SECTION IV
Déjà à la fin du second discours parénétique, nous avons rencontré trois versets isolés (XI, 29-31) prescrivant d’une manière sommaire cette bénédiction et cette malédiction. Ici, nous avons le programme même de la solennité, au moins d'une partie; car, sans qu’on puisse dire pourquoi, les bénédictions sont absentes. Ce programme offre encore une autre singularité. Il est dit, dans le préambule, que six tribus se placeront sur le mont Garizim, « pour bénir le peuple », et sur le mont Ébal « six tribus pour maudire ». Ceci est clair; dans l’un et l’autre cas, c’est le peuple lui-même qui doit bénir ou maudire. Cependant, au verset 14, il est dit que ce sont les Lévites qui prendront la parole, et qu’en réponse à chaque formule le peuple dira : « Amen. » C’est là une première contradiction. Mais en voici une seconde, qui n’est pas moindre. En effet, parmi les six tribus qui se tiendront sur le mont Garizim, figure celle de Lévi. Pour lui faire sa place, Éphraïm et Manassé sont réunis en une seule tribu dite de joseph, leur père commun. Donc, si les Lévites sont associés à cinq autres tribus
Le PEXx, Le CS ET ee à = tre
sur le mont Ébal « pour bénir le peuple», comment peuvent-ils remplir le rôle intermédiaire et être chargés seuls de prononcer la bénédiction et la malédiction?
La difficulté a fort embarrassé les commentateurs; en réalité, elle est insoluble. L'auteur du livre de Josué s’en est affranchi en produisant une troisième version. D’après lui, c'est Josué lui-même qui prononce les bénédictions et les malédictions (Josué VIIT, 33-34). Suivant le même auteur, les tribus sont placées, non sur l’une et sur l’autre montagne, mais une moitié du côté du mont Garizim, et l’autre moitié du côté du mont Ébal.
En terminant, nous devons encore signaler le singulier mélange que présentent, dans les malédictions, les versets 20-23, qui sont relatifs aux rapports sexuels illicites, avec l’ensemble des autres versets, qui tous ont un caractère religieux et civil.
La situation des deux montagnes au voisinage de Sichem, par conséquent au cœur de la Palestine, exige que la solennité ne puisse avoir lieu qu'après la conquête achevée, ou du moins très avancée; c'est ce que réalise le récit du livre de Josué.