‹ Mélanges de critique bibliqueChapitre 91 sur 106 · SECTION VI · texte numérisé non relu

SECTION VI

Le morceau dont nous avons maintenant à nous occuper se distingue de ceux qui précèdent par un caractère nouveau. Jusqu'ici nous avons eu divers documents rappelant le peuple à l'observation de la loi, spécialement en ce qui concerne le culte dû à lahveh et la défense d’adorer les dieux étrangers : discours parénétiques, Revue de la migration, bénédictions et malédictions. Dans ces textes, il est constamment question des Lois, des Statuts, des Commandements que Moïse, au nom de lahveh, communique au peuple au moment où il va passer le Jourdain; mais il n’est fait mention d'aucune autre alliance que de celle conclue en Horeb. Ici, c’est une alliance nouvelle que Moïse proclame entre Iahveh et Israël. Après avoir de nouveau rappelé les prodiges accomplis en Égypte, les signes merveilleux de la protection divine que le peuple a reçus dans le désert, enfin les victoires remportées sur les rois Amorrhéens, Moïse, s'adressant au peuple, lui dit : « Vous êtes ici pour recevoir l'alliance de Iahveh votre Dieu, .et les serments par lesquels il s'engage envers vous aujourd’hui, pour

qu'aujourd'hui 1l vous constitue son peuple et qu'il soit votre Dieu, comme il vous l’a déclaré et comme il l’a juré à vos pères, à Abraham, à Isaac et à Jacob (XXIX, 19,13). » |

Dans cette formule solennelle, nulle place, on le voit, n’est accordée à l'alliance d'Horeb. L'auteur ignore-t-il donc ce qui déjà, selon l’Exode, a été dit dans la scène qui précède la promulgation de la Loi : « Maintenant, si vous écoutez ma voix et si vous gardez mon alliance, vous m’appartiendrez entre tous les peuples, car toute la terre est à moi » (£xod. XIX, 5.)? N’a-t-il pas lu le récit de cette scène dans le Deutéronome lui-même, ou du moins dans un des documents qui y sont entrés ? Ce silence est si étrange que le rédacteur lui-même (ou un annotateur après lui) en à été frappé et a cru devoir y remédier en indiquant, dans le titre placé en tête du morceau, qu'il s’agit d'une « alliance conclue au pays de Moab, outre l'alliance conclue en Horeb ».

Dans le second discours parénétique, nous avons vu que l’auteur, parlant de l’alliance d’'Horeb, dit aux Israélites que « ce n’est pas avec leurs pères que Iahveh a conclu cette alliance, mais avec eux-mêmes qui sont présents » ; dans le pays de Moab, ce n'est pas seulement «avec celui qui est ici présent » que Moïse conclut la nouvelle alliance au nom de Ilahveh, mais encore « avec celui qui n’est pas ici avec nous aujourd'hui », c'est-àdire avec la postérité.

Il y à d’ailleurs dans le Deutéronome un autre passage qui, sans prononcer formellement le mot, équivaut cependant en fait à la supposition d’un nouveau pacte conclu au pays de Moab : c’est le passage Deut. XX VI, 16-19, qui vient à la suite de la Collection des lois deutéronomiques, bien qu'il n’ait absolument aucun rapport avec l'ensemble de ces lois. « Aujourd’hui, est-il dit, tu

as fait promettre à [ahveh d’être ton Dieu pour que tu marches dans ses voies, etc., et lahveh L’a fait promettre aujourd’hui d’être son peuple particulier, ainsi qu'il te l’a dit, pour que tu observes tous ses commandements et pour qu'il te rende supérieur en gloire, en renom et en splendeur à toutes les nations qu'il a créées, etc. » C’est bien là un pacte bilatéral dans toute la force du terme : non seulement Israël traite avec fahvebh, il traite pour ainsi dire d’égal à égal ; jamais la liberté humaine ne s’est si fièrement posée. Mais ce morceau, nous le répétons, est absolument hors de place à l'endroit où nous le lisons dans le texte deutéronomique. En le transportant ici, nous avons voulu rendre plus sensible son analogie avec le morceau qui précède, sans du reste prétendre affirmer qu'il y ait eu primitivement quelque dépendance entre les deux.

Pour ne pas morceler le texte outre mesure, nous avons donné dans son ensemble le chap. XXIX, et cependant il renferme deux parties bien distinctes el qui probablement n’ont pas même une commune origine : d’une part, le groupe des versets 1 à 14, que nous avons déjà analysés : de l’autre, la seconde partie du chapitre (vers.15 à 28). Cette seconde partie n’a aucun rapport essentiel avec la première ; elle pouvait tout aussi bien se trouver ailleurs. Elle rappelle les promesses et les menaces contenues dans les discours parénétiques et dans les séries de bénédictions et de malédictions. Nous trouvons même une allusion directe à ces dernières : « Alors, est-il dit, la colère de Iahveh s’est enflammée contre ce pays et a amené sur lui toute la malédiction écrite dans ce livre (vers. 26). » Ailleurs encore: « La colère de Iahveh et sa jalousie fumeront contre cet homme ; tous les serments (malédictions) écrits dans ce livre retomberont sur lui. lahveh le séparera, pour sa perte, de toutes les tribus

d'Israël, selon les serments (malédictions) de l'alliance écrite dans ce livre de la Loi (vers. 19, 20). » On remarquera cette mention du Zivre de la Loi que nous avons déjà rencontrée ci-dessus (XX VIIT, 58), et cependant, d’après le récit même du Deutéronome (chap. XXXI), ce livre n’a été écrit par Moïse et remis aux Lévites qu’à la fin de sa vie.

Le chapitre se termine par une curieuse annotation. L'écrivain, dans un élan prophétique, a montré « les Israélites arrachés par lahveh de leur pays, avec colère, avec fureur, avec une grande indignation, et jetés dans un autre pays ». — « Ainsi cela est-il aujourd'hui, dit l’annotateur. Ce qui est caché est la part de Iahveh notre Dieu ; ce qui est manifeste est notre part, à nous et à nos enfants à jamais, afin que nous mettions en pratique toutes les paroles de cet enseignement. » Cette note et le morceau auquel elle se rattache ônt certainement été écrits l’un et l’autre après l'exil; ils n’ont cependant pas la même date; pour que la note y füt ajoutée, il a fallu que le texte fût déjà devenu un sujet de lecture édifiante.

N° 5. —- Voyez les mêmes expressions. Section IE, n° 66.

N° 19. — « En allant de la soif à l'ivresse; » passage obscur et qui a été l’objet de plusieurs interprétations différentes.

N° 26. — « À donnés en partage. » Voyez section I, n° 25.

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