Ceci encore est bien certainement une annotation tardive jointe au texte de Néhémie à l’époque où la question du partage des fonctions et des redevances sacerdotales entre les prêtres et les Lévites était devenue une vraie question d'État.
[Cette étude des rapports de la réforme d'Esdras et de
Néhémie avec la composition du Deutéronome est restée ina-
chevée. Dans la conclusion, qui est demeurée à l'état de notes, l'auteur se proposait d'établir à l'aide des faits cidessus résumés que le livre « s'il n'émane point du scribe Esdras, ce que nous n'avons aucun moyen de vérifier, a du moins été composé dans l'intérêt de la réforme poursuivie en commun par lui et par Néhémie (2) ». Les éléments de cette démonstration sont contenus dans ce qui précède ; on trouvera d'ailleurs, dans le Commentaire, de nombreux rapprochements entre les textés du Deutéronome et lesleux livres qui viennent d'être analysés. Nous signalerons notamment section VII, p. 328, l’étude relative aux fêtes solennelles. E. D E.]
(1) « Les Judéens voyaient avec plaisir les prêtres et les Lévites à leur poste, ceux-ci s'acquittant du service de leur Dieu et des purifications, ainsi que les chantres et les portiers, selon la regle de David et de son fils Salomon. Car, dès le temps de David et d’Asaf, il y avait un chef des chantres, et une musique sacrée pour la louange de Dieu. Et du temps de Zéroubbabel et de Néhémyah, tout Israël donnait aux chantres leurs redevances journalières, et aux Lévites leur part consacrée, et les Lévites la donnaient aux descendants d’Aharon. » (Néhém. XII, 15-17.)
(2) Voir Introduct. ci-dessus, p. 94.
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CHAP. I-XXX ET xxxI, 9-13
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Pour reudre plus facile la comparaison entre notre texte réformé et le texte traditionnel du Deutéronome, nous donnerons d’abord celui-ci, en rangeant dans l’ordre traditionnel la traduction que nous avons faite pour le texte réformé.
Les chiffres en marge sont les numéros d’ordre propres aux diverses sections du texte restitué,
A l’aide de ces numéros d'ordre et de ceux des versets, on a toute facilité pour passer d’un texte à l’autre.
D. I. — ‘Voici les paroles que Moïse adressa à tout Israël, au-delà du Jourdain, dans le désert, dans l’Araba, en face de Souf, entre Paran et Tophel, Laban, ‘Hacéroth et Di-Zahapb.
[?I1 y a onze journées depuis Horeb par le chemin de la montagne de Séir, jusqu'à Qadesch-Barnéa.]
SLa quarantième année, le onzième mois, le premier jour du mois, Moïse fit connaître aux fils d'Israël tout ce que lahveh lui avait commandé pour eux, ‘après qu'il eût battu Sihon, roi des Amorrhéens, qui résidait à ‘’Heschbon, et ’Og, roi de Baschan, qui résidait à ’Aschtaroth et Edréi; ‘au-delà du Jourdain, dans le pays de
Moab, Moïse commenca à exposer cet enseignement
(torah) en disant :
‘lahveh notre Dieu nous parla en Horeb, en disant : « Vous avez assez demeuré en cette montagne. TMettez-vous en route, et partez; entrez dans la montagne
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de l’Amorrhéen et dans tous les lieux circonvoisins ; occupez l’Araba, la montagne, la Schephéla, le midi, la côte de la mer, le pays des Cananéens, le Liban, jusqu'au grand fleuve, le fleuve d'Euphrate. Voyez, je vous livre ce pays; entrez, conquérez le pays que Iahveh ‘a juré à vos pères Abraham, Isaac et Jacob de leur donner, et à leur postérité après eux. »
Je vous parlai en ce temps-là, disant : «Je ne puis vous porter moi seul. "Jahveh votre Dieu vous a multipliés, et vous êtes aujourd’hui aussi nombreux que les étoiles du ciel. {Que lahveh, le Dieu de vos pères, vous rende encore mille fois plus nombreux et qu’il vous
bénisse, comme il vous l’a promis!) ‘Comment porte-.
rais-je, moi seul, le poids de vos fatigues, de vos charges et de vos querelles? Prenez des hommes sages, intelligents, connus de vos tribus, et je les placerai à votre tête. »
Vous me répondites en disant : « Ce que tu as dit est
7 bon à faire. » ‘Et je pris des chefs de vos tribus, des
hommes sages et connus ; je les établis chefs sur vous, chefs de milliers, chefs de centaines, chefs de cinquantaines, chefs de dizaines et commissaires (schotérim) sur vos tribus. Et en ce temps-là, j'adressai ces recommandations à vos juges : « Écoutez vos frères dans leurs différends, et prononcez avec justice entre chacun et son frère, entre chacun et l'étranger (ger). Ne faites point en justice acception de personne; entendez le petit comme le grand ; ne craignez qui que ce soit, car le jugement appartient à Dieu; toute cause qui sera trop difficile pour vous, vous la porterez devant moi, et je l’écouterai. » ‘$Je vous prescrivis ainsi, en ce temps-là, toutes les choses que vous aviez à faire.
Nous partimes d'Horeb, nous traversâmes tout ce
grand et affreux désert que vous avez vu, par le chemin de la montagne des Amorrhéens, ainsi que fahveh notre Dieu nous l'avait commandé, et nous vinmes jusqu'à Qadesch-Barnéa.
"Et je vous dis: Vous êtes arrivés jusqu'à la montagne des Amorrhéens, que Tahveh notre Dieu nous donne. #1Vois, lahveh ton Dieu te livre le pays ; monte et conquiers-le, comme lahveh, le Dieu de tes pères, te l’a dit : Ne crains point et ne t’effraie point. ** Alors vous vous approchâtes de moi, vous tous, et vous dites : Envoyons devant nous des hommes, qui exploreront pour nous le pays et qui nous feront un rapport sur le chemin par lequel nous devrons monter et sur les villes où nous devrons entrer.
Cela me parut bon, et je pris douze hommes d’entre vous, un homme par tribu.
Ils partirent, entrèrent dans la montagne, vinrent jusqu’à la vallée d’Eschkol et explorèrent le pays ; #ils prirent des fruits du pays et nous les apportèrent. *Ils nous firentun rapport et nous dirent : Le pays que lahveh, notre Dieu, nous donne, est bon.
Vous ne voulûtes pas y monter et vous fûtes rebelles à l’ordre de lahveh, votre Dieu. ? Murmurant dans vos tentes, vous dites : « C’est. par haine contre nous que Jahveh nous à fait sortir du pays d'Égypte, pour nous livrer entre les mains de l’Amorrhéen, afin de nous exterminer. Où irons-nous maintenant? Nos frères nous ont fait fondre le cœur en disant : C’est un peuple plus grand que nous, et de plus haute stature ; ce sont des villes grandes et fortifiées jusqu'au ciel; et nous y avons vu aussi les fils des Anaqgites. Mais je vous dis : Ne tremblez pas et n'ayez pas peur d'eux; *Iahveh votre Dieu, qui marche devant vous, combattra lui-même pour